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Par Joseph Kain

richard wagner

Piqûre de rappel pour ceux qui après la Shoah encensent encore Wagner, ce précurseur d’Hitler, Goebbels, Himmler et Eichmann

Le magazine « Neue Zeitschrift für Musik » (Nouveau journal pour la musique) a publié en septembre 1850 un essai de 20 pages intitulé « Das Judentum in der Musik » qui peut se traduire, par « Le judaïsme dans la musique » (mais plutôt, vu le contexte, par « La juiverie dans la musique »). L’essai est signé du pseudonyme « Freigedank ».

En Janvier 1869 Wagner rend publique sous la forme d’une lettre, un texte de 41 pages intitulé « Aufklärungen über das Judentum in des Musik » (Explications sur la juiverie dans la musique). Il y révèle être l’auteur de l’essai publié vingt ans auparavant.

Ces deux textes seront publiés plusieurs fois, dont en 1914 par le prestigieux éditeur de partitions de musique Breitkopf & Härtel (j’en possède un exemplaire).

En voici quelques extraits :

« Je considère que la race juive est l’ennemi primordial de l’humanité et de tout ce qui est noble ».

« Notre plus importante mission est de nous libérer du joug juif ».

« Le judaïsme est la mauvaise conscience de la civilisation moderne ».

Wagner conclut sa maléfique prose en s’adressant directement aux Juifs :

« Vous devez comprendre qu’il n’y a qu’une seule solution contre la malédiction qui vous poursuit : votre disparition ! »

Ailleurs, dans sa correspondance, Wagner écrit : « le Juif ne peut ni mener une vraie vie humaine ni mourir d’une véritable mort. La seule solution à la pernicieuse question juive est l’élimination totale de la juiverie… »

L’antisémitisme à outrance de Wagner a conduit le philosophe Nietzsche à se demander : « Wagner est-il un être humain ou une maladie ? »

Le « Cas Wagner » : interview exclusive de Fréderic Chaslin pour © Le Monde Juif .info

Mardi 17 décembre 2013, l’Orchestre Symphonique de Jérusalem dirigé par Fréderic Chaslin tiend un colloque consacré au « Cas Wagner » dans le cadre du bicentenaire de la naissance du compositeur controversé. Frédéric Chaslin est un chef d’orchestre français de renommée internationale, il est également compositeur et pianiste. Il a écrit 7 opéras et nombre de mélodies et a publié un livre, « La musique dans tous les sens » aux éditions France-Empire.

Wagner n’a pas été plus ou moins antisémite que de nombreux « grands hommes » du 19ème siècle …

Le Monde Juif : Woody Allen a eu un jour ce bon mot : « Quand j’entends du Wagner, j’ai envie d’envahir la Pologne. » Comment expliquez-vous ce rejet de Wagner même par des artistes juifs dits « ouverts »?

Fréderic Chaslin : Wagner n’a pas été plus ou moins antisémite que de nombreux « grands hommes » du 19ème siècle (Chopin, Liszt, et tant d’autres) mais il exprimait cet antisémitisme de façon « institutionnelle » puisqu’il s’érigeait de son vivant comme un modèle, une école, voire même, la seule façon correcte de penser la musique. Son essai, « le Judaïsme dans la Musique » est l’inscription dans le marbre de la haine la plus violente du Juif qu’on puisse imaginer. D’autre part, son influence sur le monde germanique étant considérable, déjà de son vivant, il ne pouvait pas ignorer que ses écrits aient une importante influence sur les esprits contemporains et à venir. Il était donc soit totalement pervers, soit totalement irresponsable, soit les deux.

Le Monde Juif : Ses défenseurs estiment qu’il faut dissocier le génie musical de l’idéologue pourtant l’antisémitisme de Wagner est omniprésent dans ces principales œuvres, sans parler de son sinistre opuscule La Juiverie dans la musique, où vous situez-vous?

Fréderic Chaslin : Je citerai, pour me situer, les propos de Debussy : « j’ai été wagnérien au delà du raisonnable« , puis j’ai pris conscience, après mes années d’assistant à Bayreuth, de la tendance envahissante de la musique de Wagner, de son emprise sur mon esprit, j’ai senti que je n’étais plus libre. J’ai ressenti, en tant que compositeur, ce que l’auditeur fasciné peut ressentir : un doux abandon de soi-même, ce qui est le but recherché par Wagner, et j’ai donc décidé de m’éloigner. Puis j’ai lu ses écrits, et j’ai compris que je ne pourrai plus jamais accueillir son œuvre avec l’innocence de mes premières années.

La noirceur de son esprit avait pour jamais noirci son œuvre.

Le Monde Juif : Comment qualifieriez-vous l’antisémitisme de Wagner?

F. Chaslin : Comme tout antisémitisme : une pathologie pathétique. Avez-vous remarqué à quel point les antisémites « célèbres » ont une cause bien triviale, mais toujours « passionnelle » ?

Céline, abandonné par son grand amour juive-américaine, un an avant les premiers écrits nauséabonds… Mme Goebells, abandonnée par Arlosorov, qu’elle devait épouser avant d’émigrer vers la Palestine d’alors, et qui finalement par dépit se jette dans les bras du grand théoricien du 3ème Reich (Rappelons qu’Arlosorov était un homme connu pour sa grande beauté, Goebbels au contraire, pour être un nabot repoussant). Wagner, donc, découvrant sa haine du juif après que Meyerbeer lui ait mis quelques frêles bâtons dans les roues, à Paris. Tout cela est petit, humain, certes, mais méprisable, même si, pour un psychologue, tous ces cas sont parfaitement « compréhensibles ».

Le Monde Juif : Le boycott de Wagner en Israël relève t-il plus, selon vous, de l’antisémitisme du compositeur, ou de l’appropriation de sa musique par les nazis?

Fréderic Chaslin : Les deux, mais il y a tout un élément émotionnel, qui est la raison pour laquelle je ne forcerai jamais les évènements, en jouant du Wagner « par surprise » en Israel, par pure provocation, comme a pu le faire Barenboïm (mon maître, de 1987 à 1989) : les survivants de la Shoah, qui ont entendu du Wagner à leur arrivée dans les camps.

Le Monde Juif : D’autres compositeurs de génie comme Beethoven, Carl Off ou Richard Strauss ont aussi été instrumentalisés par les nazis, pourtant ils sont joués en Israël sans connaitre le même ostracisme que celui de Wagner comment expliquer cela?

Fréderic Chaslin : Les positions de Wagner étaient plus nettes, et Wagner étant devenu un monument germanique au même titre que Goethe ou Beethoven, la force de son essai contre les Juifs a pris force d’exemple, je dirai même, de loi, pour quelqu’un comme Goebbels. La dernière phrase du « Judaïsme dans la Musique » est tout de même affolante :

« pour eux (les Juifs) il n’y a qu’une voie, celle d’Ahasvérus, la chute« …. (Le mot allemand peut d’autre part être facilement compris comme « anéantissement »).

Le Monde Juif : La musique de Wagner a aussi pénétré le 7e Art, notamment dans le célèbre film le Dictateur de Chaplin, lorsqu’il danse avec le globe, lors de son discours final et lorsque Paulette Goddard prononce le dernier mot « écoutez ! « , sous l’air du prélude de Lohengrin. Ne serait-ce pas une sorte de message de Chaplin, nous interpellant à arracher Wagner d’Hitler et a écouté sa musique ?

Fréderic Chaslin : Chaplin connaissait son Wagner et nous a livré un double message : Hitler dans son délire s’approprie le génie du compositeur, mais également se dédouble, de dictateur en danseur, pour montrer à quel point la musique de Wagner (le prélude de « Lohengrin ») a pu être la parfaite musique de film du sinistre scénario qu’a été le régime nazi.

Le Monde Juif : Á l’issue de ce colloque, un concert avec des grands classiques de Beethoven, Nietzsche, Halévi, Weber, Debussy, Marchner ou encore de Chausson, est prévu, pourquoi avez-vous choisi ces compositeurs pour clôturer le « Cas Wagner » ?

Fréderic Chaslin : La première partie du concert sera consacrée aux compositeurs qui ont influencé Wagner (Weber, Marschner, Halevy – et oui!!!). La seconde partie à ceux qui ont été influencés de façon très évidente par lui, et qui sont tous français -Reyer, Chausson, Debussy- ainsi que 6 mélodies de Nietzche, qui a commencé par être compositeur et pro-wagnérien ardent, avant de tourner casaque radicalement – dans « contre Wagner«, Nieztsche explique notamment que l’antisémitisme de Wagner est une des raisons de son aversion totale pour le grand compositeur dont il a été un admirateur fanatique.

Propos recueillis par Maryline Médioni et Yohann Taïeb – 

« N’en déplaise à Daniel Barenboïm qui en plein concert à Tel Aviv a provoqué les israéliens en faisant jouer du Wagner, moi je coupe le son dès que je décèle le moindre son de cette musique qui faisait les délices d’Hitler : musicien et mélomane passionné, boycotter ainsi me fait le plus grand bien !!! » Joseph Kain

Sources :

https://hakeshet.wordpress.com

http://www.lemondejuif.info/

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