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Oremus et pro perfidis Judaeis – la prière « pour les juifs perfides ».

Cet historien juif de la IIIe République a mené, au sortir de la guerre, un effort titanesque pour faire bouger les lignes au sein de l’Eglise

C’est grâce au travail de l’historien juif Français Jules Isaac (1877-1963) qu’en ces fêtes de Pâques chrétiennes, les églises ne résonnent plus de la prière dite « du juif perfide, ».

 « Pendant des siècles, (…) les catholiques récitaient ce que l’on appelait la prière ‘pro perfidis judaeis’. Cela signifie littéralement « pour les juifs qui n’ont pas cru au Christ ». Mais c’était traduit, en français, comme la prière ‘pour les juifs perfides’. [Mais] c’est bien dans ce dernier sens qu’il était compris par la plupart des catholiques. »

Jules Isaac, né en 1877, un grand professeur d’histoire de la troisième République, un fervent républicain et aussi un fervent patriote. Après des études brillantes, il est professeur, puis inspecteur général avant-guerre. Il co-rédige, avec son collègue Mallet, les fameux livres d’histoire Mallet-Isaac sur lesquels ont bûché jusque dans les années 1980 des générations d’élèves de secondaire en histoire.

Mais ce professeur, encensé par la République, ce même Jules Isaac se retrouve à partir de 1940 mis au banc de la nation, simplement parce qu’il est juif.

La Gestpo envoie sa femme et sa fille en camp d’extermination, elles n’en reviendront pas. Mais au sortir de la guerre, Jules Isaac, qui était entré en résistance, décide « de comprendre l’incompréhensible, cette haine des juifs qui lui a pris ses êtres les plus chers.

Il se penche alors sur la littérature de l’Eglise catholique et montre comment l’antisémitisme (« l’enseignement du mépris ») a également pu être transmis par le biais des prières de l’église.

Il propose un plan en 18 points, base d’un futur dialogue judeo-chrétien.

Il rencontre alors les responsables chrétiens et protestants, est reçu en audience par le pape Pie XII, mais meurt avant la reconnaissance par l’église de son rôle dans la transmission de l’antisémitisme concrétisée par le concile de Vatican II.

Lors de la réforme liturgique qui suit le concile Vatican II, ces termes ne réapparaissent pas, et de plus, les allusions à la conversion des juifs, qui étaient présentes dans l’oraison, sont supprimées.

Depuis le missel de Paul VI, promulgué en 1970, la formulation est devenue : « Prions pour les Juifs à qui Dieu a parlé en premier : qu’ils progressent dans l’amour de son Nom et la fidélité de son Alliance. »

Le motu proprio Summorum Pontificum de Benoît XVI, paru en 2007 et facilitant l’utilisation, dans la liturgie, du missel de 1962, a suscité quelques inquiétudes. La prière pour les Juifs a donc été modifiée dans cette édition, les propos concernant l’« aveuglement » étant supprimés, mais l’intention demeurant, selon l’ancienne tradition, la conversion des Juifs au christianisme.

Depuis, à Pâques, les chrétiens prient pour le « peuple à qui Dieu a parlé en premier ».

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