Pendant quarante longues et amères années, avec à peine quelques rares répits, les Juifs avaient porté le poids accablant de l’oppression philistine. Ils n’avaient pu remporter une victoire décisive sur leurs cruels ennemis. Car les Philistins incarnaient l’instrument du châtiment que le Tout-Puissant avait choisi d’infliger aux Juifs pour leur manque de loyauté envers Lui.

2-R41-K20-1700 (237741) 'Samson tue mille Philistins avec une mâchoir d'asne' Bibelillustration, Amsterdam, 1700. - 'Samson tue mille Philistins avec une mâchoir d'asne' (Simson erschlägt tau- send Philister mit dem Eselskinnbacken; Richter 15,1-16). - / Kupferstich von A. Reinhard nach Zeichnung von Ottmar Elli- ger d.J. (1666-1735). Aus: L'Histoire du Vieux et du Nouveau Testament, Bd.1, Amsterdam (Mortier) 1700, vor S.141. Berlin, Slg.Archiv f.Kunst & Geschichte.

Un jour que Tsélalfonith, une femme juive, cheminait à travers champs, il lui arriva quelque chose d’extraordinaire. Un ange du ciel lui apparut et dit : « Tu auras un fils qui sauvera un jour le peuple juif des mains de ses ennemis. Ce sera un homme prodigieux : plus fort qu’un lion et plus rapide qu’un cerf. Il sera indépendant d’esprit et ne connaîtra pas la peur. Tu dois te souvenir que sa vie doit être consacrée au service de D.ieu. Aussi, tu ne devras pas boire du vin ou d’autres boissons alcooliques ; tu ne lui couperas jamais les cheveux et tu le nourriras des aliments les plus purs et les plus doux. Car il sera consacré à D.ieu. »

 

Le cœur de Tsélalfonith bondit de joie. Pendant des années elle avait ardemment désiré un enfant, mais l’Éternel le lui avait refusé. Et maintenant, enfin, son plus grand vœu allait être exaucé. Elle se hâta d’aller raconter la joyeuse nouvelle à son mari, Manoa’h, qui en fut tout heureux comme elle le prévoyait. Quand elle mit au monde le garçon, elle l’appela Samson.

Encore tout jeune, Samson se révéla déjà par des prouesses physiques remarquables. Un jour qu’il flânait dans les bois, il se trouva tout à coup face à face avec un lion à l’aspect féroce. La bête chargea aussitôt. Mais Samson, impavide et indompté, la tua sans autre arme que ses seules mains, comme s’il avait affaire à un petit agneau.

Quand il devint un homme, Samson commença à considérer avec un ressentiment croissant l’oppression de son peuple par les Philistins. Mais il était trop modeste, trop humble, pour se mettre à la tête d’une armée juive. Il prit le parti de se venger des oppresseurs en provoquant des conflits personnels qui auraient pour effet de les intimider et de leur enlever toute envie de molester ses frères.

Samson commença bientôt à chercher un moyen qui lui donnât une prise sérieuse sur l’ennemi.

Un jour il rencontra dans la ville philistine de Timnath une femme qui était prête à embrasser la foi juive pour devenir son épouse. Au banquet du mariage se trouvaient réunis les jeunes gens de la ville venus prendre part aux réjouissances. L’occasion était bonne pour Samson, il allait pouvoir mettre à exécution son projet. Il s’adressa à l’assistance en ces termes : « Je vais vous proposer une énigme, et si vous en trouvez la réponse, je donnerai à chacun de vous un habillement complet ; mais si vous ne l’expliquez pas, c’est vous qui devrez me donner un habillement complet. » Vous imaginez l’empressement des Philistins à relever le défi. Alors Samson leur dit : « De celui qui mange est sorti ce qui se mange, et du fort est sorti le doux. Qu’est-ce que cela signifie ? »


Les jeunes gens cherchèrent, mais en vain. Ils ne purent percer l’énigme. Alors ils firent appel à la femme de Samson afin qu’elle soutirât la réponse à son mari. « N’es-tu pas des nôtres ? Vas-tu laisser battre tes compatriotes par un Hébreu ? Accepteras-tu pour eux l’humiliation ? » lui dirent-ils. Et, pour rendre plus péremptoire leur demande, ils y ajoutèrent une menace : « Si tu ne nous aides pas, nous brûlerons la maison de ton père ! »

La femme de Samson commença à presser son mari de lui révéler le sens de l’énigme. Elle insista, employa tous les moyens. Finalement Samson céda et lui raconta en ces termes l’histoire qui lui avait permis de donner cette forme à cette question : « Comme j’allais à Timnath pour la première fois, un jeune lion a foncé sur moi en rugissant dans un vignoble des environs de la ville. J’ai saisi le lion par les mâchoires et l’ai fendu en deux avec la plus grande facilité. Cette fois, venant à Timnath pour t’épouser je me suis souvenu du lion et j’ai voulu jeter un coup d’œil à la carcasse. J’y ai trouvé un essaim d’abeilles et du miel. J’ai pris une poignée de ce miel, il était le plus doux que j’aie jamais goûté. Voilà, tu connais maintenant l’explication de mon énigme. »

Le septième jour du festin, juste avant le coucher du soleil, alors que le délai pour la réponse devait expirer, les Philistins allèrent à Samson et lui dirent : « Qu’y a-t-il de plus doux que le miel et de plus fort qu’un lion ? »

Samson comprit qu’il avait été trahi par sa femme. Il quitta la ville dans une terrible colère. Arrivé à Ashkelon, une autre ville philistine, il se vengea en y tuant trente méchants Philistins, et envoya tous leurs vêtements aux jeunes gens qui avaient gagné, bien que malhonnêtement, le pari.

De retour à Timnath avec un cadeau pour sa femme, Samson la trouva mariée à un autre homme. De nouveau la colère s’empara de lui, car pas un Philistin ne protestait contre cette action scandaleuse. Il attrapa alors trois cents renards, les lia par paires, queue à queue, en y fixant un flambeau allumé. Puis il conduisit les renards dans les champs de blé des Philistins. Un terrible incendie éclata et détruisit toute la récolte de l’ennemi. Non seulement il vengeait ainsi ses déboires personnels, mais aussi il donnait une leçon aux Philistins qui ne cessait de piller la terre d’Israël.

Ces derniers essayèrent de calmer la colère de Samson en brûlant la maison de sa femme infidèle et celle du beau-père de notre héros. « Eux seuls sont responsables d’avoir provoqué la furie de Samson », dirent-ils. Mais quand celui-ci apprit la tardive pénitence des Philistins, il dit : « Vous venez trop tard pour défendre mon honneur. Je dois tirer ma vengeance ! » Et Samson, à lui tout seul, avec son extraordinaire force divine pour l’aider, se battit contre les Philistins et leur infligea d’humiliantes défaites dans de nombreux combats. Puis il se retira dans les rochers d’Etham.

Ces victoires successives de leur ennemi allumèrent la colère des Philistins. Ils envoyèrent une armée puissante vers le pays de Juda. Elle campa non loin de la ville de Léhi. De là les Philistins adressèrent un message à Juda : « Si vous nous livrez Samson, nous vous laisserons vivre en paix. Mais si vous ne satisfaites pas à notre demande, nous détruirons tout votre pays ! »

Une victoire spectaculaire

Vous pouvez imaginer l’effet de ces mots sur les hommes des tribus de Juda. Car ils avaient vu l’immense déploiement d’hommes en armes. Ils allèrent trouver leur héros. « Samson, lui dirent-ils, les Philistins vont nous faire tous périr, ils vont brûler nos maisons, emmener captifs nos femmes et nos enfants si nous ne te livrons pas à eux. Ils attendent notre réponse aux portes mêmes de Juda. »

– Très bien, répondit Samson, liez-moi, mais jurez-moi que vous ne me ferez pas de mal. »

Ils lui répétèrent qu’ils voulaient seulement le livrer sain et sauf aux mains des Philistins. Alors Samson se laissa lier. Ses compatriotes se servirent de bonnes cordes, solides et neuves, et firent sérieusement leur travail. Mais leurs cœurs formaient une prière fervente pour sa délivrance alors qu’ils allaient le livrer.

Un cri de joie éclata dans le camp des Philistins quand ils virent Samson, leur dangereux ennemi, paralysé par de lourdes cordes et tout à fait à leur merci. Alors l’esprit de l’Éternel saisit le captif, et, tout à coup, les puissants liens qui attachaient si fortement ses poignets et ses bras devinrent aussi légers que le fil le plus fin ; et Samson réussit, sans le moindre effort, à s’en libérer. Une violente colère monta alors en lui accompagnée d’une force terrifiante. Se jetant dans le champ de bataille, il tua un millier de guerriers philistins avec, pour seule arme, une mâchoire d’âne fraîche qu’il avait trouvée là. L’ennemi fuit en désordre.


Après cette victoire spectaculaire, les Juifs comprirent que Samson avait été choisi par D.ieu pour les gouverner. Ils le nommèrent Juge en Israël. (Il fut le treizième Juge en Israël depuis Josué.)

Samson ne cessa d’accomplir les prodigieux exploits qui firent sa grande réputation. Un jour, alors qu’il se trouvait à Gaza, les Philistins furent informés de sa présence. Ils encerclèrent la ville et attendirent en silence le lever du soleil. Quand Samson quitterait la ville pour s’en retourner chez lui, ils l’attaqueraient et le tueraient. Mais lui, ayant entendu que ses ennemis avaient encerclé la ville, n’attendit pas le jour pour partir. En pleine nuit, à la faveur de l’obscurité profonde, il sortit de la maison. Quand il arriva aux portes de la cité, il les trouva fermées. Sans plus d’efforts qu’aux exploits précédents, il saisit les battants d’une des portes et les deux poteaux, et, les arrachant avec la barre qui les reliait, il transporta le tout sur ses épaules jusqu’à Hébron en Juda.

Samson et Dalilah

Samson se maria à nouveau, et cette fois à une femme nommée Dalilah. Les princes des Philistins vinrent un jour la trouver et lui dirent : « Dalilah, il y a un secret qui explique l’énorme force physique de ton mari ; il faut que tu le découvres. Si tu arrives à le soutirer à Samson, tu seras généreusement récompensée. Tu deviendras riche, tu auras tout ce que ton cœur désire ! »

Dalilah ne put résister à ces avances si prometteuses. Incapable du moindre bon sentiment, elle consentit à conclure le marché : pour quelques pièces d’argent, elle vendit son mari. Mais le plus dur restait à faire : comment, par quel moyen arriverait-elle à soutirer la vérité à Samson. Dalilah ne manquait ni d’habileté ni de duplicité, elle finirait bien par trouver le moyen…

La ruse et la séduction alternées ou conjuguées sont les armes courantes dans ces cas-là. Dalilah s’en servit magistralement. Avec persévérance et ténacité, avec cruauté même, elle tourmenta son mari. « Quel est le secret de ta force ? » fut la question qui revint inlassablement à ses lèvres. Cela finit par devenir intolérable. Un jour il lui dit : « Si tu me lies avec sept cordes fraîches et qui n’ont pas encore séché, ma force ne sera pas plus grande que celle d’un homme ordinaire. »

Dalilah s’empressa de révéler le secret aux princes philistins. Ils lui apportèrent les sept cordes fraîches qui n’avaient pas encore séché. Sous prétexte de vouloir vérifier ses dires, elle persuada Samson de se laisser attacher. Il ignorait que ses ennemis étaient tapis dans la chambre de sa femme, guettant le moment de sauter sur lui. Quand elle l’eut solidement lié, elle lui cria : « Samson, les Philistins sont sur toi ! » À ces mots, Samson rompit ses liens sans effort, comme s’il se fût agi d’une toile d’araignée.


Dalilah ne se découragea pas. « Oh ! Samson, se plaignit-elle, des larmes plein les yeux, tu m’as trompée ! Toutes tes protestations d’affection ne sont que moqueries et mensonges ! Je me sens si malheureuse ! Allons, tu ne veux pas me dire le secret de ta force ? » Samson répondit : « Si tu tisses les sept tresses de ma tête avec la chaîne du tissu, je ne serai pas plus fort qu’un homme ordinaire ! »

Dalilah, tout heureuse de posséder enfin le secret, profita du sommeil de son mari pour faire comme il le lui avait indiqué et fixa le tout au moyen d’une cheville. Mais quand elle lui cria : « Samson, les Philistins sont sur toi ! » il se leva et marcha, arrachant tissu et cheville. Ainsi Samson tenta-t-il plusieurs fois de lancer sur une fausse piste la curiosité de Dalilah afin d’éviter de lui révéler son secret. Mais la femme était aussi perfide que tenace. Elle reprit de plus belle le harcèlement de son mari. Et, hélas ! sa ténacité finit par trouver sa récompense. Las d’être ainsi traqué par elle, Samson céda un jour et dévoila son vrai secret : « Depuis ma naissance, mes cheveux n’ont jamais été coupés, car je suis consacré à D.ieu. Si mes cheveux étaient coupés, je perdrais ma force, car D.ieu cesserait d’être avec moi ! »

La perverse Dalilah comprit que cette fois Samson lui disait la vérité. Elle se hâta de faire venir chez elle les princes des Philistins. Profitant du sommeil de Samson, l’un des hommes lui coupa ses tresses, et aussitôt Dalilah cria : « Samson, les Philistins sont sur toi ! » Samson bondit et voulut se défendre. Malheureusement, la protection divine qui l’avait doué d’une vigueur physique si exceptionnelle l’avait abandonnée ; et les hommes qui le guettaient eurent facilement raison de lui. Ils lui crevèrent les yeux et l’emmenèrent chargé de chaînes à Gaza.

La dernière victoire

Un grand festin fut donné par les Philistins pour célébrer leur victoire sur Samson. Réunis dans le grand palais de Gaza, ils chantèrent et dansèrent, et rendirent grâces à leur dieu Dagon pour avoir livré leur terrible ennemi entre leurs mains. Puis ils firent chercher le héros aveugle afin de s’amuser à ses dépens. Ils le tourmentèrent et l’humilièrent cruellement. À un moment donné, la mesure fut à son comble ; Samson ne put supporter plus longtemps leurs outrages et moins encore leur adoration de l’idole. S’adressant au garçon qui guidait ses pas, il lui dit : « Conduis-moi aux piliers afin que je puisse m’y appuyer et me reposer un moment. » Le garçon obéit.

Alors Samson fou de colère et de douleur invoqua l’Éternel : « Ô D.ieu, redonne-moi ma force juste cette fois encore ! Permets-moi de me venger de ces cruels Philistins afin qu’ils sachent que Tu es l’Unique D.ieu. Peu importe si je dois périr avec eux ! »

Une fois encore il se sentit saisi de l’esprit de D.ieu, et, rassemblant ses forces, dans un ultime et gigantesque effort il tira à lui les piliers qui s’écroulèrent. L’instant d’après, les murs et le toit du palais s’effondraient dans un fracas épouvantable, entraînant la mort de tous les présents y compris Samson lui-même.

Plus tard ses restes furent transportés au Pays d’Israël et ensevelis dans la terre qu’il avait si vaillamment défendue. Il avait été Juge en Israël pendant vingt ans.

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