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Récit : Tard dans la nuit, en Union soviétique

par la Rabbanit ‘Hanna Schneerson

L’histoire suivante se situe en URSS en 1935, une époque où l’oppression soviétique était à son apogée, et où le KGB considérait toute activité juive comme « contre-révolutionnaire » et « antigouvernementale ».

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Rabbi Lévi Its’hak Schneerson, père du Rabbi de Loubavitch et grand rabbin de Dniepropetrovsk (Yekaterinoslav) de 1909 à 1939.

Une nuit, à 23 heures, on frappa à la porte de Rabbi Lévi Its’hak Schneersohn, le grand rabbin de la ville de Dniepropetrovsk. Une femme âgée entra dans l’appartement. Elle regarda nerveusement autour d’elle pour s’assurer qu’il n’y avait personne à part le rabbin et sa famille.

« Rabbin, murmura-t-elle. Je suis venu d’une ville lointaine que je ne peux pas identifier par son nom. Dans une heure, à minuit, ma fille et mon gendre seront là aussi. Ils sont tous deux des hauts fonctionnaires du gouvernement ; venir ici constitue pour eux un grand danger. C’est seulement après que je les ai suppliés d’aller chez un rabbin qui organiserait pour eux un véritable mariage juif qu’ils m’ont promis de venir. Mais ils ont mis la condition que la ‘houppa (cérémonie de mariage) se tienne à votre domicile, honoré rabbin, et nulle part ailleurs. Je suis venu à l’avance pour vous donner le temps de vous préparer à leur arrivée »

À minuit pile, le couple arriva. Ils furent immédiatement introduits dans une pièce attenante de sorte que personne ne les voie.

Le rabbin commença à préparer la cérémonie de mariage.

D’abord, il fallait un minyane (un quorum de dix hommes adultes juifs).

Mais il était minuit passé. Les rues étaient vides, désertes ; on n’y voyait pas âme qui vive. Où pourrait-on trouver huit autres Juifs – en sus du rabbin et du marié – pour compléter un minyane à cette heure ?

Le mariage devait avoir lieu ce soir-là à tout prix. Le report de la cérémonie n’était pas envisageable. Il fallait trouver huit Juifs « cashers », des gens de confiance, qui garderaient le secret et ne révéleraient pas ce qu’ils avaient vu. Sinon, la vie du rabbin, celle du jeune couple et celles de toutes les personnes présentes seraient en danger.

Une demi-heure plus tard, neuf hommes se tenaient dans la pièce. Un seul manquait, un dixième homme pour le minyane.

Que fit le rabbin ?

Dans l’immeuble de Rabbi Lévi Its’hak, un jeune Juif avait été nommé par le gouvernement pour être le chef du comité du logement. Il était de sa responsabilité d’espionner et de surveiller les mouvements irréguliers dans la maison du rabbin, et de vérifier qu’aucune cérémonie religieuse n’avait lieu.

C’est à lui que le rabbin envoya un messager, lui demandant de venir.

Quand il arriva, Rabbi Lévi Its’hak lui dit qu’il voulait qu’il serve de dixième homme dans un minyane, de sorte qu’il puisse procéder à un mariage juif pour le jeune couple juif qui allait se marier ce soir-là.

– Moi ?!? Il sauta en arrière comme s’il avait été mordu par un serpent.

– Oui, toi !

Le jeune homme se précipita vers les fenêtres et ferma tous les volets. Puis il s’assit en silence, observant avec attention le déroulé des événements.

La rabbanit apporta une grande nappe pour servir de dais nuptial de la ‘houppa, et quatre des hommes présents, tels des poteaux vivants, en tirent les quatre coins.

Lorsque la ketoubah (le contrat de mariage) fut établie, les mariés furent appelés à sortir de leur cachette dans l’autre pièce. Le visage de la mariée était voilé, et le marié s’efforçait lui aussi de couvrir son visage, de sorte qu’il ne soit pas reconnu.

La cérémonie commença. On n’alluma pas de bougies en raison de la peur des mariés d’être découverts. Sept cercles furent décrits autour du marié comme de coutume, et le rabbin effectua le mariage et récita la bénédiction sur le vin. Le marié mit la bague au doigt de la mariée et dit : « Voici, tu m’es consacrée… » La cérémonie était terminée.

Il était 1h30 du matin. Les mariés se hâtèrent de quitter les lieux, de même que tous les autres participants, mis à part deux d’entre eux.

C’étaient ceux qui détenaient des cartes du Parti communiste. Ils sortirent leurs cartes de leurs poches, approchèrent Rabbi Lévi Its’hak, et dirent avec émotion :

« Désormais, Rabbi, nous sommes avec vous et nous ne voulons pas nous séparer de vous. Tout cela – montrant leurs cartes – ne vaut rien pour nous quand nous sommes avec vous, honoré rabbin… »

Extrait des mémoires de la Rabbanit ‘Hanna Schneerson (1880-1964), mère du Rabbi de Loubavitch.

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