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Cela ne date pas d’hier… Les juifs en banlieue parisienne vivent une situation paradoxale. D’un côté, des banlieues accueillantes. De l’autre, des communes inquiétantes qui les poussent à l’exode. Des conditions impossibles pour les élèves juifs dans les écoles publiques de certaines villes… Ceux qui n’ont pas les moyens finissent par cacher qu’ils sont juifs… si leur nom le permet…! …

antisémitisme 2

L’antisémitisme en banlieue?

Une réalité depuis des années !

Et pourtant, brusquement, ces dernières semaines, on semble le découvrir. On le dénonce. On le crie. Le 5 juillet 2012, le « Nouvel Observateur » titre à la « une » : « Antisémitisme : ce qu’on ne peut pas dire ». Sujet principal : l’antisémitisme en banlieue. Trois jours plus tard, le 8 juillet, sur Radio J, c’est Manuel Valls, ministre de l’Intérieur, qui s’inquiète d’un « antisémitisme nouveau, depuis des années, né dans nos banlieues notamment de la part de jeunes, avec une parole qui se libère, dangereuse pour nos valeurs, et qui s’attaquent aux juifs, les considérant comme l’ennemi ».

A la question de savoir si cet antisémitisme serait le fait notamment de jeunes se revendiquant de l’Islam, Manuel Valls répond : « Je le crains ».

« Cela fait dix ans qu’on le dit, et qu’on le répète » martèle Iannis Roder, professeur agrégé d’histoire dans un collège à Saint-Denis qui a participé à l’écriture de l’ouvrage collectif « Les territoires perdus de la République » (Mille et Une Nuits, 2002).

Appartenant à une génération pour qui l’antisémitisme était mort avec la Shoah, Iannis Roder n’avait jamais pensé qu’il pourrait revenir. Mais, pour lui, c’est au tournant des années 2000, que deux évènements ont « libéré la parole » : le 11 septembre et la deuxième intifada.

« Je me souviens du 12 septembre 2001. La plupart de mes élèves étaient atterrés, mais l’un d’eux avait déjà une explication « complotiste » : « Il n’y avait pas un juif hier dans les tours, c’est eux qui l’ont fait ». Pour une minorité, c’était « bien fait pour les Américains et pour les Juifs ».

En 2002, un garçon m’a expliqué que « Hitler aurait fait un bon musulman ».

Voilà dix ans que je sais que ces idées sont là, latentes chez certains. Dès qu’on évoque la Shoah ou qu’ils comprennent qu’un des personnages est juif, ça sort. Par exemple, cette année-là, Ousmane, 15 ans, alors que je parlais de Léon Blum : « Il est juif, qu’il crève ! » Comme ça, direct. Je l’ai envoyé chez le proviseur qui a convoqué sa mère. Elle a pleuré et a décidé de changer d’établissement.

Plus tard des copains d’Ousmane m’ont rapporté ses propos : « Roder, il s’est énervé pour rien, un truc de fou. ». Il ne voyait pas le mal… »

C’était il y a dix ans. Le climat a-t-il changé depuis ?

« Il a empiré. Et pas seulement dans ma classe, mais dans tout l’établissement ! Les élèves Juifs sont partis un à un. Après avoir subi ses brimades qui me faisaient souffrir, ils ont quitté, en 2005, l’enseignement public. Lors d’une réunion de professeurs d’histoire, je m’en souviens encore, on s’interrogeait : « Vous avez encore des élèves juifs ? ».

Ils ont mis du temps à réaliser qu’il s’agissait d’antisémitisme. Et surtout, ensuite, à l’accepter. On me disait : « Mais, non, ce n’est pas de l’antisémitisme ! ».

Bref, aujourd’hui, je n’ai plus d’élèves juifs identifiables par leur nom de famille.». Normal: la communauté juive de Saint-Denis a fondu comme neige au soleil : il ne reste qu’environ 40 familles contre 500 il y a 25 ans…

Iannis Roder
Iannis Roder

Depuis dix ans, le nombre d’enfants juifs quittant l’école publique pour des écoles juives ne cesse d’augmenter. Ils sont 30.000 aujourd’hui – sur une communauté globale estimée à 600.000 juifs – repliés derrière les murs protégés de ces établissements.

Chaque jour, des responsables communautaires reçoivent des demandes de juifs qui veulent déménager – comme cette jeune femme de Villejuif, victime d’insultes et de menaces, qui veut changer de domicile pour aller habiter à Vincennes – ou changer leur enfant d’école – comme cette élève inscrite en terminale dans un lycée de Pantin qui veut aller dans un lycée des Lilas ou elle réside.

Beaucoup de jeunes cachent leur étoile de David dans les transports en communs.

Les parents sont inquiets. Certains envisagent de partir. D’autres dressent un état des lieux moins sombre, et veulent garder espoir. Pendant ce temps, dans les banlieues parisiennes, des communautés entières ont déserté les territoires les plus exposés.

C’est presque tout le département de la Seine-Saint-Denis qui s’est vidé peu à peu de ses juifs. Un département qui, avec l’arrivée des Juifs d’Afrique du Nord, a pourtant été pendant près de quarante ans le pôle central du judaïsme français, ou 10.000 à 15.000 familles s’y étaient installées à partir de 1962.

Chaque commune du 93 comptait alors au moins une synagogue ou un oratoire. Ce dynamisme communautaire a laissé place à un déclin inquiétant.

A Villepinte, jadis communauté prospère et dynamique ou vivaient plus de 200 familles, on ne compte plus aujourd’hui qu’une petite quarantaine de foyers juifs.

Le Blanc-Mesnil a également subi un exode massif : de 500 familles environ au début des années 2000, il ne reste aujourd’hui qu’une centaine. Bien que Le Blanc-Mesnil n’ait jamais été le théâtre d’agressions antisémites, le climat d’insécurité régnant dans les communautés voisines et surtout la sympathie affichée par la mairie communiste actuelle pour la cause palestinienne découragent les membres de la communauté.

A Bagnolet ou l’on n’enregistre ni actes antisémites ni violences, c’est tout de même l’inquiétude qui saisit toute la communauté. Il y a quelques mois, une habitante de confession juive a déposé plainte contre une employée de mairie pour des propos antisémites qu’elle aurait prononcée à son encontre. Selon la plaignante qui s’inquiétait de sa demande de logement social, l’employée qui la recevait le 14 mars lui aurait rétorqué: « Vous, les juifs, vous avez des sous. Allez dans une agence immobilière. Si je veux, votre dossier restera en bas de la pile. »

Une enquête administrative a été diligentée par la maire communiste, Marc Everbecq. « Nous avons de bonne relation avec ce maire mais il ya autour de lui beaucoup d’associations de tendance extrémistes qui créent un mauvais climat affirme Moshé Sellam, président de la Communauté.

C’est encore l’inquiétude qui a poussé à l’exode les juifs de La Courneuve qui comptait 4.000 à 5000 personnes dans les années 60, et dont il ne reste aujourd’hui que 130 familles.

A cet antisémitisme réel dans les banlieues est venu s’ajouter la propagande palestinienne relayée par des mairies communistes.

« C’est là, qu’on a commencé à parler d’un antisémitisme des banlieues, martèle avec conviction Sammy Ghozlan, responsable du Bureau national de Vigilance contre l’Antisémitisme (BNVA).

Vous savez la Seine-Saint-Denis, bastion communiste, affiche sans complexe son soutien aux Palestiniens. On le retrouve partout. La mairie de Stains s’est illustrée en faisant de Marouane Barghouti, un « citoyen d’honneur » de la commune. Le maire de Saint-Denis a organisé une manifestation contre les « crimes israéliens » durant l’opération « Plomb durci » à Gaza. Bagnolet, Saint-Denis et Gennevilliers (94) ont versé de l’argent pour payer le bateau qui devait apporter son soutien à la population de Gaza, gouvernée par le Hamas. Beaucoup de manifestations pro-palestiniennes à Paris, et notamment celle du 18 novembre, sont soutenues par le Parti Communiste. Est-ce un hasard si, quelques jours plus tard, le centre communautaire Ohr Menahem y subissait des jets de cocktails Molotov ? ».

S’ils ne choisissent pas de partir en Israël – chiffre stable à 2000 juifs par an mais, selon Ariel Kandel, directeur de l’agence juive « un intérêt de plus en plus croissant chez les jeunes pour faire leur Alya » – les juifs émigrent alors vers d’autres départements plus sereins.

Les plus aisés déménagent dans l’Ouest parisien (92) – Neuilly-sur-Seine, Boulogne, et Levallois ou les « Juifs sont heureux comme un Juif… à Levallois » dit avec humour le rabbin Chalom Lellouche – tandis que les familles modestes s’orientent vers des communes du 93, « plus souriantes, plus accueillantes et sans problèmes » – comme Les Lilas, Le Raincy, Le Pré Saint-Gervais, Villemomble, Gagny ou Le Raincy.

D’autres émigrent dans les Yvelines (78) : La Celles-Saint-Cloud, Le Vésinet, Maisons-Laffitte ou Versailles – dont le président de la Communauté est Samuel Sandler qui a perdu son fils Jonathan, 30 ans, et ses deux petits-enfants Arieh, 5 ans, et Gabriel, 4 ans, dans la folle tuerie de Mohamed Mérah, à Toulouse, le 19 mars.

A l’exception cependant de Trappes, l’une des plus anciennes communautés juives de France ou il ne reste plus que quelques représentants des 80 familles qui y résidaient il y a dix ans. Ce sont les communes voisines, Maurepas (300 familles) et Montigny (100) qui se sont partagées les familles ayant déserté Trappes.

« Toutes ces communautés vivent en bonne harmonie et ont de bonnes relations avec leur mairie respective, majoritairement UMP » commente Richard Benchetrit, Président du Conseil des Communautés des Yvelines.

« Les juifs se trouvent dans une situation paradoxale analyse Ariel Goldmann, porte-parole du Service de Protection de la Communauté Juive (SPCJ). D’un côté, des communes accueillantes ou ils peuvent vivre un judaïsme florissant et épanoui, et de l’autre, des communes ou ils vivent dans l’inquiétude et le malaise permanent qui les poussent à partir ».

Ariel Goldmann
Ariel Goldmann

Une situation qu’on retrouve dans le Val-de-Marne (94) ou cohabitent trois types de communauté : celles qui se développent, celles qui se dépeuplent et celles qui résistent.

Créteil, la plus importante de l’Ile de France – 23.000 membres, 20% de la population – fait partie des communautés à fort développement. Ville plurielle – Africains, Noirs, une prépondérante communauté musulmane avec la plus grande mosquée d’Europe – Créteil ne compte pas moins de dix synagogues. Par sa diversité, son nombre important de lieux de prières, de restaurants cashers, de commerçants juifs et surtout par la présence du réseau d’écoles Ozar Hatorah qui fédère un milliers d’enfants, Créteil est « petit Consistoire » à elle seule !

Alors, Créteil, le meilleur des mondes ? Hélas, non ! « La situation actuelle est malheureusement préoccupante affirme Albert Elharrar, président de cette communauté depuis 2009. C’est l’antisionisme qui donne libre cours à l’antisémitisme ».

Le 31 décembre 2011, une classe de l’école Ozar Hatorah a été détruite par un incendie criminel. La veille, une synagogue était caillassée. « Ces faits sont survenus après quinze mois de haine et d’agressions quotidiennes contre la communauté juive ajoute-t-il.

Aujourd’hui, et depuis la rentrée, des policiers assurent la sécurité des élèves par leur présence quotidienne aux horaires d’entrée et de sortie de l’école ».Peur ? « Non, franchement on n’a pas peur, la cohabitation malgré tout est fraternelle, au point que des familles reviennent à Créteil après une alyah de quelques années ».

Autres communautés qui se développent : Charenton, La Varenne, Saint-Mandé, ou Vincennes. « Ces dix dernières années nous avons enregistré un afflux important de Juifs venant de toute l’Ile de France pour le « bon vivre » confie David Tibi président du Conseil des communautés du Val-de-Marne. Saint-Mandé, par exemple, avec cinq oratoires connaît, ces derniers temps, un développement faramineux. »

A l’opposé, Vitry-sur-Seine, jadis prospère, se dépeuple. Deux chiffres : 800 familles il y a dix ans, 450 aujourd’hui ! « L’environnement n’est pas terrible explique David Rouah, président de la communauté, et victime d’une agression par des jeunes.

« Nous avons déposé plainte. Le maire n’a pas réagi. Nous sommes dans une période tendue. Avant nous avions des maires communistes, mais qui étaient ouverts. Cette fois, nous avons les plus extrémistes et les plus antisionistes. Vitry est une banlieue rouge. Quand le maire communiste organise, lors de la mort d’Arafat, une cérémonie imposant à tout le personnel d’être présent, et qui transforme le hall de l’hôtel de ville en chambre funéraire, on a déjà compris : la mairie est communiste. Quand Marwan Barghouti devient citoyen d’honneur de la ville en juin 2011, on a une idée de la tendance de la Mairie.

Enfin, plutôt que de partir, il existe des communautés qui, malgré quelques difficultés avec la communauté musulmane, et encouragées par le dynamisme et à l’optimisme de leurs dirigeants refusent de quitter leur ville, Comme à Kremlin-Bicêtre ou Albert Myara, président de la communauté est la personnalité emblématique de cette position. « Nous devons résistés et ne pas partir dit-il. Dans le quotidien des Juifs de France, les choses se passent plutôt bien en général ».

Et Sarcelles aujourd’hui, après l’arrestation des 12 personnes impliquées dans l’attaque du supermarché casher Naouri, le 19 septembre ? Sarcelles a peur. Certes rassuré, mais le malaise est encore palpable.

« Maintenant, on essaie de ne plus mettre la Kippa affirme Jérémie, 20 ans, étudiant en médecine. 0n essaie de rester vigilants. On regarde de tous les côtés ». Il ajoute fataliste : »Mais bon, on quittera la France si on ne se sent plus en sécurité ».

Nathalie, élégante mère de deux enfants : « C’est vrai, nous constituons une cible facile. Mais nous n’allons pas arrêter de vivre ». Elle prévient cependant : « Si les garçons sortent de la synagogue pendant les fêtes, ce sera sans Kippa. On fera attention ! ».

Fataliste, Thierry, étudiant comme Jérémie, confirme :

« Que voulez-vous qu’on fasse ? C’est toujours la communauté juive qui est visée, donc on n’a pas le choix. Il y a et il y aura toujours des tensions et des actes antisémites. »

Véritable laboratoire sociologique surnommée la « petite Jérusalem » Sarcelles (95) est en permanence sous les feux des projecteurs. Dés qu’un incident surgit, toutes les autorités concernées interviennent. C’est le cas, le 8 juin, lorsqu’un un jeune homme de 18 ans a été agressé, rue Albert Camus par trois hommes qui l’ont frappé et lui ont volé son portable, tout en proférant des insultes à caractère antisémite. Une demi-heure plus tard, ils sont interpellés par les policiers, placés en garde en vue et déférés au tribunal. Que demander de plus à la police ? Eh bien, non !

Cette agression ayant suscité une vive émotion dans la communauté, le ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, s’est rendu à la grande synagogue, le lendemain, samedi matin à 10 heures 30, pour les assurer de sa « détermination à ne tolérer ni agression ni injure » antisémite. Sa visite est presque passée inaperçue. Arrivé incognito à la synagogue, il est venu « sans journalistes, ni caméra, discrètement, le jour ou nous nous retrouvons pour l’office, et cela nous a beaucoup touché. Et rassuré ».commente Richard Halimi, président de la communauté.

Ce n’est pas tout : Manuel Valls n’a pas hésité à revenir une seconde fois à Sarcelles, le 19 septembre, lors de l’attentat contre le supermarché Naouri. Deux fois à Sarcelles en trois mois ! Difficile de faire mieux pour un ministre !

Avant l’affaire Mérah, les 80 communautés que comptent Sarcelles – 65.000 habitants dont 15 000 à 18 000 juifs arrivés de Tunisie, du Maroc et d’Algérie dans les années 70 – vivaient en harmonie.

« Je n’ai jamais connu de situation tendue avec aucun des trois derniers maires qui se sont succédés, Henri Canacos (PCF), Raymond Lamontagne (RPR) et aujourd’hui François Pupponi (PS). Chacun de ces maires avait trois ou quatre conseillers juifs et aujourd’hui, ils sont même cinq» précise Richard Halimi.

Depuis quelques mois pourtant, des agressions antisémites ont été enregistrées. « Pas graves s’empresse-il de préciser. Mais ce qui est nouveau c’est que certains verrous ont sauté. Avant, on se retenait de dire « sale juif ». Cette retenue a sauté. C’est un signe du durcissement de l’islam radical ».

L’arrestation du « commando » de Sarcelles du 19 septembre, a mis en évidence de nouveaux antisémites : les français convertis à l’islam radical.

Nés en France donc Français, ils ont grandi dans nos banlieues et sont animés d’un fort sentiment antijuif nourri d’une haine nue pour Israël.

Ils n’ont plus de faux-passeports, se fondent sans problème dans la vie quotidienne des banlieusards, et peuvent improviser une agression comme d’autres braquent soudainement un bureau de tabac. Ils ont surtout de l’argent. Jérémie Louis-Sidney, converti, possédait lors de son arrestation chez lui, 27.000 euros en liquide, et Mohammed Mérah a pu acheter 20.000 euros d’armes.

« Le terreau est large et diffus, beaucoup plus que s’il s’agissait de suivre l’ultra-droite », reconnait Manuel Valls qui appelle ces nouveaux convertis les « ennemis de l’intérieur ».

Leur antisémitisme ne serait plus lié « à des évènements qui se dérouleraient ailleurs dans le monde, à travers le conflit israélo-palestinien » ajoute-t-il.

On n’hésite plus aujourd’hui à insulter, à frapper un citoyen parce qu’il est juif au nom même de son appartenance » mettant en cause de jeunes musulmans. Un nouveau front vient de s’ouvrir qui nous fait mieux comprendre aujourd’hui, pourquoi l’antisémitisme dans les banlieues est revenu à la « une » de l’actualité….

Les appels au meurtres se font en toute impunité

Dix ans après, la situation dans les banlieues a-t-elle changé?

En dix ans, on ne peut pas dire que les choses se soient véritablement amélioré sur le fond. A la sortie de l’ouvrage en 2002, nous avons du subir les foudres de la presse bien pensante qui était dans le déni sur la question de l’antisémitisme produit dans les banlieues françaises par les enfants issus de l’immigration nord-africaine. Heureusement, les pouvoirs publics de l’époque ont vite pris conscience de la réalité et ont su réagir : les ministres de l’éducation M, Ferry et Darcos ainsi que le président Jacques Chirac ont pris des mesures et ont eu des paroles fortes sans ambiguïté.

Les faits sont rapidement venus confirmer notre constat d’un antisémitisme décomplexé et ultra-violent dans certaines franges de la jeunesse française issue de l’immigration récente : l’assassinat d’Ilan Halimi, les délires antisémites de Dieudonné, et plus récemment les crimes de M. Mérah.

Tout cela a obligé les médias à regarder en face ce qu’ils considéraient comme paradoxal :

on peut être victime de racisme et être soi-même un raciste violent qui passe à l’acte, parfois de façon barbare.

Les excuses socio-économiques ont également fait long feu : tous les chômeurs issus de l’immigration (ou non) ne décident pas d’abattre des enfants juifs devant leur école pour se venger de leur difficultés sociales !

Le développement du salafisme et de l’intégrisme islamique dans les banlieues a de fait accentué les dérives racistes, sexistes et antisémites.

Les élèves juifs sont-ils nombreux à quitter les écoles publiques?

Dans les écoles publiques, surtout celles des quartiers sensibles, il n’y a plus aucun élève juif scolarisé : c’est une question de sécurité physique et psychologique qui oblige les parents – pour la plupart laïques dans leur pratique de la culture juive – à scolariser leurs enfants dans des écoles juives.

Mais dans les médias, on préfère parler de « repli communautaire juif » alors que c’est une simple mesure de sécurité quand les pouvoirs publics ne peuvent plus garantir la sécurité des enfants.

Il est inévitable que les français juifs se mettent à l’abri quand le danger menace, cela n’a rien à voir avec le repli communautaire que l’on note dans certains quartiers de banlieue au sein des populations musulmanes, qui veulent vivre à côté de la République, en marge des valeurs humanistes occidentales dans lesquelles ils ne se reconnaissent pas.

Cette situation conduit donc les communautés à se replier sur elle-même?

Ce qui est vraiment inquiétant c’est le refus du vivre ensemble républicain dans certains quartiers populaires qui a conduit à l’auto-enfermement de toutes les « communautés » présentes.

A Sarcelles, par exemple un juif et un musulman ne se côtoie pas autrement que dans une sorte d’indifférence méfiante– que certains naïfs appellent « tolérance réciproque ».

Les pouvoirs publics de certaines villes de banlieue ont sous-traité la paix sociale et choyé leur électorat en favorisant le communautarisme (musulman, juif, arménien, chinois, africain etc…).

Aujourd’hui, certains chefs religieux font la loi dans les quartiers (par exemple dans les cantines scolaires ou les clubs sportifs) et la municipalité n’y peut plus grand chose puisqu’elle les y a incité depuis vingt ans.

Dans ce contexte, les juifs ont deux choix : s’enfermer dans la bulle protectrice de la communauté ou aller vivre ailleurs, dans des villes où on peut encore exister et travailler sans être ramenés à son « identité religieuse », où on peut être tout à la fois juif, français, homme ou femme, de gauche ou de droite et côtoyer nos concitoyens.

Seine-Saint-Denis : plus d’enfants juifs dans les écoles publiques?

L’affirmation.

« Il y a des villes en France où l’on ne peut plus habiter tranquillement (…)

Comme le dit Luc Ferry, ancien ministre de l’Education nationale, il n’y a pratiquement plus aucun enfant juif dans les écoles publiques de Seine-Saint-Denis ».

Cette phrase a été prononcée sur Europe 1 par le grand rabbin de France Haïm Korsia. Une illustration, selon lui, du malaise et de la peur ressentis par certains parents face à la multiplication des insultes antisémites.

Davantage d’enfants dans le privé

S’il est impossible d’affirmer qu’il n’y a plus d’enfants juifs dans les écoles publiques du 93, on peut en revanche noter une tendance des parents à inscrire leurs enfants dans les établissements privés juifs.

Il y a dix ans, le département de Seine-Saint-Denis comptait trois institutions de ce type. Contre huit écoles privées aujourd’hui. La demande est donc là.

Haya, directrice de l’école privée d’Aubervilliers, explique à Europe 1 que « les effectifs ont augmenté de 20% ces deux dernières années, malgré le fait que des enfants sont partis faire « l’alyah ».

Une religion cachée

Sammy Ghozlan, le président de l’association des juifs de Seine-Saint-Denis, assure de son côté que les écoles publiques ne sont pas désertées.

Mais il a remarqué une chose :

certains élèves juifs scolarisés dans le public préfèrent cacher leur religion.

Des inscriptions dans les écoles catholiques.

Plus surprenant, par manque de place dans les écoles privées juives, certains parents décident d’inscrire leurs enfants dans les écoles privées catholiques du département.

« Près de deux tiers des effectifs sont constitués d’enfants de la communauté juive », affirme le président de l’association des juifs de Seine-Saint-Denis, qui explique ce choix des parents par la recherche « d’une forme de sécurité ».

Pourquoi les familles juives désertent des écoles publiques

Prononcés lundi 7 mars 2016, en marge du dîner annuel de son institution, les propos de Roger Cukierman, le président du Crif, ont pour le moins interpellé : « Les enfants juifs dans de très nombreuses écoles sont battus, insultés parce que juifs », a-t-il affirmé sur Europe 1.

Cette affirmation peut choquer, mais elle fait écho au constat que dressait dès 2004 un rapport de l’inspection générale de l’Éducation nationale portant sur « les signes et manifestations d’appartenance religieuse dans les établissements scolaires ».

Il y était question, « parfois dès le plus jeune âge », d’une « banalisation des insultes à caractère antisémite ». Une banalisation qui ne semblait « que peu émouvoir les personnels et les responsables », lesquels mettaient en avant « pour justifier leur indifférence, le caractère banalisé et non ciblé du propos, ou encore l’existence généralisée d’insultes à caractère raciste ou xénophobe entre élèves ».

Une réalité « stupéfiante et cruelle »

Évoquant des cas d’« agressions », voire de « persécutions », ce rapport officiel concluait : « Si le racisme le plus développé dans la société reste le racisme anti-maghrébin, ce n’est plus le cas dans les établissements scolaires, où il a été très nettement supplanté par le racisme anti-juif. Il est en effet, sous nos yeux, une stupéfiante et cruelle réalité : en France les enfants juifs – et ils sont les seuls dans ce cas – ne peuvent plus de nos jours être scolarisés dans n’importe quel établissement. »

Aujourd’hui engagé dans le projet Aladin, qui œuvre au rapprochement entre juifs et musulmans, l’auteur de ce rapport, Jean-Pierre Obin, persiste et signe.

« Aujourd’hui, dans certains ghettos urbains, plus aucun enfant juif ne fréquente l’école publique, observe-t-il. Et quand on demande aux enseignants des établissements concernés comment ils interprètent cette situation, certains répondent que les élèves juifs n’étaient plus assez nombreux pour se défendre… »

« Même quand la direction prend le problème à bras-le-corps, il arrive que de sévères sanctions, y compris des exclusions, ne suffisent pas à enrayer la violence, qui se reporte sur le chemin de l’école », déplore Jean-Pierre Obin (1).

Une crainte grandissante

Comme en témoignent plusieurs parents d’élèves non-juifs, des insultes ou remarques antisémites résonnent parfois jusque dans les cours de récréation au cœur de Paris, et de la part d’enfants d’origines diverses.

Des attaques qui se basent parfois sur le simple patronyme de l’enfant, quand bien même le lien avec le judaïsme a été rompu depuis plusieurs générations.

Dans certaines banlieues, les familles juives désertent carrément le secteur public, notamment au début du secondaire. « À la rentrée, nous avons accueilli 51 élèves venant d’établissements publics, un phénomène en nette augmentation depuis deux ans », indique par exemple la directrice d’une grande école juive sous contrat d’association avec l’État, en région parisienne.

« Parmi eux, quatre avaient subi – et je l’ai vérifié moi-même auprès de la direction de leurs établissements d’origine – des insultes ou agressions antisémites. Si ce n’était pas ce qui motivait exclusivement l’inscription dans notre école, les familles des autres nouveaux venus mentionnaient presque toutes la crainte de voir leur enfant être pris pour cible parce que juif. »

Et si on parlait des autres villes de France….

Islamisme à l’école: témoignage d’un ancien principal de collège à Marseille

Ex-principal dans trois des collèges les plus difficiles de Marseille, Bernard Ravet témoigne aujourd’hui avoir préféré ne pas recruter un élève israélien, par crainte pour sa sécurité.

Les langues se délient doucement sur les sujets qui font mal, dont l’antisémitisme du monde arabo-musulman fait partie. Benard Ravet, ex-principal d’un collège français, vient apporter un témoignage important à ce sujet. Il supervisait trois des collèges les plus difficiles de Marseille. Dans son livre qui fait grand bruit « Principal de collège ou imam de la République » qui vient de paraître aux éditions Kero, il rapporte une anecdote particulièrement emblématique du développement de l’antisémitisme dans certaines écoles publiques.

Chargé du recrutement des nouveaux élèves, il reçoit une mère pour inscrire son fils dans son collège. La famille vient d’arriver dans le quartier, directement d’Israël. M. Ravet sait que la situation pourrait se compliquer pour le jeune garçon.

« A peine aura-t-il baragouiné deux mots avec son accent à couper au couteau que les autres lui demanderont d’où il vient, raconte-t-il. S’il dit la vérité, il se fera laminer. Je n’ai aucun doute là-dessus…

Interrogés quelques mois plus tôt par un journaliste en reportage, des élèves ont répondu au sujet des juifs : « Il n’y en a pas. Et s’il y en avait, ils seraient obligés de se cacher ».

Je ne veux pas prendre de risque, encore moins en faire prendre à ce garçon ».

Il propose alors à la mère de privilégier l’école juive, mais celle-ci explique qu’il n’y a plus de place. Il passe alors quelques coups de téléphone pour réussir à lui en débloquer une.

« Je l’assume: ce jour-là, une fois encore, j’ai agi pour parer à l’urgence qui me semblait la plus vitale (…) les valeurs républicaines, en l’état, ne m’auraient pas permis de garantir la sécurité de cet adolescent dans mon collège musulman à 95%, où certains sont chauffés à blanc tous les soirs par satellites arabes vouant aux gémonies Israël et les juifs ».

« Imam de la République »: c’est ainsi que Bernard Ravet, 64 ans, principal de trois collèges situés dans des quartiers très défavorisés de Marseille entre 1999 et 2012, se rebaptise dans son livre, paru pour la rentrée (« Principal de collège ou imam de la République », éditions Kéro).

Principal de collège ou imam de la République

L’ancien chef d’établissement relate ses années passées à « maintenir les valeurs de la République contre vents et marées », face aux difficultés sociales, à la violence et au trafic de drogue, ainsi qu’aux tentatives d’entrisme de l’islam, parfois radical.

« Il y a urgence », clame M. Ravet, qui déplore l’abandon dont seraient victimes les personnels des collèges de la part de l’Éducation nationale « face à la montée de l’emprise du religieux ».

L’auteur en égrène quelques exemples: la découverte qu’un surveillant se livre au prosélytisme, la lutte autour de « la grille », que de plus en plus d’élèves tentent de franchir voilées, ou l’antisémitisme qui le contraint, préventivement, à orienter un élève juif venu d’Israël vers un collège confessionnel.

« Depuis plus de dix ans, le fanatisme frappe à la porte de dizaines d?établissements. Il cherche à empiéter sur le territoire physique de la République, centimètre par centimètre, en imposant ses signes et ses normes », résume-t-il. « Il faut en finir avec la loi du silence » plaide l’ancien principal qui affirme s’être « longtemps tu par respect du devoir de réserve ».

Réalisé à partir de plusieurs sources

Vous pouvez partager ce texte à condition d’en respecter l’intégralité, de citer le site: http://www.terrepromise.fr

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