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De 1189 à 1190, les pogroms anti-juifs à Londres, à York et à de nombreuses autres villes, ont montré la cruauté et la barbarie jamais vues par les juifs anglais. En effet, ces actes de violence se sont distingués comme certaines des pires atrocités commises contre les Juifs européens au Moyen Âge. Si cela est vrai, alors qu’est-ce qui a poussé les Anglais, qui n’avaient pas commis des actes de violence contre les Juifs, à tuer leurs voisins?

En réalité, le Pogrom de York était, comme les autres cas de violence anti-juive avant elle, causés par la ferveur religieuse des Croisades. 

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Au pied de la tour de Clifford, une plaque marque le chapitre le plus sombre de l’histoire de la communauté juive d’York.

Le zèle des Croisades a suscité une religiosité fanatique parmi la population anglaise, une sensation qui a conduit les gens à commettre des atrocités au nom du Christ. Les pogroms de 1189 et 1190 sont des récits préventifs des dangers de l’extrémisme religieux… notamment en Angleterre. (http://www.historic-uk.com)

York est une des plus anciennes villes de l’Angleterre. Les Juifs se sont installés à York – et en Angleterre en général – pendant l’Antiquité. Selon quelques historiens, ils vinrent déjà à l’époque de l’occupation romaine. (L’invasion romaine en Angleterre par Jules César eut lieu en l’an 55 avant l’ère vulgaire, c’est-à-dire 125 ans environ avant la destruction du deuxième Temple.)
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Statue de l’empereur romain Constantin à York Minster en Angleterre

En 740, une des premières lois édictées contre les Juifs en Angleterre eut pour auteur l’évêque d’York, loi d’après laquelle « aucun chrétien sincère ne devrait prendre ses repas avec un Juif ». D’autres lois similaires furent édictées de temps à autre, lois dont le but était d’opprimer et d’avilir la population juive en Angleterre.

L’histoire que nous allons conter ici constitue un chapitre d’héroïsme juif, s’exprimant par la volonté de « sanctifier le Nom divin ».

Elle s’est déroulée en 1189 et 1190, après le couronnement de Richard Ier, dit « Richard Cœur de Lion ».

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À cette époque, la communauté juive d’York était assez florissante, et possédait une Synagogue et même une yéchiva. À l’occasion de la cérémonie du couronnement du jeune Richard à l’abbaye de Westminster, les Juifs d’Angleterre dépêchèrent une délégation chargée de transmettre au jeune roi les salutations et les riches présents de la communauté israélite. Parmi les Juifs se trouvait une des personnalités les plus en vue de la ville d’York.

Les curés qui entouraient le roi et qui haïssaient les Juifs d’une haine implacable, eurent soin d’avertir le monarque de ne pas accepter de cadeaux des Juifs et de leur barrer le chemin de la salle du couronnement de crainte « qu’ils ne l’ensorcellent ».

Le jeune roi, n’étant pas ami des Juifs, se laissa persuader. Mais la poussée de la foule était si grande que la délégation juive fut projetée dans la salle malgré elle. Les représentants juifs furent roués de coups pour avoir pénétré à Westminster malgré l’interdiction.

Cet incident fâcheux eut des répercussions plus graves encore : une rumeur se répandit aussitôt disant que le roi avait donné l’ordre d’organiser le massacre des Juifs à Londres.

La plèbe inculte, toujours à l’affût du sang juif et des biens juifs, se rua sur le quartier juif de Londres armée de haches, de couteaux et de pierres. Tous les Juifs qui tombèrent entre leurs mains furent massacrés ou grièvement blessés.

Pendant vingt-quatre heures, le pogrome exécuté par la populace déchaînée fit son œuvre. Bien des maisons où les Juifs avaient cherché refuge furent incendiées par les massacreurs et les Juifs furent brûlés vifs ou se suicidèrent de crainte de tomber entre les mains des assassins assoiffés de sang.

Le pogrome de Londres prit fin, mais les persécutions et les massacres s’étendirent alors à toutes les villes anglaises et en particulier, au mois de mars 1190, à celle d’York.

Le pogrome à York débuta par l’irruption de la populace dans la maison d’un des Juifs les plus distingués de la ville, un nommé Rabbi Baroukh, un des délégués au couronnement et qui succomba à la suite des blessures qu’il avait reçues.

La plèbe se jeta sur son épouse, ses enfants et ses parents et les massacra tous. La maison de Rabbi Baroukh fut incendiée.

Après cet odieux exploit, la populace se serait peut-être crue satisfaite, mais le curé ne cessait de l’exciter et de l’encourager à renouveler cette attaque contre les autres Juifs. Les Juifs d’York, sans défense aucune, se trouvèrent: donc dans une situation terrible.

Rabbi Eliakoum, un des notables d’York, ami personnel du gouverneur de la ville, réussit cependant à obtenir que celui-ci prenne la population juive sous sa protection. Le gouverneur permit aux Juifs de se retrancher dans sa propre forteresse. C’est là qu’ils organisèrent une troupe d’autodéfense. La populace excitée fit le siège de la forteresse et essaya d’y pénétrer. Mais les Juifs assiégés se défendirent héroïquement et repoussèrent tous les assauts.

Pendant six jours, la bataille héroïque livrée par les Juifs contre leurs ennemis farouches se prolongea. La populace, de guerre lasse, était sur le point d’abandonner le siège.

C’est à ce moment qu’un ecclésiastique farouche fit son apparition parmi les assiégeants et se mit à prêcher, le verbe haut, la lutte « sainte » contre les: Juifs récalcitrants jusqu’au moment où ceux-ci voudraient bien, soit se convertir, soit subir la mort.

Une flèche bien dirigée, lancée par un des assiégés, mit fin à ce sermon meurtrier, mais la populace redoubla d’efforts pour enlever la forteresse. Cette fois encore, les assiégés héroïques réussirent à la repousser. Ce fut une bataille désespérée livrée par une poignée d’hommes contre une foule innombrable.

Mais les provisions que les Juifs avaient emportées avec eux dans la forteresse commençaient à faire défaut. La situation des assiégés semblait être sans issue. En dehors de la forteresse, c’était l’épée de l’ennemi, au dedans, c’était la famine. La défense s’affaiblit de plus en plus. Exténués par la longue et rude bataille et meurtris par la faim et la soif, les Juifs sentaient qu’ils ne pourraient plus très longtemps tenir.

Les Juifs assiégés étaient placés dans un dilemme cruel : ils en délibérèrent. Devaient-ils sauver leur vie en se convertissant au christianisme qui avait déjà verse tant de sang juif? Devaient-ils se convertir pour la forme en restant en secret fidèles à leur D.ieu, ou plutôt subir la mort, le sort des martyrs, et se sacrifier en vue de la sanctification divine.

C’est à ce moment qu’un vieux rabbin se leva, Rabbi Yomtov de Tabini, originaire de France, qui se trouvait en visite à York et qui avait dû partager le sort de ses coreligionnaires. Ceux-ci avaient les yeux tournés vers lui.

– Fils d’Israël ! s’exclama-t-il, le D.ieu de nos saints ancêtres nous met aujourd’hui à l’épreuve. Nous ne devons pas douter de ses voies et nous ne devons pas demander la raison de ce qui nous arrive. Notre D.ieu demande aujourd’hui de nous que nous sanctifiions Son Saint Nom afin que tout le monde sache que nous autres, Juifs, abandonnons volontiers notre vie pour notre Torah. À aucun prix nous ne devons racheter notre vie au prix de l’abjuration de notre foi. Pouvons-nous vendre notre vie éternelle au prix d’un salut provisoire ?…

De toute façon, la mort est inévitable. Alors il vaut mieux mourir d’une mort qui nous mène vers l’immortalité que de vivre d’une vie morte qui n’est qu’un abîme sans fond. Au surplus, nous ne sommes pas les premiers à subir le sacrifice de la vie dans la Sanctification de Son Nom. Je vous conseille donc, mes chers frères, de sacrifier nos vies volontairement pour notre D.ieu, plutôt que de tomber entre les mains de nos ennemis sanguinaires qui s’apprêtent sans doute à nous achever dans des tortures atroces, ou, ce qui est pire encore, de nous obliger à embrasser leur superstition. Fils d’Abraham ! Ôtons-nous la vie pour notre D.ieu, pour notre Torah, pour notre peuple !

Les paroles du vieux rabbin, sa voix tremblotante et les chaudes larmes qu’il versa déterminèrent une résolution farouche chez tous les Juifs assiégés. Du coup, toute crainte de mort disparut de tous les visages. Une lueur divine se déversa sur toutes les faces lorsqu’ils prirent la décision de mourir dans la sanctification divine.

Le lendemain, lorsque la populace déchaînée se rua à nouveau de bonne heure, une fois de plus, sur la forteresse, elle ne se heurta à aucune résistance. Avec une clameur farouche, les assassins pénétrèrent dans la forteresse, mais devant leurs yeux s’ouvrit une scène cruelle : les corps amoncelés des martyrs d’York.

Seuls, quelques-uns qui n’avaient pas eu assez de courage pour se supprimer eux-mêmes, étaient restés, espérant en la pitié des assaillants. Mais les assassins n’eurent aucune pitié des vivants et se vengèrent sur eux de l’héroïsme des autres. Tous furent passés par le fil de l’épée.

C’est de la sorte que périrent tous les Juifs d’York à cette époque, dans la Sanctification de Son Nom.

Et lorsque nous disons dans les prières de Seli’hoth « Agis pour nous au nom de ceux qui furent tués pour Ton Saint Nom », souvenons-nous aussi des martyrs d’York, souvenons-nous de tous les millions de Juifs, saints et innocents, qui sont morts dans la Sanctification Divine.

PAR NISSAN MINDEL

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