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Si l’action des catholiques français confrontés à l’affaire Dreyfus est aujourd’hui bien connue grâce aux travaux solides et nuancés de Jean-Marie Mayeur, Pierre Pierrard, Pierre Sorlin notamment1, la position du Saint-Siège est restée curieusement dans le flou, et mérite d’être éclairée.
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Le pape Léon XIII

La condamnation d’Alfred Dreyfus tomba en décembre 1894 sur le terrain fertile d’un actif antisémitisme d’inspiration catholique, mais aussi dans une période d’apaisement religieux rendu possible par l’encyclique sur le Ralliement de février 1892 et par l’esprit de conciliation de certains dirigeants de la République.

L’Affaire, principalement après sa réactivation à partir de 1897, par les passions suscitées et les divisions exacerbées en France mettait en péril la politique pontificale. Le poids du souverain pontife dans une Eglise de France ultramontaine, invite à préciser sa pensée et son action2.

La mémoire commune est généralement plutôt favorable à Léon XIII.

Si depuis Joseph Reinach l’antidreyfusisme des catholiques français est devenu une sorte de vulgate, même chez des historiens3, en revanche un brevet de dreyfusisme est volontiers délivré au pape, après Léon Blum qui écrivait en 1935 : « toutes les cours d’Europe étaient dreyfusardes […] Le pape et les plus hauts dignitaires de l’Eglise romaine l’étaient peut-être, l’étaient sans doute4 ».

Claude-Isabelle Brelot accréditait récemment cette thèse : « toutes les cours Européennes sont dreyfusardes, comme les princes en exil et la papauté en la personne de Léon XIII5 ».

Il est nécessaire, compte tenu du fait clérical dans l’affaire, d’aller au-delà de l’affirmation, et d’examiner avec soin la position du Saint-Siège et son évolution. Une telle démarche est possible grâce à toute une série d’informations tirées principalement des Archives de la Secrétairerie d’Etat, de la Sacrée Congrégation des Affaires ecclésiastiques extraordinaires, du ministère français des Affaires Etrangères, de la Congrégation de l’Assomption, et d’un examen attentif des imprimés, de La Civiltà Cattolica et de L’Osservatore Romano.

Le pape, la France, l’antisémitisme

Il ne s’agit pas de revenir sur des définitions de nature juridique ou théologique, de peu d’utilité ici, mais de souligner la diversité de la Curie romaine, loin d’être unanime derrière la politique française de Léon XIII.

Un rapport de l’Ambassade de France près le Saint-Siège de juin 1898, peu après les élections législatives6, soulignait la force de cette opposition réveillée par ce qui apparaissait, après la chute du cabinet Méline, comme un échec pour la politique pontificale.

Mais comme il est délicat de s’attaquer directement au Saint-Père, « la critique se donne plus librement carrière en affectant de dire que c’est la politique personnelle du cardinal qui est condamnée et que si le Pape mal renseigné s’est engagé c’est le secrétaire d’état qui a conduit l’entreprise et qui est responsable de l’échec En réalité, le cardinal Mariano Rampolla Del Tindaro, secrétaire d’Etat depuis 1887, était l’exécuteur dévoué de la volonté de Léon XIII, et non le mauvais conseiller que les monarchistes français et les milieux germanophiles de la Curie se plaisaient à critiquer. Celle-ci était traversée d’ « intrigues souterraines » explique un biographe du pape7. Elle était tout sauf monolithique, traversée de courants et de contre-courants qui s’enchevêtraient autour du pape, situation qui pouvait peser sur les prises de décision.

Léon XIII, pape depuis 1878 a cependant marqué son règne par l’audace de ses initiatives visant à sortir l’Eglise de la citadelle assiégée par le monde moderne dans laquelle l’avait enfermée son prédécesseur, pour au contraire le conquérir et le christianiser.

Fondé théologiquement sur la rénovation du thomisme par l’encyclique Aeterni Patris en 1879, son souci de dialogue avec le monde s’était manifesté à travers des encycliques comme Libertas (1888), Sapientiae christianae (1890), Rerum novarum (1891), et encore, réservée au cas français, Au milieu des sollicitudes (1892).

Sur la question de l’antisémitisme, le pape paraît occuper une position très en retrait.

Certes la dénonciation dans Rerum novarum de l’ « usura vorax » a été souvent interprétée comme celle de la banque juive ; du moins telle en a été l’interprétation par le catholicisme social qui portait en lui un fort antisémitisme économique8. Mais rien dans le texte de l’encyclique ne vient véritablement corroborer cette interprétation.

En revanche, certaines prises de position révèlent une grande méfiance pour l’antisémitisme militant. Ainsi en a-t-il été à l’occasion du Congrès national de la Démocratie chrétienne à Lyon en novembre 1896- 9.

Cette rencontre comprenait en fait quatre congrès : un congrès antimaçonnique, un congrès social, celui de l’Union nationale, et un congrès antisémite qui devait être présidé par Edouard Drumont. Etienne Lamy, l’homme sur lequel Léon XIII s’était tant appuyé au moment du Ralliement, servit d’intermédiaire pour obtenir une bénédiction pontificale.

Le 1er novembre 1896, dans une lettre à Mgr Mourey, prélat français auditeur de Rote, qui était son intermédiaire pour atteindre le cardinal Rampolla, il reconnaissait son inquiétude quant à la présence de Drumont, mais insistait sur le fait que le Congrès serait dans son ensemble résolument républicain ; selon lui il fallait donc passer sur l’inconvénient Drumont et soutenir le Congrès.

La réponse de Mgr Mourey, le 15 novembre, indique, sur instruction du secrétaire d’Etat, qu’il n’en est pas question : « le Congrès Anti-Sémitique doit absolument demeurer étranger à cette Bénédiction. Et cela, parce qu’en dehors de toute question de personne, le Saint Siège a pour règle de se tenir partout en dehors de cette campagne10 ».

Si bien que la bénédiction pontificale ne s’adressa qu’à trois de ces congrès, excluant l’antisémite.

Le cardinal Rampolla tint à préciser à l’ambassadeur Poubelle qu’il agissait bien d’un désaveu de la part du Saint-Siège11. La prévention à l’encontre de Drumont et de sa Libre Parole était très grande à Rome. Les rapports des nonces sont pleins de mises en garde, comme celui de Mgr Lorenzelli du 21 février 1901 : « le plan de la Libre Parole de discréditer continûment les Nonces et le Saint-Siège est bien connu12 ».

En 1894 le cardinal Rampolla a dû rappeler, à propos du programme du Parti chrétien social en Autriche, que l’on ne doit pas donner un caractère antisémite à un programme politique s’inspirant de Rerum novarum13

Il serait pourtant erroné de faire de Léon XIII et de ses plus proches collaborateurs, des philosémites. Rien n’indique qu’ils partagent les vues d’un Anatole Leroy-Beau lieu exprimées dans Israël chez les nations (1893), réfutation de l’antisémitisme au nom du christianisme, ou du père Giovanni Semeria auteur en 1901 de Il Primo sangue cristiano, mais qui devait être victime du Saint-Office.

Les préjugés théologiques (le déicide) et économiques (l’usure, la banque, la finance internationale) restaient puissants au Vatican.

En témoigne la revue des jésuites, La Civiltà Cattolica, dont le caractère officieux, les liens privilégiés avec le pape, l’aspect collégial des articles revus au Vatican, sont bien connus14.

Dans les années qui nous intéressent ici, le cardinal Rampolla put s’appuyer sur le père Salvatore Brandi qui l’aida à orienter la revue sur une ligne favorable à la France15, et elle joua un rôle très important dans la diffusion du thomisme. Elle n’en restait pas moins porteuse de l’antisémitisme le plus classique, tout en restant très éloignée des excès de certaines feuilles françaises.

La tendance perceptible à la veille de l’affaire Dreyfus paraît donc plutôt au pragmatisme et à la modération. Celle-ci déclenchée, il convient d’être très attentif à la chronologie.

1847-1897 : une attention prudente

L’Osservatore Romano du 14 décembre 1894 donnait une information sur le procès du capitaine en soulignant le soutien de ses « coreligionnaires juifs » et de « l’or » mobilisé à cette occasion, thème repris amplement par la suite. Avec quelque perspicacité, l’on ajoutait qu’il « semble bien que cette affaire menace de prendre des proportions plus sérieuses qu’on ne le craignait ».

Quelques jours plus tard, l’on revenait sur la condamnation pour préciser que de toutes façons Dreyfus étant juif, il ne pouvait être Français (Oss. Rom., 27 décembre 1894) et que non seulement il était juif, mais franc-maçon (Oss. Rom., 30 décembre 1894).

Le numéro du 7-8 janvier 1895 relatait la scène bien connue de la dégradation, puis le condamné disparaît complètement des préoccupations du journal, jusqu’au début de 1898.

Une trouble affaire d’espionnage avait été jugée, il n’était pas nécessaire d’y revenir. Pourtant, les jésuites de La Civiltà Cattolica ont été impressionnés par la cérémonie du 5 janvier, particulièrement par les proclamations d’innocence de Dreyfus ; l’on se déclarait dans la revue troublé par le jugement à huis clos du Conseil de guerre, et même si on ne doutait pas que les juges eussent de solides preuves, on regrettait que le procès n’eût pas été public16.

En 1896, Lucie Dreyfus, l’épouse de l’officier déporté à l’île du Diable, paraît s’être adressée au pape.

Sur la proposition et avec l’aide du journaliste Clifford Millage, elle rédigea une lettre pathétique en latin, publiée en anglais dans The Sunday spécial du 5 décembre 1897, et en français, dans Questions actuelles, revue éditée par les assomptionnistes de la Bonne Presse, du 18 décembre 189717.

Elle y soulignait la judaïté de son mari, rappelait la condamnation, montrait les doutes pesant sur celle-ci, parlait d’erreur judiciaire, émettait l’hypothèse que « le préjugé antisémitique n’ait eu beaucoup d’influence dans cette affaire » et implorait « la compassion du Père de l’Eglise catholique », auquel elle s’adressait en tant qu’épouse « accablée de douleur qui lève ses yeux pleins de larmes vers le Vicaire du Christ, comme autrefois les Filles de Jérusalem élevèrent leurs regard vers le Christ lui-même ».

Selon Mathieu Dreyfus c’est le journaliste britannique qui se chargea de faire parvenir la supplique au pape.

L’on a reproché à Léon XIII de n’avoir pas donné suite à cet appel18.

Mais cette lettre, dont on ne retrouve pas trace aux archives du Vatican est-elle parvenue à destination ? Un vigoureux démenti a été publié en 1899 par La Civiltà Cattolica : « nous pouvons en toute sûreté et en défiant tout démenti, déclarer publiquement, que ni cette lettre ni aucune autre sur un tel sujet n’a jamais été envoyée au Saint-Père19 ».

On ajoutait que c’était un faux, destiné à tromper le public et à le monter contre le Saint-Siège. Laissons à la revue la responsabilité de ses commentaires ; en revanche, ne convient-il pas de prendre en considération la vigueur du démenti, le support choisi pour le diffuser, l’absence de trace, même indirecte dans les. archives ?

Ne peut-on penser que l’on a là une vraie-fausse lettre faisant partie, avec la rumeur de l’évasion de Dreyfus, de l’arsenal destiné à l’automne de 1896, à relancer l’affaire assoupie ?

Pourtant, selon le journal romain II Messaggero du 2 septembre 1898, le cardinal Rampolla aurait regretté de ne pas avoir accordé une audience à la famille du capitaine « qui avait choisi Léon XIII comme juge suprême20 ».

Quoiqu’il en soit, la Secrétairerie d’Etat paraît s’être tenue au courant des événements ; la nonciature fit parvenir un exemplaire du plaidoyer de Bernard- Lazare, Une erreur judiciaire.

La vérité sur l’affaire Dreyfus, dans son édition publiée par Stock en novembre 189721 ; les nonces en France (Mgr Clari) et en Bavière (Mgr Lorenzelli) l’informaient de l’état de l’opinion22 ; l’on disposait aussi de quelques-unes des nombreuses expertises des écritures d’Alfred Dreyfus et du bordereau au vu duquel il avait été condamné, commandées entre février et août 1897 par Mathieu23 : il n’y en a pas moins de cinq dans les archives, concluant toutes à l’innocence du condamné24. Ces papiers ont-ils été analysés ? Aucun document, aucune annotation ne permet de préciser l’usage qui en a été fait.

Pourtant l’on ne parvint pas accorder à ces documents une importance déterminante (l’on ne sait pas à quel moment exact il sont parvenus à Rome, mais c’est très probablement au plus tard au début de 1898 si l’on en juge par le dossier de classement).

L’affaire relancée par le procès Esterhazy et la dénonciation fameuse d’Emile Zola, trouva au début de 1898 au Vatican, de l’intérêt, et pour Dreyfus de l’hostilité.

Le sentiment dominant a été correctement résumé par Maurice Paléologue en déplacement à Rome du 5 au 20 mars 1898 : « on y évite de se prononcer sur le fond du drame judiciaire, sur la question de savoir si Dreyfus a été légalement et justement condamné. Mais, avec une insidieuse ténacité, on n’y perd aucune occasion de plaindre la pauvre France, qui mesure maintenant à quelles épreuves, à quels périls s’expose une nation lorsqu’elle se laisse gouverner par les francs-maçons, les protestants, les athées, les juifs !25 ».

Ce sentiment, répandu dans la Rome vaticane, est confirmé par le témoignage d’un jeune homme de 25 ans, alors étudiant à la Sapienza et à l’Apollinare, Bonaventura Cerretti, qui devait être nonce à Paris de 1921 à 1926 et cardinal. Son Diario montre de l’intérêt pour les événements de France, et à la date du 28 février, on lit : « Jeudi Zola a été condamné au maximum de la peine, un an de prison et 3 000 lires d’amende ! ! ! Bien fait pour lui ! Les juifs et les maçons ne peuvent pas nous laisser en paix ! ! ! Poveretti ! ! !26 ».

L’interprétation du nonce (Mgr Clari), que Rome fit sienne, était qu’il agissait d’une manœuvre électorale, « contre le gouvernement, contre l’armée et aussi contre nous », écrit-il dans son rapport du 1er décembre 1897, « sont fortement organisés les juifs, les protestants, les socialistes et les fanatiques d’occasion appartenant aux divers partis. Pour tous il suffit de citer la seule affaire Dreyfus qui est une véritable manœuvre électorale alimentée par les trésors juifs et protestants27 ».

Il évoquait aussi l’argent anglais et son organe, L’Aurore. Le 23 janvier, il se réjouissait des excès selon lui, des partisans de Dreyfus, de « l’affaire Zola ”, des incidents du 22 janvier à la Chambre des députés, car à l’approche des élections, « sont tombés dans le mépris du pays, les juifs qui sont les principaux agents électoraux grâce à leur argent et les socialistes qui ont fait cause commune avec les premiers28 ».

Ces rapports qui soulignent la myopie et le manque de discernement de Mgr Clari, étaient bien accueillis à Rome.

Dans sa réponse datée du 27 janvier, le Secrétaire d’Etat indiquait que le pape s’était réjoui de ces informations, « il a manifesté l’espoir que rien ne vienne troubler la préparation des prochaines élections », et invitait le nonce à veiller sur leur cours29. Les préoccupations de Rome allaient aux élections prévues au mois de mai.

Dans l’été 1897, Léon XIII avait confié au père François Picard, Supérieur des Assomptionnistes et à dom Sébastien Wyart, abbé général des cisterciens de la Trappe, une mission auprès des évêques et des personnalités catholiques, en vue d’assurer leur union à l’approche de ces élections. Le 21 janvier, le président du Conseil Jules Méline répondait aux attaques du radical Alexandre Bérard par un éloge appuyé de Léon XIII, « trop prudent et trop sage » pour s’immiscer dans la politique française30.

A Rome, l’on rêvait de l’impossible vote catholique, et l’on n’avait pas encore pris la mesure de la gravité des implications de l’affaire.

Les événements de janvier-février 1898 (procès Esterhazy, J’accuse de Zola, le procès de ce dernier31), étaient présentés dans L’osservatore Romano comme dans La Civiltà Cattolica sous un jour très défavorable à Dreyfus, et avec une forte dose d’antisémitisme : le complot juif, l’or des juifs (auxquels étaient associés les francs-maçons et les protestants), étaient des thèmes récurrents.

Dans cette affaire « suscitée par le judaïsme » seule trouvait grâce et « compassion « Lucie Dreyfus : « comme mère et comme épouse sa conduite relève de l’héroïsme ; sa fidélité qui survit au malheur et au déshonneur, mérite l’éloge de tout cœur bien né » (Oss. Rom., 14-15 février 1898).

Zola en revanche était traité dans La Civiltà Cattolica du 11 décembre 1897 de « pornographe ».

Si les compte rendus de la « Chronique » de la revue des jésuites étaient moins agressifs, en revanche un article de fond particulièrement dur, rédigé par le père Raffaelle Ballerini, Il caso di Alfredo Dreyfus fut publié dans le numéro du 24 janvier 189832.

L’on y parlait de « légitime sentence », et on justifiait le huis clos qui avait pourtant été jugé troublant trois ans plus tôt : l’erreur judiciaire n’est pas envisageable, ce thème a été inventé en 1897 par les juifs « pour sauver un des leurs traître à la France ».

L’article reprenait les grands thèmes de l’antisémitisme conquérant français : un pays colonisé par le judaïsme cosmopolite qui, bien que minoritaire mais allié à la franc-maçonnerie, s’est emparé de tout et sans rire, on énumérait : « du barreau, de la presse, du commerce, de la banque, des chemins de fer, de l’université, de la littérature, de la science, de l’administration publique, et en grande partie du pouvoir législatif et même de l’armée ».

La trahison est la vocation des juifs ; ils complotent, ils ont accumulé un trésor dont une bonne partie vient d’Allemagne ; Zola est un « immonde romancier » et Esterhazy un « malheureux major » ; on dénonce le complot judéo-protestant en établissant la liste des soutiens protestants de Dreyfus, mais sans évoquer les catholiques engagés auprès de lui, comme son avocat, maître Edgar Démangé, l’un des tous premiers à croire à son innocence que Jean-Denis Bredin décrit ainsi : « catholique, conservateur, porté par beaucoup de préjugés du côté des accusateurs de Dreyfus, il ne verra que les violations du droit, la fragilité de l’accusation, le risque d’une effroyable erreur judiciaire. Il deviendra l’avocat tout dévoué de l’officier juif. Il le restera à travers toutes les épreuves, sacrifiant sa carrière, jusqu’à l’accomplissement total de sa tâche33 ».

Cependant, dans le même article, on mettait en garde contre les excès de l’antisémitisme à la Drumont, en condamnant la « solution » proposée par l’abbé Louis Vial dans Le Juif Roi, comment le détrôner (Paris, Lethielleux, 1897) qui préconisait le bannissement des juifs.

Elle était présentée comme « non pratique », « non juste », « non chrétienne », et le jésuite rappelait que les papes ont toujours protégé les juifs au nom de la charité.

Une position donc ardemment antidreyfusarde, vigoureusement antisémite, mais restant en-deçà de certaines limites.

Le modèle restait celui des juifs du pape : tolérés et jusqu’à un certain point respectés, mais surtout pas égaux en droit avec les catholiques : accorder cette égalité des droits restait pour la revue italienne l’une des grandes erreurs de la Révolution française.

Le tournant de l’été 1898

Louis Capéran et Jean-Marie Mayeur ont montré comment l’opinion catholique, comme l’ensemble de l’opinion française, a évolué de « l’antidreyfusisme à la lente acceptation de la révision après le suicide d’Henry ».

Pierre Veuillot écrivait le 1er septembre 1898 dans L’Univers qu’un doute pénètre dans les cerveaux et dans les cœurs d’un grand nombre34 », et Eugène Veuillot dans le même journal du 4 août 1899 : « nous n’avons pas déclaré la révision indispensable, mais nous avons senti qu’elle deviendrait inévitable35 ».

Une semblable évolution, qui concerne aussi d’autres familles de pensée, est perceptible à Rome. L’Osservatore Romano du 6-7 septembre 1898 évoquait l’émotion qui suivit la révélation du faux Henry et le suicide du colonel : l’affaire avait pris un tour nouveau.

La Civiltà Cattolica ne publiait plus depuis janvier d’articles de fond, se contentant de tenir ses lecteurs informés de l’évolution à travers la « Chronique» au ton assez modéré et souvent très neutre, ce qui ne l’empêchait de donner quelques coups de patte antisémite et d’opposer l’action positive des catholiques à l’agitation : « au milieu de la furie des luttes judaïques il est doux de repenser au grand bien que la France dispense dans les lointaines parties du monde entier avec ses missionnaires et avec les religieuses36 ».

Maurice Paléologue prit la mesure de l’évolution des esprits au cours d’un nouveau séjour à Rome du 28 février au 16 mars 1899, et il en a été frappé : « Au Vatican et dans les salons « noirs », le crime de Dreyfus n’est déjà plus un de ces axiomes irréfragables qui portent en soi leur évidence. On ne professe plus que « les Juifs ont été créés par un décret spécial de la Providence, afin que les traîtres ne manquent jamais aux nobles causes »… On pèse maintenant ses paroles ; on se tient sur la réserve37 ».

Surtout, le fait nouveau, c’est que le pape monta lui-même en première ligne.

Léon XIII, très inquiet du tour que prenaient les événements, et du rôle joué par des catholiques éminents, s’attacha à déconnecter l’affaire Dreyfus de la religion, comme un démineur cherchant à désamorcer une bombe à retardement.

Pour atteindre cet objectif, deux voies furent empruntées en concomitance : il s’agissait d’une part de définir l’affaire comme une simple affaire judiciaire dans laquelle la religion n’avait que faire, et d’attendre le verdict de la justice avec confiance, et d’autre part, de calmer les catholiques agités.

Trois types de moyens furent utilisés : les remontrances discrètes via la nonciature, dont on changea le titulaire en juillet 1899, les fermes rappels à l’ordre, et plus spectaculaire, parce que sans précédent, un entretien accordé par le pape à un journaliste, signe de l’importance qu’il accordait à l’Affaire et aux conséquences désastreuses pour l’Eglise qu’il percevait.

Les inquiétudes du pape

Informé par les nonces, le Vatican est également alerté par des catholiques soucieux de l’engagement virulent d’une partie de la presse catholique dans le camp antidreyfusiste.

Révélée par le père Lecanuet, l’intervention de Paul Viollet, membre de l’Institut, auprès de Mgr Clari en octobre 1898 était placée sous le sceau de l’indignation : « l’attitude des catholiques marquants et des journaux catholiques, en particulier des journaux qui sont réputés suivre de très près les indications de la Cour de Rome (La Croix et principalement les Croix) constitue en ce moment pour tout les esprits droits et éclairés un scandale sans nom. Ces catholiques […] soutiennent […] les plus épouvantables erreurs, la cause du mensonge et du crime contre la vérité, le droit et la justice ».

Et celui qui allait fonder en 1899 le Comité catholique pour la Défense du Droit avertissait : « une pareille attitude est en soi monstrueuse : elle ménage de plus à la religion les plus douloureuses et les plus explicables représailles38 ».

Plus tard, en juillet 1899, une autre figure représentative du catholicisme français, mais engagée dans l’antidreyfusisme, Albert de Mun, s’inquiéta de ce que les catholiques pussent être assimilés à Déroulède en raison d’une « campagne antisémitique, entendue dans le sens d’une hostilité contre tous les juifs indistinctement et parce qu’ils sont juifs », et il demandait une intervention de Rome, « le plus tôt possible et très confidentiellement39 ».

Significative aussi est cette lettre qu’un prêtre de base, J. Prénest, qui se présentait comme « prêtre partant pour l’Amérique », adressa au Saint-Père dès février 189840.

Les catholiques français, disait-il, plutôt que d’écouter les conseils « si sages et si pacifiques » du pape, se « laissent entraîner par des chefs haineux et sans conscience ». Il soulignait que « ces haines et ces colères […] s’exercent presque au nom du zèle religieux ». Il demandait au pape d’intervenir en faveur de la justice : « Votre Sainteté ne saurait, je le sais, dans le conflit actuel, prendre parti expressément pour les adversaires formels de la Religion, mais elle pourrait nous redonner l’exemple qu’elle nous a toujours donné de la justice, et prendre parti pour la Justice où qu’elle soit. Le Juif que l’on accuse d’avoir trahi son pays, et que des chrétiens poursuivent encore de leur haine est peut-être innocent ou n’est que la victime de nos haines ». Et de souligner les conséquences possibles, contre le catholicisme, l’injustice entraînant « un même esprit d’injustice » ; en revanche, en intervenant, « Votre Sainteté se concilierait des ennemis peu habitués à cette franchise ».

A travers ces interventions, à des dates diverses, et de niveaux et d’origines différents, trois thèmes revenaient toujours et s’entrecroisaient : le souci de justice, le souci de se démarquer de l’antisémitisme, et un souci d’intérêt, de défense des positions du catholicisme en France.

On observe cet entrecroisement chez Léon XIII, avec à la fois le souci de la justice, de la compassion exprimée avec des accents de sincérité pour Dreyfus en mars 1899, et une très forte préoccupation pour le sort de sa politique française, mal reçue on le sait par une partie de la Curie.

Or l’affaire Dreyfus ne pouvait que créer une profonde lacération entre les catholiques français et en même temps creuser le fossé entre les catholiques et les autres membres de la communauté française, dans un contexte marqué par une surenchère nationaliste, où le souvenir du boulangisme était encore vif.

Comme l’écrivait avec inquiétude Albert de Mun dans sa note transmise en juillet 1899 « les passions anticléricales se sont emparées des malheureux incidents survenus depuis deux ans pour s’en faire une arme de combat contre l’Eglise et ses représentants ».

En particulier, l’on s’attaque, disait-il à l’enseignement catholique et la prudence générale du clergé et des évêques risque d’être emportée par l’agitation de quelques-uns, notamment les Croix, « non seulement La Croix de Paris, mais celles des départements ».

Dès son arrivée, Mgr Lorenzelli fut effaré des divisions, des agitations, des violences provoquées par l’Affaire ; des évêques « ont invité à prier pour que le Ciel donne la paix à ce pays », annonçait-il dans son rapport du 19 août 1899, et plus tard, en mars 1900, il se plaignit de l’action des jusqu’au-boutistes qui voulaient selon lui la rupture avec la République. Plus lucide que son prédécesseur, il laissa parler son indignation, ne trouvant pas de mots assez durs : « des insensés, ni bons catholiques, ni bons français. Ici, la société antirépublicaine est tellement passionnée qu’elle veut voir un juif, un franc-maçon, un traître de la France en quiconque ne maudit pas publiquement et sans mesure ce gouvernement41 ».

Depuis longtemps Léon XIII et le cardinal Rampolla en étaient conscients. Depuis l’encyclique du Ralliement ils n’avaient cessé de multiplier les appels à la concorde et à la soumission. Le secrétaire d’Etat le rappelait au nonce dans ses instructions du 28 avril 1897 : « devoir des catholiques de s’unir et, en acceptant loyalement la forme de gouvernement constituée, s’engager à amender la législation en ce qu’elle offense la liberté et la justice due à l’Eglise […]. Les catholiques français comme cela leur a déjà été dit tant de fois devraient dominer les passions politiques, et dociles aux directives pontificales, agir tous d’accord avec perspicacité et prudence pour obtenir ce qui est pratiquement possible42 ».

Dans ses rapports, l’ambassadeur de France soulignait après chaque entretien avec le cardinal Rampolla, ses propos bienveillants pour la République, ses protestations de conciliation: il s’agissait de placer l’action des catholiques sur le terrain constitutionnel. Il écrit le 2 juillet 1899 : « il n’est pour ainsi dire pas un des entretiens que j’ai eus avec le Secrétaire d’Etat où celui-ci ne soit revenu avec moi sur ce point, avec une vivacité et une insistance que je crois de mon devoir de signaler, une fois de plus, à Votre Excellence. A sa dernière audience, le cardinal Rampolla a pris occasion de mon prochain voyage à Paris pour me demander, dans les termes les plus pressants, de signaler au Gouvernement de la République le prix que le S. Siège attache à maintenir les catholiques en dehors de toute compromission avec les partis hostiles à la République et les efforts utiles qu’il n’a cessé de faire en ce sens43 ».

Et rendant compte de son audience avec le pape lui- même, l’ambassadeur Nisard relevait : « il s’est étendu avec complaisance sur les motifs de sa prédilection pour notre pays. (Le pape a rappelé) les recommandations réitérées qu’il avait adressées aux catholiques en vue de les maintenir unis sur le terrain constitutionnel. Il a renouvelé avec une grande énergie des protestations contre toute compromission avec des partis monarchiques44 ».

La lettre pontificale adressée en septembre 1899 au clergé de France, consacrée notamment à la formation des prêtres, rappelait la « discrétion » qui devait présider à leur action publique.

A contrario les comptes rendus du nonce à Paris de ses audiences avec le ministre des Affaires Etrangères, soulignent le poids des responsabilités de La Croix et des catholiques antidreyfusards dans le durcissement de la politique religieuse du gouvernement45.

Faisant à nouveau le point le 7 mars 1900, le nonce indique être revenu avec le ministre « sur la genèse historique des troubles actuels, remontant en arrière, à la triste affaire Dreyfus » ; ce fut l’occasion pour Mgr Lorenzelli de réfuter l’idée de la responsabilité de l’enseignement catholique, notamment des jésuites, dans le jugement du tribunal militaire, et d’appeler à la réconciliation et à la pacification en mettant en avant… la politique de Bismarck et la fin du Kulturkampf46.

Mais, dit Armand Nisard, à la suite d’une audience chez le pape le 20 janvier 1901, « je n’ai pas été contredit lorsque j’ai fait remonter la délicatesse et l’importance de la tâche que le gouvernement avait à accomplir, au milieu des passions déchaînées par la crise, dont les blâmes infligés par le Saint Père lui-même à certains religieux indiquaient suffisamment à qui remontait la responsabilité47 ».

Le pape avait bien quelques raisons de s’inquiéter : l’affaire Dreyfus venait interférer avec sa politique d’apaisement avec la France.

Il exprima aussi, dans le Figaro du 15 mars 1899, la crainte que la France n’entraînât dans son sillage d’autres nations : « c’est une des grandes prérogatives de votre grande nation, d’être appelée à marcher en tête de la civilisation ou de la barbarie. Ne dirait-on pas que la France est le cœur du monde, et que les autres nations ne font que se régler aux impulsions heureuses ou déplorables qu’elles en reçoivent ? ».

Face à « cette atroce agression des partis » il lui fallait à tout prix tenter de calmer le jeu.

Attendre la sentence des tribunaux

Retraçant une rétrospective de l’affaire et de la position du pape, La Civiltà Cattolica du 10 octobre 189948 rappelait que l’affaire n’était qu’une affaire judiciaire, relevant des tribunaux français, « une cause privée, interne au gouvernement français et de compétence exclusive du Pouvoir judiciaire ». Il ne pouvait être question pour le pape de s’en mêler.

Le rédacteur signalait que la revue n’avait publié qu’un seul article, au début de 1898, puis elle s’était contentée « d’enregistrer historiquement les faits » : « et quant au jugement, nous restons fermes dans l’attente de la sentence des tribunaux. Nous ne pouvions rien faire d’autre pour rester sages ». Etait-ce sur instruction supérieure ?

En septembre 1898, l’ambassadeur de la France près le Saint-Siège signalait que, contrairement à la presse « libérale » attaquant l’Etat-Major, « les organes du Vatican se faisaient remarquer par leur réserve et leur correction. La plupart se sont bornés à relater les événements en émettant l’avis qu’il convenait d’attendre, avant d’émettre un jugement, que la lumière fût faite sur une situation encore obscure49 ».

Cette position fut confirmée dans le courant de l’année 1899. Le ton fut donné par Léon XIII : « cette malheureuse affaire n’a-t-elle pas trouvé enfin son tribunal ? » s’écria-t-il dans Le Figaro. Appliquant à la lettre cette directive, Mgr Lorenzelli rencontrant le comte de Munster, ambassadeur d’Allemagne à Paris, qui lui demandait son avis, répondit que « cette affaire ne m’intéressait en aucune manière, et qu’étant une affaire judiciaire, elle appartient exclusivement au tribunal de Rennes50 ».

Le procès de Rennes fut suivi à Rome avec une attention particulière. « Un service spécial de dépêches fonctionne entre Rennes et les bureaux du secrétaire d’Etat », assurait le correspondant du Daily Mail dans la capitale de la chrétienté, repris par Le Temps du 31 août 1899.

Qu’entendait-il par « service spécial » ? Il est vrai que L’Osservatore Romano consacra une très large place aux débats, les relatant amplement chaque jour. Le jugement fut accueilli par l’organe du Vatican avec satisfaction : sans en voir le caractère étrange, l’on pensait qu’il devrait contenter ceux qui s’opposaient à « l’inique et antipatriotique campagne des défenseurs de Dreyfus », tout comme ses partisans car sa libération était proche désormais (Oss. Rom., 13-14 septembre 1899).

L’on avait pas compris le caractère supérieur du débat, et on reprochait à ces derniers de ne pas désarmer, de poursuivre l’agitation après que le verdict eût été rendu et de menacer de boycotter l’exposition universelle (Oss. Rom., 15-16 et 20-21 septembre 1899).

Le 14 juillet 1906, L’Osservatore Romano annonça « la sentence dans l’affaire Dreyfus » : c’était « le dernier mot ». On se réjouissait que justice fût rendue, mais en évoquant d’une manière générale des innocents injustement condamnés, mais qui « n’ont pas trouvé un Zola fulminant », « peut-être parce qu’ils n’étaient pas juifs ». Le caractère exemplaire de l’affaire aux yeux du droit et de la justice restait récusé.

Cette position présentait la commodité de pousser les catholiques français à ne pas se mêler d’une affaire qui n’était pas la leur, mais celle de la justice. En Italie la presse d’inspiration catholique se tint sur la réserve51. L’on perçoit ici la distance avec les « catholiques dreyfusards » qui prétendaient défendre, justement au nom des principes évangéliques et de leur foi, le droit et la justice.

Selon le nonce, l’épiscopat organisa des prières, mais il se tint coi. Ce silence lui fut reproché par les antisémites qui n’y virent que bassesse vis-à-vis du gouvernement, mais aussi par les dreyfusards qui y virent approbation tacite de l’antisémitisme de La Croix. En écho au pape, le cardinal Lecot, archevêque de Bordeaux répondait à Léon Chaine que les catholiques n’avaient pas les éléments pour juger des affaires judiciaires, l’autorité des tribunaux ne pouvant être remise en cause52. Cette position était politique, pragmatique, prudente, désespérante pour ceux qui, comme l’abbé Brugerette, faisaient de la justice et de la vérité des vertus chrétiennes supérieures53. Cette position n’était pas prophétique.

L’adresse aux Français

Léon XIII aurait pu se montrer plus prophétique en s’adressant directement aux Français. Il le fit à travers un entretien avec le publiciste Augustin Boyer d’Agen. Auteur de divers ouvrages d’inspiration catholique comme Terre de Lourdes en 1894 et surtout La jeunesse de Léon XIII d’après sa correspondance inédite. De Carpineto à Bénévent (1810-1838), en 189654, qui lui avait permis d’approcher le pape, il publia cet entretien dans Le Figaro du 15 mars 1899 sous le titre anodin « Une visite à Léon XIII », mais en première page et sur trois colonnes. Il faut souligner l’importance de cette démarche, son caractère inédit, qui confirme le souci grandissant du pape.

Dans ce texte le pape s’attachait à clairement séparer la religion de l’affaire : « qu’on n’espère pas, proclamait-il, faire une affaire de religion de cette affaire de partis ».

Il ajoutait « notre religion, à nous, a déjà consacré par le silence et la résignation, la juste cause de plusieurs millions de martyrs. A qui le Colisée a-t-il conté ses drames lamentables, qu’ont à tout jamais étouffés la poussière des mines et le pardon des saints ? Notre leçon est avec notre maître, au Calvaire. Heureuse la victime que Dieu reconnaît assez juste pour assimiler sa cause à celle de son propre Fils sacrifié ! Que nous servirait-il même de connaître son nom nos martyrologes en sont pleins ».

Joseph Reinach a salué cette initiative : « Rome n’a coutume, écrit-il dans son Histoire de l’Affaire Dreyfus, ni d’avancer l’aiguille sur le cadran ni d’attendre, pour élever une voix devenue inutile, que le dernier coup ait retenti. Apparemment, du haut de l’observatoire qui domine le monde, on avait enfin la claire vision, non seulement des faits de la cause, mais des temps qui étaient proches, où cette entreprise des Jésuites contre la France de la Révolution tournerait au désastre pour l’Eglise, si elle s’obstinait à l’impossible, dans l’absurde iniquité. De là, ce grave avertissement, sous une forme qui n’avait rien d’officiel, mais tout y était, l’appel à l’humanité, l’hommage aux magistrats calomniés, l’espoir d’un verdict « définitif » des juges civils, le refus net de laisser compromettre davantage l’autorité du Saint-Siège, la comparaison qui de tout autre eût paru sacrilège, entre le martyr de l’île du Diable et le crucifié du Golgotha55 ».

Adrien Dansette a repris à son compte cette interprétation. Selon lui, « la plus haute autorité de l’Eglise ne craint pas de comparer la passion de l’île du Diable à celle du Golgotha, et Dreyfus au Christ56 ».

Pourtant la déclaration de Léon XIII sonne comme un reproche adressé aux juifs de trop s’agiter : au bruit des dreyfusards s’opposaient le silence du Colisée et le pardon des saints.

La présentation du déporté de l’île du Diable comme un martyr juif57 ne pouvait convaincre un catholique qui baignait dans la théologie du « peuple déicide », avait tant de martyrs dûment homologués à déplorer et une seule leçon à recevoir, celle du Christ mort sur la croix.

En revanche Léon XIII n’était pas insensible à la souffrance, et en introduisant la formule « heureuse la victime que Dieu reconnaît assez juste pour assimiler sa cause à celle de son propre Fils sacrifié », il exprimait de la compassion pour un homme dont la cause allait être de nouveau soumise à un tribunal, et surtout il empêchait l’assimilation catholicisme/antisémitisme en privant ce dernier de justification théologique.

Sans doute eût-il préféré « le silence et la résignation », mais il entendait calmer les esprits catholiques et montrer sa répugnance pour les excès. En fait sa préoccupation première portait moins sur les grands principes du Droit et de la Justice que sur la politique de conciliation avec la France.

La « vraie accusée » n’est-elle pas la République ? se demandait-il.

L’entretien se transformait en hommage appuyé à la République : « La République est, par principe, une terre libre où toutes les bonnes libertés s’acclimatent tôt ou tard », formule qui va loin, jusqu’à témoigner d’une confiance dans les institutions, accompagnée d’un hommage appuyé aux hommes de la République, à Charles Dupuy alors président du Conseil, et aux « gouvernants » dont les intentions « valent mieux que leurs actes ».

De plus ceux-ci étaient opposés à « quelques retardataires amateurs de formules anciennes » aux « respectables encore que vaines espérances » : rude formule pour désigner ceux qui s’opposaient encore au régime.

Cet entretien apparaît comme une nouvelle tentative de ramener la paix civile et religieuse en France, de « tendre la branche d’olivier » disait en terminant Boyer d’Agen, et de préserver ainsi les intérêts de la religion catholique.

Léon XIII a-t-il été tenté d’aller au-delà de ses préoccupations de politique religieuse pour récuser l’antisémitisme, comme il le fit dans l’entretien au Figaro, brièvement mais avec efficacité, selon Hannah Arendt pour qui ce texte « suffit pour arrêter la progression de l’antisémitisme dans le monde entier58 ».

Y a-t-il eu un projet d’encyclique sur l’antisémitisme, comme l’a prétendu un journaliste britannique, correspondant à Rome du Daily Mail, qui affirmait même qu’elle était « prête » ?  A Madrid, El Pais du 16 septembre 1899 y fit allusion également59.

L’enquête sur ce point doit être approfondie. L’analyse de son attitude face à La Croix peut aider à éclairer son état d’esprit.

Calmer les ardeurs

La Croix ne relevait pas de la hiérarchie ; propriété de la Congrégation des Augustins de l’Assomption, elle échappait à l’autorité des évêques. Mais l’importance de sa diffusion (elle tirait à environ 170 000 exemplaires à partir de 1892, auxquels il fallait ajouter les nombreuses Croix départementales60, le crédit qu’on lui accordait, à tort, comme une sorte de porte-parole de l’Eglise, ses propres protestations de soumission à Rome, ont conduit le pape à tenter de calmer ses ardeurs politiciennes et antisémites.

Léon XIII avait eu déjà l’occasion de s’inquiéter des dérives politiques de La Croix, et un rappel à l’ordre fut donné par le cardinal Rampolla au printemps de 1896- 61.

En 1897, c’est le pape lui-même qui mania la crosse, au cours d’une audience accordée le 24 mars au P. Emmanuel Bailly. Ce dernier était le frère du père Vincent de Paul Bailly, le batailleur directeur de La Croix, et depuis 1892 il était à Rome le procureur général de la congrégation. Le compte rendu qu’il en fit au père François Picard, le Supérieur général, témoigne de la détermination du pape62.

Après de bonnes paroles sur l’action des assomptionnistes en Orient : « à ce moment le Pape se renversa sur un fauteuil et, ne me regardant plus en face, prit un air préoccupé et dit : « Et pour la France, j’ai à vous parler de la Croix. La Croix doit suivre les directives pontificales […]. J’ai bien dit qu’il fallait attaquer les lois mauvaises, mais pas le gouvernement […]. Le gouvernement ne me promet pas, mais il me fait espérer de meilleures ou de moins mauvaises élections, si nous ne l’attaquons pas. Il faut donc user de calme et de ménagement ».

Le père Bailly fut très frappé par le ton du pape : « un ton de semonce préparée, ne laissant pas de place à un mot de réplique et déroulant ses griefs sans laisser place à l’ombre d’une réponse » […]. « Difficilement, car le Pape ne laissait place à aucune réplique », il parvint à protester de la fidélité du journal au Saint-Siège. « Le ton de reproche était vif, insistant, horriblement pénible », dit-il en conclusion, en se déclarant « broyé mais calme et résigné ». C

ette audience douloureuse l’a suffisamment frappé pour qu’il revienne sur son écrit dans une nouvelle lettre au père Picard, de 15 pages, le lendemain 25 mars, et encore le 26 avec une lettre de 16 pages serrées, et de nouveau dans les jours suivants : « je ne puis, ni le jour ni la nuit m’enlever de devant l’esprit le spectre de cette scène63 ».

Le 2 avril cependant, le cardinal Rampolla s’employa à le rassurer: il n’était pas question de désavouer La Croix. Il s’agissait, pour répondre aux attentes éminemment politiques du Saint-Siège, de l’amener vers des eaux plus calmes.

A partir de l’été 1898, La Croix adopta un ton plus mesuré64, plus antidreyfusard qu’antisémite.

Les raisons tenaient à l’évolution même de l’affaire qui montrait que la culpabilité » de Dreyfus était rien moins qu’évidente. Une note du père Vincent de Paul Bailly, non datée, mais que son biographe et défenseur Paul Castel date du procès de Rennes65, témoigne de son trouble : « au moment du nouveau procès, on se demande si on ne devrait pas examiner froidement les choses sans transformer une question de fait en une sorte de question de principe. Je reste impressionné qu’on nous ait tant promis de pièces secrètes, que le général Mercier ait tant affirmé qu’il en avait une capitale qu’il cachait avec soin et que toutes ces promesses n’avaient jamais abouti […]. Pourquoi nous a-t-on trompé si souvent par l’annonce de pièces secrètes, convaincantes ? »

S’y ajoutaient les interventions de Rome : les déclarations de Léon XIII au Figaro, un rappel à l’ordre au père Picard que signala plus tard le père Merklen, dans son Journal de guerre, mais sans le dater : « pourquoi ces injustices de votre journal contre un malheureux juif innocent P66 ».

L’avertissement prit un caractère officiel avec une directive du cardinal Rampolla au nonce le 30 août 1899 : le secrétaire d’Etat se plaignait du « langage excessif » du journal, spécialement contre les membres du gouvernement, et mettait en valeur les risques encourus de ce fait par les instituts religieux. Il donnait mission au nonce, au nom du Saint Père, de rappeler les limites à ne pas dépasser67.

Selon le Temps du 31 août, ce même jour, le pape aurait fait le même type de recommandation au Supérieur général des jésuites, le père Martin. L’audience du père Vincent de Paul Bailly du 23 septembre 1899 fut, selon Adrien Dansette, délicate68. C’est sans doute à cette audience qu’il est fait allusion dans le procès-verbal d’une commission formée des cardinaux Di Pietro, Gotti, Ferrata et de Mgr Cavagni autour de Rampolla le 25 février 1900, pour régler le sort de La Croix.

On y lit qu’à propos de l’affaire Dreyfus, le directeur du journal « fut mis en garde par le Saint Père de ne pas compromettre de cette manière la cause de la religion69 ».

Par ailleurs une note non datée (mais très probablement de l’automne 1899), du père Emmanuel Bailly, intitulée « Raisons d’abstention », signale parmi les reproches adressés par le pape, « langage et caricatures contre les représentants de l’autorité » et l’attitude face au « dreyfusisme »70.

La foudre vaticane allait tomber sur La Croix en 1900, après qu’à l’automne de 1899, la répression eût commencé à s’abattre sur les assomptionnistes, avec perquisitions, interrogatoires, procès, dissolution de la congrégation.

Pour tenter de conjurer le risque d’une aggravation de la législation anticléricale, Mgr Lorenzelli conseilla à la Secrétairerie d’Etat, dans son rapport du 7 février 1900, « une déclaration précise et formelle de la part du Saint-Siège pour distinguer le catholicisme ou l’Eglise catholique de tout institut ou Congrégation et encore plus de ce qu’écrit ou n’écrit pas un journal, afin de différencier dans le journal La Croix ce qui relève de la doctrine catholique, dogmatique, morale ou disciplinaire, et l’élément humain, erroné, passionné et imprudent71 ». D’autant plus que, selon le nonce, le journal des assomptionnistes s’entêtait dans « un esprit de guerre à outrance » et récusait « les recommandations de modération et de prudence72 ».

Le 7 mars 1900, au lendemain de la condamnation des assomptionnistes en appel73, pour couper court à l’extension de mesures contre l’ensemble du clergé, le pape décida de trancher dans le vif : le cardinal Gotti, préfet de la Sacrée Congrégation des Evêques et Réguliers transmit l’interdiction absolue faite aux assomptionnistes de se mêler de politique, et la direction de La Croix fut confiée à de « bons laïcs » : « Que celui qui prend la direction de la Croix, pour la conserver comme journal catholique, dévoué aux intérêts de l’église et utile à celle-ci et à la France, accueille nettement les instructions pontificales, se garde de l’esprit d’opposition systématique au Gouvernement, s’abstienne des controverses et des attaques personnelles, évite les questions irritantes, et se livre à un débat élevé, recherchant avec un sens pratique les intérêts de la religion et de la société74 ».

Débat franco-français ou morale universelle

Toutes les dépêches de l’ambassadeur Nisard dans le premier trimestre de 1901, après le vote de la loi sur les Associations vont dans le même sens : ce pape « le plus libéral et le plus invariablement acquis à notre pays que l’histoire ait enregistré depuis l’ère nouvelle inaugurée par la Révolution française75 », était devenu d’une tristesse profonde76. Il « a été atteint au cœur », lui confia le cardinal Rampolla77.

La déception de Léon XIII était à la mesure des efforts dispensés depuis près de dix ans pour parvenir à un modus vivendi avec la République française.

L’affaire Dreyfus, l’exacerbation de l’antisémitisme catholique, l’agitation de La Croix au premier rang de l’antidreyfusisme, la montée d’un anticléricalisme radical et sectaire, eurent raison de ses efforts.

Durant les années du paroxysme de l’affaire, de 1897 à 1899, tout le comportement du Saint-Siège paraît dominé par cette préoccupation politique de vouloir sauver ce qui pouvait l’être, de séparer cette affaire judiciaire à l’issue incertaine de la religion, afin que celle-ci n’en pâtisse pas.

Pierre Sorlin n’est pas exactement dans le vrai lorsqu’il écrit en conclusion de son livre La Croix et les Juifs que « Léon XIII a regretté les outrances du P. Picard et du P. Bailly à l’égard du personnel républicain, mais il n’a pas soufflé mot de leur attitude à l’égard d’Israël78 ».

On a vu la rudesse du pape pour le journal, dont le militantisme antidreyfusard a fait partie sans conteste du contentieux. Mais il reste vrai que l’on voyait avant tout les conséquences politiques de l’antidreyfusisme, et l’on restait obnubilé par l’idée du complot anticatholique et par le risque de la division des catholiques.

D’où la consigne du silence : c’était une affaire judiciaire qui ne concernait pas les catholiques. Les grandes questions du droit, de la Justice, de l’innocence de l’accusé, n’ont pas été posées sur le plan des principes.

Bien informés de l’évolution de l’affaire, le pape et ses proches collaborateurs se sont convaincus de l’innocence de Dreyfus.

Ce pape ouvert à son temps, dont le long pontificat a été marqué par tant d’intuitions à bien des égards prophétiques, n’avait aucune sympathie pour l’antisémitisme. L’Osservatore Romano du 14-15 septembre 1899 pouvait donc rappeler fermement que « Rome n’a jamais approuvé l’antisémitisme de Drumont, lequel dans ses livres vitupère contre la Curie romaine parce qu’elle ne l’approuve pas », et que d’Innocent III à Pie IX, « l’action de la papauté face au judaïsme est toujours une action de charité éclairée, de tolérance et d’amour79 ».

Sur ce plan, l’interview rendue publique le 15 mars 1899 montrait dans quel camp se situait Léon XIII. Mais il restait empêtré dans un raisonnement politique, dans le calcul pragmatique, qu’à sa manière Joseph Reinach a noté : « la sale brutalité des Assomptionnistes répugna, sans doute, à Léon XIII ; mais, politique aussi fin qu’il était lettré délicat, Italien de grande race qui ne dédaigne aucun moyen d’action, il les laissa faire, quitte à les désavouer après la défaite et à ne pas les avouer pendant la bataille80 ».

Une position plus prophétique eût été possible si l’affaire Dreyfus n’avait pas été définie comme une simple affaire judiciaire française, mais avait été transposée au plan de la morale universelle81.

A-t-il perçu l’enjeu en préparant une encyclique sur l’antisémitisme?

Mais ce projet, s’il a existé, n’a pas abouti. En cela Léon XIII appartient à la généalogie de Pie XII, plus qu’à celle de Pie XI.

La Civiltà Cattolica a cru pouvoir répondre par la dérision à cette question fondamentale du silence de Léon XIII : « on reproche au pape de ne pas avoir parlé ; mais pourquoi ne le reproche-t-on pas aussi au Roi d’Italie, et au Tsar des Russie et aux Empereurs d’Allemagne et d’Autriche-Hongrie, et à la Reine d’Angleterre ; s’il est vrai, comme on le crie, qu’était en question la cause même de la civilisation, un devoir d’intervention n’incombait pas moins à ceux-ci qu’au Pape, et c’est à peine si l’on aurait pu en exempter le Sultan et l’Empereur de Chine82 ».

Etrange raisonnement qui conduisait à relativiser le Vicaire du Christ par rapport à n’importe quel souverain. Celui-ci n’avait-il donc pas pour la revue des jésuites, une mission particulière en ce monde ?

Lire tous les articles du Dossier : L’Affaire DREYFUS et l’opinion publique

NOTES

1 Après les pionniers, le père Lecanuet, L’Eglise de France sous la III° République. Les signes avant- coureurs de la séparation. Les dernières années de Léon XIII et l’avènement de Pie X (1894-1910), Paris, Alcan, 1910, 6l6 p., et Louis Capéran, L’anticléricalisme et l’affaire Dreyfus 1897-1899, Toulouse, Imprimerie régionale, 1948, 370 p., bien des travaux ont apporté nuances et précisions : Pierre Sorlin, « La Croix » et les juifs (1880-1899). Contribution à l’histoire de l’antisémitisme contemporain, Paris, Grasset, 1967, 345 p. ; Pierre Pierrard, Juifs et catholiques français. De Drumont à Jules Isaac, Paris, Fayard, 1970, 336 p. ; Paul Duclos, « Catholiques et juifs autour de l’affaire Dreyfus », in Revue d’Histoire de l’Eglise de France, 1978, pp. 39-53 ; l’article fondamental de Jean-Marie Mayeur, « Les catholiques dreyfusards », in Revue Historique, 1979, pp. 337-361 ; Danielle Delmaire, Antisémitisme et catholiques dans le Nord pendant l’affaire Dreyfus, Lille, Presses Universitaires de Lille, 1991, 277 p.
La moisson du centenaire du début de l’affaire est déjà abondante avec les travaux de Philippe Levillain, « Les catholiques à l’épreuve : variations sur un verdict », in Pierre Birnbaum (dir.), La France de l’affaire Dreyfus, Paris, Gallimard, 1994, pp. 411-450 ; Jean-Marie Mayeur, « Les catholiques français et l’affaire Dreyfus », in L’affaire Dreyfus et le tournant du siècle (1894-1910), Nanterre, BDIC, 1994, pp. 156-163 ; René Remond, « Les catholiques choisissent leur camp », in L’Histoire, janvier 1994, pp. 70-73.

2 Philippe Levillain a ouvert le dossier, « Le Saint-Siège », in Michel Drouin (dir.), L’Affaire Dreyfus de A à Z, Paris, Flammarion, 1994, pp. 481-485.

3 Joseph Reinach, Histoire de l’Affaire Dreyfus, Paris, Fasquelle, 7 vol., 1903-1923. Zeev Sternhell fait état de « l’unanimité de la réaction catholique », in La droite révolutionnaire, Paris, Seuil, 1978, p. 238.

4 Léon Blum, Souvenirs sur l’Affaire, Paris, Gallimard, 1935, rééd. 1981, p. 107.

5 Claude-Isabelle Brelot, « Entre nationalisme et cosmopolitisme : les engagements multiples de la noblesse », in La France de l’affaire Dreyfus, op. cit., pp. 339-361.

6 Le rapport est intitulé « Etat des partis au Vatican ». Archives de l’Ambassade de France près le Saint-Siège (AAF-SS), correspondance politique, 1898, carton 126. Ce rapport est daté du 26 juin 1898.

7 Fernand Hayward, Léon XIII, Paris, Grasset, 1937, p.310.

8 II suffît de se reporter à l’œuvre du père Léon Dehon, l’un des grands vulgarisateurs de Rerum novarum : son Manuel social chrétien et son Catéchisme social. Yves Ledure (dir.), Rerum novarum en France. Le père Dehon et l’engagement social de l ‘Eglise, Paris, Ed. Universitaires, 1991.

9 Jean-Marie Mayeur, Les Congrès nationaux de la Démocratie chrétienne à Lyon (1896, 1897, 1898), in Catholicisme social et Démocratie chrétienne, Paris, Cerf, 1986, pp. 155-169.

10 Archivio Segreto Vaticano (ASV), Segretaria di Stato, 1900, Rubrica 248, fascicolo 9.

11 cité par Jean-Marie Mayeur, Les Congrès, op. cit.

12 ASV, Segr. Stato, 1902, Rub. 248, face 1.

13 Pier Francesco Fumagalli, « Ebrei e cristiani in Italia dopo il 1870 : antisémitismo e filosemitis- mo », in Italia Judaica. Gli ebrei nell Italia unita 1870-1945, Roma, 1993, pp. 125-141. Voir Victor Conzemius, « L’antisémitisme autrichien au XIX° et au XX° siècles », in V. Nikiprowetzky (dir.), De l’antijudatsme antique à l’antisémitisme contemporain, Lille, P.U.L., 1979, pp. 189-208.

14 Jean-Dominique Durand, « La Civiltà Cattolica », in Philippe Levillain (dir.), Dictionnaire historique de la papauté, Paris, Fayard, 1994, pp. 357-360.

15 Roger Aubert, « Leone XIII : tradizione e progresso », in Storia della Chiesa, vol. XXII/1, Milano, Paoline, pp. 61-106.

16 La Civiltà Cattolica, 20 février 1895, Fasc. 1703, « Cronca », pp. 622-624.

17 Le texte in Robert Gauthier, Dreyfusards ! Souvenirs de Mathieu Dreyfus et autres inédits, Paris, Julliard, 1965, pp. 77-79, et Mathieu Dreyfus, L’Affaire telle que je l’ai vécue, Paris, Grasset, 1978, p. 84.

18 Michaël Burns, Histoire d’une famille française. Les Dreyfus. L’émancipation, l’Affaire, Vichy, Paris, Fayard, p. 223.

19 « L’anticlericalismo e Dreyfus », La Civ. Cat., 10 octobre 1899, fasc. 1184, pp. 129-141.

20 Cité par Giancarlo Menicheuj, « La réception de l’Affaire en Italie », in L’Affaire Dreyfus de A à Z, op. cit., pp. 592-600.

21 ASV, Segr. Stato, 1898, Rub. 248

22 Rapport du nonce en Bavière, 27 février 1898, ASV, Segr. Stato, 1898, Rub. 248, fasc. 1.

23 Mathieu Dreyfus, L’Affaire, op. cit., p. 88.

24 ASV, Segr. Stato, 1898, Rub. 248, fasc. 1. Il s’agit des expertises de Walter de Gray Birch, du département des manuscrits du Musée britannique, 9 et 20 avril 1897 ; Thomas Henry Gurrin, expert auprès de Scodand Yard et de la Banque d’Angleterre (non daté) ; Ed. de Marneffe, de Bruxelles, 19 février 1897 ; A. de Rougemont (non daté). Le dossier est incomplet : des expertises signalées par Mathieu Dreyfus dans son témoignage ne se retrouvent pas dans ce dossier (notamment celles de François Crépieux-Jamin et Gustave Bridier) ; en revanche l’on trouve celle de Charles Hurst, de Bâle, datée du 17 février 1897, non évoquée par Mathieu.

25 Maurice Paléologue, Journal de l ‘affaire Dreyfus 1894-1899. L affaire Dreyfus et le quai d’Orsay, Paris, Pion, 1955, p. 117.

26 II s’agit bien sûr de 3 000 francs et non de 3 000 lires. Vittorio De Marco, Un diplomatico all’Eliseo. Il Cardinale Bonaventura Cerretti (1872-1933), Roma, Ed. Di Storia e Letteratura, 1984, p. 20.

27 ASV, Segr. Stato, 1900, Rub. 248, fasc. 12.

28 Rapport du 23 janvier 1898. ASV Segr. Stato, 1898, Rub. 248, fasc. 1.

29 Ibidem

30 Gérard Baal, Le Parti radical de 1901 à 1914, Thèse, Lille, 1991, p. 24.

31 Le procès Zola fit l’objet dans L’Osservatore Romano de longs compte rendus, le plus généralement en première page, dont la tonalité était favorable à l’accusation. Le numéro du 24-25 février rendit compte sur quatre colonnes de la condamnation.

32 La Civ. Cat., 24 janvier 1898, fasc. 1143, pp. 273-287. Joseph Reinach analyse cet article avec vigueur, Histoire de l’Affaire Dreyfus, 3, La crise, Paris, Fasquelle Ed., 1903, pp. 23-24. Voir Louis Capéran, L’anticléricalisme, op. cit., et Lecanuet, L’Eglise, op. cit., pp. 180-181. Le thème du complot jésuite contre Dreyfus est repris par Hannah Arendt, Sur l’antisémitisme, Paris, Calmann-Lévy, 1951, rééd. Seuil, 1984, pp. 223-224. Maurizio Raspi, L’Affaire Dreyfus in Italia, Pisa, ETS Ed., 1991, pp. 13-14.

33 Jean-Denis Bredin, L’Affaire, Paris, Fayard/Julliard, 1993, p. 112.

34 Jean-Marie Mayeur, Les catholiques français, cit.

35 Jean-Marie Mayeur, Les catholiques dreyfusards, cit.

36 La Civ. Cat., 30 juillet 1898, fasc. 1155, p. 367. Angelo Prontera, « La Civiltà Cattolica » et l’affaire Dreyfus, in Les écrivains et l’affaire Dreyfus, Paris, PUF, 1983, pp 57-64.

37 Maurice Paléologue, Journal, op. cit., pp. 178-179.

38 R. P. Lecanuet, L’Eglise, op. cit., pp. 187-188 ; Jean-Marie Mayeur,« Les catholiques dreyfusards », cit. L’on ne trouve pas trace de cette intervention de Paul Viollet aux Archives de la Secrétairerie d’Etat. Le nonce a-t-il transmis ? Les archives propres de la nonciature ne sont pas classées.

39 La formule est soulignée par de Mun. Note de la nonciature transmise au cardinal Rampolla le 9 juillet 1899, Arch. S. Congr. Affari ecclesiastici Straordinari, Francia, 1899-1900, n. 905, fasc. 477.

40 ASV, Segr. Stato, 1900, Rub. 248, fasc. 13.

41 Rapport du 19 août 1899, ASV, Segr. Stato, 1899, Rub. 248, fasc. 2 ; Rapport du 9 mars 1900, ASV, Segr. Stato, 1900, Rub. 248, fasc. 2.

42 ASV, Segr. Stato, 1900, Rub. 248, fasc. 10.

43 AAA-SS, Cor. pol., 1899, carton 128. Rapport du 2 juillet 1899.

44 Ibidem, rapport du 5 juillet 1899. Voir aussi les rapports de l’ambassadeur Nisard du 22 mai 1899 et du chargé d’affaires de Navenne du 13 octobre 1899, Archives du Ministère des Affaires Etrangères (MAE), 1896-1918, Saint-Siège, n. 21.

45 Rapport sur l’audience du 24 octobre 1899, daté du 25. Arch. S. Congr. Aff. Eccles. Straord., Francia, 1899-1900, n. 905, fasc. 477.

46 Rapport du 7 mars 1900, ibidem.

47 Rapport de Nisard, 20 janvier 1901, MAE, 1896-1918, Saint-Siège, n. 18.

48 « L’anticlericalismo e Dreyfus », cit.

49 Rapport du chargé d’affaires de Navenne, AAF-SS, Cor. pol., 1898, carton 126.

50 Rapport du 9 août 1899, ASV, Segr. Stato, 1900, Rub. 248, fasc. 1.

51 Giancarlo Menichelli, « La réception… », art. cit.

52 Léon Chaine, Les catholiques français et les difficultés actuelles, Paris, Stock, 1904, p. 2, cité par Jean-Marie Mayeur, « Les catholiques français », cit.

53 Henri de Saint-Poli (pseudonyme de l’abbé Brugerette), L’affaire Dreyfus et la mentalité catholique en France, Paris, Stock, 1904, 222 p., et abbé Brugerette, Le prêtre français dans la société contemporaine, Paris, Lethielleux, 1935.

54 Tours, Marne, 1896, 703 p. Il publia une suite quelques années plus tard : Un prélat italien sous l’ancien Etat pontifical : Léon XIII d’après sa correspondance inédite. De Bénévent à Pérouse (1838- 1845), Paris, 1907, 580 p.

55 Joseph Reinach, Histoire de l’Affaire Dreyfus, 5, Rennes, Paris, Fasquelle Ed., 1905, pp. 36-37.

56 Adrien Dansette, Histoire religieuse de la France contemporaine, Paris, Flammarion, 1965, p. 554.

57 Le thème de la souffrance revenait dans les sermons du Grand rabbin Zadoc Kahn. Voir Michael Marrus, Les Juifs de France à l’époque de l’Affaire Dreyfus, Bruxelles, Complexe, 1985, pp. 43-44.

58 Hannah Arendt, Sur l’antisémitisme, op. cit., pp. 253-254.

59 Le Temps, 31 août 1899, se fit l’écho de cette information. El Pais est cité par Jésus Jareño Lopez, El Affaire Dreyfus en España 1894-1906, Murcia, Ed. Godoy, 1981, pp. 39-42.

60 Pierre Sorlin, « La Croix », op. cit., p. 42.

61 Ibidem, p. 262, note 321.

62 Lettres du P. Bailly, 1897-1900. Archives de l’Assomption, Rome, HB1. La lettre est du 24 mars 1897.

63 Lettres de P. Bailly au P. Picard, 2 et 3 avril 1897.

64 Pierre Sorlin, « La Croix », op. cit., pp. 120-122.

65 Arch. de l’Assomption, GL 29. Paul Castel, Le P. François Picard et le P. Vincent de Paul Bailly dans les luttes de presse, Rome, Maison généralice, 1962, 602 p

66 Journal de guerre du Père Merklen, 1941, p. 16, Arch. de l’Assomption, JS02.

67 Arch. de l’Assomption, Rome, KP 22.

68 Adrien Dansette, Histoire religieuse de la France contemporaine, Paris, pp. 277-278.

69 Arch. S. Congr. Aff. Eccles. Straord, Francia, 1900, n. 906-908, fasc. 480.

70 Arch. de L’Assomption, PZ 50.

71 Arch. S. Congr. Aff. Ecoles. Straord., Francia, 1900, n.906-908, fasc. 480.

72 Rapport du 14 février 1900, ibidem

73 Sur les conséquences de l’Affaire Dreyfus, Maurice Larkin, Church and State after the Dreyfus Affair. The séparation Issue in France, London, Mac Millan, 1974, pp. 63-79.

74 Instructions au nonce, 7 mars 1900, ibidem. Et Notification du Card. Préfet de la S. Congrégation des Evêques et Réguliers au P. Emmanuel Bailly, arch. de l’Assomption, PZ 49.

75 Rapport « au sujet du futur conclave », 27 novembre 1901, MAE, 1896-1918, Saint-Siège, n.2.

76 Compte rendu d’une audience du pape, 27 février 1901, MAE, 1896-1918, Saint-Siège, n.18

77 Rapport du 10 avril 1901, ibidem, n. 19.

78 Pierre Sorlin, « La Croix », op. cit., p. 224. Cette idée est reprise dans Jean-Denis Bredin, L’Affaire, op. cit., p. 396.

79 L’Oss. Rom., 14-15 septembre 1899, « Antisemitismo et Cattolicesimo ». L’on rappelait en revanche la puissance de l’antisémitisme en Russie et en Prusse, et l’on citait avec plaisir Luther.

80 Joseph Reinach, Histoire de l’Affaire Dreyfus, 3, La crise, op. cit., p. 574.

81 Philippe Levillain, in « Les catholiques à l’épreuve », cit., écrit avec justesse : « l’affaire Dreyfus posa à la fois un problème d’universalité morale et de perception des valeurs laïques que Dreyfus et le combat mené en vertu du dreyfusisme ne pouvaient pas dévoiler aux sommets de l’Eglise » (p. 447).

82 « L’anticlericalismo e Dreyfus », art. cit.

AUTEUR
Jean-Dominique Durand
Université Jean Moulin – Lyon III

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