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Le 26 septembre 1898, le conseil de cabinet décide d’ouvrir la procédure de révision en saisissant la Cour de Cassation du dossier de Dreyfus.

Jetons à cette occasion un coup d’œil sur la presse belge du 27 septembre. Nous nous bornerons à trois journaux : la Réforme, libérale progressiste, le Peuple, organe officiel du parti socialiste (le Parti ouvrier belge), et L’Ami de l’Ordre, organe catholique paraissant à Namur.

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La nouvelle est annoncée dans la Réforme par un gros titre qui barre toute la première page : « DECISION MINISTERIELLE. La Cour de cassation saisie de la question de révision ».

Le commentaire du journal est plein d’espoir : les magistrats de la Cour de Cassation, s’ils se conduisent en toute indépendance, « reconnaîtront bientôt la nullité des dossiers, l’invraisemblance des preuves, l’illégalité de la communication des pièces secrètes inconnues de l’accusé et de son défenseur ».

Dans le Peuple, également un titre barrant toute la première page: « AFFAIRE DREYFUS. La décision du Conseil des Ministres. La procédure de Révision est ouverte ». Commentaire du journal : « L’affaire est désormais soustraite aux influences de l’état-major… L’heure de la justice va sonner, pour Dreyfus et pour les grands chefs de l’armée, s’il y a encore des juges en France ».

L’Ami de l’Ordre n’a pas de grand titre. La nouvelle figure en 3e colonne de la 1ère page. Le commentaire : «Voilà donc enfin la juiverie qui remporte la victoire si longtemps attendue. La campagne acharnée, formidable, menée par le syndicat dreyfusard est couronnée d’un beau succès, il n’y a pas à le nier. Mais reste à savoir si les partisans de Dreyfus triompheront jusqu’au bout ».

Très bref coup de sonde, mais qui éclaire, d’emblée, trois constatations essentielles : Les grands titres de la Réforme et du Peuple traduisent fort bien l’intérêt passionné, en Belgique, pour l’affaire Dreyfus.

Les titres barrant toute la première page des journaux, tout au long de l’affaire, se comptent par dizaines. Le procès de Rennes marquera un climax. Un cas, simplement, pour illustrer ce qu’il a représenté : celui de Paul Janson, grand homme d’Etat libéral, et de sa famille. Paul Janson consacre plus de trois heures par jour à la lecture des comptes rendus du procès. Son fils, Paul-Emile Janson (futur Premier Ministre libéral) et son gendre, Paul Spaak (qui vient d’avoir un fils, Paul-Henri Spaak), assistent aux audiences de Rennes comme correspondants de journaux libéraux1.

Libéraux et socialistes, à de très rares exceptions près, vibrent du même cœur.

On parle à cette époque, au parlement, « des gauches » (la gauche libérale et la gauche socialiste). Dans le langage courant, on dit souvent, groupant les deux, » la gauche ». Libéraux et socialistes ont maints thèmes de discorde.

Dans l’affaire Dreyfus, « la gauche » est une réalité psychologique.

Au début de février 1898, presque tous les députés aussi bien socialistes que libéraux signent ensemble une adresse d’hommage à Zola2.

A la gauche s’oppose la droite catholique.

Si l’on s’en tient à ses journaux — mais nous verrons que ceci exige des nuances —, elle est unanime dans son antidreyfusisme.

Les journaux de droite sont cependant loin de s’aligner sur leurs homologues français. On y trouve le thème du « syndicat », celui de la « juiverie », mais la virulence française, le plus souvent, manque. Après le suicide d’Henry, le ton, fréquemment, baissera encore d’un cran. C’est la toile de fond.

La presse belge, dans l’affaire Dreyfus, a eu deux « premières ». Tout d’abord, c’est un journal belge qui, le premier, a annoncé qu’il y aurait une affaire Dreyfus.

Le Soir de Bruxelles, le 12 octobre 1897, sous le titre Un pétard monstre, publie un article de son correspondant judiciaire de Paris où celui-ci écrit : « Je crois pouvoir vous annoncer, pour un avenir assez rapproché… l’explosion d’un pétard monstre, dont la répercussion causera une émotion extraordinaire non seulement à Paris et dans la France, mais en Europe et jusqu’au Nouveau Monde… C’est dans l’ordre judiciaire qu’il faut chercher l’effroyable évènement dont je parle. Imaginez la plus émouvante erreur judiciaire qui ait jamais figuré dans les annales de Thémis ; invoquez les figures légendaires des Calas, des Sirven, des Lesurques, et vous n’arriverez pas à vous faire une idée de l’épouvantable martyre qu’aurait subi l’homme dont le nom sera révélé prochainement… Non, rien de semblable depuis le crucifiement de Jésus n’aurait été vu »3.

L’article ne cite pas le nom de Dreyfus, mais les détails qu’il donne permettent à ceux qui se souvenaient du procès de 1894, de l’identifier. Le nom de Dreyfus éclate d’ailleurs dans un nouvel article du Soir, intitulé lui aussi Un pétard monstre, publié le 29 octobre, et qui confirme le précédent4.

Le correspondant judiciaire du Soir à Paris, Blondeau, bénéficiait d’une information de qualité : il était fort lié avec Ranc et avec Scheurer-Kestner5. Il était aussi excellent prophète.

Autre « première » de la presse belge, et aussi au mois d’octobre 1897 : un titre occupant toute la largeur de la première page d’un journal, « L’innocence du capitaine Dreyfus ».

Il s’agit — et cela ne s’était vu nulle part ailleurs encore dans la presse européenne — de la Réforme du 31 octobre 1897. Le texte de la Réforme, très développé, n’est pas en parfaite concordance avec le titre : il indique les raisons qui font penser qu’il y a eu une erreur judiciaire, mais ne s’avance pas jusqu’à affirmer formellement l’innocence du condamné. Ce qui, néanmoins, constitue un des arguments les plus pesants qu’il met en avant, est une des expertises d’écriture recueillies par Bernard Lazare.

La seconde brochure de Bernard Lazare, contenant des rapports d’experts qui avaient confronté l’écriture du bordereau et celle de lettres d’Alfred Dreyfus, n’allait paraître qu’une dizaine de jours plus tard6. Mais un journaliste de la Réforme avait réussi, grâce à une indiscrétion, à identifier un de ces experts, un Belge, Edgar de Marneffe, sous-chef de section aux Archives Générales du Royaume.

De Marneffe accepta de communiquer le texte de son rapport : c’était la pièce de résistance de la Réforme. On notera que de Marneffe était un catholique très convaincu, et que l’intermédiaire qui avait servi à l’approcher était un Père Jésuite7 : le problème de conscience, chez eux, l’avait emporté sur les considérations politiques.

Le cas doit être d’autant plus souligné que, chez les catholiques belges, il est resté isolé : dans l’affaire Dreyfus, n’ayant pas de responsabilités, ils n’ont pas eu l’occasion en général d’avoir des tourments de conscience.

La Réforme, après son début en fanfare du 31 octobre 1897, va persévérer. Deux ans durant, avec éclat, elle va faire du dreyfusisme son cheval de bataille. Le combat, soutenu, va être mené avant tout par le journaliste Herman Dons8. En 1901, Alfred Dreyfus lui dédicacera son livre Cinq années de ma vie : « A Monsieur Herman Dons, en souvenir de sa belle campagne pour la défense de la justice et de la vérité »9.

La Réforme a montré la voie aux autres journaux libéraux. Ceux-ci entreront en dreyfusisme, non d’un bloc, mais les uns après les autres, et finalement tous.

L’engagement socialiste, dans les colonnes du Peuple, a été également très précoce : dès janvier 1898, il est affirmé. Les socialistes belges ont devancé nettement, à cet égard, la plupart des socialistes français. L’Aurore, à la fin de janvier 1898, cite d’ailleurs Le Peuple en exemple aux députés socialistes français.

On dirait volontiers, en employant une formule un peu simplificatrice, qu’alors que ces derniers, le 19 janvier 1898, signent une motion renvoyant dreyfusards et antidreyfusards dos à dos, les socialistes belges qui s’intéressent à l’affaire sont déjà, eux, de cœur avec le jeune Charles Péguy qui, au nom des « jeunes socialistes », déclare que « les socialistes, sous peine de déchéance, doivent marcher pour toutes les justices qui sont à réaliser »10.

Le procès Zola va offrir une occasion exceptionnelle de tâter, d’une manière générale, le pouls de l’opinion.

Un littérateur connu pour son esprit délicat, sans aucun passé politique, mais que soulève soudain l’indignation, Charles Van Lerberghe, prend l’initiative, lorsque sont connues les poursuites intentées contre Zola, d’envoyer une adresse à ce dernier. Il la rédige en termes volontairement généraux pour que, dit-il, « ceux qui la signent puissent conserver toute leur opinion sur certains points accessoires ».

« Les soussignés », écrit-il, » sans prendre parti dans des débats auxquels ils entendent rester étrangers, et se plaçant au seul point de vue des principes d’humanité, de vérité et de justice, assurent M. Emile Zola de leur admiration pour sa noble et courageuse attitude ».

Le nom de Dreyfus n’est pas prononcé, mais derrière Zola, qui ne voit Dreyfus ? an Lerberghe entame la récolte des signatures — et les signatures, aussitôt affluent : des écrivains, en grand nombre, mais aussi des artistes, des professeurs d’Université, des académiciens, des avocats, toute une élite intellectuelle.

Maeterlinck écrit : « Une seule réserve : l’adresse n’est pas assez enthousiaste. Ce qu’a fait Zola sera éternellement beau. C’est peut être le plus beau geste du siècle ».

Même ceux qui, esthétiquement, se sentent fort éloignés de Zola, adhèrent11. Des adhésions viennent aussi des milieux flamands. Julius Hoste, le directeur du principal journal libéral flamand, Het Laatste Nieuws, mande : « Moi et toute la rédaction, vive Zola !12 ». L’adresse et les signatures accumulées — plus de 450 au total — seront remises à Zola au moment de l’ouverture de son procès13.

Les abstentions, dans cette manifestation ?

Les catholiques, tout d’abord. Ceci ne signifie pas que tous les signataires soient, eux, politiquement engagés à gauche, mais les intellectuels connus comme catholiques n’apportent pas leur adhésion (on a d’ailleurs jugé en général superflu de la solliciter).

C’est que leur presse, avec un parfait ensemble, vomit Zola. Il est le « chantre de l’ordure » (Bien Public), le « génie de l’école porcine » (Petit Belge), « l’immonde scélérat de plume qui a entrepris d’avilir l’âme humaine et de déshonorer la nation française » (Indépendant de Gand).

Le XXe Siècle fait preuve de modération en l’appelant « le plus grand polisson du siècle ». Zola, un homme courageux ? « Une minute, s’il vous plaît. Oui, ce serait du courage s’il était établi qu’en cas de poursuites, Zola paiera les avocats et, éventuellement, les condamnations. Mais le syndicat n’est-il pas là avec sa grosse caisse ?14 ».

Le fait que Zola se soit fait le champion de Dreyfus a donc, en Belgique, joué dans les deux sens.

L’auteur de Germinal était profondément admiré dans les milieux socialistes15 : il a aidé à rallier les socialistes au drapeau du dreyfusisme. L’auteur de Lourdes (et, bien sûr aussi, de romans naturalistes) était exécré des catholiques : il a contribué à les ranger dans le camp anti-dreyfusard16.

En dehors de l’abstention catholique, il y a celle de deux ou trois socialistes qui ne peuvent renoncer à leurs opinions antisémites.

Edmond Picard (nous le retrouverons un peu plus loin) répond : « Même pour un hommage à un grand artiste,… je ne consentirai jamais à fournir indirectement des armes au groupe malfaisant des financiers et des juifs qui gangrènent et troublent actuellement si affreusement la France… Vous nuisez sans le savoir au mouvement presque trimillénaire de notre race contre une race antipodique à toute notre mentalité et qui cherche à la diriger, à la dévoyer, à la dominer. Dreyfus leur importe peu, mais le Juif et sa prépondérance17 ».

Voix bruyante — Picard est une personnalité qui prend de la place — mais presque complètement isolée. Ce qui frappe, c’est que s’il y a éventuellement quelque antisémitisme chez d’autres que chez Picard, il est effacé par le grand élan qui salue une œuvre de justice et de vérité. Le poète Max Elskamp réagit en disant : « Je signe, mais à bas les Juifs !18 ».

Revenons à la presse belge. Elle a suivi l’affaire Dreyfus pas à pas, avec une abondance et même une surabondance d’informations (la masse des informations étant nettement plus considérable dans les journaux libéraux que dans la presse catholique).

Elle reproduit avec la même abondance des commentaires de la presse française. Ce sont d’ailleurs, il faut le noter, ces extraits de la presse française qui donnent souvent aux journaux catholiques la coloration la plus anti-dreyfusarde. Ce qui est repris à la Libre Parole ou à l’Intransigeant est évidemment corsé.

Si l’information est abondante, elle n’est cependant que très rarement — presque jamais même — originale. Les journalistes belges se servent de ce qui leur vient d’ailleurs.

Signalons cependant deux exceptions. Au procès Zola, Labori avait demandé l’audition comme témoin de Madame Dreyfus, et énoncé les quinze questions qu’il y avait lieu, selon lui, de lui poser. La Cour avait rejeté sa demande19. C’est un journaliste de l’Etoile belge, libérale qui, obtenant une interview de Madame Dreyfus, fera connaître les réponses qu’elle aurait données aux questions formulées par Labori20.

D’autre part, c’est dans une correspondance de Paris de l’Indépendance Belge que l’on trouvera pour la première fois le récit, fait par un membre du conseil de guerre, du délibéré du procès de 1894. L’officier avait parlé, disait la correspondance, à une table de repas. On ne donnait pas son nom, mais on précisait qu’il « arrive de Madagascar »21. Il fut aussitôt identifié : c’était Freystaetter22. Peu de chose que cela au demeurant. Ce qui doit davantage retenir l’attention est l’interprétation, ou plutôt les interprétations, les explications, les analyses que les journaux belges fournissent au sujet de l’affaire.

Une mise en garde, ici, au sujet de l’opinion : en dehors de ce qui s’imprime, il y a aussi ce qui se dit, ce qui se raconte, qui se veut aussi explicatif, et qui, pour des raisons assez évidentes, ne trouve pas son chemin jusque dans les colonnes des journaux.

Des personnes bien informées expliquent l’attitude du Soir en chuchotant qu’il avait touché 200 000 francs du « syndicat ». Quant à la Réforme et à l’Indépendance, on faisait courir le bruit qu’elles avaient été achetées à la fois par le « syndicat » et par l’Allemagne, afin de miner l’autorité de l’état-major français23. D’autres bruits de ce genre, que certains prenaient sans doute au sérieux, ont dû certainement circuler sans que les traces en soient parvenues jusqu’à nous.

Dans les journaux libéraux et socialistes, l’on est pratiquement unanime pour considérer que les forces — néfastes — qui sont à la base de l’affaire sont l’antisémitisme, le cléricalisme et le militarisme.

Dès l’instant cependant où il s’agit de doser l’importance respective de ces facteurs, des divergences apparaissent.

Certains considèrent que l’antisémitisme est à la source de tout. « Le crime de Dreyfus ne date pas du jour où il est entré au ministère de la Guerre ; il date du jour de sa naissance ou même de la minute précise où le futur officier fut conçu. Le crime de Dreyfus est d’être juif. En flétrissant Dreyfus, on a voulu flétrir les juifs »24.

Pour d’autres, le grand, le vrai coupable est le cléricalisme, qui génère d’ailleurs l’antisémitisme. « L’affaire Dreyfus constitue une infâme machination réactionnaire et cléricale »25. Un jeune professeur de l’Université de Bruxelles — professeur à l’Ecole polytechnique — consacre toute une brochure à dénoncer Le Péril clérical et l’Affaire Dreyfus. Pour lui, le « caractère confessionnel et clérical de la campagne antidreyfusienne » ne fait pas de doute. « Parmi les sentiments qui se sont manifestés dans la campagne antidreyfusienne, il en est un seul qui soit sincère, qui soit véritable : la haine sectaire, la passion cléricale ». Esterhazy a joui de protections inouïes ? N’oublions pas, dit notre auteur, qu’il a été zouave pontifical26.

Cette argumentation, cependant, est discutée, Georges Lorand, dans la Réforme, l’applaudit. Il retrouve là les idées de son ami Clemenceau, pour qui « l’affaire Dreyfus est avant tout un crime clérical, une lutte de l’Eglise romaine contre la Révolution française »27.

Mais même à la Réforme, certains pensent autrement. Herman Dons souligne que les antisémites français sont loin d’être tous des cléricaux. Or ce sont les antisémites qui entretiennent les pires passions haineuses et veulent la perte de Dreyfus parce qu’il est juif28.

Le cléricalisme, en tout cas, lorsqu’il est présent, apparaît comme lié au militarisme. Sur le militarisme, le Peuple et les socialistes, surtout, sont intarissables. Après le verdict de Rennes, ils se déchaînent. « La lutte est désormais entre la démocratie et la soldatesque ; ce qui vient d’être condamné, et à mort cette fois, c’est l’esprit militariste »29.

Dans un appel à une manifestation antimilitariste, la Fédération bruxelloise du Parti ouvrier, en septembre 1899, lance : « Le militarisme anéantit tant de virilités et amollit tant d’intelligences ! Voyez l’affaire Dreyfus ! N’a-t-elle point démontré que la caserne fait penser et agir autrement que pense et agit l’humanité ? »30.

Mais tout autant que le militarisme, c’est la société bourgeoise elle-même que les socialistes mettent en cause. L’affaire Dreyfus, peut-on lire dans le Peuple, est « un indice du détraquement universel qui disloque le régime capitaliste ». « C’est dans une folie de scandales que la société bourgeoise s’effondre31 ».

Le cas de Dreyfus n’offre-t-il pas d’autre part une illustration frappante de ce qu’est la justice de classe ? Les socialistes reprennent ici, mais en la transposant, une attaque lancée par les anti-dreyfusards. Il n’y aurait pas eu de campagne pour la révision, disait-on dans le camp anti-dreyfusard, si Dreyfus n’avait pas été juif. Y aurait-il eu une telle campagne, demande-t-on du côté socialiste, si Dreyfus n’avait été qu’un pauvre hère ?

On cite les propos d’un ouvrier, en septembre 1899, après la grâce accordée au condamné : « Pour un Dreyfus qu’on va libérer, combien de pauvres diables frappés injustement ! Si Dreyfus, au lieu d’être capitaine et millionnaire, avait été un malheureux lignard, on vous l’eût collé au mur sans en informer le monde. Qui eût pu payer son avocat, qui eût pu disposer d’influence, faire des démarches, remuer ciel et terre pour empêcher la justice de frapper un innocent ? Le seul procès de Rennes coûtera à la famille Dreyfus plus de 600 000 francs ».

La conclusion : « L’affaire Dreyfus aura démontré, à ceux qui l’ignoraient, qu’il n’est pas, dans l’organisation sociale actuelle, de justice pour les pauvres32 ».

Ces attaques contre la justice considérée comme une justice de classe, contre la société bourgeoise, contre l’armée, ne plaisent évidemment pas aux libéraux, ou du moins à la très grande majorité d’entre eux. Ils y répondent33. S’agissant de l’armée, ils donnent cependant souvent raison, sur un point, aux socialistes : la justice militaire est une anomalie, qui a révélé ses tares. « Le militaire vit de discipline, et la justice d’indépendance34 ». Cette juridiction d’exception doit être abolie.

Si de la gauche nous passons à la droite, à la presse catholique, quelles explications y trouvons-nous de l’affaire ?

Un mot-clé, tout d’abord, qui est régulièrement employé, et qui paraît souvent suffisant pour dispenser de toute autre explication: le « syndicat ».

Le « syndicat » a une figure d’autant plus sinistre qu’il a des contours imprécis, qu’on ne cherche d’ailleurs pas à préciser. Chacun peut y mettre les ennemis qu’il juge les plus dangereux. Une seule certitude nette à son sujet : il bénéficie de « l’or juif ». « La levée des boucliers », écrit La Gazette de Liège en février 1898, « est le résultat de la pluie d’or, de la rosée terrestre et monétaire qu’il est en la puissance de l’Israël moderne de répandre35 ». Sans cet « or juif », pas d’affaire Dreyfus.

Qu’elles fassent ou non partie du syndicat, des forces sinistres, pour la presse catholique, sont à l’œuvre en France : il s’agit avant tout de la franc-maçonnerie d’une part, et d’autre part du parti de la révolution sociale.

La franc-maçonnerie pour beaucoup de catholiques, constitue une véritable obsession.

Cette « secte qui domine tout, dirige tout, qui est l’instrument universel de toutes les fractions révolutionnaires et libres-penseuses, de toutes les cupidités juives, de toutes les passions antinationales, de toutes les haines anticatholiques36 » joue une fois de plus dans l’Affaire, ils en sont persuadés, son rôle néfaste.

« La révision », s’écrie L’ami de l’Ordre, « a été décidée uniquement parce que la franc-maçonnrie le voulait37 ». Le pani de la révolution sociale, lui, en veut surtout à l’armée. Ce sont « les revanchards de la Commune ». « L’armée a réprimé la Commune, elle a fusillé les meurs d’otages, les incendiaires de l’Hôtel de Ville. Elle doit expier38 ».

Mais en voyant agir les ennemis de l’ordre social, « ils doivent bien rire, les hauts barons de la finance juive39 ».

Car les Juifs sont évidemment, quant à eux, au cœur du « syndicat », souvent appelé d’ailleurs le « syndicat juif ».

Ils sont toujours cités — et dénoncés — mais leur objectif n’est pas toujours décrit de la même manière. Pour les uns, ils veulent sauver un coreligionnaire et, à cet effet, ne reculent devant rien.

Pour d’autres, la personne de Dreyfus ne les préoccupe guère, mais ils ont engagé un combat dominateur. « Ils perçoivent qu’ils sont arrivés à un tournant dangereux de leur histoire ; ils savent que la France, dont ils ont gangrené la vie et dont ils se partagent les richesses, va se trouver dans l’alternative ou de les mettre au pas ou de les laisser continuer leurs déprédations ».

« Avec le flair qui leur est propre », les Juifs ont vu dans l’affaire Dreyfus le moyen d’asseoir leur puissance40.

Ceci nous oblige à poser une question assez fondamentale: cette dénonciation du rôle des Juifs est-elle le reflet, chez les catholiques, de sentiments antisémites prononcés ? Y a-t-il un antisémitisme belge qui ressemble à l’antisémitisme qui se manifeste en France ?

A relever dans la presse catholique un certain nombre d’articles antisémites, on pourrait être tenté de répondre par l’affirmative.

Ces articles, en effet, sont vigoureusement frappés. Le Bien Public parle des « exactions aux quelle s’est livrée, à travers tous les siècles, et auxquelles se livre plus impitoyablement que jamais, la descendance de Sem41 ». « Chrétien ou non », écrit-il, « le peuple opprimé par les juifs se soulève de temps en temps contre leur domination insolente. Le sentiment religieux n’est pour rien dans cette révolte… Ce sont les exactions du peuple déicide qui en sont la cause unique42 ».

Le Patriote, sous le titre Le péril juif, accueille un article de l’écrivain Georges Rodenbach où celui-ci fait l’éloge de la France juive de Drumont et de ses « admirables articles de la Libre Parole43 ».

Le sage Journal de Bruxelles publie des proses anti-juives enflammées de son correspondant de Paris Louis Teste, qui parle en janvier 1898 de la possibilité d’une « Saint-Barthélémy des juifs », ces Juifs auteurs d’un « véritable complot contre notre armée et notre pays ».

Si la guerre éclatait avec l’Allemagne, écrit Teste, « je suis sûr, aussi sûr que j’existe, que, le lendemain de la déclaration de guerre, il ne resterait plus un juif vivant en France44 ».

Ces textes, cependant — et là est l’essentiel — sont, dans la presse catholique, extrêmement isolés. On ne peut en aucune manière parler d’un climat antisémite.

Pas d’attaque, jamais, contre les Juifs belges ou vivant en Belgique45. Pas de témoignages de solidarité avec l’antisémitisme français (Rodenbach ? Il est Belge, mais vit à Paris ; Teste, lui, est Français).

Lorsque siège à Lyon en novembre 1896 un Congrès National de la Démocratie chrétienne antisémite, antimaçonnique et de l’Union nationale, un sympathisant belge, le député Henri Carton de Wiart, envoie aux organisateurs ses encouragements, mais leur conseille d’être un peu moins anti46. Il n’y a en Belgique aucune ligue antisémitique. Guérin semble avoir essayé, à un moment donné, d’en créer une ; son effort demeurera vain47. Un journal libéral bruxellois dit en janvier 1898 : « Cette question juive est odieuse. En notre pays, heureusement, elle n’existe pas plus qu’en Angleterre. Sur ce sujet, l’Angleterre et la Belgique sont à la tête de la civilisation48 ».

Un trait caractéristique encore. Edouard Trogan, secrétaire de rédaction de la revue catholique libérale Le Correspondant, est en février 1898 un des rares catholiques français rallié à la cause de la révision, et il est en même temps fort choqué par l’antisémitisme à la Drumont. Il ne peut l’écrire dans son propre organe, qui est anti-dreyfusard, mais il le fait dans une Lettre de Paris publiée dans la Revue Générale de Bruxelles.

« Ah ! l’antisémitisme de M. Drumont », s’écrie-t-il, dans son article, « quels désastres il aura causés aux catholiques !49 ». La Revue Générale, tout en publiant Trogan, donne immédiatement la parole à un contradicteur, le P. Castelein, qui proteste contre l’idée de la révision. S’agissant de l’antisémitisme, cependant — et c’est là le trait caractéristique — Castelein tient surtout à dégager la responsabilité des catholiques français : « On ne peut les rendre solidaires des procédés et des excès de l’antisémitisme50 ».

Est-ce à dire qu’il n’y ait en Belgique aucun foyer de véritable antisémitisme ? Non, il y en a un, tout petit, mais qui ne se trouve pas du côté catholique : il groupe une poignée de socialistes.

Le principal d’entre eux est Edmond Picard. Picard est, dans la vie belge, une très grande figure, puissante et bruyante : avocat, juriste éminent, écrivain, esthète, journaliste, sénateur socialiste, professeur, il est tout cela simultanément, avec éclat. Dans cette œuvre multiforme — qui est dominée d’ailleurs par l’œuvre juridique —, il y a un secteur particulier, que Picard cultive également avec prédilection : l’antisémitisme.

Quand il publie, en 1892, sa Synthèse de l’antisémitisme, qui avait été précédée et sera suivie de nombre d’autres publications, conférences, articles de journaux, on peut dire qu’il choisit un titre particulièrement adéquat.

Il rassemble en effet dans une synthèse toutes les formes possibles d’antisémitisme.

Il est certes un disciple de Drumont51, mais il se fonde aussi sur la race (le livre sera réédité en 1941 sous l’occupation allemande), sur la religion, sur de multiples considérations philosophiques et scientifiques. Tout ce qui fait du Juif un être à combattre est farine à son moulin. Henri Dagan, procédant en 1899 à une Enquête sur l’antisémitisme auprès de diverses personnalités, ouvre son livre à bon droit par une interview d’Edmond Picard52.

Nous avons vu en quels termes Picard refusait d’adhérer à l’hommage à Zola. Il a des émules. Le député socialiste de très grand talent qu’est Jules Destrée s’exprime dans le même sens (« Je n’en veux point aux Juifs à raison de leur religion… Ce que j’ai pu étudier de l’histoire me porte à penser que leur race a des facultés opposées et nuisibles à la nôtre, qu’elle ne paraît pas lui être assimilable aisément, si ce n’est à très longue échéance… Mais ce que je vois surtout dans le mouvement qui se lève, c’est la guerre à l’argent acquis sans travail. Et dans ce sens, je suis antisémite, résolument »)53. L’avocat Léon Hennebicq déclare la guerre, avec une violence vengeresse, au « capitalisme sémite »54.

Picard, Destrée, Hennebicq sont, au sein du Parti ouvrier, extrêmement isolés. Ils sont énergiquement combattus — avant tout par la figure de proue du parti qu’est Emile Vandervelde — et, à plus d’une reprise, désavoués.

Mais leur antisémitisme, s’il ne rencontre pratiquement aucun écho, n’apparaît en aucune manière, dans l’atmosphère de l’époque, comme une tare sur laquelle il faut jeter un voile. Le Peuple publie leurs textes — quitte, ensuite, à les réfuter. Il donne en feuilleton, à partir de février 1898, une série d’articles de Picard sur l’Antisémitisme scientifique et humanitaire.

Ni Picard ni Destrée ne souffrent, à cause de leur attitude, de la moindre déconsidération. Picard demeure le grand Picard. On est habitué, à vrai dire, à ses originalités. Celle-ci paraît sans conséquences.

Lors d’un meeting de protestation contre le jugement du conseil de guerre de Rennes, en septembre 1899, « un assistant », nous dit le compte rendu, « proteste contre l’antisémitisme, ce poison français que MM. Picard et Destrée ont voulu naguère mettre à la mode en Belgique. Il s’étonne que le parti socialiste ne rejette pas ces deux antisémites de son sein (Applaudissements) ».

« M. Vandervelde prend la défense de ses amis absents. En attaquant les antisémites à la Maison du Peuple, on prêche des convertis. Le jour où l’antisémitisme cesserait d’être une fantaisie théorique d’esthètes de revues, le Parti ouvrier se lèverait avec indignation (Applaudissements prolongés)55 ». Tout est là fort bien résumé.

Presse libérale et socialiste d’un côté, presse catholique de l’autre: face à l’affaire Dreyfus, la Belgique paraît bien, durant ces années, divisée en deux camps opposés, calqués sur la division des partis.

Il est vrai qu’aucun catholique ne signe l’appel à Zola.

Il est vrai que, tout au long de l’Affaire, on ne trouve aucun catholique qui manifeste ouvertement de sympathies dreyfusardes.

Rien de semblable en Belgique à 1’« Hommage au Capitaine et Madame Dreyfus » signé par des dames hollandaises56 : on y trouve les noms de la haute société et notamment du patriciat d’Amsterdam.

On a bien une adresse des « femmes belges » à Mme Félix Faure (« Les dames belges soussignées exposent respectueusement à Mme Félix Faure qu’aucune femme ne peut songer sans frémir à la torture morale infligée depuis plus de trois ans à Mme Alfred Dreyfus »), mais elle est signée uniquement de dames appartenant au monde libéral ou socialiste57.

Tout cela est vrai. Mais est-ce bien le reflet exact des réalités psychologiques ? On a eu des cas en Belgique — notamment du côté catholique — où la presse donnait de l’opinion une image déformée, voire carrément fausse58.

Le phénomène, ici, est, selon toute vraisemblance, en partie similaire. Suivons les pas de l’abbé Lemire, qui vient à Bruxelles en mars 1899. Il rencontre diverses personnalités qui toutes, évidemment, sont catholiques. Il dîne notamment chez le Président de la Chambre, Auguste Beernaert. Après quoi il note dans ses carnets : « Ils sont donc tous dreyfusards dans ce pays »59.

Certaines traditions familiales que l’on recueille vont dans le même sens : elles révèlent qu’il se trouvait nombre de catholiques, spécialement parmi les intellectuels, qui ne partageaient pas les opinions de leur presse. Mais ils ne se manifestaient pas.

En France, on voyait des catholiques dreyfusards risquer l’injure en affirmant leurs convictions. Pourquoi des catholiques belges se seraient-ils sentis tenus de le faire ? Ils n’avaient pas, en l’occurrence, de responsabilités de citoyens à assumer.

Dans les pages que nous venons d’écrire, ce sont régulièrement des comparaisons entre la Belgique et la France qui sont venues sous la plume. On est d’autant plus tenté d’en faire qu’à l’époque — et cela a été vrai d’ailleurs presque de tout temps — la perméabilité entre la France et la Belgique est considérable.

Cette perméabilité ne se marque pas particulièrement sur le plan politique : la Belgique suit attentivement la politique française — et elle s’y intéressera avec plus d’intensité encore durant l’Affaire —, mais fondamentalement, chacun des deux pays a sa vie politique propre, avec ses problèmes propres. Il y a néanmoins des influences politiques venues de France qui peuvent être marquantes : le rayonnement de Jaurès en Belgique a été extraordinaire60.

Dans la presse, les liens réciproques sont dans plus d’un cas plus accentués.

On a noté le rôle de correspondants à Paris de la presse belge. Teste est l’un d’eux, mais il y a aussi par exemple Oscar Havard, qui révèle au XXe Siècle le fond de l’affaire Dreyfus: la lutte entre deux états-majors, l’état-major allemand et l’état-major français. « L’empereur Guillaume a vraiment de la chance : le syndicat Dreyfus le sert avec un dévouement qui ne fléchit pas61 ». Les influences traversant la frontière sont illustrées surtout par deux cas : celui de l’Indépendance Belge à Bruxelles et celui de l’Aurore à Paris.

En 1895-1896, trois adeptes français du mouvement pacifiste, Gaston Moch, Charles Richet et Emile Arnaud, aidés sans doute d’amis partageant leurs convictions, avaient investi de gros capitaux dans l’Indépendance Belge, dont ils avaient pris le contrôle financier.

L’Indépendance Belge était un organe qui avait une audience internationale ; ils voulaient y faire passer leurs idées pacifistes (c’est effectivement dans un article de l’Indépendance de 1901, que le terme « pacifisme » est employé pour la première fois, par Emile Arnaud)62.

Dès le début de 1898, les pacifistes français usèrent de leur influence sur le journal pour l’incliner, très nettement, dans le sens de la révision du procès Dreyfus. La réaction, en France, ne se fit pas attendre : dans plusieurs cercles parisiens ; l’Indépendance fut retirée du salon de lecture63. Gaston Moch — le père de Jules Moch — sera un dreyfusard particulièrement convaincu64.

Dans le cas de l’Aurore, ce sont, dans le sens inverse, des Belges qui investissent dans un journal français. Ernest Vaughan, lorsqu’il avait fondé l’Aurore avec Clemenceau, avait été aidé par son ami belge Georges Lorand, député libéral et ancien rédacteur en chef de la Réforme, où il continuait à jouer un rôle actif.

Lorand et Vaughan, au prix de démarches qui prirent plusieurs semaines, réussirent à convaincre des personnalités du monde libéral et même socialiste belge de devenir actionnaires du nouveau journal. Ces actionnaires belges apportèrent quelque 120 à 130 000 francs. Edmond Picard — qui était fort riche — était de leur nombre. Lorand restera pendant de longues années leur représentant au sein du Conseil d’Administration65.

L’Aurore, portée en bonne partie sur les fonds baptismaux par des Belges, fit d’ailleurs en Belgique un gros effort de vente. Effort réussi, car l’affaire Dreyfus l’y aida puissamment. Un catholique se plaignait — avec, certes, du grossissement — que le journal était venu « à des centaines de mille exemplaires, inonder Bruxelles66 ».

De manière plus réaliste, on parlait de 4 000 exemplaires vendus à Liège au moment du procès Zola67. En tout cas, comme l’écrivait Paul Hymans à la fin de janvier 1898, « l’Aurore s’est fait à Bruxelles une énorme clientèle. Le numéro qui contenait la lettre de Zola (le J’accuse) a fait prime sur nos boulevards68 ».

On criait dans les rues à la fois l’Aurore et la Réforme : « Demandez l’Aurore, demandez la Réforme, les dernières nouvelles de l’affaire Dreyfus !69 ». Voilà une des origines directes de l’hommage à Zola.

La France, c’est cependant surtout la maîtresse culturelle de la Belgique. C’est sur ce plan aussi — le plan littéraire, oserait-on presque dire — que la Belgique intellectuelle vibre à l’affaire Dreyfus. Que de belles pages à admirer ! Un professeur de l’Université de Bruxelles le souligne : « Pour ne rien dire des écrits d’Emile Zola, que les futurs historiens de la littérature catalogueront pieusement parmi les pamphlets les plus poignants du XIXe siècle,… qui donc n’admirerait l’argumentation pathétique et pressante de M. Joseph Reinach, la noble éloquence de M. Jaurès, les sarcasmes de M. Mirbeau, la splendide amertume des articles de M. Clemenceau, où tant de passion est concentrée sous l’atticisme de la phrase ? Qui ne rirait en voyant pleuvoir, sur la troupe effarée des réactionnaires, les flèches aiguës et dorées de M. Anatole France ?70».

Admirer, c’est aussi aimer. La France, avec laquelle tant de Belges vivent en symbiose, est un pays que, dans les milieux de gauche avant tout, mais aussi au-delà, l’on aime. Ce n’est qu’au moment du procès de Rennes, et de son issue, que l’on observe une réaction anti-française, au demeurant très courte.

Le procès lui-même avait fait souvent une impression déplorable. Ce qu’il révélait de la conduite des chefs militaires français créait une sorte d’effarement.

« On pense vraiment rêver », écrivait l’Indépendance Belge, « il faut se tâter pour croire possibles et réels un tel amas de turpitudes, un aussi monstrueux ensemble de méfaits, une telle accumulation de bêtise, de vanité, d’infatuation, de bassesse morale, de criminalité férocement consciente ! ».

Et le journal de mettre en cause — ceci était nouveau — la France elle-même : « Cette stupéfiante affaire est une des pages les plus profondément honteuses qui ternisse l’histoire du peuple français71 ».

Après le procès, que dire du verdict ? Les journaux libéraux et socialistes manquent d’adjectifs pour qualifier cette « iniquité monstrueuse », ce « défi au bon sens et à la conscience universelle », ce « monstrueux monument d’illogisme ».

Mais c’est de la France aussi que l’on parle. « Le malheur est sur la France, la raison et la générosité se sont retirées d’elle72 ». « Nos cœurs ne sont pas seulement en deuil pour le bon renom de la France. Il est douloureux d’avoir à l’avouer : cette journée du 9 septembre 1899 est, au point de vue moral, une journée aussi néfaste que celle de Sedan73 ».

Dans le public, des propos hostiles fusent. « Tas de crapules ! », « Dans une guerre avec l’Allemagne, ces Français mériteraient d’être rossés ! », « La France est un pays pourri !74 ».

Un professeur de l’Université de Bruxelles renvoie sa légion d’honneur, étant donné, dit-il, que « les débats du procès de Rennes m’ont appris que l’ordre de la Légion d’honneur comptait parmi ses membres un nombre considérable de menteurs, de faussaires, de faux témoins, de traîtres, d’espions, de juges inqualifiables, voire de proxénètes ». « Je me sens en trop mauvaise société75 ».

A Bruxelles et à Anvers, comme dans d’autres villes européennes76, il y a même des manifestations.

A un meeting de la Maison du Peuple, on crie au déshonneur de la France. Mais Vandervelde rectifie. « Le crime de Rennes », s’écrie-t-il, « est la plus éclatante infamie du siècle ».

On dit que la France s’était déshonorée. Mais il faut distinguer deux Frances : La France des Mercier et des Cavaignac, et la France des Picquan, des Clemenceau et des Jaurès77 ».

Cette flambée, surtout après la grâce, retombera vite.

Quelques réflexions générales pour terminer.

La Belgique a été terre de dreyfusisme, et même de passions dreyfusardes. Le prince Albert, futur Roi Alben, signe une lettre à sa sœur : « Un dreyfusard »78. Il est, comme une foule d’autres, bouillant.

Des passions, certes, mais non de celles qui, comme en France, brouillent les amis, divisent les familles. Le dessin de Caran d’Ache, « Ils en ont parlé », ne s’applique pas à la Belgique.

Face aux passions dreyfusardes, on ne peut pas parler de passions antidreyfusardes. L’antidreyfusisme de la presse de droite — mais non nécessairement, nous l’avons souligné, de tous les catholiques — est « anti » avec une nette hostilité dans beaucoup de cas, mais sans déchaînements.

Il n’y a pas dès lors, de climat d’intolérance. Le dessinateur français Ibels, qui mène son combat dreyfusard dans le Sifflet, ne pourrait, dit-il, organiser une exposition à Paris : « Guérin et sa bande la mettraient à sac ». Il vient à Bruxelles, en décembre 1898, exposer sans aucun problème79.

La différence majeure avec la France, cela va de soi, est que les Belges ne se sentent pas de responsabilités, ni dans un sens ni dans un autre, dans une affaire qui se déroule en dehors de leur pays. C’est ce qui explique, nous l’avons dit, le silence des catholiques dreyfusards : pourquoi désavouer leur journaux au risque de diviser leur camp ?

Mais sans porter de responsabilités, beaucoup de Belges ont conscience de participer à un mouvement large, qui a de l’importance, un « mouvement de la conscience universelle ».

« Dans cette désormais historique affaire Dreyfus », écrivait Emile Verhaeren, « l’Europe entière a défendu l’esprit de la France contre la France elle-même 80 ».

L’attaché militaire français à Bruxelles, Haillot, voyait évidemment les choses autrement : pour lui, comme il le disait dans une lettre d’avril 1898, « tous les éléments hostiles à la reconstitution morale et matérielle de la France, tous sans exception, paraissent se donner la main tout autour de nos frontières pour humilier notre orgueil national81 ».

Mais le vrai bilan était dressé par d’autres, beaucoup plus justement. C’était un bilan noble que dressait Paul Hymans, qui avait en lui l’âme d’un homme d’Etat, au moment du procès de Zola.

Il écrivait : « Le drame judiciaire qui se déroule actuellement à Paris aura eu, malgré ses scandales et ses tristesses, un effet salutaire en passionnant le inonde entier : c’est de former et d’éveiller une conscience publique universelle, sans distinction de races ou de nationalités, qu’émeut la violation du droit, où qu’elle se produise. C’est une chose remarquable et que le XIXe siècle aura été le seul jusqu’aujourd’hui à nous montrer, que ce phénomène unanime de toute l’Europe et l’Amérique pensantes, du monde intellectuel international s’unissant dans un élan et une voix pour affirmer son respect du droit méconnu en la personne d’un seul homme, à l’occasion de faits qui regardent un seul peuple, un seul pays… Rien ne démontre mieux l’immense progrès moral accompli depuis cent ans que cette solidarité des consciences, que cet attachement instinctif, généreux, se manifestant avec une si éclatante unanimité aux garanties protectrices du droit82 ».

Lire tous les articles du Dossier : L’Affaire DREYFUS et l’opinion publique

NOTES

1 L. Delange-Janson, Paul Janson, 1840-1913, t.II (Bruxelles, 1964), p. 102

2 Le Peuple, 2 février 1898. L’abstention la plus marquante, parmi les députés socialistes, est celle de Jules Destrée, qui est avec Edmond Picard-dont nous aurons l’occasion de parler – un des quelques socialistes à faire profession d’antisémitisme.

3 Le Soir, 13 octobre 1897 (le journal paraît avec la date du lendemain). La Kölnische Zeitung, un an plus tard, rappelle que c’est bien le Soir « der die erste Dreyfus-bombe platzen liess » (n° du 2 octobre 1898).

4 Le Soir, 30 octobre 1897.

5 R. Feibelman, l’Evolution de la presse bruxelloise (Bruxelles, 1911), p. 37.

6 Elle est analysée dans la Réforme du 10-11 novembre 1897.

7 Voir le récit de la Réforme du 15 décembre 1897

8 Sur le journal, voir J. L. De Paepe, La Réforme, organe de la démocratie libérale, 1884-1907 (Louvain-Paris, 1972). Herman Dons – qui écrivait sous le pseudonyme de Paul Sainte-Brigitte – a laissé quelques pages de souvenirs sur Le procès Zola de 1898 (dans Le Flambeau, 1951, n°3, pp. 250 -267). Voir sur lui la notice de la Biographie Nationale, t. 43 (Bruxelles, 1983), col. 347-351.

9 Collection de Mme Hélène Fourcroy, arrière-petite-fille d’Herman Dons, à Hoeilaart

10 Lettre de Péguy à Emile Zola du 21 janvier 1898, dans \’Aurore Au 23 janvier ; reprod. dans Livre d’Hommage des Lettres françaises à Emile Zola (Paris-Bruxelles, 1898), 2e partie, p. 13, et dans Charles Péguy, Cahier de l’Herne (Paris, 1977), pp. 69-70. Le Patriote, organe catholique, prend plaisir à opposer l’attitude du Peuple et le manifeste voté par les députés socialistes français. « Quelle raison le Peuple a-t-il de combattre la thèse des députés socialistes de France ? Connaît-il mieux l’affaire que la gauche socialiste du Palais-Bourbon ? ». L’Aurore lui a rendu hommage, soit, mais il faudra qu’il s’arrange « avec ses amis Jaurès, Guesde et Mirman » (Patriote, 25 janvier 1898).

11 Ainsi du poète Albert Giraud, qui écrit ; « Je n’admire pas beaucoup l’œuvre d’Emile Zola, et je l’ai jugée, dans son ensemble, aussi sévèrement que M. Anatole France a jugé La Terre ; mais comme M. France, et pour les mêmes motifs, j’admire l’attitude de M. Zola dans l’affaire Dreyfus » (Livre d’Hommage des Lettres françaises, op.cit., p.62).

12 Livre d’Hommage, op. cit., 2e partie, p. 91.

13 Voir sur tout ceci R. Galand, Charles Van Lerberghe et le procès Zola (Bruxelles, 1965 ; extrait du Bull, de 1’ Académie Royale de Langue et de Littérature françaises, t. 42, 1964), et les lettres de Van Lerberghe publ. daas J. Warmoes, Huit lettres de Charles Van Lerberghe à Max Elskamp (Le Thyrse, mai-juin 1962) et dans les Lettres à Albert Mockel, ed. p. R. Debever et J. Detemmerman (Bruxelles, 1986). Le Livre d’Hommage des Lettres françaises à Emile Zola, composé à Bruxelles, a suivi quelques mois plus tard : cf. G. Rency, Souvenirs de ma vie littéraire (Bruxelles, 1940), pp. 58-59, et P. Aron, Les tribulations bruxelloises d’un littérateur anarchiste : Mécislas Golberg et le congrès de « la Lutte », dans Bérénice. Rivista quadrimestrale di studi comparati e ricerche sulle avanguardie, juillet 1993, p. 277.

14 Le Patriote, 14 janvier 1898.

15 Sur cette popularité de Zola – « Un maître penseur comme un maître écrivain », dit le Peuple en 1887 – voir P. Aron, Les écrivains belges et le socialisme, 1880-1913 (Bruxelles, 1985), pp. 45-51.

16 Le Cte de Limburg Stirum, dans la très sérieuse Revue Générale, écrit en avril 1898 à propos de Zola : « Lourdes fut sa plus grand infamie. L’heure du châtiment est venue. En le voyant entrer en lice, il était facile de prévoir que cet homme de malheur allait faire sombrer avec lui le dernier espoir de Dreyfus… Les Juifs devront reconnaître que, malgré leur habileté proverbiale, ils se sont complètement enferés en confiant la défense de leur client à l’auteur de Nana » (Revue Générale, avril 1898, p. 544).

17 Lettre à Van Lerberghe, dans le Peuple du 27 janvier 1898. Dans la conversation, Picard disait plus crûment : « Zola s’est fourré dans un guêpier. Tant pis pour lui ! Qu’il y reste ! Je ne me compromettrai pas en prenant à côté de lui la défense d’un Youpin même innocent » (G. Rency, Souvenirs, op. cit., p. 59)

18 Le Peuple, 27 janvier 1898, lettre de Van Lerberghe à Picard.

19 Le Procès Zola. Compte-rendu sténographique, t. I (Paris, 1898), pp. 86-88 et 90-91.

20 L’Etoile Belge, 13 février 1898. Le journaliste de l’Etoile était E. Van Gelder, qui rappellera par la suite cette interview dans une lettre adressée à Mme Dreyfus (lettre du 10 juin 1899 ; Musée de Bretagne, fonds Jeanne P. Lévy).

21 Aveux d’un juge au procès Dreyfus, dans l’Indépendance Belge, 22 mars 1899.

22 Sur cette identification, voir notamment l’Aurore, 24 mars 1899, et la Politique coloniale, même date.

23 Die belgische Presse und der Dreyfushandel, dans la Kôlnische Zeitung, 2 octobre 1898.

24 La Réforme, 6 novembre 1897.

25 Le Précurseur, 10-11 septembre 1899.

26 L. Anspach, Le Péril clérical et l’Affaire Dreyfus (Bruxelles, 1899), brochure de 92 pp. Lucien Anspach appartenait à une grande famille libérale ; il était le neveu de Jules Aaspach, un bourgmestre libéral qui avait marqué l’histoire de la ville de Bruxelles (cf. M. Dolez, les Anspach, dans Le Parchemin, n°240, novembre-décembre 1985). En 1898 et 1899, sa mère, sa femme et lui ont correspondu à plusieurs reprises avec Mme Dreyfus (Musée de Bretagne, fonds Jeanne P. Lévy).

27 La Réforme 11 avril 1899. Sur Lorand, voir infra.

28 La Réforme, 7 janvier 1899.

29 J. Lekeu, dans le Peuple, 11 septembre 1899.

30 Affiche aux Archives de la Ville de Bruxelles, archives de la Police, boîte 215. – « Le militaire », écrit Désiré De Paepe, « est d’autant plus rapproché de la brute, d’autant plus inintelligent et bestialement sanguinaire, qu’il porte un plus grand nombre de galons ». Il est heureux pour Dreyfus que son conseil de guerre ait été composé de capitaines et de commandants. « S’il eût été constitué de généraux, nous eussions eu sept bêtes féroces sur sept membres » (Le Peuple, 12 septembre 1899).

31 J. Lekeu, dans Le Peuple, 21 janvier 1898.

32 F. Fischer, dans Le Peuple, 23 septembre 1899.

33 Voir par exemple la réplique de la Chronique, 22 janvier 1898.

34 J. D. (= J. Delvaux), Justice militaire, dans la Réforme, 28 septembre 1898.

35 Gazette de Liège, 15 février 1898.

36 L’Ami de l’Ordre, 28 septembre 1898.

37 M. L. Warnotte, L’Ami de l’Ordre, quotidien catholique namurois, de 1839 à 1914 (Louvain- Paris, 1968), p. 122.

38 Le Bien Public, 19 janvier 1898.

39 Le Patriote, 8 février 1898.

40 Le XXe Siècle, 6 février 1898.

41 29 janvier 1898.

42 19 janvier 1898.

43 Le Patriote, 18 janvier 1898. Rodenbach écrit de Paris, où il réside : cf. P. MAES, Georges Rodenbach, 1855-1898 (nouvelle éd., Gembloux, 1952), pp. 161 et sv.

44 Journal de Bruxelles, 24 et 28 janvier, 1er et 4 février 1898. Sur Louis Teste, qui était journaliste au Gaulois, voir Léon Daudet, Salons et Journaux (Paris, 1917), pp. 156-164 et 178, et pour son rôle comme correspondant de la presse belge, J.Willequet, Documents pour servir à l’histoire de la presse belge, 1887-1914 (Louvain-Paris, 1961), p.28.

45 Une exception toutefois : l’avocat Louis Frank, qui se piquait d’expertise des écritures, avait témoigné’à ce titre au procès Zola (cf. Le procès Zola, op. cit., t. I, pp. 519-534) et avait publié une brochure Le Bordereau est d’Esterhazy (Bruxelles, 1898, 100 pages), se fait secouer par le XXe siècle. Ce « juvaillon Frank » a « la fringale de la réclame, qui est bien un des traits caractéristiques du tempérament juif », « son nez crochu renifle toutes les occasions » ; il a parlé au procès Zola, mais c’est « Rothschild qui a fait assavoir son opinion par un de ses valets : Moréan (- André Moressée) », Le petit « J’accuse », daas le XXe Siècle du 18 février 1898 ; réplique de Frank, suivie de quelques commentaires venimeux du journal (« pedide commerce », Talmud, etc.) dans le n° du 25 février. Voir sur Frank la notice de la Biographie Nationale, t.39 (Bruxelles, 1976), col. 372-378.

46 Lettre de Carton de Wiart publ. dans France Libre, 19 novembre 1896. Sur le congrès, cf. J. M. Mayeur, « Les Congrès nationaux de la Démocratie Chrétienne à Lyon (1896, 1897, 1898) -, dans Revue d’Histoire moderne et contemporaine, juillet-septembre 1962, p. 175.

47 Rapport d’un correspondant de la police du 16 janvier 1900, évoquant des faits se situant en août 1898 ; Paris, Archives Nationales, F7 12 460 (aimable communication, comme pour la note précédente, de M. André Vander Stappen).

48 La Chronique, 24 janvier 1898.

49 Revue Générale, mars 1898, p.4l6. Sur le cas Trogan, cf. J. M. Mayeur, « Les catholiques dreyfusards », dans Revue historique, avril-juin 1979, pp. 343-344.

50 Revue Générale, mars 1898, p. 420.

51 II lui adresse sa Synthèse de l’antisémitisme avec la dédicace : « A Monsieur Edouard Drumont, qui plus précisément que tout autre a su en ce siècle donner au problème sémitique sa véritable importance et sa juste orientation — 4 avril 1892 » (exemplaire dans la collection de M. Michel Hainaut, à Bruxelles).

52 H. Dagan, Enquête sur l’antisémitisme (Paris, 1899), pp. 1-7. Picard fournit de riches matériaux à Stephen Wilson dans son livre Ideology and Expérience. Antisemitism in France at the time of the Dreyfus Affaire (Londres-Toronto, 1982) ; voir aussi R. Byrnes, Antisemitism in Modem France, t. I (New Brunswick, 1950), pp. 172-175. Sur Picard, la bibliographie est très considérable. On verra commodément la notice de R. Warlomont dans la Biographie Nationale, t. 34 (Bruxelles, 1968), col. 644-658. Sur son antisémitisme, en dehors de Wilson et de Byrnes, la principale étude est en néerlandais : W. Van Rooy, Ideologte en ideologie-inconsistentie : de Socialistische antisemiet Edmond Picard, 1836-1924, dans Tijdschrift voor Diplomatie, octobre 1980, pp. 67-88. Les racines de son antisémitisme sont étudiées dans J. Marx, El Moghreb al Aksa d’Edmond Picard, un fantasme belge fin de siècle, in Poétiques croisées du Maghreb. Itinéraires et contacts de culture, vol. 14 (Paris- Alger, 1991).

53 Le Peuple, 29 janvier 1898.

54 Le Peuple, 4 février 1898, et article du Journal de Charleroi reproduit dans la Libre Parole du 6 février 1898). La Libre Parole publie avec jubilation les textes de Picard, Destrée et Hennebicq (cf. noS des 27 et 31 janvier et 6 février 1898). L’article de Hennebicq dans le Journal de Charleroi sera jugé si remarquable qu’il sera distribué sous forme de tract par la Ligue antisémite ; on le trouve ainsi jusqu’au centre de la France, à Roanne (Archives Nationales, F7 1246 ; référence due à l’amabilité de M. Vander Stappen).

55 L’Etoile Belge, 13 septembre 1899.

56 Musée de Bretagne, fonds Jeanne P. Lévy.

57 La Réforme, 11 août 1898 et jours suivants.

58 Ainsi de la longue période où la majorité des journaux catholiques avaient attaqué la Constitution et des libertés constitutionnelles, alors que l’immense majorité des catholiques y étaient fidèles. Nous sommes trahis par la presse de notre parti, gémissaient les parlementaires de la droite dans un mémorandum adressé à Rome en août 1878 : cf. Woeste, Mémoires pour servir à l’histoire contemporaine de la Belgique, t.I (Bruxelles, 1927), pp. 157-160.

59 J. M. Mayeur, Un prêtre démocrate, l’abbé Lemire, 1853-1928 (Tournai, 1968), p. 250 n°9.

60 Cf. J. Stengers, dans Actes du Colloque Jaurès et la Nation (Toulouse, 1965), pp. 91-99.

61 XXe Siècle, 11 janvier 1898. Havard était un collaborateur de la Libre Parole ; cf. sur lui les notices du Dictionnaire de Biog. française, t. 17, col. 778-779, et de Catholicisme, t.5, col. 537.

62 Article Pazifismus dans Geschichtliche Grundbegrtffe. Historisches Lexikon zurpolitisch-sozialen Sprache in Deutschland, publ. p. O. Brunner, W. Conze et R. Koselleck, t.4 (Stuttgart, 1978), p. 767 ; notice sur Emile Arnaud daas Biographical Dicttonary of Modern Peace Leaders, publ. sous la dir. de H. Josephson (Westport-Londres, 1985), pp. 36-38. Sur l’aventure pacifiste de l’Indépendance Belge – qui mériterait une étude détaillée -, on dispose surtout des données de deux thèses de doctorat inédites, de Mme N. Lubelski-Bernard, Les mouvements et les idéologies pacifistes en Belgique, 1830-1914 (Université de Bruxelles, 1977) et de Melle V. Grossi, Le Pacifisme européen, 1889-1914 (Université de Genève, 1992). La thèse de Melle Grossi traite du dreyfusisme des pacifistes français.

63 Dépêche du ministre de Belgique à Paris, d’Anethan, du 7 février 1898 ; Bruxelles, Arch. du Minist. des Affaires étrangères, Correspondance politique, Légations, France.

64 Voir sa notice dans le Biographical Dictionary of Modern Peace Leaders, op. cit., pp.645-647, et Jules Moch, Une si longue vie (Paris, 1976), pp. 23-24.

65 Cf. sur tout ceci E. Vaughan, Souvenirs sans regrets (Paris, 1902), pp. 10-51 ; Jean-Bernard, Le gérant Ernest Vaughan, dans le Soir (de Bruxelles), 24 janvier 1929 ; J.B. Duroselle, Clemenceau (Paris, 1988), pp. 404-405 et 794.

66 Cte De Limburg-Stirum, L’affaire Dreyfus, dans la Revue Générale, avril 1898, p. 545.

67 Gazette de Liège, 18 février 1898.

68 La Meuse, 22-23 janvier 1898.

69 Gazette de Liège, 12 février 1898.

70 M. Vauthier, La France et l’affaire Dreyfus (Paris, 1899), p. 7. La brochure de Maurice Vauthier — qui reprend le texte d’un article paru initialement dans la Revue de l’Université de Bruxelles, t. 4, 1898-1899 — est très remarquable. Elle montre la réflexion sur la France que l’affaire Dreyfus inspire à un libéral belge

71 Indépendance Belge, 28 août 1899

72 Le Matin (d’Anvers) cité dans le Patriote, 11 septembre 1899.

73 Le Petit Bleu, 9 septembre 1899.

74 L’Express (de Liège), 11 septembre 1899. Le correspondant bruxellois du Précurseur d’Anvers, écrit â propos de la soirée du 9 septembre : « Combien de fois dans cette soirée, vraiment sinistre, n’ai-je pas entendu formuler le souhait de voir la France recevoir « une nouvelle leçon de l’Allemagne » ! (Le Précurseur, 10 septembre 1899).

75 Lettre de Prosper de Wilde, « ex-chevalier de la Légion d’honneur », dans le Patriote, 16 septembre 1899.

76 J. Reinach, Histoire de l’affaire Dreyfus, t.5 (Paris, 1905), p. 543 ;J. D. Bredin, L’Affaire (nlle éd., Paris, 1993), p. 578.

77 Meeting du 11 septembre 1899, d’après les comptes rendus du Peuple et de Y Indépendance Belge du 13 septembre.

78 Lettre du prince Albert à sa sœur, à l’époque du procès Zola, citée dans L. Wilmet, La jeunesse du Roi Albert d’après des documents intimes inédits (Bruxelles, s. d.), p. 51

79 La Réforme, 14 décembre 1898.

80 Livre d’Hommage des Lettres françaises à Emile Zola, op. cit., p. 84.

81 Lettre « très confidentielle » de l’attaché militaire Haillot au ministre Billot, 7 avril 1898 ; Archives Nationales, BB 19, 109, 2, 19 (aimable communication de M. Vander Stappen). Haillot met en cause la franc-maçonnerie : il subit là sans doute l’influence belge.

82 P. H. (= Paul Hymans), Correspondance de Bruxelles, dans La Meuse, 12-13 février 1898.

83 Avec mes remerciements tout particuliers à MM. Jean-Yves Veillard et André Vander Stappen, qui m’ont communiqué d’importants documents, et à MM. Jacques Detemmerman et Jules-Maurice Anspach, à qui je dois des renseignements précieux. J’ai tiré un réel profit des mémoires inédits de Mlles Isabelle Karolinski (L’antisémitisme en Belgique francophone de « La France juive » d’Edouard Drumont au procès de Rennes, 1886-1899, mémoire en histoire, Université de Liège, 1982) et Assunta Bianchi (L’affaire Dreyfus en Belgique. La presse et l’opinion face à l’affaire, mémoire en histoire, Université de Bruxelles, 1990).

AUTEUR
Jean Stengers
Université libre de Bruxelles

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