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« Shalom, Namaste »: la visite de Netanyahou met en valeur la diversité de la communauté juive en Inde

Ils se sont si bien intégrés à la société indienne qu’un grand nombre d’entre eux portent des noms indiens

Une mère juive indienne avec son fils veille sur une cérémonie de prière pour marquer Rosh Hashanah, le Nouvel An juif de deux jours qui a débuté mercredi au coucher du soleil, à la synagogue Magen Hassidin de Mumbai, Inde, le jeudi 13 septembre 2007.  (AP Photo/Gautam Singh)
Une mère juive indienne avec son fils veille sur une cérémonie de prière pour marquer Rosh Hashanah, le Nouvel An juif de deux jours qui a débuté mercredi au coucher du soleil, à la synagogue Magen Hassidin de Mumbai, Inde, le jeudi 13 septembre 2007.
(AP Photo/Gautam Singh)

Judah Samuel trépigne d’impatience. En qualité de président de la synagogue Sha’are Rosan de Bombay, il sera présent à la réception donnée en l’honneur du Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou jeudi. C’est lors du sixième et dernier jour de sa visite en Inde que le dirigeant israélien rencontrera les membres de la communauté juive du pays.

Samuel est né et a grandi à Bombay où il a occupé la fonction de directeur général de la compagnie aérienne israélienne El Al. Il a également été directeur marketing du ministère israélien du Tourisme. Il a ainsi suivi de près l’évolution des relations entre les deux pays.

L’arrivée de Netanyahou en Inde est pour lui une immense satisfaction.

« Nos deux pays ont établi des relations diplomatiques il y a 25 ans. Je me demande vraiment ce que nous avons fait pendant tout ce temps, alors que nous avons tant de choses en commun », déclare Samuel qui est aujourd’hui vice-président de la Fédération des chambres de commerce indo-israéliennes.

L’avis de Samuel est partagé par Edna Samuel, qui a fondé et dirige une société de relations publiques à Bombay. Avec Judah Samuel, qui est membre de la communauté juive du Bnei Israel très présente dans l’ouest de l’Inde, elle fait partie des premières communautés juives qui se sont installées dans le pays.

Leur origine remonte à l’Antiquité.

Ils se sont si bien intégrés à la société indienne qu’un grand nombre d’entre eux portent aujourd’hui des noms indiens et qu’il est bien difficile de les différencier des autres indiens.

Judah et Edna ont tous les deux de la famille en Israël.

Judah, qui se rend souvent en Israël, était également présent à la réception en l’honneur de Narendra Modi lors de la visite de ce-dernier dans l’Etat hébreu, la première d’un Premier ministre indien en Terre promise.

Judah affirme que la communauté juive d’Inde « n’a jamais été confrontée à l’antisémitisme, en dépit de la distance qui a caractérisé la relation entre les deux pays pendant de longues années.

Edna indique que c’est la raison pour laquelle elle reste à Bombay, même si certains de ses proches sont partis vivre en Israël.

Les Juifs indiens touchent le "Mézouzah", à droite, un morceau de parchemin inscrit avec des versets hébreux spécifiés de la Torah, après une cérémonie de prière pour marquer Rosh Hashanah, le nouvel an juif, à la synagogue Magen Hassidin de Mumbai, en Inde, le jeudi 1er septembre.  (AP Photo/Gautam Singh)
Les Juifs indiens touchent le « Mézouzah », à droite, un morceau de parchemin inscrit avec des versets hébreux spécifiés de la Torah, après une cérémonie de prière pour marquer Rosh Hashanah, le nouvel an juif, à la synagogue Magen Hassidin de Mumbai, en Inde, le jeudi 1er septembre.
(AP Photo/Gautam Singh)

« C’est curieux », remarque-t-elle. « En tant que petite communauté, nous avons lutté pour que notre judaïté perdure ici alors qu’en Israël, je me suis rendu compte que mes proches se battaient pour conserver leur caractère indien ».

Dans l’agenda d’Edna, un autre événement est prévu aujourd’hui: la venue de Netanyahou à l’inauguration de « Shalom-Namaste », un magazine consacré aux relations indo-israéliennes.

L’événement se tiendra dans la grande synagogue Magen David de Bombay.

La plupart des 5.000 Juifs d’Inde vivent à Bombay et dans ses environs, ce qui explique en partie pourquoi Netanyahou va visiter cette ville qui abrite également le centre communautaire Habad où les parents de Moshe Holzer, aujourd’hui âgé de 11 ans, ont été sauvagement assassinés par des terroristes islamistes pakistanais en 2008.

Ce moment reste gravé dans la mémoire des habitants de Bombay, Juifs et non-Juifs.

Et le retour de « Bébé Moshe » dans la ville pour la première fois depuis l’attentat est particulièrement émouvant pour tous.

Cependant, les Juifs de Bombay ne sont pas les seuls à se réjouir.

A des kilomètres au sud du pays, à Cochin, Mathew Anthony, fils d’une ancienne famille juive de la ville, se réjouit que Netanyahou se rende en Inde.

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Le Premier ministre indien Narendra Modi, le front gauche, embrasse Moshe Holtzberg, 11 ans, fils de Rabbi Gavriel et Rivkah Holtzberg, deux émissaires de Chabad assassinés, qui ont été tués lors d’un attentat terroriste à Mumbai, à Tel Aviv, en novembre 2008, le 5 juillet 2017. Prime Min Haim Tzach/GPO
Aux temps du Roi Salomon, il y a plus de 2.000 ans, les marchands juifs ont atterri sur la côte Malabar à l’ouest du pays.

Dans la plupart des cas, ils ont épousé des femmes indiennes, ont adopté les coutumes locales, se sont lancés dans le commerce des épices et ont établi la communauté des « Juifs de Cochin« .

Anthony est particulièrement fier du fait que, lorsque Modi s’est rendu en Israël, c’est dans la célèbre synagogue Paradesi qu’il a pris avec lui une Torah dans un coffret en argent avec une couronne d’or pour l’offrir lors de sa visite dans l’Etat hébreu.

Comme Anthony, Kale Chandra, une habitante de Vijayawada, ville située sur la côte est du pays, ne sera pas être présente à la réception de Netanyahou à Bombay. Mais le rapprochement entre les deux pays la ravie. Kale fait partie de la communauté juive Bnei Ephraim.

Les Juifs de Cochin sont concentrés dans le sud du pays, tandis que les Bnei Israël vivent principalement à l’ouest.

Les Juifs de Bagdad, qui sont arrivés bien plus tard en Inde aux 18ème et 19ème siècles, sont établis pour la plupart dans l’est du pays.

Un juif indien souffle un "Shofar", un instrument de musique utilisé dans les cérémonies religieuses juives faites à partir de la corne d'un bélier lors de la cérémonie "Tachlikh" pendant Rosh Hashanah, le Nouvel An juif de deux jours qui a commencé mercredi au coucher du soleil, dans un chantier naval à Mumbai,  (AP Photo/Gautam Singh)
Un juif indien souffle un « Shofar », un instrument de musique utilisé dans les cérémonies religieuses juives faites à partir de la corne d’un bélier lors de la cérémonie « Tachlikh » pendant Rosh Hashanah, le Nouvel An juif de deux jours qui a commencé mercredi au coucher du soleil, dans un chantier naval à Mumbai,
(AP Photo/Gautam Singh)

Les Bnei Manashe du Nord-Est et les Bnei Ephraim sont considérés comme des émigrants arrivés relativement récemment.

La communauté des Bnei Israël est la plus grande du pays et s’étend de l’ouest jusqu’à la capitale New Delhi.

Ezekiel Malekar, avocat en formation, est actuellement secrétaire d’honneur de la synagogue Judah Hyam, la seule de New Delhi. Il est heureux que la coopération indo-israélienne se développe, comme l’illustrent les visites mutuelles de Modi et Netanyahou. Mais son bonheur est teinté d’une pointe déception, car aucune visite de sa synagogue n’a été organisée, et bien que le Premier ministre israélien reste trois jours dans la ville.

Malekar se souvient avec tendresse de l’époque où l’ancien Premier ministre israélien Shimon Peres avait visité sa synagogue et quand Malekar avait prononcé une bénédiction à cette occasion. Mais ce qui compte, c’est que la visite de Netanyahou en Inde mette en avant la communauté, dont beaucoup ignorent l’existence malgré la contribution qu’elle apporte à l’Inde, notamment dans les arts, la littérature, la gastronomie et même la défense.

Malekar a des proches en Israël et il a le sentiment que les vols directs entre les deux pays – une initiative prise pendant la visite actuelle de Netanyahou – contribueront grandement à consolider les liens entre l’Inde et Israël en connectant les deux peuples.

Dans cette photo de dossier du 13 septembre 2007, des garçons juifs indiens sont assis à l'intérieur de la synagogue Magen Hassidin après une cérémonie de prière pour Rosh Hashanah, le Nouvel An juif, à Mumbai, en Inde. AP Photo/Gautam Singh, DOSSIER
Dans cette photo de dossier du 13 septembre 2007, des garçons juifs indiens sont assis à l’intérieur de la synagogue Magen Hassidin après une cérémonie de prière pour Rosh Hashanah, le Nouvel An juif, à Mumbai, en Inde. AP Photo/Gautam Singh, DOSSIER

Jael Silliman, auteure et militante juive de Calcutta, est aujourd’hui la conservatrice d’un site artistique et culturel consacré à la communauté juive de la ville. Elle affirme que ce sont les peuples des deux pays qui constitueront le socle des relations bilatérales.

« Plus de 40.000 Israéliens se rendent en Inde tous les ans, c’est un chiffre considérable », déclare-t-elle.

« Ces touristes viennent ici pour découvrir l’Inde de leurs propres yeux et ils ont joué un rôle important dans le processus de familiarisation des Israéliens avec l’Inde. »

« La communauté juive en Inde ne cesse de diminuer d’année en année », déplore Anthony avec regret.

Depuis l’indépendance de l’Inde, beaucoup de membres de la communauté juive ont émigré vers les pays occidentaux et en Israël depuis l’indépendance de l’Etat hébreu.

« Pourtant, poursuit-il, les Juifs de tous les horizons se souviennent avec gratitude que l’Inde a toujours été un refuge où ils étaient en sécurité, une sorte de paradis qui était aussi un lieu sûr pour de nombreuses autres communautés. Je suis convaincu que l’Inde continuera à être un exemple de tolérance pour tous les peuples. Puissions-nous tous enfin trouver la paix qui va au-delà de toute compréhension ».

Aditi Bhaduri est journaliste et chercheuse primée de New Delhi.

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