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1er VOLET (en 7 chapitres) : La présence juive en Bretagne du Ve siècle apr. J.-C. à la seconde guerre mondiale

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Au gré des fluctuations du droit et des ostracismes économiques

Aux XVIe et XVIIe siècles, la condition des Juifs en France reste précaire, soumise aux fluctuations de la politique royale.

Celle-ci autorise, au XVIe siècle, l’installation de familles marranes1 à Bordeaux et Nantes, au grand mécontentement des marchands locaux.

Au début des années 1590 séjournèrent aussi à Nantes des Juifs portugais. Parmi eux, Abraham Espinoza, grand-père du philosophe Spinoza, qui ne tarda pas à gagner Amsterdam.

Le Roi d’Espagne, Philippe II, ayant signé, le 10 janvier 1610, un nouvel édit de bannissement, de nombreux Juifs s’exilent, cette fois encore, vers les deux grands ports français de l’Atlantique où ils bénéficient de la protection royale en cette fin du règne d’Henri IV.

Court répit, puisque le 23 avril 1615, le Conseil de régence, que préside Marie de Médicis pendant la minorité de Louis XIII, ordonne l’expulsion des Juifs du royaume.

L’édit est enregistré au Parlement de Bretagne, à Rennes, le 11 mai :

« JUIFS – Lett. Patt. [Paris 23 avril] par lesquelles le Roi veut et ordonne que tous les Juifs qui se trouveront en ce royaume, païs et terres de son obéissance seront tenus d’en vider et de se retirer dans le tems et terme d’un mois après la publication des présentes sur peine de la vie et confiscation de tous leurs biens : fait très expresses défenses sur les mêmes peines à tous ses sujets de les y recevoir, ni de converser avec eux le dit tems passé […] Copies envoyées et publiées à son de trompe dans les carrefours des villes de cette province2. »

Cette précarité ne semble pas avoir empêché la constitution, ici ou là, de communautés durables comme celle de l’ancienne « rue Buhen », longtemps appelée « rue des Juifs », à Saint-Malo, proche de la tour « Qui qu’en grogne ».

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Débouchant sur l’actuelle place Chateaubriand, elle abritait, dès le XVIe siècle, des familles de petits commerçants et artisans qui semblent y avoir demeuré pendant plusieurs générations.

Est-ce la présence de cette petite colonie qui fut à l’origine de la cérémonie, célébrée pendant la Semaine sainte, au pied de « la Croix du fief » ? L’évêque de Saint-Malo y sommait les Juifs « de quitter la ville jusqu’au lundi de Pâques3 ».

Lorsque, le 4 septembre 1768, François René de Chateaubriand naquit dans cette « rue sombre et étroite de Saint-Malo, appelée la rue des Juifs4 », il semble que seul le nom témoignait encore d’une présence révolue.

À Rennes, l’existence d’une « rue des Juifs », à l’Ouest de la rue du Cartage, jusqu’en 1844 où elle disparut lors des travaux de construction des quais de la Vilaine, ne prouve pas un ancrage reconstitué progressivement après 1240.

Il faut attendre le XVIIIe siècle pour qu’au détour d’un document fiscal, le rôle de la capitation de l’année 1758, trois Juifs soient mentionnés : « Les dames Malvard, marchandes juives » qui tiennent boutique au Pont Saint-Martin, et « Beaumarin, Juif converti5 ». Pour ce dernier, sans doute s’agit-il d’Israël Bon Marino dont sera évoquée la conversion, à Vannes en 1748.

Aucun n’appartient à la bourgeoisie commerçante rennaise. Les « dames Malvard » sont imposées pour 1 livre et 10 sols, « Beaumarin » pour 4 livres, ce qui les classe parmi ces petits commerçants de Rennes qui, après bien des conflits, réussirent à se faire accepter dans la corporation des marchands.

Toute autre est l’ascension sociale d’une famille de Juifs convertis, les Da Costa.

Originaire du Portugal, cette famille arriva en France à la fin du XVIIe siècle. Jean-Jacques Da Costa est d’abord négociant à Rennes avant d’acquérir, en 1761, la charge anoblissante de « secrétaire du Roi en la chancellerie de Bretagne ».

Son fils, Jean-François Da Costa de la Fleuriais, né à Rennes en 1744, est « fermier général des Etats de Bretagne », seigneur de Gévezé et épouse, en 1767, Angélique Prudence Bodin du Verger.

Parcours exemplaire d’une famille bourgeoise de la société d’ancien régime qui, fortune faite dans le négoce, investit dans des offices honorifiques et lucratifs. Ayant acquis une « seigneurie » qui, socialement, sinon juridiquement, renforce son statut d’aristocrate, il ne lui restait plus qu’à intégrer la noblesse locale par le biais d’une alliance matrimoniale. Ce fut chose faite en 1767.

Ambitieux, Jean-François Da Costa de la Fleuriais se révéla, aussi, habile politique. On retrouve ce « ci-devant aristocrate », membre de la municipalité de Rennes en 1793, traversant la Révolution, et la dangereuse période de la Terreur, pour finir paisiblement sa vie en 1827- 6.

Le destin de cette famille est, évidemment, atypique et, en dehors des qualités intrinsèques de ses membres, lié à une préalable conversion.

La situation de tous les autres Juifs était tributaire de la volonté du Prince et aussi, tout au moins jusqu’à la Révolution, des pouvoirs locaux (en Bretagne, le Parlement et certains subdélégués et municipalités), enclins parfois à restreindre, voire à interdire leur présence sous la pression des marchands chrétiens animés « moins de préjugés religieux que de soucis de concurrence commerciale », estime Henri Sée7.

Colbert ne s’y trompe pas qui, en 1673, dans ses « Instructions à Monsieur de Rouillé », écrit à propos du gouvernement de la Provence :

« L’établissement des Juifs n’a jamais été défendu pour le commerce parce que, pour l’ordinaire, il augmente partout où ils sont […] aussi ne faut-il point écouter les propositions qui vous sont faites contre eux […] vous examinerez plutôt si ces gens sont utiles ou non à Marseille. »

Deux ans auparavant, en 1671, il avait déjà, et pour les mêmes raisons, convaincu Louis XIV d’accepter que les Juifs soient autorisés à s’installer dans les colonies.

Concession que le Roi annula dès la mort de Colbert en 1683, ce qui aboutit, l’année suivante, en mars 1684, à la rédaction de l’article 1 du Code noir dont l’antijudaïsme brutal tranche, bizarrement, avec le reste du texte qui réglemente les rapports entre maîtres et esclaves dans les colonies :

« Voulons et entendons que l’édit du feu roi de glorieuse mémoire notre très honoré seigneur et père, du 23 avril 1615, soit exécuté dans nos îles. Ce faisant, enjoignons à tous nos officiers de chasser hors de nos îles tous les Juifs qui y ont établi leur résidence, auxquels, comme aux ennemis déclarés du nom chrétien, nous commandons d’en sortir dans trois mois à compter du jour de la publication des présentes, à peine de confiscation de corps et de biens. »

Le point de vue pragmatique du ministre, soucieux avant tout de développer la richesse économique, base de la puissance de l’État, avait écarté l’argument religieux pour ne considérer que le rôle socio-économique.

Au XVIIIe siècle, des représentants de la monarchie, en Bretagne, adoptèrent la même attitude lorsqu’ils durent résoudre un épineux problème soulevé par deux négociants juifs qui, à Nantes et à Saint-Malo, bravaient l’hostilité de leurs concurrents en s’appuyant sur les usages de la province et les édits royaux.

En 1731, un arrêt du Conseil d’État limitait les activités commerciales des Juifs en leur interdisant de « trafiquer, vendre ou débiter leurs marchandises dans aucunes villes du royaume autres que celles où ils étaient domiciliés ».

Dès le 14 mars, l’Intendant Jean-Baptiste Des Galois signait, à Rennes, l’ordonnance d’application de cet arrêt en Bretagne. Toutefois cette restriction ne concernait pas le commerce forain, celui des colporteurs qui, chrétiens ou juifs, étaient périodiquement l’objet de protestations des marchands sédentaires, comme ceux de Brest, Landerneau ou Morlaix, en 1745, qui amalgament colportage et « commerce des Juifs ».

Les requêtes qu’ils adressaient à l’administration royale énuméraient toujours les mêmes griefs : les forains n’étaient pas soumis aux mêmes charges fiscales que les commerçants établis, ils vendaient des marchandises défectueuses, parfois d’origine douteuse, et faisaient ainsi une concurrence déloyale aux marchands locaux soucieux de n’offrir que des produits de qualité.

Cette argumentation manichéenne, peu crédible quand elle prétend discréditer l’ensemble des forains, révèle sa véritable raison, le rejet de tout concurrent étranger au milieu local, quand elle s’applique à des commerçants juifs tenant boutique dans une ville depuis, parfois, de nombreuses années.

Lorsque, en 1741, le nouvel Intendant de Bretagne, Pontcarré de Viarme, constate que « les Juifs ne font plus de commerce dans la province », il faut, sans doute, entendre qu’ils n’en font plus hors des étroites limites qui leur sont imposées, car il ajoute : « d’ailleurs ils sont soumis aux mêmes permissions que les autres étrangers dans les foires du Roi ».

C’est pourtant en cette année qu’éclata, à Nantes et à Saint-Malo, une polémique qui dura près de vingt ans, opposant Israël Dalpuget et Moïse Petit, « Juifs de Bordeaux8 », aux communautés de marchands.

Combat moins inégal qu’il n’y paraît du fait de la pugnacité des deux commerçants, d’une part et, d’autre part, de l’appui que leur apportèrent le maire et les échevins de Saint-Malo, ainsi que des nobles influents comme la comtesse de Conti qui fit intervenir, auprès de l’Intendant, le duc d’Aiguillon, Gouverneur de Bretagne : « Madame la comtesse de Conti m’a chargé de vous écrire en faveur de Messieurs Petit et Dalpuget, j’ignore si leur cause est assez bonne pour que vous puissiez avoir égard à ces sollicitations9. »

Ayant pignon sur rue à Saint-Malo, Petit et Dalpuget participaient, en outre, aux grandes foires et, à ce titre, subissaient aussi la vindicte des marchands nantais qui souhaitaient que « tout commerce leur soit [aux Juifs] interdit en ville et dans la banlieue, en tous temps, même en temps de foire », prétention à laquelle l’autorité royale, par la voix de l’Intendant, opposa un refus catégorique :

« A Rennes le 30 septembre 1741.
Sur les plaintes des marchands de plusieurs villes du Royaume contre le commerce des Juifs et des colporteurs, le Conseil s’était proposé, Monsieur, de faire un règlement général, mais après avoir pris les avis de Messieurs les Intendants et celui des députez du commerce, il a décidé sans qu’il fût besoin d’arrêt que l’on laisserait aux Juifs la liberté qu’ils ont toujours eue de fréquenter les foires conformément aux usages qui s’observent dans chaque province, c’est à quoi vous aurés agréable de vous conformer […]. Pontcarré de Viarme10. »

Certainement déçus, les Nantais ne se découragèrent pas pour autant car, l’année suivante, ils revinrent à la charge pour faire interdire aux Juifs l’accès aux deux foires annuelles de la ville. La première, en février, consacrée aux soieries, draperies, bijoux ; la seconde en mai où étaient vendues confection et mercerie. Pour résister à ces pressions, les négociants juifs durent faire appel aux pouvoirs publics.

Le 16 décembre 1744, Israël Dalpuget et Moïse Petit étaient officiellement autorisés « à étaler et à vendre aux foires publiques du Royaume ». L’autorisation fut enregistrée par le lieutenant de police de Nantes.

Présents à la foire de février 1745, ils n’en furent pas moins en butte aux tracasseries. Ayant ouvert « une boutique dans la rue du Bignon Letard » ils ne purent y exposer leurs soieries et furent contraints de se replier « dans un petit lieu appellé aujourd’hui “les Halles” qui est une chambre au-dessus de la halle aux tripiers joignante la halle de la grande boucherie ». Confinés dans un environnement préjudiciable à leurs tissus précieux et fragiles – « les exhalaisons gâtèrent plusieurs pièces de soierie » – ils auraient cédé à l’intolérance et à la déloyauté de leurs adversaires « s’ils n’avaient rencontré des habitants qui les ont instruits premièrement que le privilège [de participer à la foire franche de Nantes] est commun à l’habitant et au marchand forain ou étranger […] et que par cette raison l’endroit d’étalage doit être commode aux acheteurs et aux vendeurs11 ».

Ainsi informé de ce qui s’était passé l’année précédente, le lieutenant général de police de Nantes réagit. Le jour même où cette supplique lui parvint, il publia une ordonnance reconnaissant que les droits des deux plaignants n’avaient pas été respectés lors de la foire de 1745 et leur garantissant des conditions convenables pour leur participation à celle de 1746 qui débutait le 7 février.

Faut-il voir, dans cet empressement, la volonté des autorités locales de se conformer à la décision du Ministre Machault qui, un mois auparavant, avait fait savoir à l’Intendant de Bretagne la suite qu’il donnait à la requête des marchands nantais réclamant, une nouvelle fois, l’éviction des Juifs des foires de la ville : « Il n’est pas question d’autoriser, mais de tolérer simplement la liberté aux Juifs de fréquenter les foires. Je vous prie de faire savoir aux marchands de Nantes que j’ai mis à néant leur requête12.»

Au moment où, à Nantes, la persévérance de ces deux négociants leur assurait, provisoirement, le droit de travailler, commençait pour eux un autre combat. À Saint-Malo, qui était leur ville de résidence, le subdélégué de l’Intendant, Noüail de Cohigné, leur enjoignait de quitter la ville dans les vingt-quatre heures, le 4 janvier 1746, faute de quoi les marchands malouins pourraient faire saisir leurs marchandises. À Nantes, à Saint-Malo, la même hostilité poursuivait ces deux hommes qui ne revendiquaient rien d’autre que le droit de tenir leur juste place dans le négoce de deux grands ports, à l’époque parmi les plus riches d’Europe.

Sous la menace de cette expulsion, Dalpuget et Petit adressèrent un recours à l’Intendant de Bretagne sous forme d’un « mémoire pour Moïse Petit et Israël Dalpuget, marchands juifs de nation, natifs de Bordeaux, domiciliés à Saint-Malo ». Dix jours plus tard, Pontcarré de Viarme abrogeait la décision de son subdélégué et interdisait à la communauté de ville et aux marchands malouins de soieries et de drap, de tenter quoi que ce soit contre les intérêts des deux marchands juifs.

L’argumentation développée par les deux plaignants s’appuyait habilement sur la complexité de la législation royale. Ils se déclaraient domiciliés depuis douze ans à Saint-Malo pour y faire commerce de « soieries et dorures en gros et en détail ». Ils payaient la capitation et les diverses taxes dues par tout marchand. Ainsi ils participaient, au même titre que leurs confrères chrétiens, aux charges communes de la ville et pouvaient prétendre à la dignité de bourgeois. La mesure d’expulsion à leur encontre, si elle était exécutée, revenait à confondre « Juifs régnicoles », jouissant des droits et privilèges des habitants des villes où ils demeuraient, et « Juifs étrangers », admis seulement aux foires, donc à « contraindre les négociants israélites à n’avoir point de résidence fixe ».

Ce principe posé, Petit et Dalpuget tiraient avantage de la situation locale. « Il n’y a, à Saint-Malo, ni maîtrise, ni jurande. »

Les marchands et artisans malouins n’avaient donc pas le droit de contrôler, de réglementer, de limiter l’implantation de nouvelles entreprises. Et nos deux négociants de citer l’édit de 1594, concernant Saint-Malo, où Henri IV stipulait : « Voulons que pour plus ample commodité des dits habitants, le trafic et le commerce leur soit libre de toutes marchandises, non prohibées, avec toutes personnes de quelque nation, party ou pays qu’ils soient. » Crédo libéral contre les tenants d’une réglementation protectrice d’intérêts corporatistes qui arguaient de la judéité de leurs rivaux pour tenter de déstabiliser, puis d’éliminer des concurrents dynamiques.

Les deux associés savent aussi manier l’ironie : « A entendre les marchands [de Saint-Malo], ils semblent voir les douze tribus venir s’emparer de la ville de Jérusalem. Il ne s’agit pourtant que de deux Juifs qui sont venus il y a douze ans à Saint-Malo pour y faire un commerce paisible et, depuis ce temps, on n’y en a point vu d’autres13…»

Les Juifs avaient-ils déjà disparu de la « Rue aux Juifs » ou, riches négociants, Petit et Dalpuget ne faisaient-ils allusion qu’à d’autres marchands de leur rang ?

Le soutien de l’Intendant leur valut cinq années de tranquillité pendant lesquelles ils purent librement commercer mais, ni à Nantes, ni à Saint-Malo, leurs adversaires n’avaient désarmé. À la foire nantaise de la Chandeleur, en 1751, les drapiers prétendirent limiter à 12 jours, au lieu de 15, la présence de ces deux Juifs non-résidents. Nouvelle requête auprès des magistrats qui veillaient à la police des foires : ils confirmèrent le droit des plaignants à bénéficier de 15 jours pleins d’activité commerciale. Les marchands nantais, convoqués au bureau de ville, firent défaut et furent déboutés. L’affaire en resta là, jusqu’à l’année suivante.

En août 1752, de nouvelles plaintes, formulées cette fois par les « marchands merciers et quincailliers » accusaient « un grand nombre de Juifs foirins et gens sans aveu » de vendre « des marchandises qu’ils disent parvenir de banqueroutes ».

Le fait, en soi, n’ayant rien de répréhensible, les auteurs de la requête, après avoir assuré « qu’ils ne prétendaient point gêner la liberté de commerce », justifiaient leurs griefs en invoquant la mauvaise qualité des produits vendus et leur origine douteuse (faillites frauduleuses ou marchandises volées).

Durant ce même été 1752, un arrêté du « siège royal de la police de Nantes » constatait la présence dans la ville et les faubourgs « d’un grand nombre de personnes sans domicile et sans aveu, et particulièrement de Juifs qui, sous le nom de colporteurs vendent […] des bijoux et autres effets de toutes espèces ».

La sentence était rude, elle ordonnait « à toutes personnes de nation juive et autres gens sans aveu non domiciliés dans cette ville […] d’en sortir dans vingt-quatre heures, avec défense à eux d’y rentrer ».

Cette fois, plainte des marchands et décision de police, bien que les Juifs en fussent la cible principale, visaient à chasser tous marginaux, nouveaux venus et étrangers à la ville. Juifs ou Chrétiens, ils étaient d’abord colporteurs, donc nomades et les « errants » faisaient peur car ils étaient difficiles à contrôler.

N’étaient concernés par cette expulsion ni Messieurs Dalpuget et Petit ni aucun commerçant juif connu ; l’ordonnance qui évoquait « toutes personnes de nation juive » précisait : « fors néanmoins et excepté ceux d’entre les Juifs qui, par quelques privilèges particuliers […] se trouveront autorisés à y venir séjourner, demeurer et négocier, soit les jours de foire ou autrement14 ».

On pourrait penser que toutes les situations conflictuelles entre commerçants juifs et non juifs, résidents ou forains, ayant donné lieu à des décisions administratives, un équilibre, basé sur la tolérance des uns et la résignation des autres, avait été trouvé. Il n’en était rien et, en 1754, Dalpuget et Petit furent à nouveau menacés.

L’Intendant Pontcarré de Viarme venait d’être remplacé. Son départ redonna-t-il espoir aux marchands bretons ? Tandis qu’à Saint-Malo l’expulsion des deux associés était, une fois de plus, réclamée, à Rennes l’interdiction totale du négoce juif était exigée.

Le 20 décembre 1754, la « communauté » (municipalité) de Saint-Malo, sous la présidence de son Maire, Monsieur Picot, prit, cette fois, ouvertement parti pour ses commerçants juifs : « l’assemblée après avoir eu lecture […] des requêtes et mémoires respectifs des dits Dalpuget et Petit et des marchands de cette ville, a délibéré à la pluralité des voix de favoriser l’établissement des dits Dalpuget et Petit dans cette ville, et dans l’état actuel de l’instance » ; pragmatisme « à la Colbert ».

Le 30 décembre, le nouvel intendant, Le Bret, sembla se ranger à l’avis des échevins et rendit compte à Versailles : « La communauté de Saint-Malo s’intéresse à favoriser l’établissement des sieurs Dalpuget et Petit dans cette ville. » Il se trouva, toutefois, soumis aux pressions conjuguées des commerçants rennais et malouins et, malgré l’intervention de Madame de Conti et du duc d’Aiguillon, évoquée précédemment, il prononça, le 16 juillet 1755, un arrêt défavorable :

« Nous, Cardin, François, Xavier Lebret… Intendant et commissaire départi par Sa Majesté pour l’exécution de ses ordres en la province de Bretagne, sans avoir égard aux exceptions desdits Dalpuget et Petit, Juifs de nation, dont nous les avons déboutés, leur faisons très expresses […] défenses de s’établir et faire leur résidence dans la ville de Saint-Malo […] ni dans aucunes autres villes et lieux de cette province et d’y trafiquer, vendre et débiter des marchandises […] à l’exception des foires seulement15. »

Seule concession, il leur accordait « un délay d’une année pour se retirer avec leurs marchandises et effets de la ville de Saint-Malo ». Bien maigre consolation dont il s’excusa auprès de leurs protecteurs : « Il ne m’a pas été possible de les traiter plus avantageusement. »

Le délai écoulé, en août 1756, Petit et Dalpuget n’avaient pas achevé la liquidation de leurs biens. Ils obtinrent un sursis de deux années supplémentaires accordé par une administration royale qui donne l’impression de « traîner les pieds » et d’appliquer à regret des règlements discriminatoires qu’elle désapprouve, au moins dans ce cas particulier. « Ces Juifs faisaient leur commerce à la satisfaction du public », écrit le comte de Saint-Florentin, Ministre de la Maison du roi.

« Le Maire et les échevins m’en ont donné des témoignages les plus avantageux ; mais les marchands m’ont réclamé l’exécution de l’arrêt du Conseil de février 173116. » Cet arrêt, nous l’avons vu, n’autorisait les Juifs « à vendre ou débiter leurs marchandises » que dans la ville où ils étaient domiciliés. En 1754, Petit et Dalpuget résidaient à Saint-Malo depuis vingt ans mais, pour leurs adversaires, un Juif pouvait-il être autre qu’un errant et un étranger ?

À l’approche de l’expiration du délai de grâce, l’Intendant fut, à nouveau, sollicité en faveur des deux marchands. Le 25 juin 1758 il reçut cette lettre d’Hermine d’Aligre dont un aïeul, Étienne d’Aligre avait été Garde des Sceaux puis Chancelier sous Louis XIV :

« Monsieur de Trudaine m’ayant assuré, Monsieur, vous avoir écrit en faveur des Juifs pour lesquels je m’intéresse, qui sont établis à Saint-Malo depuis 14 ou 15 ans, trouver bon que j’aye l’honneur de vous écrire et vous renouveler mes recommandations pour obtenir qu’ils continuent d’y résider et faire leur commerce de soierie et de dorure, attendu qu’ils y acquittent toutes les charges publiques joint à ce que vous m’avez dit des bons témoignages que l’on vous a rendus de leur probité. Je me flatte, Monsieur, que, prévenu de leur bonne conduite, vous voudrais bien leur faire la grâce de rendre une réponse favorable. J’en partagerai la reconnaissance me trouvant engagée par bien des personnes de considération de vous solliciter pour eux.
J’ai l’honneur d’être, plus que personne au monde, Monsieur, votre très humble et très obéissante servante17. »

La comtesse de Conti, Hermine d’Aligre, « bien des personnes de considération »… Il n’était pas si fréquent, dans l’aristocratie du XVIIIe siècle, d’exprimer aussi chaleureusement son estime envers des bourgeois. Qu’ils fussent juifs est mentionné puisque c’est la raison pour laquelle ils sont persécutés, mais cela ne semble pas autrement important aux yeux de leurs protectrices.

Doit-on voir dans cette constance à défendre les deux hommes un attachement à des personnalités d’exception ou l’attitude d’aristocrates sensibles à la philosophie des Lumières et indignés de la « tyrannie » dont on fait preuve à leur encontre ? Le cas est assez rare pour n’évoquer que la fidélité d’une clientèle soucieuse de ne pas perdre des fournisseurs de qualité, bien que cet aspect ait joué un rôle, comme le souligne l’Intendant dans la réponse qu’il adresse sans tarder à son influente interlocutrice :

« J’ai reçu la lettre que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire, le 25 du mois dernier, au sujet des Juifs établis à Saint-Malo. Il est vrai, Madame, que par ordonnance du 16 juillet 1755, j’ai accordé une année aux Juifs pour sortir, avec leurs marchandises et effets, de cette ville et que, par autre ordonnance du 15 septembre 1756, j’ai prorogé de deux autres années le délai accordé par celle de 1755, de sorte que ces Juifs ont encore la faculté de demeurer à Saint-Malo jusqu’au 15 septembre de cette année. Passé ce temps ils retomberont dans le cas de l’exclusion de mon ordonnance du 16 juillet 1755 qui leur fait deffance de s’établir et faire leur résidence dans cette ville ni dans aucune autres villes et lieux de cette province.

Je n’ai rendu, Madame, cette dernière ordonnance que parce que Monsieur de Morin, alors contrôleur général, a paru le désirer, et je serai toujours tout disposé à en faire de même lorsque quelque ministre me prescrira les délais qu’il conviendra d’accorder pour les Juifs de Saint-Malo […] qui sont l’objet d’une sorte de vénération à cause de la bonne foy qui règne dans leur commerce18. »

Habile réponse dans laquelle l’Intendant Le Bret, sans désavouer son Ministre, se définit, cependant, comme simple exécutant de la volonté ou du « désir » du pouvoir central, ménageant sa correspondante en soulignant les qualités particulières de ses protégés.

Chassés de Saint-Malo, Petit et Dalpuget continuèrent à fréquenter les foires de Bretagne pendant une dizaine d’années comme d’autres négociants juifs, peu nombreux, qui apparaissent tout au long du XVIIIe siècle : Jacob Lisbonne, « Juif de Bordeaux », tenait une boutique à Nantes en 1767 et 1768, année où Élie Jacob, menacé d’expulsion, se fit immatriculer au greffe de cette ville et acquit le droit de résidence.

En 1773, vivaient et commerçaient à Nantes, Abraham Melendes, Abraham Cazales, Isaac Rodriguez, mais eux aussi sont l’objet de récriminations, toujours les mêmes. Ils sont, dit-on, de plus en plus nombreux « et paraissent en cette ville avec une confiance et une témérité sans égale ».

Leur concurrence est déloyale car « ils peuvent faire à meilleur marché parce qu’ils sont exempts de tous frais et droits ». Argument de mauvaise foi qui assimilait les Juifs aux colporteurs, aux « gens sans aveu », critique dénoncée par Petit et Dalpuget, dès 1746, dans leur mémoire à Pontcarré de Viarmes.

Près de trente ans ont passé, mais les mêmes calomnies servent à leurs accusateurs qui refusent d’admettre ce que le sénéchal et subdélégué de Brest, Labbé de Lezengat, avançait pour expliquer leur dynamisme commercial :

« Les Juifs sachant rechercher des correspondances particulières. » Allusion à des sources d’approvisionnement hors des circuits habituels et routiniers, ce que ne faisaient que de très rares marchands chrétiens, affirmait le subdélégué19.

Cette accusation survécut bien au-delà du XVIIIe siècle et réapparaît en Bretagne, en 1934, dans la revue du Parti National Breton, Breiz Atao :

« Les Juifs en Bretagne : On nous signale que différentes villes de Bretagne, Rennes et Brest en particulier, ont vu s’installer depuis l’an dernier un certain nombre de commerçants juifs. Ces commerçants, vendant à des prix anormaux, font le plus grand tort aux petits commerçants bretons.
Nous faisons une enquête sur la question et nous invitons nos amis à nous transmettre tous les renseignements utiles sur l’activité des Juifs en Bretagne20. »

Même amalgame : commerce juif, pratiques occultes, concurrence déloyale.

Dans les conflits entre négociants juifs et chrétiens en Bretagne au XVIIIe siècle, Henri Sée voyait un antagonisme économique, une réaction malthusienne plus qu’une attitude séculaire d’antijudaïsme ; c’est ce qui ressort des mésaventures d’Israël Dalpuget et de Moïse Petit.

On peut aussi y observer les prémices d’un antisémitisme « moderne », la judéité n’étant plus qu’un prétexte, le noyau autour duquel se cristallisent les caractères du Juif « fantasmé » : l’errant, l’étranger, le hors la loi commune, celui auquel on prête les plus sombres desseins.

Quelques rares conversions

La conversion aurait-elle modifié l’attitude des marchands malouins, rennais et nantais à l’égard de Petit, Dalpuget, Melendes, Cazales ? La petite bourgeoisie les aurait-elle alors intégrés, à l’image de ce que fit l’aristocratie locale vis-à-vis de la famille Da Costa ?

Face à des Juifs peu nombreux et dispersés, la tentation chrétienne du prosélytisme devait être grande. Les méthodes utilisées révèlent parfois des situations familiales dramatiques. Le 18 mars 1733, une lettre de l’Intendant de Bretagne à Monsieur de Saint-Florentin en témoigne :

« J’ai reçu la lettre que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire le 4 de ce mois avec les ordres du Roi pour faire sortir de la ville de Rennes le nommé Raphaël Coste et sa femme, juifs, et mettre leur fille dans un couvent. Cette fille a été conduite dans celui des Ursulines indiqué par Monsieur l’Evêque de Rennes. La femme est partie et le mari, à qui Monsieur l’Evêque a trouvé bon d’accorder quelques jours pour disposer de ses meubles et effets, se propose de sortir de la ville21. »

On chasse les parents juifs et on confie leur fille aux Ursulines de Rennes. Était-ce à sa demande ? Rompait-elle, de son propre gré, ses liens familiaux ? Quelles pressions avaient précédé cet épilogue ?

Ce témoignage de conversion conflictuelle n’est pas unique.

Un autre cas se présente, en 1748, dans le Morbihan. Israël Bon Marino, dit « Beaumarin », venant de La Rochelle, s’établit à Vannes. Il s’y convertit au catholicisme et veut contraindre ses quatre filles à en faire autant. Au mois de juin 1748, deux d’entre elles, Blanche et Esther, sont confiées au couvent des Ursulines de Vannes. Les deux autres sont à Bordeaux, avec leur mère qui refuse de les laisser convertir. Une longue procédure est engagée à l’issue de laquelle Beaumarin, en 1757, obtient leur enfermement dans un couvent de Bordeaux où elles refusent toujours la conversion. Finalement les quatre sœurs sont réunies à Vannes, en avril 1759 ; deux sont baptisées après avoir « volontairement abjuré le judaïsme pour embrasser la foi catholique ».

Quant à Beaumarin, son abjuration souleva une difficulté d’ordre juridique révélée par ce courrier adressé à l’Intendant, Monsieur de Viarme, le 10 août 1748, soit quelques semaines après son baptême :

« Le Duc de Penthièvre m’a remis, Monsieur, le placet cy-joint du nommé Beaumarin, Juif qui vient d’embrasser notre religion. Ce particulier qui, par sa conversion, perd les privilèges dont ceux de sa nation jouissent, demande à y estre maintenu par l’autorité du Roy. Et il paraist véritablement de l’équité ainsi que du bien de la religion que sa condition ne devienne point pire à cause qu’il a quitté l’erreur pour entrer dans le sein de l’Eglise. Je vous prie donc d’examiner et de me marquer quelle espèce de grâce on pourrait lui faire et ce qui peut s’estre pratiqué dans des cas semblables.
On ne peut, Monsieur, vous honorer plus parfaitement que je le fais, Florentin. »

Un troisième cas de conversion, sans drame cette fois, en « l’an de grâce 1777, le dixième jour du mois de juin », est rapporté par le curé, recteur de la paroisse d’Arradon, évêché de Vannes, qui baptisa « le nommé Samuel, fils d’Abraham Franklin et de Michelle, son épouse, juif de profession dans l’ordre lévitique, né à Berlin, en Prusse, âgé de 25 à 26 ans ».

Le curé décrit la cérémonie avec une grande précision :

« Après nous être assuré par lettres reçues d’Angleterre et de Nantes, où ledit Samuel a séjourné le plus longtemps depuis sa sortie de la maison paternelle, qu’il n’avait point été baptisé ; après l’avoir interrogé si c’était volontairement et sans aucun intérêt humain qu’il demandait à embrasser la religion catholique, nous ayant satisfait sur les demandes et assuré qu’il souhaitait vivement vivre et mourir dans la foi de l’Eglise catholique, apostolique et romaine sur le salut de son âme ; nous avons reçu son abjuration du judaïsme et lui avons fait à ce sujet les interrogations prescrites par le rituel romain en langue latine, lesquelles il a parfaitement comprises et auxquelles il a répondu lui-même dans la même langue.

Sur ce qu’il nous a paru suffisamment instruit et disposé, et sur la bonne volonté qu’il nous a paru avoir de s’instruire encore davantage, nous lui avons administré le sacrement de baptême sur les fonts baptismaux de notre église paroissiale d’Arradon, Evêché de Vannes, province de Bretagne en France, et lui avons imposé les noms de Joseph-Anne Paul-Luc-Vincent. Parrain et marraine ont été les […] haut et puissant Seigneur Messire Duc Edmond de Stapleton, chevalier, comte de Trèves, Seigneur des Dervalières, d’Arradon et autres lieux et haute et puissante dame Marie-Anne de Lannion, son épouse, qui ont signé avec nous, ainsi que le baptisé et autres assistants au saint baptême22. »

L’événement est d’importance, la conversion d’un Juif n’était pas une mince affaire et de puissants protecteurs intervenaient, « Monseigneur le Duc de Penthièvre » lors du baptême de Beaumarin, et, pour Samuel, « Juif de profession », de « hauts et puissants » seigneur et dame parrainent le nouveau chrétien.

Même cérémonial dans la paroisse de Bruz, près de Rennes, le 17 mai 1728, pour célébrer la conversion de David, fils de Moïse et Esther Coste. L’évêque de Rennes, entouré du clergé local, baptise le catéchumène en présence de membres éminents de l’aristocratie à laquelle appartiennent ses parrain et marraine : le « Seigneur et baron de Chateaugiron et autres lieux, Président à mortier au Parlement de Bretagne » et « Jeanne Françoise […] épouse de messire Mauville Michau Seigneur de Ruberzo, conseiller du Roy, Sénéchal de Rennes » et châtelain des Loges, à Bruz23

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Conversion d’un Juif, à Bruz, en 1728 : acte de baptême de « Jean Jacques, fils de Moïse et Esther Coste » (AM de Bruz, registres paroissiaux – © Jacques Martin

Reste que ces témoignages sont rares et que la situation des Juifs, qui ne pouvaient se prévaloir du statut de régnicoles résidant dans la province, va temporairement s’aggraver à la suite d’un arrêt du Parlement de Bretagne en février 1780.

En décembre 1779, à Brest, un différend opposa maître Bergevin, procureur, et Israël Créchange, Juif originaire de Metz. Ce dernier fut emprisonné et n’obtint sa libération qu’au prix d’une très lourde caution de 528 livres, soit 22 louis d’or, que paya pour lui Abraham Franck. Sitôt libre, Israël Créchange porta plainte pour abus d’autorité et détention arbitraire. L’affaire vint en appel devant la « grand chambre du Parlement de Bretagne » qui prononça son arrêt le 4 février 1780.

Le conseiller Louis-Jacques Picquet de Montreuil, énonce tout d’abord les requêtes du plaignant :

« 4 février 1780. Vu par la Cour les requêtes d’Israël Créchange Juif originaire de la ville de Metz en Loraine française,… [afin qu’il lui plaise de]…

1° donner au suppliant main levée provisoire de la somme de cinq cent vingt huit livres remise et déposée par Abraham Franc pour le suppliant aux mains de Maître Floch procureur à Brest le 11 décembre à l’effet d’obtenir la liberté du même suppliant au dessaisissement de laquelle somme ledit Maître Floch serait condamné pour être fait soit aux mains dudit Créchange ou Abraham Franc sur leur quittance sans frais ni droits.

2° condamner dès à présent ledit Maître Bergevin en telle somme qu’il plairait à la Cour pour réparation dommages et interrêts dus audit suppliant à raison de l’emprisonnement de sa personne et de son indue détention.

Ensemble aux coûts et frais […] de l’arrêt qui interviendrait et autres en résultant et en événement que la Cour ne se porterait pas à le juger de la sorte dans l’état actuel des choses il lui plairait commettre tels juges qu’elle verrait bon être autres que ceux de Brest tant pour recevoir instruire et juger la demande en main levée desdites cinq cent vingt huit livres que pour obtenir l’adjudication des réparations dommages interrêts et dépends qui seraient dus au suppliant résultant de son emprisonnement et détention injurieux et vexatoires sauf tous droits et conclusions qui demeurent expressément réservés, ladite requête signée Burdelot, procureur [et transmise] au procureur général du roi pour ordonnance en la Cour du 18 janvier 178024. »

De l’ensemble de ces requêtes qui visaient à faire reconnaître Israël Créchange victime d’un déni de justice, de la part des magistrats brestois, la Cour d’appel ne retint que la première. Elle ordonna que la caution soit restituée : « Il sera dit que la Cour faisant droit sur les dittes requêtes, ordonne que les vingt deux louis d’or dont est cas seront rendus au suppliant ou à Abraham Franc par Floch, dépositaire, s’ils ne sont arrêtés entre ses mains. »

La sentence ne se bornait cependant pas au règlement de cette affaire particulière ; elle y ajoutait une décision qui peut paraître surprenante :

« Faisant droit sur les conclusions du procureur général du roi, enjoint et fait commandement audit Israël Créchange et à tous autres Juifs étant actuellement en Bretagne de se retirer dans quinzaine dans les lieux de leur établissement ou en tels autres lieux fixés par les ordonnances à peine d’être procédé extraordinairement contre eux, sans néanmoins préjudicier aux actions qu’ils peuvent avoir contre les particuliers de la province. Ordonne qu’à la diligence du procureur général du roi le présent arrêt sera imprimé, lu, publié et affiché en la ville de Brest et partout où besoin sera. Fait en Parlement à Rennes le 4 février 1780. »

La plus haute instance judiciaire de la province ordonnait-elle ainsi, au Siècle des Lumières, la seconde expulsion générale des Juifs de Bretagne depuis 1240 ?

À contre-courant, cette fois, de l’évolution qui s’amorçait en Europe où l’empereur Joseph II s’apprêtait à promulguer son édit de tolérance en faveur des Juifs du Saint-Empire (1781/1782) ; tandis que le plaidoyer du protestant allemand Christian Wilhelm Dohm, « De l’amélioration civique des Juifs », à peine publié à Berlin (1781), était traduit en français sous le titre « De la réforme politique des Juifs » (1782).

Cet arrêt de Grand Chambre du Parlement de Bretagne semblait aller tout autant à l’encontre de la politique royale qui, en 1766, avait, par lettres patentes de Louis XV, confirmé les privilèges des Juifs de Lorraine lors du rattachement de ce duché à la France, puis autorisé l’ouverture, à Paris, de la synagogue « des Portugais » (1770) ; tandis que, quelques années plus tard, Louis XVI, en 1784, abolissait le péage corporel et libéralisait le statut des Juifs d’Alsace à la demande de leur « préposé général », Cerf-Berr.

Contemporains de l’abbé Grégoire et de Clermont-Tonnerre, pour la plupart d’entre eux, sans doute, lecteurs des philosophes, ces magistrats de Rennes dévoilaient-ils, dans leur arrêt du 4 février 1780, une attitude réactionnaire aux yeux des esprits éclairés de leur temps ? L’analyse des historiens du Droit est beaucoup plus nuancée.

Israël Créchange, « Juif originaire de la ville de Metz en Loraine française », était, juridiquement, un Juif de nation, étranger à la province où il n’avait pas d’attache. Il était un de ces marchands forains, nomades, a priori suspects, du fait de leur errance, aux yeux des paysans ou bourgeois, et à ceux des magistrats.

Nous avons déjà observé cet amalgame fréquent entre le colporteur et le Juif. Aussi bien l’ordre n’était pas de quitter la Bretagne, même si, pour certains, ce fut la conséquence, mais de rejoindre « les lieux de leur établissement » où ils recouvraient leurs droits.

De telles sentences discriminatoires étaient presque rituelles ; qu’en était-il de leur application ?

L’arrêt du Parlement fut exécuté, certains rapports de police le confirment. Pour autant les expulsions ne visèrent pas les Juifs établis et semblent n’avoir touché qu’un nombre restreint d’individus.

En avril 1780, le commissaire de police de Nantes, François Fleurdepied, traque « le nommé Jacobe, Juif de nation » qui loge en chambre garnie au « cabaret à bouchon » d’un « Sieur Basque », rue Saint-Similien. Il lui reproche de n’avoir pas encore tenu compte de « l’avertissement que nous lui aurions donné ces jours derniers et ce en conformité de l’arrêt de la Cour du quatre février dernier par laquelle il est anjoint à tous les Juifs étant actuellement en Bretaigne de se retirer dans quinzaine25 ».

L’avertissement réitéré, le commissaire se rend, dans la même rue, au domicile des époux Bernard touchés, eux aussi, par l’arrêté d’expulsion. Un mois plus tôt, toujours à Nantes, placis Saint-Nicolas, Abraham Sanson avait été invité « à déguerpir dans les vingt-quatre heures ». Consterné par cette mise en demeure, il avait protesté de son honnêteté, en vain.

L’efficacité de la police nantaise fut cependant limitée. La mésaventure de trois colporteurs juifs, découverte dans les archives du Présidial de Nantes, nous fait rencontrer celui que cherchait avec tant de persévérance le commissaire Fleurdepied : « Le nommé Jacobe » ou, plus exactement, « Joseph Jacob, environ 30 ans, marchand bijoutier, natif de Pologne, près de Varsovie, demeurant ordinairement à Nantes, chez le Sieur Basque, cabaretier26 ».

Peu sensible aux menaces et avertissements du commissaire ou trop souvent sur les routes pour être pris, Joseph Jacob était toujours en Bretagne au mois de juin 1780.

Le jeudi 15, il quittait Nantes, en compagnie de Benjamin Michel, lui aussi marchand bijoutier, « natif de Groningue en Hollande, demeurant ordinairement à Paris, dans le quartier Saint-Martin ». Ils souhaitaient aller à Rennes puis à Saint-Malo. Ils couchèrent le premier soir à Nozay et, sortant de cette localité, le vendredi matin, ils rencontrèrent, pour leur malheur, « un particulier parlant allemand qui dit être juif ».

Séligman Lévy se disait « marchand quincaillier » âgé de 18 ans, originaire de Francfort-sur-le-Main. Lors de son premier interrogatoire au Présidial de Nantes, il déclara n’avoir abordé les deux compagnons que « parce que c’était à l’approche de la fête du Sabbat et il les pria de la passer avec eux ».

Ils firent route ensemble jusqu’à Fougeray, choisirent une auberge et y restèrent « le lendemain samedi, jour de fête pour les Juifs ». Le brigadier de la maréchaussée de Bretagne à la résidence de Bain précise dans son procès-verbal : « On a entendu ces gens parler entre eux une langue étrangère, ils doivent s’énoncer très mal en français, on les croit juifs, on les vit bien manger de la viande. »

Dès cinq heures, le dimanche matin, Joseph Jacob et Benjamin Michel reprirent « la grand route de Rennes » mais « ledit Lévy ne partit point avec eux en disant qu’il voulait se faire accommoder par le perruquier et qu’il les rejoindrait en route ».

Une heure plus tard, un homme « d’environ cinq pieds, vêtu d’une roquelaure grise pluchée27 », était vu essayant de « loqueter une porte du château » de Fougeray puis, « n’ayant pu l’ouvrir, il avait monté par un petit escalier sur la terrasse ». Vers sept heures, « une domestique alla pour faire la chambre de Madame de Grandville [la châtelaine] et vit qu’on y avait pris un flambeau d’argent ».

Entre-temps Seligman avait rejoint ses deux compagnons à qui il raconta n’avoir « pu trouver de perruquier disponible si tôt ». Il ne fallut pas plus de deux heures au brigadier et à ses deux « sergents » à cheval pour rattraper les trois suspects. « Avons fait sommation de par le Roy de nous présenter leurs passeports [puis] nous leur aurions fait une autre sommation de par le Roy de nous représenter leurs paquets ou portemanteaux ouverts pour vérifier leurs marchandises. »

Ayant fouillé Seligman Lévy, les gendarmes trouvèrent « dans la poche gauche de sa roquelaure un flambeau d’argent armorié ».

Benjamin Michel et Joseph Jacob eurent beau protester qu’ils n’étaient « point d’avec lui, ni qu’ils n’avaient aucun commerce avec lui […] quoique juif comme eux », ils furent ramenés à Bain et emprisonnés avant d’être transférés à Nantes où les juges les soupçonnèrent d’être de faux marchands « qui sous le prétexte de se dire colporteurs et bijoutiers ne sont que des vagabonds qui ne subsistent que de vols et qu’il est intéressant pour le bien public d’approfondir la conduite qu’ont tenu ces particuliers ».

Lors de la première audience, le 26 juin, au Présidial de Nantes, Benjamin Michel et Joseph Jacob confirmèrent, sous serment, la déclaration faite aux gendarmes. Lorsque vint le tour de Seligman Lévy, les magistrats décidèrent de recourir à « un des interprètes ordinaires de cette ville, […] le Sieur Bourcard […] originaire allemand […] nommé d’office ».

Le procès put reprendre le 28 juin. L’itinéraire de Seligman Lévy fut précisé par la lecture de l’attestation du « conseiller du Roy, chargé de l’inspection des Juifs qui séjournent à Paris ». Seligman s’était fait enregistrer en cette ville le 15 avril 1780 et avait été informé qu’il devrait avertir de son départ, ce qu’il fit. Avec l’aide de l’interprète, il assura n’avoir jamais vu ses compagnons avant leur rencontre à Nozay. Il reconnut les avoir quittés pour se rendre chez le perruquier mais nia être allé au château de Fougeray. Interrogé sur la présence du chandelier dans sa « roquelaure », il prétendit que, quittant Fougeray sans avoir pu s’y faire coiffer, il rencontra « un particulier qui lui parla allemand, qui lui dit avoir besoin d’argent, qu’il allait à Rennes, qu’il lui faudrait deux louis ». Finalement, en échange d’un prêt de « dix écus », l’inconnu lui avait remis le chandelier en gage, « en nantissement ». Cette explication ne convainquit point les juges.

Enquêtes complémentaires, nouveaux interrogatoires composent un volumineux dossier de procédure qui s’étale sur six mois. Le 16 décembre, le procureur requit, en faveur de « Michel et Jacob […] que les portes de la prison leur fussent ouvertes et leur décharge [inscrite] en marge de leur écrou ». Leur bonne foi reconnue, ils ne furent plus que témoins pour la suite du procès.

À l’encontre de Seligman Lévy le réquisitoire fut sévère. Le procureur demanda qu’il « soit condamné à servir en qualité de forçat sur les galères de Sa Majesté l’espace de cinq ans consécutifs avec deffence d’en désemparer […] étant préalablement flétry et marqué sur l’épaule droite avec un fer chaud portant l’empreinte des lettres G.A.L., par l’exécuteur de la haute justice, au poteau qui est sur la place du Bouffay de cette ville ».

Le 18 décembre, le tribunal entendit une dernière fois l’accusé. L’interprète lui traduisit et lui expliqua les conclusions du procureur, puis les magistrats prononcèrent la sentence. Seligman Lévy était condamné

« à être battu de verges sur les épaules nues […] par l’exécuteur de la haute justice, aux endroits accoutumés de cette ville, pour trois jours de marché. Ce fait, être attaché au poteau qui est sur la place du Bouffay et y être marqué sur l’épaule droite avec un fer chaud portant l’empreinte de la lettre V, et l’avons condamné aux dépens du procès.
Arrêté à la Chambre criminelle du présidial de Nantes… le 18 décembre 1780 ».

La sentence fut ensuite « lue et prononcée au dit Seligman Lévy condamné, en présence de Monsieur le juge criminel rapporteur et du Sieur Benoît Bourcard, interprète nommé d’office, lequel de mot à autre explique la dite sentence au dit Lévy lequel a dit, ainsi que l’a expliqué le dit Sieur Bourcart, interprète, être appellant de la dite sentence et a signé [en langue hébraïque] avec le dit Sieur Bourcart ».

Pour cruelle et barbare qu’elle nous paraisse, cette sentence est plus clémente que la peine de cinq ans de bagne requise par le procureur. Le jeune âge du coupable (18 ans) et le fait qu’il ne semblait pas avoir été antérieurement condamné jouèrent en sa faveur.

À la lecture du dossier, rien, ni dans le procès-verbal du brigadier de gendarmerie, ni dans les minutes du procès, ne laisse transparaître la moindre antipathie à l’égard de ces trois Juifs. On note, sans commentaire, qu’ils sont « de la religion juive » ou « de la religion judaïque ». Le respect du Shabbat « jour de fête pour les Juifs » est mentionné comme allant de soi. Ce n’est pas leur judéité qui les rend suspects, mais bien le fait qu’ils sont étrangers et vagabonds. À l’égard de Chrétiens, le procès eût suivi, sans doute, le même cours et abouti aux mêmes décisions de relaxe et de condamnation.

Le condamné ayant fait appel de la sentence, l’affaire fut examinée en la Chambre des Tournelles du Parlement de Bretagne qui, après avoir « ouï sur la sellette ledit Séligman Lévy », confirma la décision du tribunal de Nantes : « Il sera dit que la Cour faisant droit dans l’appel relevé par ledit Séligman Lévy de la sentence du 18e Xbre 1780, […] met ledit appel au néant, ordonne que laditte sentence sortira son plein et entier effet : fait en Parlement à Rennes le 7 février 178128.»

Tout au long de cette affaire, aucun magistrat ne souleva la question annexe de la présence de ces trois Juifs colporteurs, surpris « hors du lieu de leur établissement » et donc en situation illégale, en Bretagne, depuis l’arrêt de Grand Chambre du 4 février 1780. Le souci des autorités de faire respecter les décisions de justice fluctuait selon les circonstances, et c’est encore la police de Nantes qui, quelques années plus tard, fit preuve d’intransigeance.

En octobre 1785, « les gens tenant le siège royal de la police de Nantes » eurent à examiner une supplique, celle d’Israël Barach, « Juif de naissance ». S’il se trouvait toujours en Bretagne ce n’était nullement pour avoir échappé à la mesure d’expulsion, mais parce que « différents délais lui ont été accordés » à la demande de « marchands de notre ville » avec qui « il avait contracté des engagements ».

Ces engagements tenus, « Israël Barach n’est pas dans une position plus favorable que tous les autres Juifs dont la proscription est prononcée par l’arrêt de la Cour du quatre février mil sept cent quatre vingt29 ».

L’intéressé ayant déposé un recours au tribunal, les responsables de la police devaient justifier leur conclusion. Ils employèrent, pour ce faire, les arguments habituels mais qui, ici, résonnent d’une particulière mauvaise foi : commerce clandestin des Juifs, effets volés… Mais ce sont les « marchands de notre ville » qui demandèrent de surseoir à son expulsion. On les imagine mal intercédant en faveur d’un voleur.

Si les intentions des Juifs « étaient pures, comme les autres citoyens on les verrait louer magasins ou boutiques, exposer leur commerce à tous les regards. […] Ils se garantiraient du soupçon que leur vie errante […] ne légitime que trop ».

Qu’on se souvienne des marchands malouins obtenant l’expulsion de commerçants juifs résidents qui tenaient boutique depuis des années.

Le dernier argument est une mise en garde adressée aux magistrats qui vont instruire le dossier d’Israël Barach : « Si la Cour lui accorde les conclusions de sa requête, les autres Juifs peuvent faire la même réclamation. » Israël Barach fut finalement proscrit.

Alors qu’approche le temps où la Révolution française va profondément modifier la condition des Juifs dans l’ensemble du pays, que retenir des siècles écoulés, concernant les quelques rares qui s’établirent en Bretagne?

« L’Assise de Ploërmel », si brutale fût-elle, ne mit pas un terme à leur présence ; par contre aucune communauté de quelque importance ne s’y recréa après 1240. Jusqu’au règne de Louis XIV, deux stèles et quelques toponymes sont les seuls vestiges qui témoignent soit d’implantations anciennes, ou nouvelles, soit de destins individuels qui gardent leur mystère.

Ce n’est qu’en abordant le XVIIIe siècle que la recherche historique peut enfin s’appuyer sur un corpus d’archives assez abondant et précis permettant d’observer une situation qui, malgré les préjugés et les pesanteurs séculaires, connaît une lente évolution.

En dehors de l’Alsace, du pays de Metz, de Bordeaux, et d’Avignon qui faisait partie des États du Pape, les Juifs n’avaient aucun droit légal de résidence.

En Bretagne, ils étaient tolérés et pouvaient donc être expulsés par simple décision administrative de l’Intendant ; précarité qu’autorisait leur statut d’étrangers. Toutefois, si la loi reste rigoureuse, ceux qui doivent l’appliquer font parfois preuve d’une certaine réticence, tandis que des voix s’élèvent pour prendre la défense de Juifs menacés. Certes il s’agit encore de cas exceptionnels, mais qui témoignent d’une évolution des esprits et d’une remise en cause, toute relative et timide, du bien-fondé de la tradition discriminatoire.

On est juif, en France, au XVIIIe siècle, dans un État de Droit.

Ce Droit permet de soudaines régressions après une période de tolérance, c’est alors l’arrêt du Parlement de Bretagne en février 1780 ; mais il ne permet pas de traiter trois colporteurs soupçonnés de vol, plus sévèrement qu’il ne convient, sous le prétexte qu’ils sont juifs ; les gendarmes de Bain et les magistrats de Nantes respectent la judéité des inculpés.

La nature de la documentation consultée, pour cette période, incite à émettre une réserve : elle ne concerne, dans leurs relations avec les Juifs, que des représentants de l’État, quelques membres de l’aristocratie et des marchands hostiles aux Juifs parce qu’ils les assimilent aux étrangers et aux forains, concurrents réputés déloyaux.

Le monde des campagnes, c’est-à-dire l’essentiel de la population bretonne, est absent des archives. Quelle image les paysans bretons avaient-ils du Juif ? Outre celle que présentait l’antijudaïsme théologique pour qui le Juif ne pouvait espérer la Rédemption que s’il se convertissait, la littérature de colportage et le répertoire des conteurs et chanteurs ambulants avaient déjà, sans doute, contribué à dessiner ces figures légendaires du « Juif errant » et du « Grand Juif », autres représentations de l’étranger.

La Révolution venue, les décrets de l’Assemblée Nationale sur l’émancipation des Juifs, dès 1790, rendirent caduque la législation d’Ancien Régime les concernant, sans pour autant modifier la méfiance ancestrale des populations à l’encontre des étrangers.

Il est peu probable que l’on ait alors observé, sur les marchés et dans les foires, plus de colporteurs, juifs ou non, que par le passé; mais il faut attendre 1808, année du recensement de tous les Juifs de l’Empire, ordonné par Napoléon Ier, pour avoir une idée approximative du nombre de Juifs vivant en Bretagne, de leur intégration sociale et, parfois, du regard que l’on portait sur eux.

NOTES

1 « 1492 : expulsion des Juifs d’Espagne, 1496 : expulsion des Juifs du Portugal […]. A chaque fois, et en particulier au Portugal, de nombreux Juifs choisissent une conversion apparente plutôt que l’exil. On a appelé marranes, ces juifs convertis en apparence au christianisme et pratiquant secrètement la religion juive. », Monique Lise Cohen et Elie Szapiro, Histoire des communautés juives de Toulouse, Portet-sur-Garonne, éd. Loubatières, 2003, p. 37.

2 ADIV, « Registres secrets, délibération du Parlement en chambre de conseil » – 1 Bb-art. 866 – registre 124, fol. 34, 9 mai 1615.

3 Aujourd’hui, la « Place de la Croix du fief » se trouve intra-muros, à l’extrémité de la rue Saint-Vincent (Michel Duval, Annales de la société d’Histoire et d’Archéologie de Saint-Malo, 1984).

4 Mémoires d’Outre-tombe, Livre I, chap. 2.

5 Henri Sée, « La population et la vie économique de Rennes vers le milieu du XVIIIe siècle d’après les rôles de la capitation », Mémoires de la Société d’Histoire et d’Archéologie de Bretagne, 1923, t. IV, p. 89 à 136.

6 Joseph Floch, Répertoire général de bio-bibliographie bretonne, ADIV – 40 bi 1009/6.

7 Henri Sée, « Notes sur le commerce des Juifs en Bretagne au XVIIIe siècle », REJ, n° 80, 1925.

8 La famille Dalpuget était, en fait, originaire d’Avignon : « Les Juifs avignonnais faisaient souvent le commerce de détail de la draperie et soierie », Henri Sée, art. cité.

9 Michel Duval, « Les Juifs et la liberté de commerce à Saint-Malo au XVIIIe siècle », Annales de la Société d’Histoire et d’Archéologie de Saint-Malo, 1984.

10 ADIV, fonds « Intendance et États de Bretagne », C 1567.

11 « Supplique d’Israël Dalpuget et Moïse Petit à Monsieur le lieutenant général de police de la ville de Nantes », 27 janvier 1746.

12 M. Duval, « Les Juifs et la liberté de commerce à Saint-Malo au XVIIIe siècle », art. cité.

13 Idem.

14 L. Brunschwig, « Les Juifs en Bretagne au XVIIIe siècle », REJ, n° 33, 1897.

15 M. Duval, art. cité.

16 ADIV, « Intendance et États de Bretagne, commerce, correspondance générale (1677-1789) », C 1567.

17 ADIV, C 1567.

18 Idem.

19 Henri Sée, REJ, n° 80.

20 Breiz Atao, organe du PNB, n° 190, 7 janvier 1934, p. 3.

21 ADIV, Série C-24, Intendance : correspondance générale (1733).

22 Cité par L. Brunschwig, « Les Juifs en Bretagne au XVIIIe siècle », REJ, 1897.

23 AM de Bruz, Registre paroissial.

24 ADIV, Série B – Parlement de Bretagne, 1 Bf – Grand Chambre du Parlement de Bretagne, arrêts civils et registres d’audience (1554/1789), 1 Bf 1548, T. 2 (décembre 1779/14 février 1780).

25 L. Brunschwig, « Les Juifs en Bretagne au XVIIIe siècle », art. cité.

26 ADIV, cote 1 Bn 3068 – Présidial de Nantes, procès Séligman Lévy. Cette citation et celles qui suivent sont extraites du procès-verbal de la maréchaussée de Bain et des minutes du procès devant le Présidial de Nantes.

27 Le Littré donne de la « roquelaure » la définition suivante : « Ancienne espèce de manteau qui se boutonnait sur le devant et qui tirait son nom du duc de Roquelaure ; elle a fait place aux redingotes. »

28 ADIV, Arrêts de la Tournelle, 1 Bg 331 – 1781.

29 AM de Nantes, cote FF 212-n° 1-42.

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