SHARE

En cette période où la polémique sur la responsabilité de la Pologne dans la Shoah est à l’ordre du jour, il est bon de rappeler combien ce pays a su nous accueillir et comment, à une époque, nous y avons vécu en préservant notre culture… Une culture d’une richesse incroyable que l’Allemagne a voulu effacer … Mikhal

Varsovie fut pendant près de 150 ans la plus grande ville juive d’Europe. Avant 1939, près de 30% des habitants étaient de confession juive.
A_group_of_Poalei_Zion_from_Warsaw,_1905_-1
Juifs Polonais en 1905.

A partir de 1483, Varsovie est une ville interdite aux Juifs à l’intérieur des remparts. A l’époque, ce n’est pas un privilège royal. Les quartiers juifs sont alors interdits aux non juifs.

Les Juifs ont été chassé de nombreux pays (Angleterre en 1290, France en 1292, Allemagne en 1348, Autriche en 1421…).

Et lorsqu’ils sont tolérés, c’est dans des quartiers qui leur sont propres.

A Venise, les Juifs vivent dans le ghetto dès 1516. Ancien quartier des forges, nom qui résonnera après la guerre mondiale comme l’antichambre de la mort.

Plusieurs communautés vivent en dehors des fortifications près de l’actuelle place Zawiszy. Cela deviendra le quartier de la Nouvelle Jérusalem, c’est là où aujourd’hui se trouve les allées de Jérusalem (Aleje Jerozolimskie) : L’une des principales artères de Varsovie.

Avenue Marszalkowska
Avenue Marszalkowska

Présente dès le début du XVème siècle dans le secteur nord-ouest de la vieille ville, le long des remparts, hormis quelques familles, la petite communauté juive du quitter Varsovie en 1527 lorsque la cité fut déclarée de non tolerandis Judaeis. Les juifs s’installèrent dans les localités avoisinantes, notamment au sud sur un axe auquel on donna de nom de Nowa Jerozolima (la nouvelle Jérusalem).

Dès la fin du XVIème siècle, les juifs purent revenir s’installer dans la vieille ville et ses faubourgs mais le nom le Nouvelle Jérusalem demeura et aujourd’hui le grand axe qui traverse la capitale d’est en ouest s’appelle Aleje Jerozolimskie, l’avenue de Jérusalem.

varsovie2

Une de traces de la Nouvelle Jérusalem est la palme de Joanna Rajkowska.

Palme artificielle de Varsovie.
Palme artificielle de Varsovie.

Pendant la partition de la Pologne

A partir de 1772, le Royaume de Pologne se retrouve partagé par ces voisins : La Prusse (actuelle Allemagne), l’Autriche Hongrie et la Russie.

En 1791, le faubourg de Praga est rattaché à Varsovie. Une des plus importantes communauté juive s’y trouve. La population juive de Varsovie compte 7000 habitants.

En 1794, une insurrection est menée par Kosciuszko pour redonner son indépendance à la Pologne.

Joselewicz y participa avec le premier bataillon juif de l’histoire moderne : Les traditions religieuses juives furent respectées, y compris en ce qui concerne la nourriture cachère, la célébration du Shabbat lorsque cela était possible, et le port de la barbe. Le détachement de Joselewicz, surnommé le régiment des barbus, participa à la défense de Varsovie.

Dans les terres prussiennes, un décret pousse les familles juives de Berlin, Riga et d’autres villes à venir s’installer à Varsovie.

En 1795, la Pologne n’existe plus sur la carte. Varsovie est sous administration prussienne.

En 1804, l’état Prussien lance une politique de Germanisation.

les Juifs doivent abandonner leur manière de définir leur filiation (Abraham fils de Moshe, fils de…) pour adopter un nom propre.

Les Juifs doivent pouvoir être recenser, payer des impôts, être incorporer dans un état moderne.

L’artiste romantique Ernst Theodor Hoffman est chargé de trouver des noms de familles aux Juifs Polonais. De là viennent les noms à consonnance allemande porté par les Juifs originaires de Pologne jusqu’à nos jours.

Des noms d’arbres, de fleurs, de noms de métiers : Rosenblum, Applenbaum, Rosenbaum, Goldberg, Eisenbaum…

En 1806, Napoléon crée le Duché de Varsovie. Varsovie est polonaise. Napoléon s’attaque ensuite à la Russie et se casse les dents.

En 1813, Varsovie est occupé par les Russes. Elle restera sous administration russe jusqu’en 1915. Ou Varsovie repassa sous administration prusienne.

En 1831 puis en 1861 durant les insurrections polonaises contre l’occupant russe.

Les Juifs participent et meurent à côté de leur compatriotes catholiques, protestants, orthodoxes.

Lors d’une manifestation devant le Chateau Royal, Michał Landy, un adolescent juif fût touché par une balle en portant une croix qu’un moine blessé avaient fait tombé devant lui.

Marchands juifs de Varsovie vers 1860.
Marchands juifs de Varsovie vers 1860.

Varsovie, plus grande ville juive d’Europe

La politique antisémite de la Russie tsariste draine un grand nombre de Juifs dans ce qui est aujourd’hui la Pologne.

En 1900, Il y a 213 000 Juifs à Varsovie : 35 % de la population de la ville.

Les Juifs sont alors principalement des artisans et des marchands (bois, peinture, metal, vêtement). Ils travaillent dans le transport. 75% sont pauvres. Et la prostitution endémique est une manière d’y échapper.

La majorité des Juifs sont orthodoxes et parlent yiddish.

Les communautés polonaise et juive se mélangent peu. Les mariages mixtes sont rares.

La majorité des Juifs fréquentent des écoles juives où l’enseignement était dispensé en Yiddish, en Hébreu, plus rarement en Polonais. Les équipes de sport sont séparés. Les restaurants, les lieux de cultes, les cimetières. Les syndicats, les partis politiques. Les communautés vivent à côté l’une de l’autre.

Des écrivains comme Tuwim ou Lesmian, acteurs et actrices, chanteurs et chanteuses font le lien entre catholiques et juifs et rompent ce schéma. Mais c’est bien peu de chose.

La place Grzybowski est le centre de la vie juive. En 1902, la synagogue Nozyk est construite dans un style écclectique (néoroman et byzantin).

la synagogue Nozyk

En 1916, 44% des habitants sont israélites.

Ce chiffre diminue ensuite pour se situer à près de 33% entre 1918­/1919 lorsque la Pologne recouvre son indépendance après le traité de Versailles.

En 1918 réapparaît un état polonais indépendant (après 130 ans de partages territoriaux), la communauté juive de Pologne compte plus de 3 millions de personnes, dont 80% ne parle pas ou peu polonais.

Porté par la renaissance de l’Etat, le nationalisme se heurte aux idéaux socialistes des ouvriers. Certains Polonais se méfient de cette communauté non assimilée dont la langue germanique la rapproche de la Prusse et dont l’engagement politique va pour beaucoup vers le communisme de l’URSS. Les deux ennemis héréditaire de la Pologne.

Impossible de résumé en quelques lignes un contexte aussi complexe.

De nombreux Juifs émigrent après 1935, lorsque la politique de discrimation de l’Etat polonais s’intensifie.

Isaac Bashevis Singer décrit dans le livre « La famile Moskat », la Varsovie d’entre deux guerre et sa communauté orthodoxe partagé entre vie religieuse, assimilation et engagements politique (communisme ou sionisme).

« La famile Moskat »

En 1939, avant le début de la seconde guerre mondiale, il a 380000 habitants juifs à Varsovie. La capitale polonaise est alors la plus grande ville juive d’Europe.

Le cauchemar

En 1939 commence le cauchemar pour tous les Polonais, juifs, catholiques, athées, protestantes, orthodoxes, athées… La population juive sera bientôt enfermée dans le ghetto de Varsovie.

La Pologne avant la guerre

Le développement des shtetlekh au XIXe siècle dans la « Zone de résidence juive », qui regroupait une partie de la Pologne et de la Russie, vient de l’interdiction faite aux Juifs de posséder la terre et de l’exclusion des Juifs des grandes villes du centre de la Russie.

shtetlekh
Paintings on Judaica by Eduard Gurevich:

L’antisémitisme s’est développé au XXe siècle comme antisémitisme d’État, les Juifs étant le bouc émissaire des difficultés économiques, et comme antisémitisme quotidien, les Juifs étant accusés, dans les années dix et vingt en Pologne, alternativement de collaboration avec les Allemands ou avec les Russes.

Dans les années trente, antisémitisme populaire et mesures de discriminations et d’exclusions professionnelles s’alimentent mutuellement. Pogroms et pauvreté conduisent de nombreux Juifs à chercher à émigrer.

La spécificité des communautés juives vient aussi de ces mesures d’exclusion, lointaines et contemporaines.

La yidishe gas (la rue juive), les luftmentshn (les gens qui vivent de l’air, faute de mieux), les shnorer (les mendiants) sont évoqués…

Mais ces communautés n’étaient pas figées : elles étaient elles-mêmes soumises à des tendances contradictoires, entre tradition et modernité, tant sur les plans religieux que social, politique et culturel.

Les Juifs des shtetlekh n’étaient pas tous en caftan et papillotes, contrairement à ce qu’une vision réductrice voudrait bien le laisser croire aujourd’hui.

Les contes mettent en scène ces réalités contradictoires, la tradition orale des histoires suffisent à les animer, pas à en expliquer les fondements.

Aller vers la partie 2 de ce dossier : La Pologne des juifs – 2 Souvenirs d’un « Yiddish World »: Hassidisme et Haskala

Sources :

Vous pouvez partager ce texte à condition d’en respecter l’intégralité, de citer le site: http://www.terrepromise.fr

Copyright Terre Promise © Elishean/2009-2018/Terre Promise




Print Friendly, PDF & Email