par Moïse GINSBURGER
Extrait de l’Annuaire de Colmar, 1938

On ne sait pas exactement l’époque à laquelle les premiers Juifs sont venus s’établir à Colmar.

colmar
Costume de Juifs au moyen-âge – © Musée Judéo-Alsacien de Bouxwiller

Il est à présumer que ce fut dans la seconde moitié du 13ème siècle, après que la Cour supérieure, l’Oberhof, avec ses bâtiments et son église eurent été détruits dans les guerres entre Conrad IV et Guillaume de Hollande (1250-1254) et que les propriétaires de cette Cour ne demandèrent pas mieux que d’augmenter leurs revenus par la réception de Juifs dans leur territoire.

Rue des juifs
Rue des juifs

Le « mur du Juif »

Leur nombre s’accrut rapidement, car ils avaient une synagogue, qui devint la proie d’un incendie, en 1279, et, la même année, le Pape ordonna aux Dominicains de Colmar de prêcher le christianisme aux Juifs incrédules.

Les Dominicains étaient venus à Colmar en 1278. Leurs préposés Hermann Minden, vicaire provincial, et Conrad, prieur de Berne, promirent au prévôt et aux conseillers de la ville de Colmar de ne pas acheter des édifices situés entre leur couvent et le mur d’enceinte de la ville, ni d’acquérir des terrains se trouvant a parte occidentale, ultra murum judei, du côté occidental, au delà du mur du Juif…

Quel était ce mur du Juif ?


J. Liblin, dans son édition de la Chronique de Colmar, page 834, est d’avis qu’en 1278 et probablement longtemps avant déjà la partie du mur d’enceinte à partir du côté occidental de l’église des Dominicains jusqu’au Kerkerthor, actuellement rue des Boulangers, et au delà, en rebours vers le Lycée, portait le nom de « mur du Juif » ou « mur des Juifs ».

Cette opinion ne me paraît guère probable. Si, effectivement, le document en question donnait la version « murus Judeorum », « mur des Juifs », on pourrait admettre qu’il s’agit d’un nom se rapportant au mur d’enceinte de la ville.

Mais le terme murus judei, mur du Juif, ne peut avoir que le sens de « mur du Juif bien connu », c’est-à-dire le mur de clôture de la maison ou de la propriété du Juif qui demeurait à proximité du couvent des Dominicains.

Une notice conservée parmi les Papiers Chauffour à la Bibliothèque de la ville de Colmar (82,2) et extraite du Fonds Billing nous apprend que le nommé Walther Wernher zum Stern vendit, le 3 juillet 1282, aux Dominicains de Colmar, sa maison sise à Colmar, contigüe, d’un côté, à la maison du sieur Salomon, Juif, et de l’autre à une partie des bâtiments des Dominicains, au prix de seize Marks-argent.

Le fait que le Juif Salomon est nommé dominas, sieur, prouve, selon mon avis, qu’il s’agit d’une personnalité marquante, et c’est lui, sans doute, le propriétaire du mur, au delà duquel ne devait pas s’étendre le terrain du couvent des Dominicains.

Le siège de la ville de Colmar

Les Grandes Annales de Colmar nous apprennent que le roi Rodolphe de Habsbourg assiégea la ville de Colmar, le 14 juin 1285, jour du prophète Elisée…

Un Juif incarcéré par le roi Rodolphe et qui lui avait promis de lui payer la somme de 1500 Marks put s’échapper de la prison.

Le même fait est relaté aussi dans la Chronique de Colmar, mais d’après cette source le siège de la ville aurait eu lieu du 15 au 19 juillet et la fuite du Juif se placerait à la même époque.

Or, quel est ce Juif, qui avait promis 1500 Marks au roi Rodolphe et qui parvint à s’enfuir de la prison et quel rapport y a-t-il entre cette fuite et le siège de la ville de Colmar?

Le chroniqueur Mathias de Neuenburg, qui place le siège au mois de juin 1285, raconte que, pendant le siège, un certain Dietrich Holzschuh s’était fait passer pour le roi Frédéric, en Rhénanie inférieure, avait réuni autour de lui des nobles et des préposés de villes et était arrivé ainsi jusqu’à Wetzlar.

Le roi Rodolphe en devint inquiet, fit la paix avec les Colmariens et descendit le long du Rhin avec ses gens.

Les Grandes Annales de Colmar ajoutent encore que, pendant le siège de la ville, le village de Deinheim et plusieurs autres villages voisins furent détruits et qu’à la même époque les bourgeois de Haguenau chassèrent le bailli Otto von Ochsenstein, fils de la sœur de Rodolphe (Kunigonde), et refusèrent de servir le roi, c’est-à-dire de lui payer des impôts…

Nous voyons donc que les bourgeois de Haguenau et probablement aussi ceux de Colmar s’étaient révoltés contre Rodolphe, sans doute parce qu’ils avaient appris le soulèvement de Dietrich Holzschuh.

Celui-ci n’avait pas pu se maintenir à Cologne, mais la ville de Neuss lui ouvrit ses portes, et c’est là qu’il tint ses diètes, soutenu principalement, comme on disait, par les Juifs…

Les comtes Frédéric de Linange et Eberhard de Katzenelnbogen se rendirent en Alsace pour en avertir le roi Rodolphe.

Mais celui-ci avait déjà été prévenu, et, sur les instances des deux comtes, il chargea alors le Burggraf de Nuremberg de s’arranger, en son nom, avec les habitants de Colmar.

Liblin est, sans doute, dans le vrai, s’il admet que le Juif incarcéré par Rodolphe n’était autre que le célèbre Rabbi Méïr de Rothenburg, le rabbin vénéré et estimé au plus haut degré par tous les Juifs d’Allemagne.

( voir l’article sur l’histoire des 3 hommes qui ont sauvé la culture ashkenaze)

Rodolphe s’était saisi de lui en vue d’avoir un otage contre les Juifs rhénans soupçonnés de soutenir Dietrich Holzschuh.

D’autres sources nous confirment que Rabbi Méïr et beaucoup de ses coreligionnaires d’Allemagne voulurent alors quitter ce pays pour se rendre en Orient.

Par décret du 6 décembre 1286, le roi Rodolphe chargea l’archevêque Henri de Mayence et le comte Eberhard de Katzenelnbogen de s’emparer de tous les biens des Juifs, qui s’étaient enfuis d’une manière illicite.

Rabbi Méïr était parti avec sa femme, ses filles, ses gendres et avec tout ce qu’il possédait, pour traverser la mer. Il s’arrêta dans une ville de la Lombardie jusqu’à ce que tous ses camarades de voyage soient rassemblés.

A ce moment, l’évêque de Bâle, venant de Rome, passa par cette ville. Il avait, dans sa suite, un Juif baptisé nommé Koppe ou Koppel (Jakob) qui reconnut R. Méïr et le dénonça à l’évêque. Celui-ci le fit arrêter par le comte Meinhard de Goerz, seigneur de cette ville, en juillet 1286, et le fit livrer au roi Rodolphe.

Le pape Nicolas IV écrivit, le 29 août 1288, à Rodolphe que plusieurs Juifs s’étaient plaints auprès de lui de ce qu’il tenait en prison le magister Mehir de Rotenburg, bien que celui-ci n’ait rien fait contre la religion chrétienne, ni contre le roi, ni contre personne, et le pape recommande au roi d’accorder la liberté à Méïr, s’il en était ainsi.

On sait que Rabbi Méïr resta en prison à Wasserburg et à Ensisheim jusqu’à sa mort survenue le 27 avril 1293 et que son corps fut racheté par le nommé Alexandre Wimpfen de Francfort et enterré à Worms, en 1307.

Dans les Annales…

Le chroniqueur des Grandes et des petites Annales de Colmar nous, apprend encore que, le 2 septembre 1289, la fille du fils de la Juive Iwana de Colmar, s’est marié avec un noble Juif de Wurzbourg et que, le 4 juin 1292, un garçon de neuf ans fut tué par les Juifs de Colmar.

Tschamser, auteur de la Chronique de Thann, s’est inspiré de cette dernière notice pour y broder une sorte de légende. Il raconte que, le 14 mai 1292, l’archiduc Albert d’Autriche vint à Colmar avec 1500 hommes à cheval et il ajoute : « Un beau garçon de dix ans fut cruellement martyrisé et tué à Colmar par les Juifs impies par haine contre le Christé. »

Il fallait bien que les Juifs fussent la cause de tous les maux qui frappaient les Chrétiens.

Albert d’Autriche était venu à Colmar, parce que l’on croyait partout que Walter Roesselmann, prévôt de Colmar, et une grande partie de la population étaient les partisans d’Adolphe de Nassau, rival d’Albert d’Autriche et de Conrad de Lichtenberg, évêque de Strasbourg.

Les Juifs aussi étaient de cet avis. C’est pour ce motif que ceux de Rouffach vinrent se réfugier à Colmar, en 1293, afin de se soustraire aux persécutions de l’évêque de Strasbourg, leur seigneur.

Une des dernières notices transcrites par le Dominicain de Colmar dans ses Annales est ainsi conçue :

« Il n’y avait que peu de chirurgiens, encore moins de médecins pour les maladies internes, peu de Juifs. »

On a souvent mal interprété cette notice.

L’auteur y parle de l’Alsace en général à la fin du 13ème siècle et non de la ville de Colmar et remarque qu’il n’y avait que peu de chirurgiens, encore moins de médecins pour les maladies internes et peu de médecins juifs!

Il avait sans doute été frappé de cet état de choses, parce que, dans beaucoup d’autres pays, il avait pu faire l’observation que les médecins juifs étaient plus nombreux que leurs confrères chrétiens.

Position sociale et économique de certains Juifs de Colmar

Des actes datés de 1313 et conservés aux Archives de la ville de Colmar, nous renseignent, en partie du moins, sur la position sociale et économique de certains Juifs de Colmar.

Le 10 novembre de cette année, le frère Sifrid, prieur du couvent de Saint-Pierre à Colmar, déclare avoir cédé à Jekelin, Juif de Sélestat, l’impôt sur la viande qu’il tenait du prieur de Payerne, son seigneur, pour une durée de six ans, en compensation d’une somme de 60 Marks-argent qu’il lui devait.

Il s’engagea, en outre, à lui donner à lui ou à ses héritiers, chaque année, une mesure de vin rouge et désigna comme garants de cette transaction les bourgeois Wernher de Wittenheim, Walter Kusspfennig, Hesse Joech et Ullin de Woffenheim, tous de Colmar.

Le 11 décembre de la même année 1313, le Juif Buchtrun de Strasbourg, demeurant à Colmar, comparut devant Jacob de Walbach, sous-prévôt de Colmar, avec Sifrid Kusspfennig, prieur du couvent de Saint-Pierre, et déclara vouloir renoncer, pour lui et ses héritiers, à toutes les lettres de gages et garanties et droits qu’il pouvait avoir sur le couvent de Saint-Pierre et sur celui de Payerne, sans doute parce qu’il avait été payé.

Parmi les témoins nommés sur ce document sont cités aussi les Juifs Josué Jekelin de Strasbourg, Talyat et Anshelm de Munster à Colmar.

Ces deux actes nous montrent que les Juifs de Colmar faisaient, comme leurs coreligionnaires des autres villes, surtout le commerce d’argent.

Colmar, dans sa qualité de ville libre, dépendait directement de l’empereur, et les Juifs avaient à payer leurs impôts à la Chambre fiscale de l’empire. Mais l’empereur pouvait céder ces impôts à ses serviteurs.

Frédéric le Beau le fit par acte, daté d’Offenburg du 12 mars 1318, en faveur de son oncle, Otto d’Ochsenstein, bailli provincial d’Alsace, à qui il promit 300 Marks-argent à prélever sur la Monnaie de Brisach et sur les Juifs de Colmar.

Cet exemple fut suivi aussi par Louis de Bavière.Voulant prouver sa reconnaissance à Hugues Schaup, chevalier de Strasbourg, il lui assigna, le 26 décembre 1322, la somme de 200 Marks-argent sur les Juifs de Colmar.

Le même Louis de Bavière accorda aux bourgeois de Colmar, par un diplôme daté de Bâle, 19 août 1330, dispense de payer aux Juifs, pendant deux ans, les sommes qu’ils leur devaient. Cette faveur lui coûtait moins que s’il avait concédé à la ville le produit de l’impôt spécial dû par les Juifs. Mais il n’en avait garde.

Quatre ans après, le 20 août 1334, à Constance, on le voit mander au prévôt, au bourguemestre, au conseil et à la communauté de Colmar de prêter aide et conseil à noble homme Jean de Ribeaupierre, lieutenant du grand bailli en Alsace, chargé de faire pour son compte la rentrée de la contribution et des autres redevances des Juifs de leur ville.

La contribution que les Juifs de Colmar avaient alors à payer annuellement à l’empereur, était de 60 Marks-argent.

Cela ressort d’une charte, datée de Nuremberg, le 16 février 1331, par laquelle l’empereur Louis de Bavière engagea à Jean de Ribeaupierre la somme de 60 Marks-argent par an, jusqu’au moment où le montant de 110 Marks-argent serait couvert.

En 1347, l’empereur Charles IV, engagea à Bourcard d’Eptingen, dit Sporer, à Rodolphe von der Warte et à d’autres créanciers, le produit de la contribution des Juifs de Colmar, ce qui devait avoir des suites fâcheuses pour la ville.

Les empereurs et les villes auraient dû protéger les Juifs contre toute injustice et toute persécution en compensation de ces contributions et de ces impôts. Mais cette tâche fut souvent négligée.

Lorsqu’en 1336 un aubergiste du nom de Zimberlin d’Andlau et un chevalier de Dorliseim réunirent un grand nombre d’adhérents nommés les Armleder, peut-être parce qu’ils portaient une lanière en cuir autour du bras, et voulurent exterminer les Juifs, Colmar fut la seule ville qui prit leur défense.

Ce n’est qu’en 1338, par un accord conclu le 19 mai, que l’évêque de Strasbourg, plusieurs seigneurs, les villes de Strasbourg, Colmar, Haguenau et autres, firent une alliance pour réprimer les persécutions contre les Juifs.

Et le 11 mars 1338, l’empereur déclara le prévôt, le conseil et les bourgeois de la ville de Colmar responsables, pendant deux ans, corps et bien, dettes et taxes, des Juifs qui habitaient parmi eux jusqu’à concurrence des sommes dont ils étaient redevables envers l’empire.

Mais le même empereur, Louis de Bavière, ordonna, par lettre du 27 mars 1346, aux comtes Frédéric et Louis d’Oettingen, ses baillis en Alsace, d’enjoindre aux Juifs de Colmar et de Sélestat et à ces villes mêmes, de ne pas faire attaquer, par des mercenaires, les comtes Eberhard et Ulrich de Wurtemberg, qui refusaient de payer les dettes de leur père, puisque ces dettes avaient été annulées par l’empereur, lorsque les Juifs lui furent assignés corps et biens.

Des lettres analogues furent adressées aux Juifs de Sélestat et probablement aussi à ceux de Colmar.

Et, le 15 novembre 1347, Jean, seigneur de Lichtenberg et doyen du Grand Chapitre de Strasbourg, certifia qu’il avait reçu procuration de l’empereur Charles IV de traiter avec les conseils et les bourgeois de Colmar, de Sélestat, d’Ehenheim (Obernai), de Mulhouse, de Kaysersberg, de Turckheim et de Munster, à propos de tout ce que ces villes avaient fait aux Juifs. Personne ne devait avoir le droit de les poursuivre, ni au nom du roi, ni au nom d’un de ses sujets.

Mais il est à supposer que les villes en question furent forcées d’indemniser l’empereur pour le préjudice qu’elles avaient causé à l’empire en persécutant les Juifs.

C’est pour ce motif que les villes firent tout leur possible pour sauvegarder leurs privilèges à propos des Juifs. Colmar reçut la confirmation de ces privilèges par lettre de l’empereur Charles IV du 12 décembre 1347.

L’Urbaire de Saint-Pierre, conservé aux Archives de la ville de Colmar, nous fait connaître les noms de plusieurs juifs de la première communauté israélite de Colmar et les maisons qu’ils habitaient.
  • Vivitz, c’est-à-dire « Vives » ou « que tu vives », en hébreu « Hajim », »vie », payait, en 1328, au couvent de Saint-Pierre, 15 livres de sa maison nommée Plublim, située à côté de celle de Conrad Volmut, charbonnier. près de la ruelle (des Juifs ?).
  • Séligmann payait, la même année, 6 livres de sa maison, située dans la Struchelgasse, près du rempart.
  • Bonami, qui demeurait dans la même rue, payait 3 livres de sa maison.
  • Isaac de Rhinau habitait la même rue et payait 6 livres de sa maison.
  • Josabel, dans la même rue, payait 3 livres de capitation et 4 livres de rente de samaison. Ce même Josabel payait encore 3 livres pour la maison d’un nommé Samuel, maison située dans la Kutingergasse, et cinq livres pour une grange située dans la Struchelgasse.
  • Matheus (Mathieu), payait 6 livres d’une maison en pierres, située près de la synagogue.
  • Joseph de Kaysersberg, payait 5 livres pour une maison, située près de sa cour, qui avait appartenu au nommé Stehelin.

Les noms de Vivitz, de Bonami et sans doute aussi celui de Josabel, nous montrent qu’une partie des Juifs de Colmar de la première communauté, étaient d’origine française.

La synagogue et le cimetière

La synagogue de cette première communauté, occupait l’emplacement où se trouvait, au 18ème siècle, l’Hôtel Corberon, plus tard la maison Fleischhauer, puis la Caisse d’épargne et, à présent, la Caisse de Malades.

1200px-Colmar_Maison_Fleischhauer_(3_rue_Corberon)

Un acte de vente de 1357, nous apprend que le prévôt, le bourguemestre et toute la commune de Colmar, riches et pauvres, cédèrent à Walter Schriber, bourgeois de Colmar, et à ses héritiers, deux maisons, situées dans la rue de la Synagogue, touchant, en haut, le fossé de la ville et la cour de la Synagogue, devant, la voie publique, à l’intérieur, le petit jardin, qui faisait partie de la Synagogue et où il y avait aussi le bain rituel. Le prix de vente était de 70 livres deniers de Colmar.


Ces deux maisons avaient, sans doute, appartenu à des Juifs tués en 1349 et avaient été confisquées par la ville.

Suivant un autre acte, daté du 28 février 1360, les autorités et les bourgeois de Colmar vendirent à Jeckelin Lembelin de Wintzenheim, au prix de 300 florins de Florence, les maisons et la cour avec les dépendances, situées rue des Juifs, d’une part, à côté de la maison de Cunon de Limperg, et de l’autre, près de la rue de la Synagogue (Schulgasse), et touchant, par derrière, à la Synagogue (uf die Judenschule), le tout grevé d’une rente annuelle de six sous et de deux chapons au profit du couvent de Saint-Pierre.

De là il ressort, que le terrain, sur lequel étaient construits ces bâtiments, était la propriété du prieuré de Saint-Pierre, qui l’avait cédé aux Juifs, contre le paiement d’une rente annuelle. Nous avons constaté un fait analogue à propos des Juifs de Bâle.

tombeInscription hébraïque d’une pierre tombale provenant de
l’ancien cimetière de Colmar – Musée de Colmar

La synagogue, la maison de Danse des Juifs et les bâtiments qui en faisaient partie, sont mentionnés dans un acte de 1363.

Par cet acte, Cunman de Limperg, bourgeois de Colmar, vendit à Walter Schriber de Turckheim, aussi bourgeois de Colmar, et à ses héritiers, la cour dite Judenschulhof (Cour de la synagogue) et la maison de Danse avec les bâtiments qui en faisaient partie et qu’il avait achetés autrefois avec d’autres maisons, qui avaient appartenu aux Juifs.


Cette cour était située entre la maison de Walter Schriber et celle de Cunman Limperg. Le prix de vente était de 180 florins de Florence. De plus, il était stipulé dans cet acte que les fenêtres placées dans le pignon de la synagogue devaient être fermées à tout jamais.

Dans un autre acte, daté du 3 mai 1363, Walter Schriber, prend sur lui l’obligation de payer à Cunman de Limperg, 20 florins par an, la moitié à la Saint-Jean et l’autre moitié à Noël, pour les bâtiments et la tour qui avaient appartenu aux Juifs. Cette rente de 20 florins pouvait être rachetée à raison de 230 florins.

Le cimetière,utilisé par la première communauté israélite de Colmar, était situé au lieu dit zum Lamm (à l’agneau), entre la rue des Blés et celle des Boulangers, jusqu’au Kerkertor (porte de Rouffach). Le terrain en avait été cédé aux Juifs par le chapitre de Saint-Martin, contre une rente annuelle de dix schillings. Il fut, sans doute, également confisqué par la ville après la catastrophe de 1349.

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Gargouille de la Collégiale Saint-Martin de Colmar, représentant une truie qui allaite des Juifs (13ème siècle)

La catastrophe de 1349

Nous ne possédons que très peu de renseignements sur cette catastrophe, qui mit fin à la première communauté israélite de Colmar.

colmar juifs
Controverse entre théologiens chrétiens et rabbins, 14ème siècle (© Bibliothèque municipale de Colmar)

Dans une lettre adressée par la ville de Colmar au Magistrat de la ville de Strasbourg et datée du 29 décembre 1348, il est dit qu’un Juif de Colmar, nommé Heggman, dont la réputation avait, de tout temps, été mauvaise, avait déclaré que le Maître Jacob, chantre à Strasbourg, lui avait envoyé une lettre avec du poison, en lui enjoignant d’empoisonner les puits de Colmar, qu’il avait mis le poison dans un puits près du chemin conduisant à Kaysersberg, qu’il avait promis à sa tante Bélin la somme de dix livres, si, elle aussi, mettait le poison dans les puits, et qu’elle en avait mis, en effet, dans un puits près d’Ammerschwihr.

Cette Juive confirma ces déclarations, est-il dit dans la lettre.
Puis, on a trouvé, dans la maison du Juif, un sceau imité de celui de la ville d’Endingen et une lettre cachetée avec le même sceau. Les Juifs d’Endingen furent convoqués, et ceux de Colmar devaient être punis.

Il est à présumer que des accusations de ce genre provoquèrent, en 1349, la condamnation et l’exécution des Juifs de Colmar. Selon la chronique de Billing, ils furent livrés aux flammes, au lieu dit Judenloch (Fosse-aux-Juifs).

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