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Présence juive au Luxembourg du Moyen Age au 20ème siècle

luxembourg

NAISSANCE ET EVOLUTION

Dès l’époque romaine, les colonies juives jalonnent les grandes routes commerciales en Europe, d’abord terrestres, puis fluviales.

Le Luxembourg est à la croisée de deux routes importantes: d’une part la vallée de la Moselle reliant la Gaule et la Rhénanie, d’autre part la route menant de la Champagne vers Trêves et Cologne.

Le haut moyen âge voit l’établissement de communautés importantes dans la région, telles celles de Metz, Thionville, Trêves, Cologne, Arlon et Troyes. Les premières habitations juives au Luxembourg trouvent ainsi leur origine dans le ghetto voisin de Trêves.

Au XIIIème siècle, on trouve pour la première fois mention d’une présence juive dans des actes.

Un document de 1226 mentionne une rue des Juifs à Arlon; Henri, juif de Luxembourg, figure dans un acte de 1276.

La ville de Luxembourg est encadrée alors par 5 portes, dont la plus importante est la « Porte des Juifs », mentionnée dans un document de 1367. Il semble que le premier cimetière israélite se soit trouvé à un emplacement non loin de cette porte.

La peste noire qui gagne l’Europe en 1348/49 n’épargne pas le Luxembourg, qui connaît des violences à l’encontre des Juifs.

Trois ans avant la France, soit en 1391, ils sont expulsés du territoire suite à un décret de Venceslas II. Quelques années après, on retrouve cependant une présence juive à Luxembourg : le financier Lazare de Francfort (1397), Salman (1397) et Ysaac (1405).

Le siège par les Bourguignons en 1443 atteste à nouveau la présence de Juifs, qui devront quitter la capitale à l’arrivée du duc de Bourgogne (y compris un certain maître Moyse, à qui l’on confisque terres, maisons et autres biens).

De 1445 à 1516, la présence de ménages juifs est variable, mais permanente. La durée des séjours est, elle aussi, fort variable: de quelques mois à quelques années généralement.

En 1478, à l’issue d’une journée des Etats, un pogrom éclate, ce qui provoque leur fuite.

Il faut attendre la fin du 15ème siècle pour enregistrer à nouveau l’arrivée de Juifs : Symon de Eynwiller (1490) et Meyer Drisselaer (1492), qui arrivent tous les deux de Thionville.

En 1515, on compte 11 ménages habitant le duché entre Luxembourg, Echternach et Arlon. Deux ans plus tard, il semble toutefois que tous les Juifs aient quitté le pays.

L’exode est antérieur à l’interdiction de séjour aux Pays-Bas prononcée par Charles-Quint en 1527.

En 1644 est mentionnée la présence d’Isaac de Traybac (ou Treybach), constructeur de fortifications, qui pourrait être d’origine marrane.

Le tournant de la Révolution française

Jusqu’à la révolution, les Juifs n’ont pas le droit de résider sur le territoire. Un ordre d’expulsion est lancé en 1788 contre Jacob Bonn, établi à Cobreville avec sa famille de 5 personnes.

Tout change avec l’occupation française à partir de 1795. Le Luxembourg devient « département des Forêts ».

L’administration française supprime les taxes spéciales destinées aux Juifs et leur permet de s’établir.

L’échange de divers courriers administratifs révèle que la Ville de Luxembourg compte alors 75 citoyens juifs, dont 13 hommes, 15 femmes et 47 enfants. La plupart d’entre eux sont venus de Thionville et Metz, certains d’Allemagne (Freudenburg).

La première liste officielle est dressée le 4 octobre 1808. Un autre relevé de cette année mentionne 79 Juifs – soit 17 familles – tous installés dans la capitale (sauf un à Grevenmacher).

Parmi les premiers à s’établir figure Pinchas Godechaux, essayeur du bureau de garantie des matières d’or et d’argent. Il est nommé par le Consistoire de Trêves « surveillant » des Juifs de la communauté. Comme cette dernière n’atteint pas les 2.000 membres requis pour former un propre Consistoire, elle est placée sous l’autorité de Trêves. P. Godechaux est le seul à exercer une fonction publique, les autres étant marchands publics ou marchands de bestiaux.

L’histoire mouvementée du Luxembourg n’est pas sans conséquence sur la petite communauté luxembourgeoise.

La chute de Napoléon entraîne l’installation provisoire d’une administration des puissances alliées que sont l’Autriche, la Prusse et la Russie. En 1814, l’administration néerlandaise prend la succession et deux ans plus tard, les Juifs de Luxembourg sont rattachés à la synagogue centrale de Maastricht.

A ce moment-là, les Juifs du Luxembourg ne disposent pas encore de synagogue, mais d’un oratoire où ils se réunissent depuis 1798. Un certain Lippmann y remplit les fonctions de chantre.

Le Gouverneur du Grand-Duché établit un relevé des familles juives en 1817, qui sera repris et complété l’année suivante. En tout, 33 familles sont relevées dans les arrondissements de Luxembourg et de Diekirch.

En 1823, la Communauté fait l’acquisition d’un bâtiment qui va devenir la première synagogue de Luxembourg.

En province, la population juive s’accroît également, ce qui est attesté dès 1828 par l’établissement des familles Marx Cahen et Isaac Cahen, originaires de Montenach, dans la commune de Grosbous.

Etablissement d’un consistoire israélite à Luxembourg

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L’indépendance politique du Grand-Duché de Luxembourg intervient en 1839 et le culte israélite sort de la tutelle du rabbinat de Trêves.

Une dépêche ministérielle établit le mode de nomination des membres du Consistoire. Dans les actes des premières séances figurent le président (Pinchas Godechaux), le rabbin et les deux trésoriers (Abraham Cahen et Samuel Nathan).

En 1841, la population juive de Luxembourg se compose de 369 personnes, dont beaucoup sont indigentes.

Le premier grand rabbin est Samuel Hirsch, né en 1815 à Thalfang près de Trêves.

Empreint d’un certain réformisme, il exerce à Luxembourg de 1843 à 1866, avant de s’expatrier à Philadelphie aux Etats-Unis. Ses successeurs sont Michel Sopher de Dijon (1866-1870), Isaac Blumenstein (1871-1903), né en 1843 dans le Grand-Duché de Bade, Samuel Fuchs (1904-1928), né en 1876 en Hongrie, et jusqu’à la deuxième guerre mondiale Robert Serebrenik, né à Vienne en 1902.

Certaines familles jouent un rôle important à cette époque, telles la famille d’industriels Godchaux ou encore la famille Lippmann, dont est issu Gabriel Lippmann, Prix Nobel de physique en 1908 et né à Bonnevoie, quartier sud de la ville Luxembourg.

Pendant et après la guerre de 1870, la communauté s’accroît notablement, de nombreuses familles étant issues des communes de Sierck et Montenach.

En 1880, on compte 80 familles à Luxembourg et 67 familles en province, essentiellement dans les communes de Medernach, Grevenmacher, Ettelbruck, Esch-sur-Alzette et Mondorf-les-Bains.

Une nouvelle synagogue est inaugurée à Luxembourg en 1894, qui sera détruite par les occupants nazis en 1941.

Le Luxembourg devient pays de refuge entre 1933 et 1940, également pour les Juifs persécutés.

En 1927, 1771 Juifs se sont établis au Luxembourg. Huit ans plus tard, le total s’élève à 3144 personnes. L’afflux est stoppé net le 10 mai 1940, date de l’invasion du pays par les troupes allemandes.

L’occupation et la mise en place d’une administration dirigée par les nazis (le pays est annexé au Reich) mettent désormais en danger la vie des Juifs qui n’ont pu quitter à temps le pays.

A partir de 1941, sept convois de déportation sont organisés vers l’Europe de l’Est, comprenant quelque 700 personnes. A la fin de la guerre, il reste seulement 35 rescapés.

L’après-guerre se caractérise surtout par la reconstruction de la communauté.

Quatre grands rabbins se sont succédés depuis lors : Joseph Kratzenstein (1946-1949), originaire d’Allemagne et ayant été longtemps au service de la communauté de Zurich, Charles Lehrmann (1949-1963), né en 1905 à Strzyzow (Pologne, à l’époque partie de l’Autriche impériale), Emmanuel Bulz (1963-1991), né à Vienne en 1917 et Joseph Sayagh (en fonction depuis 1991), né à Fès en 1949.

Dans la nuit du 9 au 10 novembre 1938, les citoyens juifs qui résidaient dans l’Allemagne voisine vécurent une nuit d’horreur, que l’histoire retiendra sous le nom de « Reichskristallnacht ».

Ce fut le point de départ d’un scénario de violence prémédité depuis 1933, qui aboutit quelques années plus tard à une véritable catastrophe pour les Juifs européens – la Shoah – et qui toucha également ceux vivant au Luxembourg.

Au bout du compte, un tiers des Juifs présents au Luxembourg, à la veille de l’invasion allemande, périrent dans des conditions atroces, ce qui provoqua l’arrêt de la croissance d’une communauté qui n’avait acquis son autonomie que cent ans auparavant.

D’où ce premier constat : les événements politiques à l’extérieur de nos frontières ont eu une influence prépondérante sur le sort des Juifs du Grand-Duché, notamment au 20ème siècle avec la disparition physique d’une grande partie de sa population.

Il n’est donc pas étonnant que, compte tenu de la taille de ce pays, les facteurs externes aient joué un rôle capital dans l’évolution de la communauté. Mais la situation géographique est également un facteur à ne pas négliger pour comprendre l’évolution de la communauté juive luxembourgeoise.

Le Grand-Duché est en effet situé entre deux pays qui ont joué un rôle primordial dans l’histoire juive européenne.

Les premiers Juifs s’établissant en Europe au moment de la période romaine s’installèrent principalement en Rhénanie, où leur présence fut continue jusqu’au 20ème siècle. Bien avant la Révolution française, l’Allemagne compta des communautés renommées, notamment dans la région rhénane avec Worms, Spire et Mayence. De même, la France voisine abrita des communautés anciennes et prestigieuses dans la région, plus précisément à Metz et à Troyes. Plus près de nous, les villes de Trêves, Thionville et Arlon comptèrent une présence juive parfois importante.

Comme le montre Pierre-André Meyer dans son excellent ouvrage sur la communauté juive de Metz au XVIIIe siècle, les Juifs d’avant la Révolution connurent une expansion démographique importante, bien que confinés dans les espaces réduits que constituaient les ghettos.

L’exemple messin montre d’ailleurs l’emprise capitale de la religion sur le mode de vie de cette minorité, vivant dans une population à forte influence cléricale.

Les juifs qui s’établirent au Luxembourg après la Révolution française vinrent en premier lieu du nord-est de la France (la Moselle notamment) et de la proche Allemagne. Il faut dire que l’Alsace et la Lorraine représentaient encore 79% des Juifs de France en 1808.

Si le siècle des Lumières fut en quelque sorte le point de départ d’un long mouvement de libération et d’intégration des Juifs dans les sociétés occidentales, il n’empêche que l’hostilité à leur égard resta constante.

A l’antijudaïsme à base religieuse, remontant dans le temps, succéda un antisémitisme à connotation socio-économique, qui trouvera plus tard également son relais politique, particulièrement dans les milieux d’extrême-droite.

Fort heureusement, le Luxembourg ne connut pas, en tant que nation indépendante, les déferlements de haine qui caractérisèrent certains de nos pays voisins – la France avec l’affaire Dreyfus au tournant du siècle dernier ou l’Allemagne avec la prise de pouvoir hitlérienne. Même si l’antisémitisme se répandit dans certains milieux, le contact des autochtones avec les Israélites du Luxembourg fut davantage empreint de méfiance que de véritable haine.

L’origine sociale des Juifs résidant au Luxembourg au début du 19ème siècle fut généralement fort modeste et rejoignit le mode de vie rural des autochtones, qui ne bénéficiait pas encore du plein essor de l’industrie sidérurgique.

Le commerce resta le domaine de prédilection de nombre de concitoyens juifs, cantonnés – il est vrai – pendant des siècles dans ce secteur.

Peu de personnalités juives ont dès lors émergé dans la société luxembourgeoise.

On cite volontiers le prix Nobel de physique de 1808, Gabriel Lippmann, né à Bonnevoie de parents français, mais dont la durée de résidence sur le sol natal ne dépassa pas trois ans. Certains juifs réussirent tout de même à percer dans leur domaine d’activité, tel Guido Oppenheim, peintre fort apprécié pour ses paysages pittoresques. Plus rares furent ceux qui tentèrent une carrière politique. Lorsque ce fut le cas, ils s’engagèrent généralement sur un plan communal. Seul Marcel Cahen, premier échevin de la Ville de Luxembourg et adjoint du bourgmestre Gaston Diderich, fut également élu député au parlement.

Bien entendu, l’industrie et le commerce constituèrent des secteurs où les Juifs du Luxembourg ont davantage marqué leur empreinte. La famille Godchaux, propriétaire de la draperie de Schleifmuhl, en est un exemple. Le commerce de bétail fut également un secteur où l’on retrouvait une très importante présence juive.

A l’intérieur même de la communauté juive luxembourgeoise, le caractère composite de la population provenait de l’origine géographique variée de ses membres, issus des divers mouvements d’immigration. L’accélération de ce courant migratoire, renforçant la communauté juive du Luxembourg, accentua les différences, qui se transformèrent plus d’une fois en différends.

Des éléments aussi importants et aussi divers que le rituel religieux, l’attitude face au sionisme ou la relation avec le monde environnant provoquèrent maints débats et nombre de controverses.

A l’instar d’un judaïsme français ou allemand, peut-on parler d’un judaïsme proprement luxembourgeois?

Y répondre n’est pas évident. Il est vrai que l’identité nationale luxembourgeoise ne s’est progressivement développée qu’à partir de la fin du siècle dernier, du fait de la rivalité des puissances voisines, et que son affirmation ne s’est véritablement concrétisée qu’au cours des cinquante dernières années. Dans ce contexte, il est évident que les Juifs luxembourgeois se sont forgés une identité sociale calquée sur ce carrefour culturel et linguistique qu’était, depuis le début, le Grand-Duché.

D’un point de vue religieux, la personnalité du premier grand-rabbin Samuel Hirsch a incontestablement façonné la vie juive à Luxembourg, imprégné qu’il était par un libéralisme appuyé tel que l’Allemagne en avait produit au cours des 18ème et 19ème siècles.

La succession de rabbins originaires des régions germanophone puis francophone traduit ainsi ce mélange social et culturel typique qui caractérise aujourd’hui encore la société luxembourgeoise dans son ensemble.

Les événements extérieurs ont certes eu une influence considérable sur l’histoire de la communauté juive luxembourgeoise. Néanmoins, ceci vaut également pour l’histoire générale du Grand-Duché. Or, à l’exception des ouvrages de l’ancien grand-rabbin Charles Lehrmann sur l’histoire de la communauté et de Paul Cerf sur la période de la seconde guerre mondiale, les études sur la situation des Juifs au Luxembourg ont été plutôt rares.

Les raisons du peu d’intérêt suscité par l’histoire des Juifs du Luxembourg sont multiples.

Tout d’abord, une présence juive durable au Luxembourg ne date que de la période napoléonienne, donc de 200 ans environ.

L’interdiction antérieure aux Juifs de résider dans nos contrées relève de facteurs tant religieux que socio-économiques. En ce sens, la Révolution française et les événements qui en découlèrent ont eu une portée significative sur la présence juive au Luxembourg.

Ensuite, l’intérêt porté aux minorités du Luxembourg est plutôt récent et dû essentiellement au fait que le pays est devenu au 20ème siècle une terre d’immigration. La plupart de ces minorités sont issues de pays ayant des racines catholiques et l’intérêt s’est dès lors concentré sur l’aspect national. C’est le cas, par exemple, de l’immigration d’origine italienne ou portugaise.

Une autre raison que l’on peut invoquer est le nombre proportionnellement faible de Juifs enracinés au cours de l’Histoire dans le pays.

Au début du 19ème siècle, quelque quize familles y résidèrent. Si le nombre augmenta rapidement, il resta infime en proportion ; en 1828, on compta 335 Juifs sur le territoire, soit 1% de la population totale. Ce nombre atteignit son apogée à la veille de la seconde guerre mondiale, avec près de 3700 individus. Parmi eux, beaucoup étaient fraîchement arrivés au Luxembourg, ayant franchi les frontières de l’Est en tant que réfugiés.

La perte d’un tiers de sa population juive durant la Shoah réduisit le nombre à un niveau bien plus modeste, plus ou moins constant en nombre absolu depuis la fin de la guerre, mais en diminution croissante en termes relatifs, du fait de l’augmentation de la population globale.

Enfin, s’ajoute le fait que des études portant sur l’histoire des populations juives en Europe sont de nature encore relativement récente. La précarité de la communauté juive luxembourgeoise, implantée dans le tourbillon géostratégique d’un État en devenir au 19ème siècle et prise dans les bouleversements politico-économiques du 20ème siècle, ne facilite – de ce point de vue – guère les recherches.

Bien que la communauté juive soit souvent perçue de l’extérieur comme un bloc monolithique, façonné uniquement par son côté religieux, un gros travail reste à faire pour restituer une histoire aussi complète que possible de la communauté, non seulement à travers sa vie religieuse, mais aussi par son côté social, économique, politique voire associatif.

Si le colloque, organisé par le B’nai B’rith en novembre 1998, a eu pour but principal d’explorer des zones encore méconnues de l’histoire des Juifs du Luxembourg, il devrait également servir – du moins faut-il l’espérer – à une prise de conscience croissante du rôle de cette minorité au sein de l’histoire nationale : son rôle au sein de la société bien entendu, mais aussi celui de mise en valeur d’un patrimoine culturel et spirituel plutôt négligé par une communauté qui – pendant longtemps – n’a guère pu s’appuyer sur des élites intellectuelles.

La mise en valeur de ce patrimoine devrait ainsi être l’une des tâches impératives pour entretenir cette histoire encore jeune, mais riche d’enseignements, de la communauté juive luxembourgeoise.

Heurs et malheurs des établissements juifs dans le Luxembourg

L’étude de la présence et des activités des Juifs dans le Luxembourg médiéval se heurte d’emblée à un difficile problème documentaire.

Jusqu’à la mise en place de l’administration bourguignonne en 1443-44, aucune source d’archive ne permet le repérage systématique des coreligionnaires établis dans la principauté. Par la suite, les tributs exigés annuellement de ceux-ci pour prix de la protection du souverain sont consignés dans les comptes domaniaux de Luxembourg puis, à partir de 1477-78, dans ceux de la recette générale du duché. Les lieux d’accueil sont dès lors connus ainsi que le nombre de ménages ou d’individus y résidant sous « conduit » princier.

Tant alors qu’au cours des siècles précédents, les opérations – financières ou autres – des Israélites n’apparaissent qu’au hasard de documents princiers, urbains, seigneuriaux ou ecclésiastiques.

Par ailleurs, moments de tension, pogroms et expulsions laissent davantage de traces dans les mémoires et les écrits qu’un plus ou moins long séjour côte à côte, sans accrocs majeurs, de Juifs et de Chrétiens.

Les premières implantations juives

carte1Carte I : Etablissements juifs dans le Luxembourg
(13ème – 14ème siècles) © J.-M. Yante- Carte établie à partir des travaux de J. VANNÉRUS (1952), J.-M. YANTE (1986 et 1996)
et W. REICHERT (1987 et 1993)

Pendant le haut moyen âge, aucun établissement juif n’est attesté dans les territoires qui constitueront ultérieurement le comté (puis duché) de Luxembourg et le comté de Chiny.

La première communauté ou famille israélite se serait implantée à Arlon où, en 1226 et 1309, des immeubles sont situés dans la « rue des Juifs dit en Hetschgassen ».

Dans ce mot, l’historien Jules Vannérus s’est naguère demandé si l’on ne retrouve pas le terme Hitchen ou Hütchen, diminutif de Hut, allusion au chapeau ou bonnet que les Juifs étaient obligés de porter dans certains pays et qui figure sur le sceau de juiveries.

Des recherches récentes permettent de considérer les premières années du 13ème siècle, voire les dernières du 12ème comme le début d’une phase nouvelle dans l’histoire des communautés juives de l’espace « sud-lotharingien ». C’est en 1276 seulement qu’est révélée une présence israélite dans la capitale : le Juif Henri, y demeurant ou originaire de cette ville, est alors créancier du seigneur de Bertrange à concurrence de 53 livres de Trèves.

Au 13ème siècle et surtout au 14ème, des princes territoriaux et des villes obtiennent, par concession impériale, le droit de protection des Juifs et les revenus y afférents (judenregal). Aussi cette prérogative, d’essence régalienne, finit-elle par être considérée comme un attribut de la souveraineté territoriale.

En 1309, Frédéric de Schleiden est autorisé, en accroissement de fief impérial, à accueillir des Juifs dans son château. Six ans plus tard, Jean l’Aveugle reçoit pareil privilège pour l’ensemble du comté de Luxembourg.

Aux établissements déjà anciens d’Arlon et de Luxembourg, dont la permanence ne peut être rigoureusement établie, s’en ajoutent à Neuerburg (1309), Echternach et probablement Liessem (avant 1332), La Roche-en-Ardenne (1333), Damvillers (1345/47), peut-être Bitburg (1334), vraisemblablement Bastogne (avant 1353). Une présence israélite est encore attestée en 1349 dans les Terres communes aux comtés de Luxembourg et de Bar (carte I).

Peste noire et vindicte populaire

Le traumatisme suscité en Europe occidentale par l’apparition et la fulgurante propagation de la peste noire en 1348-49 amène les populations, en quête de coupables, à accuser les Juifs d’empoisonner l’eau des fontaines. Des massacres s’ensuivent, notamment en Hainaut et en Brabant.

Charles IV, roi des Romains et comte de Luxembourg, est soucieux de prévenir pareille extrémité dans sa principauté ancestrale. Aussi invite-t-il les habitants de la capitale, le 24 juillet 1349, à garantir la vie et les biens des Israélites, à maintenir cette conduite jusqu’à preuve de leur culpabilité et, le cas échéant, à les juger d’après leur délit. D’ailleurs, à l’instar du pape, il les tient pour innocents des crimes dont on les accuse.

Dans l’état actuel de la recherche historique, on ne peut affirmer que la peste noire atteignit le Luxembourg. Elle rôda, en tout cas, dans le Nord du Barrois et il semble que les communautés juives de Luxembourg et d’Echternach n’aient pas échappé à la vindicte d’une population trop heureuse de se débarrasser d’encombrants créanciers. On ne sait si leurs coreligionnaires implantés dans le pays pâtirent pareillement de cette hostilité latente.

Du pogrom de 1348-49 à la conquête bourguignonne

Par humanité, probablement aussi par intérêt, Charles IV invite les échevins et habitants de Luxembourg, ainsi que le drossart et le prévôt, dès le 7 mai 1350, à y accueillir à nouveau des Juifs et à leur assurer paix et sécurité.

Rien ne permet d’affirmer qu’une colonie s’y reconstitue immédiatement. La mention à Saint-Vith, en 1370, d’une rue des Juifs et d’un cimetière israélite ne prouve nullement qu’une communauté réapparut d’abord au nord de la principauté, dans des terres en passe d’intégration. Ces indications peuvent se référer à un établissement antérieur au pogrom.

Il faut attendre 1372 et la reconnaissance de dettes d’Arnould de Pittange le jeune, seigneur de Bissen, envers le Juif Slom établi à Luxembourg, pour que soit clairement attestée une réimplantation dans la capitale.

Quatre ans plus tard, des textes y évoquent la porte des Juifs ouvrant sur la route d’Arlon. La dénomination fait assurément référence à la résidence – avant ou après les événements de 1348-49? – de quelques ménages israélites à proximité plus ou moins immédiate de l’ouvrage de défense.

Rien ne confirme l’hypothèse, formulée au 17ème siècle par l’historien Jean Bertels, que la porte tire son nom d’une ancienne nécropole juive. Ne sont pas davantage établies, pour l’heure, l’existence d’un ghetto devant la porte Saint-Ulric (au Grund) et celle d’un cimetière israélite près de la chapelle Saint-Marc.

De sérieuses difficultés en 1391, dont les circonstances et la nature exacte demeurent mal connues, n’empêchent pas la communauté de Luxembourg de faire montre d’une réelle importance économique à la fin du 14ème siècle et au début du 15ème.

Personnalité la mieux connue et probablement la plus notoire, Lazare de Francfort intervient en 1397 dans l’actif commerce local du vin, en qualité d’exportateur, et est créancier, quatre ans plus tard, des seigneurs de Pittange à concurrence de 50 florins. Ses solides capacités financières sont révélées par la très lourde amende de 1000 florins du Rhin qu’il acquitte, en 1405, pour avoir, contre sa loi et ses privilèges,

« fréquenté avecq Salomon juif qui estoit excommunié, ce que faire ne povait sur peine de confiscation de corps et de biens. »

Trois ans plus tard, le seigneur Jean de Créhange lui rembourse 300 florins de Mayence et un montant dû pour cautionnement. La relative aisance des Juifs de la place – d’un certain nombre à tout le moins – est encore attestée par le cadeau de Joyeuse Entrée de 100 florins dont bénéficie en 1412 Antoine de Bourgogne, engagiste du duché.

Différents facteurs, conjoncturels et politiques, peuvent expliquer cette prospérité.

Le tournant des 14ème et 15ème siècles correspond au retrait des Lombards qui, entre 1290 et 1400, ont opéré plus ou moins durablement dans une vingtaine de localités du pays de Luxembourg-Chiny, spécialement dans le quartier wallon et le long de la route Flandre-Italie (Bastogne, Arlon, Luxembourg, Thionville).

Pareillement patent en Lorraine, leur repli serait dû à des changements dans les courants commerciaux, peut-être aussi à une réduction de la demande d’argent en milieu rural.

La plupart des Lombards mentionnés ultérieurement seraient les descendants de tenanciers de tables de prêt ou de change, demeurés sur place mais n’exerçant plus cette activité.

Les Juifs ont pu profiter de ce départ pour renforcer leur implantation dans la capitale, prendre pied à Thionville (1427) et temporairement à Echternach (avant 1430). On ignore par contre s’ils se maintinrent ou revinrent à Arlon. Thielman Judez, dont la veuve est mentionnée dans cette ville en 1396, et Jehan le Juif, cité dans des documents de 1403-04 et 1406, sont-ils des Israélites, fidèles à la Torah ou convertis, ou encore des Chrétiens désignés par ce sobriquet?

L’expulsion des Juifs de l’Électorat de Trèves, en 1418, provoque vraisemblablement des mouvements migratoires en direction du Luxembourg. Pour des raisons linguistiques, du fait aussi d’un contexte plus favorable à leurs activités, les Israélites se confinent alors dans le quartier allemand du duché. Le « temps des engagères », inauguré en 1388 et livrant le pays à des princes davantage préoccupés de ponctions fiscales que de restauration économique, étoffe la clientèle potentielle des Juifs et autres prêteurs.

D’importantes lacunes documentaires empêchent de saisir la vitalité des établissements israélites jusqu’à la mise en place du régime bourguignon.

Alors que le receveur domanial de Luxembourg consigne en 1430 le paiement de six tributs et l’exemption pour un septième, aucun droit n’est acquitté en 1434-35.

Un nouveau pogrom à l’instigation de la duchesse Élisabeth de Gôrlitz (1433) mais bientôt condamné par l’empereur Sigismond en est manifestement la cause. Quelques Juifs résident à nouveau dans la capitale lors du siège par les Bourguignons en décembre 1443. L’un d’eux, qualifié par le chroniqueur Olivier de La Marche d’« homme prudent et sage en sa loy », négocie même la reddition du château. S’agit-il de Salomon « der juede » qu’en janvier suivant le nouveau souverain exclut, avec vingt-quatre autres personnes, de l’amnistie générale accordée aux habitants de la ville, leur reprochant d’avoir été les « principaulx esmouveurs, encommenceurs, chiefz, cappitaines et conduiseurs des dis crimes, rebellions et desobeissances ainsi faictes, comme dit est, à icelle nostre tante [Élisabeth de Gôrlitz] et à nous « ?

Quoi qu’il en soit, l’arrivée du duc de Bourgogne provoque le départ de tous les Juifs.

Philippe le Bon en profite pour confisquer les maisons, terres et autres biens que laisse à Luxembourg et hors de la ville maître Moyse, « tres riche homme tant de meubles comme de heritaiges ».

Sous les Bourguignons et les premiers Habsbourg

carte2Carte II : Etablissements juifs dans le Luxembourg
(1445 – 1516/17) © J.-M. Yante – Chaque carré correspond à la présence, plus ou moins temporaire, d’un Juif ou ménage juif dans la localité

Dès 1445, une colonie se reconstitue dans la principauté, plus exactement au sud-est de celle-ci, dans les régions culturellement et économiquement orientées vers la Moselle (carte II).

On dénombre au total quarante-sept contribuables, à titre individuel ou familial. Les membres de cette communauté manifestent une grande mobilité. D’aucuns ne résident que quelques mois dans le pays. Deux sur trois versent au maximum cinq fois la redevance.

A côté de ceux qui transitent par le duché, en quête d’un champ d’action favorable à leurs activités, quelques-uns se signalent par la durée de leur séjour: Symon de Eynwiller établi à Thionville puis Luxembourg (1473-92), Salemon de Neumagen mentionné de 1445 à son décès en 1472 et Meyer Drisselaer domicilié successivement à Thionville et Luxembourg (1472-1513).

Avec une population de quelque 2500 habitants, une draperie à vocation exportatrice et un secteur du cuir relativement développé, la capitale attire forcément et retient plus ou moins durablement la majorité des Juifs du pays.

Elle ne les met toutefois pas à l’abri de la vindicte populaire. Les Israélites désertent alors la ville pendant douze ans. Une communauté se reconstitue ensuite peu à peu et compte huit ménages en 1515.

Position stratégique sur la Moselle et active place marchande, Thionville conserve ou récupère des établissements juifs sous le régime bourguignon: cinq ménages ou individus s’y fixent temporairement dans les années 1445-54, deux y élisent durablement domicile au début de la décennie 1470. Ils ne quittent la ville, à destination de Luxembourg, qu’une vingtaine d’années plus tard.

Dans des circonstances qui échappent, l’un d’eux y est contraint par l’hostilité populaire. On ne leur connaît aucun successeur au début du 16ème siècle. En 1548, le « physicien » juif du comte de Nassau-Sarrebruck, originaire de Thionville, serait-il un descendant des Israélites attestés à la fin du 15ème siècle?

En 1565-66, la nécropole juive (Judenkerchhof) est désaffectée et son emplacement, cédé en location. La communauté semble alors disparue depuis plusieurs décennies.

Si Arlon et Echternach accueillent à nouveau quelques Juifs, il ne s’agit jamais que d’implantations intermittentes. Des établissements temporaires ont pareillement été repérés dans des localités riveraines ou proches de la Moselle, sièges d’un marché ou d’une foire.

Le départ en 1516-17

Au compte de l’exercice 1516-17, le receveur général du duché note que « les Juifz qui se souloient tenir en ce pays de Luxembourg se sont absentez et abandonnez cestui pays. »

Les archives taisent la raison de ce départ et ne conservent le souvenir ni d’un pogrom, ni de quelque décision des autorités à l’encontre de la communauté israélite.

Peut-être l’initiative émane-t-elle des intéressés, en quête d’implantations plus favorables à leurs activités. Des sources tréviroises attestent encore une présence juive à Igel en 1518.

Jusqu’au milieu du 16ème siècle, les rares mentions de Juifs dans le Luxembourg ne concernent plus que leur transit par la principauté : droits acquittés au péage de Grevenmacher en 1519-20, arrestation dans la capitale en 1546 de Juifs portugais en provenance d’Anvers.

Il faut attendre les décennies 1550 et 1560 pour que des établissements réapparaissent dans la région, à Grevenmacher d’abord, à Luxembourg ensuite.

Le commerce de l’argent

Alors que les hommes s’accoutument à vivre au-dessus de leurs moyens, spécialement à partir du 13ème siècle, et multiplient les emprunts dans l’espoir de jours meilleurs, des financiers italiens, appelés Lombards, et les Juifs pallient l’insuffisance de l’offre régionale de crédit.

banquier lombard
Banquier lombard

Les autorités ecclésiastiques ne cessent de condamner le prêt à intérêt et toute forme d’usure. Aussi les Lombards et autres prêteurs chrétiens encourent-ils de lourdes sanctions, même si, au fil des ans, les règles morales s’adaptent aux nécessités de la vie.

L’usure judaïque, quant à elle, est généralement tolérée, pour autant qu’elle ne se fasse pas trop oppressive. On s’accorde à voir, dans les Juifs, des prêteurs à la petite semaine recrutant l’essentiel de leur clientèle dans les couches les plus humbles de la population. Ces opérations ne laissent que peu de traces écrites, voire aucunes.

Pour des transactions plus importantes, des nobles régionaux s’adressent, tout au long du 14ème siècle, aux juiveries de Trèves, Saarburg, Wittlich, Sankt-Wendel et même Coblence.

Si la nature exacte et le volume des activités juives dans le Luxembourg ne peuvent être cernés, le problème de l’origine des capitaux demeure également total.

Exposés à des exactions et spoliations, les Israélites drainent probablement peu de liquidités locales. Peut-être des liens existent-ils avec des juiveries étrangères ou entre les Juifs régionaux les plus opulents et d’autres aux moyens limités.

Echappent aussi les modalités du crédit, le montant et la durée des prêts, les sûretés personnelles et/ou réelles garantissant les opérations, la zone d’activité des manieurs de fonds, le loyer de l’argent. La hauteur de ce dernier prévient les pertes imputables à la suspension éventuelle de l’exigibilité des intérêts ou même des créances, et à de récurrentes variations monétaires. Les circonstances immédiates de l’emprunt dictent également les exigences du prêteur.

Négoce et artisanat

Dans le Luxembourg comme en tant d’autres régions, les Israélites ne confinent pas leurs activités dans les opérations financières. Plusieurs y adjoignent un commerce à plus ou moins modeste échelle.

En 1427, Gersils de Thionville est taxé pour 50 fromages au péage lorrain de Sierck. Des Juifs de Luxembourg interviennent dans l’actif marché local du vin. En 1468-69, le métier arlonais des drapiers confisque une pièce de drap vendue par le Juif Spalmon. Leurs confrères de la capitale entrent pareillement en conflit avec des Israélites et obtiennent du Conseil de Luxembourg, par sentence du 15 avril 1513, que la vente des étoffes à l’aune leur soit défendue. Seules les transactions au détail sont désormais autorisées aux Juifs.

Par ailleurs, les patronymes Jacop le voirier (1468-71) et Lewe der kartenmecher (1499-1516) semblent attester des activités artisanales dans le chef de coreligionnaires.

Tous les Juifs résidant dans le Luxembourg ne sont assurément pas aussi fortunés que Lazare de Francfort, aux alentours de 1400, ou maître Moyse, à la veille de la prise de Luxembourg par les Bourguignons. D’aucuns éprouvent des difficultés à payer le tribut.

La place des Juifs dans la société luxembourgeoise

L’économie, créant une relation entre débiteurs et créanciers ou entre acheteurs et vendeurs, ne doit pas faire oublier les autres points de contact entre Juifs et Chrétiens.

Dans le Luxembourg, du fait même de la taille restreinte des communautés, il n’a vraisemblablement pas existé de ghetto urbain, malgré une tendance naturelle des Juifs à se regrouper.

Des liens familiaux unissent à plusieurs reprises des résidents d’une même ville. Bendel (1469-78), son fils Jacob (1475-78), ses gendres Moyses (1471-75) et Salemon (1469-78), et son petit-fils Jacop (1471-73 et 1475) constituent le groupe le plus important ou le mieux connu. Trois d’entre eux, sinon tous, ont élu domicile dans la capitale.

La négociation de sauf-conduits avec le souverain fixe les droits et obligations réciproques, et prévient théoriquement tout arbitraire. Le tribut y est rigoureusement tarifé. Son montant – entre 2 et 20 florins dans la seconde moitié du 15ème siècle – pourrait refléter les capacités financières des intéressés et/ou la composition de leur famille. Un taux uniforme de 2 florins prévaut par contre au début du 16ème siècle.

Considérés comme de véritables étrangers, des aubains, les Juifs bénéficient dans les Pays-Bas d’un sort globalement plus favorable que dans de nombreuses principautés françaises ou allemandes.

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Les rapports avec l’Église

Dépositaires de l’Ancienne Loi, les Juifs jouissent généralement de la protection des autorités ecclésiastiques. Celles-ci encouragent toutefois leur conversion.

Ainsi la fille d’un Israélite de Thionville reçoit-elle le baptême à Metz en 1447. La qualité de ses parrain et marraine – Jean Maixeroy, clerc de l’échevinage de Metz, et la dame de Florange – pourrait attester des liens privilégiés entre Juifs opulents et notables régionaux.

Les relations entre les communautés israélite et chrétienne sont également ponctuées de moments difficiles.

En 1454, la fille du Juif Moyse est incarcérée à Luxembourg pour avoir proféré des attaques contre la foi chrétienne, condamnée à mort et exécutée par le feu. Le compte prévôtal conserve le relevé détaillé des dépenses engagées pour l’enquête, la sinistre besogne du bourreau, le repas offert à une centaine de fonctionnaires, notables et « francs hommes » présents dans la capitale à cette occasion, ainsi que pour la rémunération des prêtres qui ont baptisé la coupable, l’ont confessée et assistée dans ses derniers moments.

D’une façon générale, pas plus que dans d’autres principautés des Pays-Bas, les Juifs ne déploient une activité marquante dans le Luxembourg depuis leur première mention à Arlon en 1226 jusqu’à leur départ, non-définitif, en 1516-17.

Leurs communautés ne constituent jamais une composante importante de la population locale. Plusieurs implantations se révèlent éphémères.

A la fin du 13ème siècle et jusqu’au dernier quart du 14ème, la concurrence des Lombards et probablement des capacités financières limitées confineraient les Israélites dans un rôle de second plan.

La conjoncture du 15ème siècle leur serait plus propice. La rareté et le laconisme des sources, liés à la nature même des opérations traitées par les Juifs, imposent à l’historien prudence et circonspection.

Il faudra attendre la révolution française pour qu’une situation nouvelle puisse émerger et permettre l’émancipation des juifs.

Sources

http://judaisme.sdv.fr/
http://www.genami.org/

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