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En 1970, dix prisonniers israéliens captifs de la Guerre en Egypte, ont utilisé leur temps libre pour un projet inhabituel: traduire le premier livre de JRR Tolkien en hébreu.

« Dans un trou vivait un hobbit. Ce n’était pas un trou déplaisant, sale et humide, rempli de bouts de vers et d’une atmosphère suintante, non plus qu’un trou sec, sablonneux, sans rien pour s’asseoir ni sur quoi manger: c’était un trou de hobbit, ce qui implique le confort. » (Les premiers mots du livre’Le Hobbit’)

Quiconque connaît quelque chose de Tolkien et de ses histoires captivantes qui ont rendus ses livres si célèbres, aura presque certainement commencé avec le premier livre d’aventure que le linguiste et auteur anglais a écrit, Bilbo le Hobbit.

Ce livre ne manque certainement pas de batailles et d’aventures, mais contrairement à la trilogie du Seigneur des Anneaux, Le Hobbit est aussi un livre pour enfants doux et agréable.

C’est un livre qui peut apporter du plaisir et retenir l’attention de ses lecteurs (et de ses traducteurs) aux heures les plus sombres.

Ceci n’est pas l’histoire de la façon dont le livre a été écrit, mais l’histoire d’une de ses traductions en hébreu.

C’est l’histoire de l’édition spéciale « traduite par les pilotes de l’armée de l’air et leurs camarades en captivité dans la prison égyptienne d’Abassiyah, Le Caire (1970-1973)« , après qu’ils eurent été capturés pendant la Guerre d’usure après 1967.

L’histoire d’une créature étrange et adorable.

Malgré leur terrible sort, ces dix prisonniers entassés dans une cellule de la prison d’Abassiyah en Egypte, et en dépit des tortures qu’il avaient subi et subissaient encore, au cours des nombreux interrogatoires auxquels ils éraient confrontés, gardait en eux une sorte de côté positif, une petite lumière vacillante mais présente, au bout du tunnel.

Tout d’abord, après plusieurs mois dans des cellules séparées et éloignées les unes des autres, les prisonniers ont été autorisés à s’entasser dans une seule cellule… Ce qui leur a permis de se réconforter entre eux, tous israéliens combattant pour l’état d’Israël.

Ensuite, le fait que tous les prisonniers ne parlaient pas suffisamment bien l’anglais s’est avéré important pour le reste de leur séjour en captivité.

En effet, tous les habitants de la cellule n’ont pas pu profiter du cadeau que Yitzchak Fir, l’un des quatre pilotes en captivité, avait reçu de son frère en Amérique.

C’était un livre qui parlait d’un petit être paisible et sans histoire dont le quotidien fut bouleversé un beau jour, lorsque Grandalf le magicien et treize nains barbus l’entraînent dans un voyage périlleux pour une grande aventure, une fantastique quête au trésor semée d’embûches et d’épreuves…

Les quatre pilotes de la cellule – Avinoam Kaldes, Rami Harpaz, Menachem Eini et Yitzchak Fir – ont décidé de traduire Le Hobbit pour ceux qui avait du mal à le comprendre.

Les pilotes ont d’abord traduit des mots et des expressions spécifiques. Il ne leur a pas fallu longtemps pour découvrir que ce travail les distrayait et leur faisait oublier leur vie en captivité. Très vite, ils se sont retrouvés à travailler sans relâche, pendant de longues heures, pour traduire l’ensemble du livre.

Ils ont fait ce travail deux par deux – l’un lisant le texte en anglais et le traduisant directement en hébreu, l’autre améliorait la traduction hébraïque pour l’adapter au niveau élevé de l’œuvre originale de Tolkien.

Les nombreux poèmes du livre présentaient un défi complexe, et les quatre se sont tournés vers leurs compagnons de cellule pour obtenir de l’aide. Ils ont raconté plus tard : « nous avons légèrement échoué avec les poèmes du livre ». Dans les circonstances, ces traducteurs non professionnels pensaient que l’amour qu’ils portaient à ce travail suffisait…

L’ensemble du projet a pris quatre mois et il est peu probable qu’ils pensaient que la traduction sur laquelle ils avaient travaillé si dur pendant leur captivité serait un jour lue à l’extérieur des murs de leur cellule exiguë.

hobbit traduction

Ils n’ont été libérés de leur captivité, qu’après la guerre du Kippour, emportant avec eux une copie du Hobbit, ainsi que sept cahiers complets.

En 1977, la traduction hébraïque faite par les pilotes et leurs compagnons de cellule a été publiée par Zmora Bitan Publishers, et financée par l’armée de l’air.

hobbit traduction 2« Ici, je suis arrivé » – a dit Rami Harpaz en rencontrant ses jumelles pour la première fois. Les premiers mots des prisonniers de guerre israéliens à leur retour en Israël. Extrait d’un article paru dans Ma’ariv, le 18 novembre 1973 (hébreu).

Il existe actuellement trois traductions en hébreu du Hobbit.

Un an avant la publication de la traduction des pilotes et de leurs compagnons captifs, Zmora Bitan Modan a publié la traduction de Moshe Hanami. Une autre traduction, par Yael Achmon, a également été publiée par Zmora Bitan Publishers en préparation de la sortie de la première partie de la trilogie Hobbit réalisée par Peter Jackson.

La traduction des pilotes et de leurs camarades est considérée comme une traduction de qualité inférieure parmi les trois, mais c’est la traduction sur laquelle beaucoup ont grandi, et se sont identifiés, et en tant que telle elle aura toujours une place chaleureuse dans le cœur des israéliens.

Ci-dessous se trouvent des images du retour en Israël du prisonnier de guerre israélien en provenance d’Égypte le 16 novembre 1973.

Le professeur Amiah Leiblich a documenté l’histoire de la capture et de la vie des dix captifs israéliens en Egypte dans le livre’Chutz Mitziporim'[Only Birds] qui a été publié par Schocken Books en 1989.

http://blog.nli.org.il/en/hobbitinhebrew/

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