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Le renaissance d’Israël est un phénomène sans précédent dans l’histoire humaine.
La nostalgie d’Erets Yisrael n’a jamais quitté le peuple juif.

Nous le voyons dans les Psaumes que les Juifs récitaient constamment :  » Si je t’oublie, Jérusalem … « , ou :  » Quand Dieu nous fera retourner à Sion, nous serons comme des rêveurs… « 

Dans les enseignements des rabbins, comme celui de rabbi Na’hman de Breslav :  » Où que j’aille, je vais toujours en Erets Yisrael. «  Nous le voyons dans la poésie juive, telle que celle de Yehouda Ha-Lévi :  » Mon cœur est à l’est, tandis que je suis dans l’extrême ouest. «  Dans les rituels des fêtes :  » L’an prochain à Jérusalem ! «  Et, bien sûr, dans d’innombrables bénédictions récitées tous les jours :  » Aie pitié, Dieu notre Dieu, d’Israël Ton peuple, de Jérusalem, Ta ville, de Sion… Reconstruis Jérusalem, Ta ville sainte, rapidement et de nos jours, et ramène-nous y pour nous réjouir dans sa reconstruction… « 

Autrement dit, Erets Yisrael a toujours été dans la mémoire collective des Juifs un lieu où leur potentiel national pourrait un jour s’accomplir.

Mais la réalisation de cet espoir n’a commencé de prendre corps d’une manière significative qu’à la naissance du sionisme moderne, un mouvement bien plus politique que religieux.

La renaissance d’Israël est un phénomène sans précédent dans l’histoire humaine.

Qu’un peuple puisse être contraint à l’exil, à se laisser disperser, et pourtant à survivre pendant 2 000 ans, qu’il subsiste en tant que nation sans patrie nationale et qu’il revienne à nouveau, qu’il puisse rétablir cette patrie est un événement miraculeux, extraordinaire. Aucune autre communauté humaine n’a jamais réalisé une telle aventure.

UN BREF APERÇU

Avant de traiter à fond du retour des Juifs dans leur patrie, nous allons nous projeter dans l’histoire et résumer brièvement ce qui est arrivé en Erets Yisrael depuis que le Temple a été détruit par les Romains en l’an 70 de l’ère commune.

Jérusalem a été nivelée, reconstruite à la manière romaine, et renommée Aelia Capitolina. Erets Yisrael est devenu la  » Palestine « , du nom des Philistins, un peuple éteint de longue date et qui avait compté jadis parmi les pires ennemis des Juifs.

Depuis cette époque, les Juifs étaient interdits d’accès à Jérusalem.

L’Empire byzantin, version chrétienne de l’Empire romain ayant pour capitale Constantinople, a continué la même politique, et les Juifs n’ont eu le droit d’entrer à Jérusalem qu’après sa conquête par les Musulmans sur les Byzantins en 638.

Après que les Musulmans ont repris Erets Yisrael, ils s’y sont maintenus, à l’exception de la brève période des Croisades.

Pendant les 1 300 ans qu’a duré leur occupation d’Erets Yisrael, les Musulmans ont déployé peu d’efforts pour tenter de s’y installer.

C’est l’Empire ottoman turc qui a exercé le plus longtemps son pouvoir : de 1518 à 1917.

Cependant, durant tout ce temps, les Musulmans ont traité le plus souvent la Terre sainte comme une province sans intérêt.

Peu d’efforts ont été déployés pour faire de Jérusalem, qui n’était alors qu’une petite bourgade, une capitale importante, ni pour améliorer son infrastructure – hormis la reconstruction des murs de la ville au XVIème siècle sous le règne du Sultan Soliman le Magnifique.

De même, peu d’immeubles ont été construits dans le reste du pays, qui était désertique et peuplé d’Arabes en petit nombre. La seule ville nouvelle importante construite par les Turcs a été Ramleh, qui a servi de centre administratif ottoman.

Mark Twain, qui a visité Israël en 1867, le décrit ainsi dans The Innocents Abroad :

Nous avons parcouru quelque distance dans un pays désolé dont la terre serait assez riche si elle n’était abandonnée aux plantes sauvages – une étendue silencieuse et affligée… La désolation qui règne ici dépasse l’imagination. Nous avons atteint Thabor en toute sécurité, et sans avoir jamais rencontré âme qui vive en chemin. Nous avons accéléré vers le but de notre périple, la célèbre Jérusalem. Plus nous avancions, plus il faisait chaud, et plus rocailleux et dénudé, repoussant et lugubre devenait le paysage… Pas un arbre nulle part, ni un arbrisseau. Même l’olivier et le cactus, ces amis que l’on rencontre sur les sols inhospitaliers, avaient presque entièrement déserté le pays. Il n’existe pas de paysage qui soit plus lassant à l’œil que celui qui marque l’approche de Jérusalem… Jérusalem est triste, lugubre et sans vie. Je ne voudrais pas vivre ici. Ce pays est sans espoir, lugubre, navrant… La Palestine est assise sous le sac et dans la cendre.

LES PREMIÈRES MIGRATIONS

Pendant la période musulmane, la vie ici pour les Juifs a été dans l’ensemble plus facile que sous les Chrétiens.

En 1210, après la fin des Croisades, plusieurs centaines de rabbins, connus sous le nom de Ba’alei Tossafoth, se sont installés en Israël. Ils y ont constitué la première communauté achkenaze d’origine européenne.

En 1263, le grand philosophe Na’hmanide, connu aussi comme le Ramban, a créé une petite communauté séfarade sur le mont Sion, qui était alors hors des murs. Plus tard, au XVème siècle, cette communauté a été déplacée à l’intérieur des murs et elle a construit la  » synagogue Ramban  » qui existe encore aujourd’hui.

 

Quand Na’hmanide arriva à Jérusalem, il y avait déjà une communauté juive active à Hébron, encore que les Musulmans ne permettaient pas à ses membres d’entrer dans la grotte de Makhpéla, lieu de sépulture des Patriarches et de leurs épouses. Cette interdiction a duré jusqu’au XXème siècle.

D’autres Juifs ont commencé d’émigrer en Israël après avoir été expulsés d’Espagne en 1492. Au XVIème siècle, un grand nombre se sont installés à Tsefath (appelée aussi Safed) qui est devenue le centre du mysticisme juif – la Kabbale.

Au milieu du XVIIIème siècle, un élève du Ba’al chèm tov, Guerchon Kitover, créa la première communauté ‘hassidique en Israël. Cette communauté faisait partie de ce qu’on a appelé le  » Vieux Yichouv « . (On peut aujourd’hui, dans la Vieille Ville de Jérusalem, visiter le musée du  » Vieux Yichouv  » et y apprendre à son sujet des détails très intéressants.

Vers 1880, il y avait près de 40 000 Juifs installés en Erets Yisrael, parmi 400 000 Musulmans.

L’une des personnalités marquantes de cette période a été Moses Montefiore (1784-1887), le premier Juif à être anobli en Grande-Bretagne.

Montefiore avait construit sa fortune avec les Rothschild, qui se sont enrichis pendant les guerres napoléoniennes. Utilisant des pigeons voyageurs, ils avaient été les premiers tenus informés des résultats de la bataille de Waterloo, ce qui leur a permis de faire un malheur sur le marché boursier de Londres.

Ayant fait fortune à l’âge de 40 ans, Montefiore s’engagea dans des activités philanthropiques qui en firent un soutien infatigable de la communauté juive en Israël.

En ce temps-là, la plupart des Juifs vivaient dans ce qu’on appelle aujourd’hui la Vieille Ville de Jérusalem, plus précisément dans l’actuel  » Quartier musulman « .

L’entrée principale de la ville pour les Juifs était par la Porte de Damas, et la plupart des synagogues de la ville se trouvaient dans ce même quartier, tout près du site du Temple sur le mont Moria.

La ville était extrêmement surpeuplée et les conditions sanitaires y étaient insupportables, mais l’anarchie qui régnait à cette époque-là décourageait les gens de se faire construire des maisons à l’extérieur.

Montefiore construisit en 1858 le premier ensemble immobilier situé hors les murs de la vieille ville, appelé Yemin Moché. Son initiative en suscita d’autres, et l’on se mit à construire dans la nouvelle ville. Un des premiers quartiers, édifié en 1875, a été Méa Che’arim (qui ne signifie pas, contrairement à une opinion largement répandue, les  » Cent portes « , mais le  » centuple « , comme dans Genèse 26, 12).

En dehors de Montefiore, une autre personnalité extrêmement importante à cette époque a été le Baron Edmond de Rothschild (1845-1934).

C’est Rothschild qui, bien plus que tout autre, a rendu financièrement possible la réinstallation de Juifs en Erets Yisrael. Il a dépensé, de son vivant, 70 millions de francs prélevés sur sa fortune personnelle pour divers projets agricoles et commerciaux tels que les Vins Carmel. Il était si généreux qu’on l’a surnommé HaNadiv HaYadou’a, le  » célèbre bienfaiteur « .

Plutôt assimilé et indifférent à l’aspiration des Juifs pour leur terre, E. de Rothschild a cependant subi l’influence du rabbin Chemouel Mohilever, un des premiers Sionistes religieux venus de Pologne.

Celui-ci convertit Rothschild à son idéologie, et le riche banquier commença de considérer Israël comme une forme  » d’investissement « . Il a offert à des milliers de Juifs, à cette époque-là, la possibilité de revenir dans le pays et de s’y maintenir.

LES DÉBUTS DU SIONISME POLITIQUE

Le sionisme politique ne fera ses débuts que vers la fin du XIXème siècle, en réaction aux terribles persécutions infligées aux Juifs de Russie.

Les premiers Sionistes politiques, de culture essentiellement laïque, ne souhaitaient pas pour Israël des racines traditionnelles ou religieuses. Pour eux, Erets Yisrael était le seul endroit où les Juifs pourraient se créer une identité nationale, retrouver leur fierté et leur productivité, et échapper enfin à l’horrible antisémitisme de la Russie tsariste et d’autres pays.

L’une des premières grandes organisations engagées dans le sionisme politique a été le ‘Hibath Tsiyon,  » l’amour de Sion « , fondé en 1870. (Ses membres étaient appelés les ‘Hovevei Tsiyon, les  » amants de Sion « .)

Une personnalité de premier plan parmi les ‘Hovevei Tsiyon a été Yehouda Loeb Pinsker (1821-1891). Médecin d’origine polonaise, Pinsker a commencé par faire partie des Maskilim, ce groupe qui voulait que les Juifs abandonnent le judaïsme et se fondent dans la culture russe dans l’espoir que, une fois qu’ils seraient acceptés socialement, l’antisémitisme russe disparaîtrait.

Mais après les pogroms qui ont suivi l’assassinat du Tsar Alexandre II en 1881, il est parvenu à la conclusion, avec beaucoup d’autres de ses amis, que leurs efforts étaient vains et que l’antisémitisme ne cesserait jamais. Comme plus tard Théodore Herzl, Pinsker était indigné par la profondeur de l’antisémitisme européen. La seule solution pour les Juifs, estima-t-il, était de vivre dans leur propre patrie.

Pinsker publia ses idées dans une brochure appelée  » Auto-émancipation « , dans laquelle il inséra ces mots mémorables :

 » Nous devons nous résigner à l’idée que les autres nations, en raison de leur antagonisme naturel intrinsèque, nous rejetteront toujours. « 

LA PREMIÈRE ‘ALIYA

En 1882, une autre importante organisation vit le jour en Russie, sous le nom de Bilou, formé par les initiales des mots d’un verset dans Isaïe (2, 5) : Beith Ya’aqov lekhou wenèlkhou ( » Maison de Jacob, allons, marchons… « )

Le Bilou prit une part très active dans le premier mouvement de colonisation, celui que l’on a appelé la  » première ‘aliya « , c’est-à-dire la première grande émigration de Juifs de Russie vers Erets Yisrael.

Emigrer en Israël – faire sa ‘aliya – veut dire que l’on vient d’un endroit placé en bas et que l’on  » monte « .

Le mot ‘aliya correspond à l’idée d’une  » ascension « . Emigrer en Israël – faire sa ‘aliya – veut dire que l’on vient d’un endroit placé en bas et que l’on  » monte « .

L’année 1882 marqua la première ‘aliya, quand des Juifs commencèrent d’arriver en grand nombre en Erets Yisrael. Il en vint environ 30 000 en deux vagues entre 1882 et 1891, et ils ont fondé 28 nouveaux établissements.

(On peut citer, parmi ces nouvelles implantations, ‘Hadera, qui s’est si souvent signalée ces derniers temps comme la cible répétée d’attaques terroristes.)

Des centaines de milliers d’hectares furent achetés par ces premiers Sionistes à leurs propriétaires arabes qui pratiquaient l’absentéisme et qui vivaient habituellement ailleurs dans d’autres parties du Moyen-Orient. La plus grande partie des terres ainsi acquises se trouvaient dans des régions négligées et considérées comme irrémédiablement improductives, comme la sablonneuse plaine côtière ou la marécageuse vallée du ‘Houlé dans le nord. Comme par miracle, et au prix d’efforts surhumains, ces premiers colons ont fait refleurir cette terre stérile.

Ces immigrants étaient animés par un idéalisme excellemment décrit par Zev Dugnov, un membre du Bilou :

Mon but final est de prendre possession de la Palestine et de restaurer au profit des Juifs l’indépendance politique dont ils ont été privés depuis deux mille ans. Ne souriez pas ! Ce n’est pas un mirage. Peu importe que ce jour splendide arrive dans cinquante ans ou plus. Une période de cinquante ans n’est rien au regard d’une telle entreprise.

En fait, il aura fallu 66 ans, pendant lesquels les Juifs continueront de venir, de reconquérir le pays et de construire un mouvement politique fort, apte à exiger qu’ils puissent revenir dans leur patrie d’antan.

Le rabbin Ken Spiro, originaire de New Rochelle, NY (Etats-Unis), a obtenu au Vasser College un BA de langue et de littérature russe, et il a poursuivi ses études à l’Institut Pouchkine à Moscou. Il a été ordonné rabbin à la Yechiva Aish HaTorah à Jérusalem, et il est titulaire d’une maîtrise d’histoire conférée par le Vermont College de l’Université de Norwich. Il habite à Jérusalem avec sa femme et ses cinq enfants, et il travaille comme conférencier et comme chercheur sur les programmes éducatifs d’Aish HaTorah.

Traduction et adaptation de Jacques KOHN

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