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Le premier Congrès sioniste, tenu en 1897, a constitué un événement majeur dans la création de l’Etat d’Israël moderne.

On ne peut pas étudier le sionisme sans se pencher sur la personnalité de Théodore Binyamin Ze’ev Herzl (1860-1904).

theodor hertzl

Nous l’avons déjà vu, correspondant de presse pendant l’affaire Dreyfus. Il a été révolté par les cris perçants poussés par les Français civilisés de :  » Mort aux Juifs ! «  Il a décidé séance tenante que la solution de l’antisémitisme était à rechercher dans l’établissement d’un Etat national juif, et il en a écrit un livre, intitulé Der Judenstaat ( » l’État juif « ) dans lequel il décrit sa vision d’une patrie juive.

Bien que le sionisme ne soit pas son invention, Herzl est devenu la force agissante du mouvement. Plusieurs facteurs sont intervenus pour faire de lui le leader idéal :

  • Il était originaire d’Europe occidentale – par opposition à l’Europe de l’Est – une partie du monde tenue pour plus éclairée ;
  • Il était très instruit ; Il savait bien écrire et bien parler ; Il était riche et bien introduit dans les milieux politiques ; Il possédait une présence charismatique et une stature majestueuse. Il se comportait avec beaucoup d’autorité.

Le 29 août 1897, Herzl convoqua à Bâle (Suisse) le premier Congrès sioniste.

1er congres sioniste

Venus de 16 pays, 197 délégués ont défini la politique sioniste initiale.

Cette réunion fut un événement de première importance dans la marche vers l’établissement de l’Etat d’Israël moderne.

Herzl a écrit par la suite dans son journal :

« Si je devais résumer le Congrès de Bâle en une phrase que je me garderai bien de prononcer publiquement, ce serait : A Bâle, j’ai fondé l’État juif. Dans cinq ans peut-être, dans cinquante sûrement, chacun le saura. » ( Voir The Siege par Connor Cruise O’Brian.)

En fait, l’Etat d’Israël a été proclamé le 14 mai 1948, 50 ans et 9 mois plus tard.

Malheureusement, Herzl n’a pas assisté à sa création. Il est mort à 44 ans d’une crise cardiaque après une controverse orageuse sur la création d’un foyer juif en Ouganda.

Herzl, qui avait commencé par soutenir cette idée, avait calmé le débat en convainquant ses détracteurs qu’il était resté fidèle à l’installation des Juifs en Erets Yisrael. Il a ainsi sauvegardé l’unité du mouvement sioniste, mais son cœur, déjà faible, s’est épuisé dans la polémique.

L’histoire de Herzl est tragique. Il est décédé après avoir consacré sa vie à la cause, et il est mort en état de faillite après avoir dépensé toute sa fortune pour elle.

Mais le plus triste est qu’il n’a laissé aucun descendant pour continuer sa lutte après lui.

Sa femme Julia a essayé de prendre sa suite, mais elle est décédée à 35 ans. Ses trois enfants – Pauline, Hans et Trude – sont tous morts tragiquement. Pauline est devenue une droguée et est morte en France. Hans, après avoir embrassé le catholicisme, s’est tué le jour des obsèques de Pauline. Trude Margarethe est morte dans le camp nazi de Theresienstadt. Le seul petit-fils de Herzl, Stéphane Theodor, le fils de Trude, a changé son nom en Norman et s’est suicidé en se jetant du haut d’un pont en Amérique.

Herzl a été enterré en Europe, mais après la déclaration d’indépendance de l’Etat d’Israël, son corps a été exhumé et transporté en Israël. Il a été inhumé à Jérusalem dans un cimetière connu aujourd’hui sous le nom de Mont Herzl, où sont aussi ensevelis divers chefs d’Etat et héros militaires.

QUELQUES PERSONNALITÉS CLÉS

Des personnalités clefs de cette époque, nous en citerons trois :

Hayim Weizmann (1874-1952) David Ben-Gourion (1886-1973)
Asher Hersh Ginsberg (1856-1927)

Weizmann était un chimiste russe, qui avait appartenu dans sa jeunesse au groupe ‘Hovevei Tsiyon ( » les Amants de Sion « ). Après la mort de Herzl en 1904 il est devenu de facto le chef du mouvement sioniste.

On notera que Weizmann a inventé en 1915, en pleine première Guerre mondiale, l’acétone artificielle, composant essentiel de la poudre à canon. Son invention a permis aux Anglais de fabriquer en série les munitions dont ils avaient besoin pour l’effort de guerre.

Balfour a dit que c’est l’acétone qui l’avait converti au sionisme.

A cause de cette invention, il a noué des liens d’amitié avec Arthur Balfour, Secrétaire au Foreign Office. Balfour, qui a promis en 1917 l’appui de son pays à la création d’un foyer national juif en Palestine, a dit que c’est l’acétone qui l’avait converti au sionisme. (Nous examinerons la Déclaration Balfour au prochain chapitre.)

David Ben-Gourion est né David Gruen à Plonsk (Pologne). Doté d’une très forte personnalité, il était petit de taille mais pourvu d’une grande énergie. Il était issu d’une famille religieuse et ardemment sioniste, mais il a cessé de bonne heure d’être pratiquant.

Arrivé en Israël en 1906 à l’âge de 20 ans, il a travaillé dans les orangeraies et dans les vignobles des premières implantations. Il était actif dans les Po’alei Tsiyon (les  » Ouvriers de Sion « ), mais il a adopté dans son parti des positions controversées – comme l’affirmation pour les immigrants et les colons du droit de gérer leurs propres affaires sans interférence de la Diaspora, l’obligation pour chaque membre du parti de monter en Israël, et le choix de l’hébreu comme la seule langue de son parti.

A cette époque, Erets Yisrael faisait toujours partie de l’Empire ottoman, et Ben-Gourion, qui avait étudié pendant quelque temps le droit à Constantinople, était favorable à l’allégeance envers la Turquie et à l’acquisition par les Juifs de la citoyenneté ottomane.

Cependant, quand la première Guerre mondiale a éclaté et que les Turcs ont commencé de persécuter les Sionistes, il s’est heurté aux autorités et a été expulsé. Il s’est alors rendu à New York où il a fondé la A’hdouth ha-‘Avoda ( » Parti Unifié du Travail « ).
( La deuxième partie de la biographie de Ben-Gourion – quand il est retourné en Israël pour devenir en 1935 le chef de l’Agence Juive, et ensuite le premier chef de gouvernement de l’Etat d’Israël en 1948 – sera traitée au prochain chapitre.)

La troisième personnalité essentielle a été Asher Hersh Ginsberg, dont le pseudonyme était A’had Ha’Am. Il faisait partie à l’origine de ces Maskilim déçus dans leurs espoirs d’initier les Juifs à la culture de l’Europe de l’Est. Il est devenu le grand leader intellectuel des débuts du mouvement sioniste. Il ne voyait pas dans un Etat juif un refuge pour les opprimés à travers le monde, mais comme un lieu où le Juif moderne pourrait créer un nouvel Etat laïc, progressiste et  » éclairé « , qui deviendrait le noyau d’une nouvelle culture juive moderne.

En 1897, il a écrit dans l’État juif et Le Juif :

« Cette colonisation juive, qui augmentera progressivement, deviendra avec le temps le centre de la nation, où son esprit trouvera une expression pure et où elle se développera dans tous les domaines au plus haut degré de la perfection dont elle est capable.

L’esprit du judaïsme rayonnera alors à partir de ce centre vers la périphérie, vers toutes les communautés de la Diaspora, il leur inspirera une nouvelle vie et préservera l’unité complète de notre peuple.

Quand notre culture nationale en Palestine aura atteint ce niveau, nous pouvons nous attendre en toute confiance à ce qu’il produise des hommes sur cette terre-là qui seront capables, le moment venu, d’y proclamer un État, lequel ne sera pas seulement un Etat des Juifs, mais un véritable État juif. »

Ginsberg a personnifié l’élément dominant dans le mouvement sioniste – celui de Juifs éclairés qui cherchaient à résoudre le problème de l’antisémitisme en aidant les Juifs à s’assimiler. Ce n’est que plus tard, quand ils ont constaté la vanité de leurs efforts, après les épouvantables persécutions où peu importait à nos meurtriers dans quel milieu les Juifs aspiraient à se fondre, qu’ils ont commencé d’œuvrer pour une patrie juive.

Construire une patrie a exigé un nouveau Juif qui pourrait cultiver la terre, se défendre et rebâtir le pays.

Le facteur essentiel qui a façonné leur vision du monde a été un nationalisme fondé non seulement sur la création d’une patrie juive, mais aussi sur celle d’une nouvelle sorte de Juif apte à construire et à développer cette patrie. Pour beaucoup de ces premiers théoriciens sionistes, les siècles de ghettoïsation et de persécutions avaient privé les Juifs de leur fierté et de leur force. Construire une patrie exigeait un Juif fier et sûr de lui, un Juif qui pourrait cultiver la terre, se défendre et rebâtir le pays.

Il fallait supprimer l’image du Juif pieux, pauvre, enfermé dans des ghettos – image pathétique d’un homme méprisé et toujours à la merci de ses persécuteurs. Construire un Etat exigeait quelque chose de tout à fait différent : un  » Hébreu « .

Les premiers Sionistes se sont appelés des  » Hébreux  » et non des Juifs, et ils ont délibérément troqué leurs noms à consonance allemande, russe ou yiddish contre des patronymes plus hébraïques, et plus nationalistes.

C’est ainsi que David Gruen est devenu David Ben-Gourion.

Ces premiers leaders sionistes savaient bien évidemment que c’est la religion qui avait préservé l’identité juive dans les ghettos et les shtetls européens, mais ils considéraient que, dans un Etat juif moderne, on n’en aurait plus besoin.

LA RÉACTION AU SIONISME

Cette attitude a été l’une des raisons pour lesquelles beaucoup de leaders rabbiniques se sont opposés au sionisme, par réaction à l’antagonisme des premiers Sionistes laïcs envers la religion et à l’idée d’un Etat exempt de valeurs religieuses.

Le rabbin Tzadik Hacohen Rabinowitz, appelé aussi le Tsaddik de Lublin (1823-1900), a représenté cette école de pensée :

« Nous savons de manière certaine que si nous étions des croyants, si nous avions vraiment confiance dans le soutien de Dieu et si nous observions Ses commandements, nous habiterions aujourd’hui même en notre Terre Sainte. Pourquoi la Terre a-t-elle péri ?  » Parce qu’ils ont abandonné Mes lois que j’ai mises avant eux.  » Nous savons que les Sionistes rejettent tous les commandements et qu’ils se livrent à toutes les sortes d’abominations. On peut prévoir que s’ils ont un jour le dessus, ils chercheront à extirper des cœurs d’Israël la croyance en Dieu et dans la vérité de la Tora. Ils se sont dépouillés de leurs vêtements d’assimilation et se sont mis à porter un manteau de zèle leur donnant l’air d’ardents défenseurs du judaïsme. Ils sont en train, en fait, de disposer une mine sous notre foi et cherchent à mener Israël loin des ailes de la Chekhina, de la Présence Divine. »

Tous les Juifs orthodoxes n’ont pas partagé cette attitude. Il y a eu beaucoup de Sionistes religieux qui se sont révélés d’ardents promoteurs du retour dans le pays.

Comme nous l’avons vu, c’est le rabbin Chemouel Mohilever, un des premiers Sionistes religieux venus de Pologne, qui a convaincu le Baron de Rothschild de soutenir les premières colonies.

Un autre personnage essentiel a été le Rabbin kabbaliste Abraham Isaac Kook, qui a vu la main de Dieu dans les initiatives des Sionistes laïcs et qui a essayé de travailler avec eux. Il a écrit les célèbres Oroth ( » Lumières « ), qui décrivent la sainteté du nationalisme renaissant. Il est devenu en 1921 grand rabbin de Palestine.

Les Juifs réformés d’Amérique et d’Allemagne se sont vigoureusement opposés au sionisme.

Les Juifs réformés allemands ont dit :  » L’espoir d’une restauration nationale [en Israël] contredit nos sentiments envers notre patrie, [l’Allemagne]. « 

Quant aux Juifs réformés américains, ils ont affirmé :  » Nous ne nous considérons plus comme une nation, mais comme une communauté religieuse, et donc n’attendons ni un retour en Palestine… ni la restauration d’aucune des lois concernant l’Etat juif… « 

LA DEUXIÈME ET LA TROISIÈME ‘ALIYOTH

Quoi qu’il en soit de ces réactions du monde juif en général, des Juifs ont continué d’émigrer en Israël.

Nous avons parlé de la première ‘aliya ( » montée dans le pays « ) qui a fait arriver 30 000 Juifs en Terre sainte entre 1882 et 1891.

La deuxième ‘aliya, qui a suivi le pogrom de Kichinev de Pâques 1903) et la première Révolution russe avortée de 1905, a concerné 40 000 autres Juifs entre 1904 et 1914.

La troisième ‘aliya, après la première Guerre mondiale et la Révolution russe, en a fait venir 35 000, entre 1919 et 1923.

A ce moment-là, le rêve d’une patrie juive n’était plus seulement un rêve.

Il était devenu une réalité lorsque les forces alliées victorieuses ont vaincu l’Empire ottoman (qui avait rejoint le camp perdant pendant la première Guerre mondiale) et que les Anglais ont pris le contrôle du Moyen-Orient.

(Traduit de l’anglais par Jacques KOHN)
Le rabbin Ken Spiro, originaire de New Rochelle, NY (Etats-Unis), a obtenu au Vasser College un BA de langue et de littérature russe, et il a poursuivi ses études à l’Institut Pouchkine à Moscou. Il a été ordonné rabbin à la Yechiva Aish HaTorah à Jérusalem, et il est titulaire d’une maîtrise d’histoire conférée par le Vermont College de l’Université de Norwich. Il habite à Jérusalem avec sa femme et ses cinq enfants, et il travaille comme conférencier et comme chercheur sur les programmes éducatifs d’Aish HaTorah. http://www.lamed.fr

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