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Ce sont les paroles de David Hartman est l’un des plus grands théologiens juifs d’aujourd’hui. Il est très connu en Israël et en Amérique. Il est professeur à l’Université hébraïque et il dirige l’Institut Shalom Hartman de Jérusalem, qui est l’un des principaux lieux de réflexion sur le judaïsme et sur Israël.

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« Ce serait mal comprendre l’État d’Israël que de le considérer seulement comme un refuge contre les persécutions. Israël doit être perçu aujourd’hui comme le « centre des aspirations juives » dans le monde.

Ce n’est qu’en tant qu’il est porteur des valeurs juives qu’Israël peut inspirer l’effort de notre peuple pour survivre. Israël a su exprimer les valeurs fondamentales qui ont un sens pour les Juifs du monde entier.

Israël contribue à la continuité du peuple juif, en lui donnant l’occasion de traduire la conception juive de la vie dans un cadre concret. Israël rend le judaïsme visible.

Ainsi, il constitue un instrument permettant de vérifier les idéaux et les valeurs qui peuvent guider et former la vie des Juifs. Dans une société ouverte, Israël aide à nourrir les Juifs qui s’engagent « contre l’assimilation ».

Israël permet d’examiner la signification profonde du judaïsme comme « mode de vie concret ». On est en droit de poser la question :

« Est-ce qu’Israël représente ce qu’il y a de mieux dans le judaïsme ? Est-ce qu’Israël correspond aux idéaux prophétiques de justice ?

« Est-ce qu’Israël exprime vraiment les aspirations historiques du peuple juif ? »

Beaucoup de Juifs ont peur de visiter Israël (et de le confronter à) leurs rêves historiques du peuple juif. Ce sont souvent ceux qui sont engagés en faveur des plus nobles causes de l’humanité et qui pensent qu’un État juif devrait forcément correspondre à leurs idéaux. Pour eux, la réalité d’un Israël bien vivant est source d’embarras. « Ce n’est pas du tout ce que nous pensions qu’un tel État serait ! » disent-ils.

La réalité n’est pas à la hauteur de leur rêve. Or, s’il est bon de rêver d’un monde parfait, cela peut empêcher d’apprécier à sa juste valeur le courage d’un peuple qui a osé inscrire 2 000 ans d’espoir dans un pays, une terre et un État.

Israël représente la volonté d’un peuple qui a pris sur lui d’agir dans l’Histoire, bien que le monde soit imparfait, sans attendre des circonstances politiques et historiques favorables.

L’immense valeur offerte à la conscience juive par Israël réside dans le fait que les Juifs ne doivent plus être considérés comme impuissants face aux forces du mal et de l’agression.

Israël donne au monde juif la capacité de répondre à l’histoire : Israël a transformé les Juifs en une communauté d’action.

Aujourd’hui, si quelqu’un porte atteinte à un Juif, quelque part dans le monde, notre peuple peut réagir avec une force sans précédent et y mettre fin. Les Juifs ne peuvent plus être menacés ou agressés sans que l’agresseur soit puni.

Le peuple juif n’a pas abandonné l’Histoire. Il n’a pas abandonné son espoir dans le potentiel spirituel de l’humanité. L’indépendance politique juive implique le mouvement.

La Déclaration d’Indépendance d’Israël n’a pas été un retrait du peuple juif, mais elle réalise notre engagement dans le monde.

La naissance d’Israël a manifesté la foi permanente du judaïsme dans le pouvoir du renouveau spirituel. Selon la tradition juive, les portes de la techouva, la « repentance » (le mot hébraïque signifie aussi renouveau) ne sont jamais fermées.

Israël symbolise la foi de notre peuple en « la régénération de l’esprit humain » dans toute l’humanité.

Sans cette foi, pourquoi continuer à vivre en Juif parmi des millions d’Arabes qui veulent la destruction de notre communauté ? Israël représente la croyance juive selon laquelle on peut avoir un particularisme profondément enraciné et le souci des autres êtres humains qui vivent en dehors de notre propre peuple.

Israël signifie la croyance dans la loyauté à sa communauté. Notre loyauté envers la mémoire et les aspirations historiques de notre peuple est « un pilier de la tradition juive ». Mais cet ancrage dans l’Histoire et la loyauté envers la famille d’Abraham, Isaac et Jacob, doit être combiné avec le sentiment universaliste.

Israël n’est pas un retour au ghetto, mais à une identité enracinée qui permet au Juif de rencontrer le monde en gardant sa dignité personnelle.

L’Israélien n’a pas à scinder sa personnalité, comme les Juifs de la diaspora, entre « être un Juif à la maison » et « être un homme sur la place du marché ».

C’est pourquoi il ne faut jamais oublier la tâche immense qu’Israël a déjà réalisée, pas plus que la complexité des problèmes qui sous-tendent les défauts actuels de la société israélienne.

Les Juifs se sont développés de façon différente dans leurs pays de dispersion et des différences supplémentaires sont apparues à la suite de l’émancipation.

Quand Israël a été créé, chaque groupe pouvait penser que sa propre vision constituait la manière de doter l’État juif d’une judéité authentique. C’était une illusion de penser que le rassemblement de tant de groupes développés de façon si différente pourrait être réalisé par des solutions politiques simples. Créer une « unité communautaire cohérente » à partir des composantes d’un peuple dispersé et influencé par tant de courants culturels différents, durant tant de siècles, était un acte de profond courage et même d’héroïsme.

Israël représente le courage d’un peuple capable de traduire ses prières en réalité.

S’il était facile de rêver de Jérusalem, c’était très courageux de construire une société composée de groupes si divers. Et Israël représente la capacité de notre peuple de faire face à la réalité avec toutes ses complexités et ses pièges.

Il faut comprendre la leçon de l’histoire juive.

Nous avons rencontré des problèmes similaires dans le passé et nous avons toujours lutté pour les résoudre. Est-ce qu’il était si facile, à l’époque biblique, de former une « confédération unifiée » à partir des différentes tribus ? Après le schisme entre les royaumes de Juda et d’Israël, il y eut les dissensions entre les différentes factions du royaume hasmonéen. Il faut comprendre que l’unité du peuple juif est une « aspiration messianique » qui a été rarement à l’image de l’actuelle réalité.

Toute discussion du conflit entre Israéliens et Palestiniens doit s’abstenir de diviser les protagonistes en anges et en démons, ce qui provoque des débats stériles sur la désignation de la vraie victime.

Nous vivons dans une région qui refuse de savoir quoi que ce soit de notre culture.

Les radios, même celles des pays arabes modérés comme l’Arabie Saoudite et le Koweit ne font référence à Tel-Aviv et à Haïfa qu’en tant que « Palestine occupée », et à Israël que comme à « l’ennemi ».

La télévision jordanienne coupe le concours de l’Eurovision quand le groupe israélien apparaît, car la gaieté de nos chansons ne doit pas être écoutée. Une compétition sportive à laquelle Israël participe ne doit pas être vue sur un écran arabe.

Les sermons dans les mosquées, les livres scolaires utilisés dans les pays arabes et un flot constant de littérature haineuse anti-juive font obstacle à la recherche d’une solution digne du conflit.

La distinction que l’OLP fait entre les Juifs venus en Israël des différents coins du monde « qui doivent partir » et ceux qui sont nés en Israël « qui peuvent rester » heurte l’âme des Israéliens. Cela revient à nier notre histoire, nos traditions et les prières qui ont nourri « le lien indestructible entre le peuple juif et sa terre ».

Le refus arabe de s’occuper du sort des réfugiés palestiniens dépeint le retour des Juifs comme une erreur historique et une aberration temporaire appelée à disparaître. Pour les Juifs, la renaissance d’Israël en un État est la réalisation d’un engagement historique qui exprime l’importance de notre lien à cette terre.

« Quand les Juifs marchent sur cette terre, ils entrent dans un dialogue avec des milliers d’années d’histoire juive ».

Ce qui est gravé dans notre conscience nationale, c’est que grâce à notre force militaire et à notre loyauté absolue à notre histoire, Israël est devenu un État dans le monde et une réalité politique viable.

Nous espérions que notre présence entrerait dans la conscience de nos voisins arabes et susciterait une acceptation. Malheureusement, pour la plupart d’entre eux, ce n’est pas le cas.

Notre isolement d’avec nos voisins arabes crée un sentiment paradoxal : bien que nous soyons revenus chez nous et ayons construit une nation forte, nous vivons encore la solitude (morale) expérimentée par les Juifs tout au long de leur exil. »

(adapté de la Revue « Autrement », série « Monde », H.S. n°70, 1993, « Comprendre ou juger Israël » ?)

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