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A l’heure des nouvelles lois mémorielles polonaises, Les Survivants, issu d’une thèse en histoire consacrée aux communautés juives polonaises des lendemains de la Seconde Guerre mondiale à nos jours, est d’une terrible actualité. Si l’on excepte la parenthèse enchantée des années d’après la fin du communisme, un constat s’impose en effet : la société polonaise a toujours été hantée par l’antisémitisme.

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C’est néanmoins dans cette société, qui leur a souvent été hostile, que certains Juifs polonais ont choisi de continuer à vivre.

Audrey Kichelewski raconte leur histoire en suivant un fil chronologique.

Lendemains de guerre

Outre le deuil, qui plus est dans un pays en ruines – la Pologne ayant à déplorer la mort de 6 millions de citoyens dont plus de 3 millions de Juifs polonais –, les communautés juives polonaises sont immédiatement rejetées à leur retour.

En plus des 60 000 Juifs qui se sont cachés ou ont survécu pendant la guerre, 350 000 Juifs rentrent d’URSS où ils avaient été évacués lors de l’invasion du pays par l’Allemagne nazie.

Leur situation de détresse est accrue par l’impossibilité de s’appuyer sur les réseaux familiaux ou communautaires. Confrontés à des questions inquisitoriales sur le fait d’avoir survécu, les Juifs polonais subissent, au même moment, les violences antisémites de nationalistes polonais motivées et justifiés par l’antijudaïsme chrétien.

Ils reprennent par exemple l’antienne de l’accusation de la mort du Christ et des meurtres rituels lors des fêtes pascales.

Ces violences ont une double conséquence. La première est le départ de Pologne d’une partie des Juifs principalement vers Israël et, plus marginalement, vers le monde occidental (France et Etats-Unis).

La deuxième voit l’utilisation de ces violences par le pouvoir communiste comme prétexte afin d’élargir le spectre de la répression à toutes les formations non communistes en Pologne, quand bien même elles n’étaient pas systématiquement antisémites.

Pour les Juifs qui restent, il s’agit de reconstruire des liens de sociabilité et de solidarité dans une société où il ne subsiste rien. Les formations politiques et culturelles se reforment toutefois rapidement.

Elles sont cependant très vite confrontées à des mesures d’interdiction pour nombre d’entre elles. Seuls demeurent les associations et les groupes d’obédience communiste.

Les Juifs communistes, le communisme et l’antisémitisme

Audrey Kichelewski démonte sur un plan théorique l’inanité du « judéo communisme », qui ne véhicule en lui-même que des stéréotypes antisémites. Pour autant, elle ne répond pas à la question des motivations de certains juifs à adhérer au communisme.

Ainsi, l’argument des minorités nationales ou culturelles utilisé par le pouvoir, d’une part, et la réflexion sur le plus haut degré d’étude dans la population juive, d’autre part, ne sont malheureusement pas suffisamment développés.

A contrario, dans les pays communistes, les Juifs ont eu à subir l’instrumentalisation de l’antisémitisme à travers plusieurs grandes crises. Celle de 1948-1949 d’abord, qui commence en URSS avec la campagne anti-cosmopolite dont l’acmé est atteinte lors du « complot des blouses blanches » en URSS, entre 1952 et 1953, et qui se répand comme une trainée de poudre dans l’ensemble de l’Europe de l’Est (Prague, Varsovie, etc.). Cet épisode entraîne une quasi-disparition de la vie juive en Pologne.

L’embellie de la déstalinisation est de courte durée et ne change guère leur situation.

Très vite, l’antisémitisme polonais reprend de plus belle en 1968 lors de la campagne « antisioniste » du Parti ouvrier unifié polonais, le prête-nom du parti communiste.

L’espoir et le désespoir

C’est avec l’apparition du syndicat Solidarnosc que certaines formes de la vie juive renaissent et que des personnalités issues de la communauté juive s’emparent du flambeau de la contestation (Adam Michnik, Jacek Kuron, Ludwik Dorn, etc.).

Ces figures publiques juives demeurent confrontées à l’antisémitisme d’une partie de l’administration et de la police polonaises.

Cette transformation, liée aux dernières heures du communisme, s’accompagne d’une évocation de la mémoire juive de la Pologne. Dans ce domaine, Marek Edelman, le survivant de l’insurrection du Ghetto de Varsovie joue un rôle central, à la fois par son rôle au sein de Solidarnosc, son arrestation consécutive, et grâce à la publication aux débuts des années 1980 de ses Mémoires du Ghetto de Varsovie .

A partir des années 1980, une véritable réflexion sur le judaïsme se développe ainsi qu’une vie juive en Pologne, rendues encore plus faciles par la démocratisation du pays. La création d’instituts de recherche et de musée témoigne de cette évolution.

L’actualité semble avoir mis un coup d’arrêt à ce renouveau, les lois mémorielles polonaises interdisent ainsi d’utiliser le terme de « camp d’extermination polonais ».

Bien que factuellement vrai puisque ces camps furent mis en place par les Allemands, un tel interdit véhicule des arrières pensées permettant de disculper nombres de Polonais de leur responsabilité dans la dénonciation des Juifs, voire de leur participation à l’extermination, et, a minima, de leur silence.

D’un accès facile

Les Survivants éclaire l’actualité et explique les ressorts de l’antisémitisme d’une partie de la société polonaise tout en montrant la difficulté d’y survivre pour les Juifs encore présents. En effet, certains, très minoritaires, choisirent de rester par conviction politique ou par amour de leur pays natal.

En revanche, beaucoup d’autres ne purent pas partir pour des raisons parfois économiques et, le plus souvent, à cause de la forte contrainte politique, le communisme empêchant la libre circulation des personnes.

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