Si son nom de famille vous évoque forcément quelque chose, vous ne vous attendez certainement au personnage qui répond au prénom d’Anne-Marie.

Epouse du neveu de François Mitterrand, Olivier (frère de Frédéric), elle est l’auteur de nombreux ouvrages, dont récemment ”Musique Russe” aux Editions Séguier.

Mais avant tout, Anne-Marie Mitterrand est une amoureuse et une passionnée du peuple juif et d’Israël.

LPH vous invite à découvrir, une femme militante, engagée et qui n’a pas froid aux yeux.

Le P’tit Hebdo: Comment expliquez-vous votre lien particulier au peuple juif?

Anne-Marie Mitterrand: Par mon père j’appartiens à la bourgeoisie française, conservatrice, catholique, et conventionnelle. Tandis que ma grand-mère maternelle était une étrangère issue du Venezuela, d’un milieu marqué par la pauvreté. Elle a épousé un protestant austère et ma mère a fait siens les sévères principes qui guidaient sa vie et son éducation.

Lorsque j’avais 20 ans, j’ai connu un homme de 23 ans mon aîné. Il était juif, venait de Russie et avait été un enfant caché pendant la Shoah. Nous nous sommes mariés, nous avons eu deux enfants. Notre mariage a duré trois ans pendant lesquels j’ai côtoyé quotidiennement un homme traumatisé par la guerre et son statut d’enfant caché. Lorsqu’il me racontait sa souffrance, je la ressentais au plus profond de moi.

J’ai vécu le recensement, les cris des mères durement séparées de leurs enfants, le bruit des pas au-dessus de sa tête quand, terrifié, il était caché dans la cave. Brutal, rageur, vengeur, il criait sa peur, cassait tout ce qui entravait son va et vient frénétique, insultait la seule personne avec laquelle il pouvait se laisser aller à sa douleur, moi.


Lph: Comment une telle expérience a pu vous faire aimer le peuple juif?

A-M.M.: J’étais jeune et je me sentais coupable du mal que l’on avait fait à ces enfants. Non pas que ma famille ait eu un comportement reprochable, au contraire: ma mère a gardé une petite juive pendant la guerre. Elle a d’ailleurs grandi chez nous après, parce que sa mère ne s’est jamais remise psychologiquement de la guerre.

Pour moi elle était comme une grande sœur. Mais à cette époque, je ne me rendais pas compte de ce que cela signifiait. Avec mon premier mari, j’ai mené un combat, je voulais le convaincre de parler, de témoigner. Je n’ai pas réussi à le sortir de cet état traumatique.

Je ne ressentais pas de souffrance personnelle face à son comportement envers moi, j’éprouvais de la culpabilité et de la compassion.

Nous sommes les héritiers de notre population dans le bien mais aussi dans le mal.

J’ai voulu être pardonnée dans l’absolu du mal que nous avions fait, même si ma famille et moi n’y avons pas participé.

J’ai compris plus tard, que ce n’était pas de l’amour que j’éprouvais pour cet homme. Il a ensuite eu plusieurs autres enfants avec d’autres femmes non juives. Son traumatisme était tel qu’il avait décidé de faire des enfants dans des ventres goys pour qu’il n’y ait plus de Juifs sur terre.

J’ai très vite décidé que je ne laisserai pas mes enfants devenir des Juifs honteux.

C’est pourquoi, je me suis renseignée sur l’histoire et la tradition juives et j’ai élevé mes enfants dans le respect de leurs racines.

La relation de mes enfants à leur père était tellement mauvaise, que j’avais peur qu’ils deviennent antisémites. Aujourd’hui ils sont des adultes fiers de leurs origines et ils transmettent à leurs propres enfants ces racines.

Lph: Comment votre second mari, Olivier Mitterrand a-t-il accepté cela?

A-M.M.: Cela s’est très bien passé. Il a adopté mes enfants et la première chose qu’il a faite avec eux a été de les emmener à Auschwitz. Puis nous avons eu un garçon que nous avons prénommé Moïse!

Aujourd’hui, j’ai des petits-enfants qui sont juifs ou qui connaissent la tradition juive. C’est ma victoire.

Lph: Beaucoup de Juifs se sont sentis trahis par François Mitterrand suite aux révélations sur son passé. N’est-ce pas dur de porter ce nom lorsque l’on est une si grande amie du peuple juif et d’Israël?

A-M.M: Lorsque j’ai épousé Olivier, nos familles respectives n’ont pas approuvé notre union. J’ai toujours su quelles avaient été les fréquentations de François Mitterrand et je l’ai très mal vécu. Je le lui reprochais et lui me rétorquait: ”Apprenez à pardonner!”. Mais je ne pardonnerai jamais!

Mes parents, eux, ont sauvé une juive, alors ce passé de la famille de mon mari était très dur à supporter pour moi. Je ne comprenais pas pourquoi les Juifs votaient pour François Mitterrand. Ceci dit, on ne pouvait pas non plus voter Le Pen!

Pour répondre à votre question, ce nom est celui de mes enfants, alors je n’ai aucun problème à le porter en France. Mais en Israël, oui, cela me gêne. Je dois rassurer mes interlocuteurs, en me présentant comme ”une pièce rapportée” à la famille Mitterrand.

Lph: Votre ouvrage, ”Musique russe”, est-il une autobiographie?

A-M.M: Il y a beaucoup d’éléments autobiographiques. Je n’ai écrit cette histoire que maintenant, parce qu’aujourd’hui mon premier mari est décédé. J’ai voulu raconter pour répondre à la question que beaucoup me posent sur mon amour pour Israël.

Je raconte dans mon livre cette culpabilité que tous les gens de ma génération devraient ressentir.

Et je dois dire que cette réflexion doit être menée, particulièrement dans le climat actuel avec un antisémitisme qui m’inquiète.

On a tué des enfants juifs à bout portant en France!

Dans cet ouvrage, la première partie est donc autobiographique et la seconde est plus fictive. Le tout parsemé d’humour aussi. Je voudrais aussi signaler que prochainement cet ouvrage sera traduit en hébreu, c’est très important pour moi.

Lph: Est-ce cet attachement au peuple juif qui vous a naturellement conduite à vous lier à Israël?

A-M.M.: Il y a 24 ans, j’ai fait connaissance des dirigeants de l’association des amis belges de l’Université hébraïque de Jérusalem. Ce sont eux qui m’ont fait découvrir Israël pour la première fois. Ce voyage m’a beaucoup apportée.


Elever ses enfants dans une religion que l’on ne connait pas n’est pas facile: à mon retour d’Israël, j’ai mieux compris comment m’y prendre.

Lph: En 2010, vous avez été nommée gouverneur de l’Université Hébraïque de Jérusalem. Que représente ce titre pour vous?

A-M.M: J’ai reçu ce titre après plusieurs années de collaboration au sein du comité des amis de l’Université en France et en Belgique. Pour moi, c’est ma communauté et ce titre m’incite à poursuivre encore plus loin ma mission: celle d’accroître la renommée de l’Université et par là d’Israël dans le monde.

Lph: Que ressentez-vous lorsque vous êtes en Israël?

A-M.M: Je ressens beaucoup de force! Je me rends en Israël trois à quatre fois par an, et à chaque fois je suis émue. Quand je pense qu’il y a à peine 70 ans, les Israéliens n’avaient rien! Je suis admirative de ce peuple qui ne se plaint pas, est travailleur et fantastique!

Mon idée maintenant est de ramener des Chrétiens de France en Israël.

J’ai ce projet, avec le Pr Armand Abecassis. Ce qui sous-tend cette initiative est le constat que c’est l’ignorance qui amène à toutes les fausses idées sur Israël.

A la télévision en France, on entend des bêtises et les gens les écoutent. En tant que non juive, je pense qu’il est de mon devoir de convaincre les Chrétiens et même les Arabes français de venir connaitre Israël. Il faut s’unir contre les violences, ne pas se battre chacun de son côté.

Propos recueillis par Guitel Ben-Ishay

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