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L’ancienne ville d’Arad est située dans le Néguev, à une trentaine de kilomètres au nord-est de Béer Shéva, sur une hauteur qui se dresse à 40 mètres au-dessus de la plaine environnante.

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Au cours des 18 saisons de fouilles menées de 1962 à 1984, il devint évident que les vestiges de l’ancienne Arad étaient situés dans deux secteurs séparés appartenant à deux périodes distinctes.

La ville cananéenne (IIIe millénaire avant l’ère chrétienne) s’étendait principalement sur le versant sud de la colline. Au sommet de cette colline, plusieurs forteresses furent construites à l’époque des royaumes d’Israël et de Judah (Xe-VIe siècles avant l’ère chrétienne) et aussi plus tard, durant les dominations perse, hellénistique et romaine (du Ve siècle avant l’ère chrétienne au IVe siècle de l’ère chrétienne).

Au début de la domination arabe (VII-Xe siècle), un caravansérail fortifié fut construit pour protéger les routes commerciales de la région.

Arad est mentionnée dans la Bible dans le récit de l’échec de la tentative de parvenir en Terre promise (Nombres 21 : 1) et dans la liste des rois cananéens vaincus par les Enfants d’Israël (Josué 12 :14).

Ce récit biblique pose cependant un problème historico-chronologique car il n’existe aucune preuve que Tel Arad était habité à la fin de l’âge du bronze.

Les spécialistes suggèrent que le roi d’Arad mentionné dans la Bible était en fait le souverain du royaume d’Arad, le Néguev d’Arad (Juges 1 : 16) dont la capitale était une autre ville.

La Ville Cananeenne

Au début de l’âge du bronze (2950-2650 avant l’ère chrétienne), Arad, grande ville fortifiée et prospère, était la capitale de l’important royaume cananéen qui dominait une grande partie du nord du Néguev.

La croissance d’Arad faisait partie de la rapide urbanisation du Pays d’Israël durant le IIIe millénaire avant l’ère chrétienne. Le progrès technologique, comme l’utilisation du métal pour labourer, la domestication d’animaux et la plantation d’arbres fruitiers, ont créé les conditions nécessaires à la fondation de grandes villes, même dans des régions isolées comme Arad.

Le climat de cette région est chaud et aride et le montant des précipitations infime, mais la prospérité d’une grande ville cananéenne devait dépendre d’une agriculture bien établie.

Selon les experts, le Néguev bénéficiait autrefois de précipitations deux fois plus importantes qu’aujourd’hui, ce qui permettait de se livrer à une agriculture intensive.

Dans la vallée, les habitants cananéens d’Arad cultivaient du blé, de l’orge et des haricots, en construisant des barrages de terre dans les oueds pour augmenter la quantité d’eau dans les vergers, principalement des oliveraies. Des os de chèvres, moutons et bovins ont été retrouvés dans les ruines des maisons de la ville, nouveau témoignage du régime alimentaire des habitants.

La ville s’étendait au carrefour de deux grandes routes commerciales – l’une au sud menant des collines de Judée au Néguev et à Edom, l’autre à l’ouest, depuis les rivages de la mer Morte vers la côte sud, à travers le Néguev – qui contribuèrent également à la prospérité de l’ancienne Arad.

A l’époque cananéenne, Arad entretenait d’étroites relations commerciales avec l’Egypte, comme en témoignent les nombreux récipients de fabrication égyptienne et un fragment de jarre en céramique portant le nom de Narmer, roi d’Egypte, retrouvés dans la ville.

Des objets de cuivre provenant des mines royales du Sinaï étaient achetés par les habitants d’Arad et probablement payés avec des produits agricoles, de l’huile d’olive et du bétail.

Le bitume extrait de la mer Morte, utilisé pour colmater les navires, ainsi que pour sceller les jarres d’entreposage et peut-être aussi pour les momifications, était aussi envoyé en Egypte via Arad.

La ville cananéenne d’Arad, s’étendant sur une dizaine d’hectares, comptait probablement 2 500 habitants. Elle était entourée d’une muraille fortifiée d’environ 1 200 mètres de long et de 2,4 mètres d’épaisseur avec, en saillie, des tours rectangulaires. Pour l’instant, deux portes et deux poternes ont été retrouvées dans la muraille.

Avec son réseau de rues, la ville elle-même était soigneusement agencée. La route principale en anneau, longeait la muraille, à l’intérieur ; et des routes transversales partaient des portes vers la dépression topographique située au centre de la ville où les eaux de pluies s’écoulaient dans un grand réservoir, garantissant ainsi un approvisionnement continu pendant les longs étés.

La partie de la ville mise à jour était divisée en quartiers assumant chacun une fonction spécifique : dans la partie ouest se dressait le temple et ses dépendances ; au sud, les quartiers résidentiels.

L’habitat

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Le quartier résidentiel était densément construit, des rues et des ruelles séparant les pâtés de maisons. Les habitations étaient de diverses tailles, la plus petite de 50 mètres carrés et la plus grande de 150 mètres carrés mais identiquement agencées : une cour clôturée par un mur, une ou deux pièces d’habitation et une petite pièce de rangement ou une cuisine.

La salle principale typique d’une maison d’Arad était rectangulaire et s’ouvrait sur la cour dans l’un des murs de la longueur. Comme elle se trouvait légèrement en contrebas de la cour, on y accédait en descendant deux ou trois marches. L’ouverture était fermée par une porte en bois qui pivotait dans une cavité sur le seuil de pierre. Le long des murs, s’alignaient des bancs de pierre peu élevés et, au centre de la pièce, un socle de pierre surmonté d’un pilier en bois soutenait le toit constitué de poutres, de bottes de pailles et de plâtre. Des pierres à moudre et un mortier de pierre pour broyer le grain étaient enchâssés dans le sol. Des récipients en boue séchée servant à conserver le grain et des fours de terre pour chauffer et cuire se trouvaient également dans les maisons. Une petite maquette de salle de séjour en glaise a été retrouvée dans l’une des maisons, montrant l’entrée haute de plafond et le toit plat.

Les Temples et le Palais

L’enceinte sacrée et celle du palais des rois d’Arad s’étendaient sur une superficie considérable – chacune d’environ un millier de mètres carrés – dans la partie ouest de la ville. L’enceinte sacrée comprenait deux temples jumeaux consacrés aux dieux de la ville.

Le plus grand des temples jumeaux comportait deux grandes salles, l’une divisée en trois pièces dont la plus petite était le saint-des-saints. Dans l’une d’elles, une stèle en pierre bien taillée retrouvée en position verticale représentait probablement la présence du dieu dans le temple. Dans la cour, se dressait un autel de pierre et, à côté, un bassin creux bordé de pierres, servant vraisemblablement aux immersions rituelles.

Le palais des rois cananéens d’Arad comprenait plusieurs unités.

Au centre, se trouvaient les salles royales – plusieurs grandes pièces. Autour de ces pièces, des cours avec des ensembles de chambres probablement occupées par les bureaux de l’administration et les domestiques.

Dans le domaine du palais, se dressait l’entrepôt royal où ont été retrouvés les installations de stockage et un grand nombre de récipients en céramique.

La stèle

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Dans la salle centrale du palais, un morceau de craie plat a été retrouvé, sur lequel deux silhouettes humaines ont été gravées : l’une est allongée, l’autre se tient debout, les mains levées, les doigts écartés ; les têtes sont représentées comme des épis de blé.

Cette scène, connue dans l’art religieux de l’antiquité, représente, selon l’interprétation, le dieu mésopotamien Tammouz dans les deux phases du cycle infini de la nature: la silhouette debout symbolise la moitié de l’année de régénération et de croissance – la vie ; la silhouette étendue, l’autre moitié de l’année durant laquelle les plantes se flétrissent – la mort.

Arad déclina et fut abandonnée au milieu du IIIe millénaire avant l’ère chrétienne. Les raisons n’en sont pas tout à fait claires, mais on suppose que le climat se réchauffa et devint plus aride, contrariant le peuplement en cette zone limitrophe du désert. En outre, les populations nomades du Néguev mettaient peut-être en danger les routes commerciales et la sécurité de la population de la ville.

La Citadelle Israelite

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Durant la période des rois d’Israël et de Judah (Xe-VIe siècles avant l’ère chrétienne), des citadelles furent successivement construites sur la hauteur d’Arad, dans le cadre d’une série de fortifications destinées à protéger les routes commerciales du Néguev et le frontière sud du royaume contre les nomades maraudeurs.

La première de ces citadelles, construite par le roi Salomon (Xe siècle avant l’ère chrétienne), mesurait 55 x 50 mètres et était entourée d’une muraille de casemate (deux murs parallèles séparés par des murets transversaux) de 5 mètres d’épaisseur, avec une porte protégée par deux tours sur le côté est. De grosses tours faisaient saillie dans les angles et le long de la muraille.

A l’intérieur de la citadelle, se trouvaient les logements de la garnison, les magasins et un temple. Un réservoir d’eau taillé dans le roc au-dessous de la citadelle était rempli à partir d’un puits creusé dans le réservoir cananéen au sud de la citadelle. L’ouverture de ce puits, de 4,60 m de diamètre et de 21 m de profondeur, jusqu’au niveau de l’eau, était soigneusement bordée de pierres. L’eau puisée était transportée en haut de la colline par des bêtes de somme jusqu’à une ouverture située dans la muraille de la citadelle et d’où elle s’écoulait par une conduite jusqu’au réservoir.

Au IXe siècle avant l’ère chrétienne, une nouvelle citadelle fut édifiée, entourée d’une énorme muraille de 4 mètres d’épaisseur. Cette citadelle, qui subit de nombreuses modifications, demeura en usage jusqu’à la conquête du royaume de Judah en 587/6 avant l’ère chrétienne par les Babyloniens.

Le Temple Israélite

Le saint-des-saints
Le saint-des-saints

Situé dans l’angle nord-ouest de la citadelle, ce temple comprenait trois pièces orientées selon un axe est-ouest : oulam (hall d’entrée), heikhal (salle principale) et dvir (saint-des-saints). Trois marches donnaient accès au saint-des-saints surélevé sur une plate-forme où se dressait une stèle de pierre d’un mètre de hauteur, peinte en rouge.

Des autels de pierre, de 50 centimètres d’épaisseur, encadraient les deux côtés de l’entrée vers le dvir. Au sommet des autels concaves, on a retrouvé des matières organiques carbonisées. Au centre de la vaste cour, devant le temple, un autel de brique et de pierre mesurait 2,5 x 2,5 m (5 x 5 amot bibliques). Il était probablement identique à l’autel décrit dans la Bible (Deut. 27 : 5) et à celui du Temple de Jérusalem (II Chroniques 6 : 13).

Le temple israélite découvert à Arad est l’unique temple connu à l’extérieur de Jérusalem.

Il faisait partie de la première citadelle israélite et, situé en bord de route, desservait les voyageurs, les marchands et la garnison de la citadelle.

Ce temple fut détruit, apparemment par suite des réformes religieuses accomplies par Ezechias, roi de Judah, à la fin du VIIIe siècle avant l’ère chrétienne (II Rois 18 : 4, 22).

Ostraca (tessons de poterie gravés)
Ostraca (tessons de poterie gravés)

Plus de 100 ostraca gravés en hébreu biblique (en écriture paléo-hébraïque) ont été retrouvés dans la citadelle d’Arad. Il s’agit de la collection d’inscriptions de l’époque biblique la plus importante et la plus riche jamais découverte en Israël. Les lettres datent de toutes les époques de la citadelle mais la plupart remontent aux dernières décennies du royaume de Judah. Des dates et plusieurs noms de lieux situés dans le Néguev sont mentionnés, notamment Béer Shéva.

Sceau d'Eliachiv ben Achiyahou et cachet
Sceau d’Eliachiv ben Achiyahou et cachet

Parmi les noms de personnes, apparaissent ceux des familles sacerdotales Pachhour et Meremot, tous deux mentionnés dans la Bible (Jérémie 20 : 1 ; Ezra 8 : 33)

Certaines lettres adressées à Eliachiv ben Achiyahou, le commandant de la citadelle d’Arad, traitent de la distribution de pain (farine), de vin et d’huile aux soldats en poste dans les forteresses du Néguev. Des sceaux portant l’inscription Eliachiv ben Achiyahou ont également été retrouvés.

D’autres lettres, probablement des copies classées, adressées par le commandant à son supérieur, traitent de la détérioration de la sécurité dans le Néguev. Dans l’une, il donne un avertissement concernant une situation d’urgence et demande des renforts pour une autre citadelle de la région en vue de repousser une invasion édomite. Dans une autre lettre, figure la mention maison de YHWH .

Inscription 1

A Eliachiv : Et maintenant, donne aux Kittiyim 3 mesures de vin et inscris le nom du jour. Et sur le reste de la première farine, envoie un omer afin de leur préparer du pain. Donne-leur le vin des récipients aganoth.

Inscription 24

D’Arad 50 et de Kin[ah]…

Tu les enverras à Ramat-Néguev par l’intermédiaire de Malkiyahou, fils de Kerabour, et il les transmettra à Elisha, fils de Yirmiahou de Ramat-Néguev, à moins qu’il n’arrive quelque chose à la ville. Et la parole du roi t’incombe durant toute la durée de ta vie ! Voici, je t’ai adressé ce jour un avertissement : [Amène] les hommes à Elisha : à moins qu’Edom n’arrive ici.

Inscription 40

Ton fils Gemar[yahou] et Nehemyahou saluent Malkiyahou ; je t’ai béni [auprès de l’Eter]nel et maintenant : ton serviteur a écouté ce que [tu] as dit, et j'[ai écrit] à mon maître [tout ce que] l’homme [vou]lait, [et Eshiyahou est] venu de ta part et [per]sonne ne le leur a donné. Et voici, tu étais au courant [des lettres d’]Edom (que j’ai) donné à [mon] maître [avant le] coucher [du soleil]. Et [E]shi[yah]u a dormi [chez moi], et il a demandé la lettre, [mais je ne (la) lui ai pas] donnée. Le roi de Judah devrait savoir [que n]ous ne pouvons pas envoyer le […, et ce]la est le mal qu’Edo[m a causé].

Les fouilles de la ville cananéenne ont été menées par R. Amiran. Celles de la citadelle ont été dirigées par Y. Aharoni et R. Amiran. Elles ont été réalisées sous les auspices de la Société d’exploration d’Israël, l’Université hébraïque de Jérusalem, le musée Israël, l’Université de Tel Aviv et le Département des antiquités (aujourd’hui le Département des antiquités d’Israël)

http://mfa.gov.il/

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