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« Me marier à un homme que je ne connais pas? Il n’en est pas question » avait répondu Mariam à ses parents il y a plus de vingt ans, qui, inquiets de la voir « encore » célibataire à 24 ans ne pensaient qu’à une chose, la marier rapidement avant qu’elle ne soit « trop vieille ».

Mais Mariam, surnommée « La fille du désert », originaire de Tel Sheva dans le Néguev, au caractère bien trempé et à la détermination de fer, en avait décidé autrement.

Elle a toujours voulu échapper aux traditions ancestrales de sa communauté et à une vie bien rangée à s’occuper de nombreux enfants comme il est d’usage dans les familles bédouines – plus les femmes se marient tôt et plus elles ont d’enfants, plus leur réputation est bonne.

Mariam avait d’autres rêves en tête, comme celui de réussir professionnellement et de monter un commerce de cosmétiques conçus grâce aux recettes que lui avait transmises sa grand-mère guérisseuse.

« J’ai toujours souhaité avoir une expérience différente des autres et j’espère que cela pourra ouvrir la voie à d’autres femmes qui rêvent d’émancipation. Contrairement aux Bédouines, je me suis mariée tard, à 40 ans, mais j’ai pu entamer ma carrière avant de commencer ma vie de famille et j’espère avoir un jour des enfants! » a-t-elle déclaré.

Mariam est la première femme bédouine du Néguev à avoir fait ses études à l’étranger.

Elle a obtenu une licence en marketing en Angleterre, puis elle a décidé de rentrer en Israël pour se consacrer à la réalisation de son projet. Un choix marginal qui lui a valu quelques conflits avec sa famille, qui a eu du mal à comprendre son désir d’émancipation dans un milieu où le poids des traditions est encore très lourd.

Mais Mariam n’a jamais perdu son objectif de vue et a tout fait pour parvenir à ses fins.

Elle a ouvert son magasin de cosmétiques dans une tente bédouine à côté de son atelier à Tel Sheva (Néguev). Elle y vend toutes sortes de crèmes et de produits pour la peau et les exporte.Sa clientèle s’est constituée par le bouche à oreille, mais aussi par le biais des médias.

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Atelier de Mariam « Bat Hamitbar »

Des équipes de télévision sont venues la filmer pendant un an dans son atelier, lui permettant d’obtenir la notoriété qu’elle avait tant attendue.

Elle rêve désormais d’ouvrir une usine pour produire en grande quantité.

Depuis une dizaine d’années, les femmes bédouines sont de plus en plus libres d’étudier ou de travailler, elles peuvent également choisir leur mari contrairement à leurs aînées qui étaient contraintes d’épouser un homme qu’elles ne découvraient que le jour de leur mariage.

Aujourd’hui, elles obtiennent des diplômes et concilient travail et vie de famille. Leur place dans le monde du travail a évolué, elles peuvent désormais prétendre à des postes hauts placés y compris en politique, qui ne sont plus nécessairement réservés aux hommes. Cependant, telle n’est pas encore la réalité dans tous les villages, à Tel Sheva par exemple, 90% des femmes sont au chômage.

Les Bédouins vivent en majorité dans des villages arabes du Néguev, mais aussi dans le nord d’Israël et s’entendent très bien avec la communauté juive, assure Zeinab, une Bédouine originaire de Segev Shalom, dans le Néguev.

« Les Juifs n’habitent pas dans nos villages mais ils travaillent avec nous, certains sont dans l’administration, dans les écoles ou encore dans les abattoirs, il n’y a aucun problème, nous ne voulons que la paix, pourquoi penser au mal? » a-t-elle souligné à i24NEWS.

Zeinab a elle aussi réussi à percer, elle a créé sa galerie de céramiques en 2008, ses créations sont au confluent de l’art européen et de la culture bédouine. Son art est complètement authentique et exclusif, elle crée des objets décoratifs pour la maison, des assiettes, des verres, des chaises et des pots qu’elle vend dans sa boutique.

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Titulaire d’un master en Arts, Zeinab enseigne dans l’une des huit écoles de Segev Shalom, et souhaiterait initier ses élèves à l’art.

« J’ai changé l’état d’esprit des Bédouins et je voudrais que les jeunes puissent eux aussi avoir accès à l’art », souligne-t-elle.

En parallèle, elle aimerait aussi poursuivre ses études en doctorat.

C’est à Lakia, dans un autre village bédouin du Néguev, que deux soeurs, Ahouda et Nama, se sont également libérées des carcans traditionnels, et ont monté un commerce de textile.

Dans leur atelier qui jouxte la maison familiale, elles brodent des robes, des sacs, des porte-monnaie, des porte-téléphone etc. Les objets sont vendus dans leurs magasins du Néguev, mais aussi à Tel Aviv.

Même au travers de leurs créations, les deux soeurs ont souhaité marquer une coupure avec la tradition qui exige de broder les robes suivant un code couleur bien précis: pour les célibataires (violettes), pour les femmes mariées (rouges), et pour les divorcées et les veuves (bleues), afin que les hommes sachent s’ils pouvaient ou non approcher les femmes en fonction de la couleur de leur robe.

Pour Ahouda et Nama, cette coutume est « gênante », et elles ont décidé de broder des robes sur lesquelles figurent toutes les couleurs.

Plus de 200.000 Bédouins vivent actuellement en Israël, dont 120.000 dans le Néguev.

Ils parlent le dialecte bédouin, et apprennent l’arabe parlé et littéraire à l’école, ainsi que l’hébreu et l’anglais.

Près de la moitié des familles bédouines du Néguev résident dans plusieurs zones d’habitations non reconnues en Israël, et qui ne bénéficient pas d’infrastructure de base.

Le gouvernement souhaite les reloger dans des villes avec l’accès aux soins et à l’éducation, dans des maisons avec des connexions aux réseaux électriques et hydrauliques, mais la plupart ne sont pas prêts à ce changement de vie, ce qui donne souvent lieu à des confrontations avec les forces de sécurité israéliennes.

Les communautés doivent alors faire face aux décisions du gouvernement, souvent en faveur de la démolition de leurs villages.

Pourtant, plusieurs centaines de Bédouins servent chaque année dans l’armée, afin d’assurer la sécurité de l’ensemble du peuple israélien.

Caroline Haïat est journaliste pour le site français d’i24 news.

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