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À la date du 22 mars 1886, la marquise de Breteuil née Constance de Castelbajac écrit dans son Journal : « Les mariages entre juifs et chrétiens se vulgarisent beaucoup. On a beaucoup crié dans le commencement, mais s’il fallait continuer, les mères de l’église auraient le gosier sec car maintenant cela se fait partout et dans toutes les classes.

Le duc de Gramont a donné le signal en épousant une Rothschild, le prince de Wagram en a épousé une autre. La duchesse de Richelieu et la duchesse de Rivoli sont juives aussi [1]»

Ce n’est pas, cependant, le duc de Gramont « qui a donné le signal » : son mariage avec Marguerite de Rothschild a été célébré en 1878 alors que de nombreuses alliances « mixtes » ont déjà été contractées. En 1843 et 1844 par exemple, deux filles du baron Maurice de Haber, Caroline et Clémence, ont convolé avec des partis chrétiens, la première avec Ernest Henri, vicomte de Grouchy, neveu d’Emmanuel, Marquis de Grouchy, Maréchal d’Empire et Pair de France, la seconde avec Arthur-Louis Legrand de Villers, futur Régent de la Banque de France.

Célébrés en 1843 et 1844, ces deux mariages sont, semble-t-il, parmi les premiers que la haute société juive contracte avec les grandes familles de l’aristocratie [2] et de la haute bourgeoisie catholique.

L’évolution du nombre des alliances mixtes sur une période qui couvre le XIXe siècle et la première moitié du XXe siècle montre en effet que c’est essentiellement à partir de la décennie 1860 que ces mariages se multiplient.

Ils connaissent un ralentissement entre 1880 et 1900 sans doute lié au regain d’un climat d’antisémitisme et à l’Affaire Dreyfus pour la fin de la période, puis reprennent jusqu’en 1914. La guerre y met un coup d’arrêt.

Par la suite, le nombre de mariages avec la bourgeoisie chrétienne continue de croître, alors qu’il marque le pas dans le cas de l’aristocratie [3].

Ces alliances concernent les plus prestigieuses des familles de la haute société juive parmi lesquelles les Goldschmidt, Stern, Porgès, Pereire, Ephrussi, Halphen… mais aussi les Rothschild.

De la même manière, on retrouve les grands noms de l’aristocratie et de la haute bourgeoisie française, Chasseloup-Laubat, Faucigny-Lucinge, Fitz-James, Gramont, La Ferté-Meun, Wagram… et pour la bourgeoisie, Goüin, Pastré [4].

Dans le cas de la France, et dans la perspective d’une étude quantitative, la question des alliances entre élites juives et élites chrétiennes est délicate car l’information sur la confession des individus, qui relève de la vie privée, est absente des documents officiels émis par l’administration [5].

Un corpus de mariages mixtes a été élaboré à partir des informations contenues dans les ouvrages de généalogies imprimées des grandes familles juives [6]. D’autres cas, découverts au fil des lectures de mémoires de contemporains et du dépouillement d’actes d’état civil, sont venus compléter le corpus [7].

Une présentation de la composition confessionnelle et sociale de ces unions et particulièrement de la nature du principe de noblesse des familles ayant contracté de telles alliances sera suivie de la question soulevée par la disparité de culte.

Dans un troisième temps, on s’intéressera aux modalités des cérémonies religieuses, baptêmes et mariages, notamment le choix des parrains et des témoins au mariage.

Rappelons à propos de la noblesse que nous considérons comme noble authentique tout individu pouvant prouver que l’un de ses ascendants en voie masculine est de noblesse authentique. La noblesse authentique se distingue des familles de fausse noblesse qui, si elles possèdent un nom à particule voire un titre, ne peuvent prouver leur filiation légitime, en ligne directe et en voie masculine avec le détenteur d’un acte officiel de noblesse.

Nous avons ici retenu le terme d’aristocratie pour désigner les familles de noblesse authentique et d’apparence. Ce que nous entendons ici par bourgeoisie – catégorie dénuée de toute définition institutionnelle ou juridique – est le groupe des familles qui ne sont pas nobles soit, la noblesse se transmettant par les mâles, celles dont le mari n’est pas de noblesse authentique ou d’apparence.

Composition des unions : aristocratie et bourgeoisie face aux unions « mixtes »

Bourgeoisie versus aristocratie

Les chiffres calculés sur l’ensemble de la période et ce, quelle que soit l’origine sociale du conjoint chrétien (bourgeoisie ou noblesse), font apparaître une forme d’équilibre entre les deux configurations matrimoniales possibles : l’union d’un homme juif avec une femme chrétienne (51,8 %), ou l’union d’un homme chrétien avec une femme juive (48,2 %) (Tabl. 1).

Il faut distinguer les mariages contractés par la bourgeoisie et par l’aristocratie pour mettre au jour des différences de comportement. Ainsi lorsque le parti chrétien est aristocrate, les unions du type « homme chrétien – femme juive » prédominent (68,4 %, effectif total observé 348). Lorsque le parti chrétien est bourgeois, ce sont les unions « homme juif – femme chrétienne » qui sont majoritaires (60,6 %, effectif total observé 152).

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Noblesse authentique versus noblesse d’apparence

Au sein de l’aristocratie, la distinction entre noblesse authentique et noblesse d’apparence met au jour des comportements différents. Pour la première, 73,1 % des unions obéissent au schéma homme chrétien – femme juive [8] alors que le pourcentage n’est que de 63,2 % pour la noblesse d’apparence (Tabl. 2).

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Enfin, selon que l’on considère le XIXe ou le XXe siècle, le profil des alliances contractées par la noblesse authentique est différent (Tabl. 3).

Au XIXe siècle, la noblesse authentique, notamment d’Ancien Régime, n’hésite pas à faire épouser à ses représentants mâles des femmes issues du groupe juif et il en est de même au XXe siècle. Le cas des mariages unissant un homme juif à une femme de noblesse authentique est différent : rares au XIXe siècle (12,0 %), ils se multiplient au XXe siècle pour représenter 39,0 % du total des unions.

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Dans le cas de la noblesse d’apparence, on n’observe pas d’évolution significative : les chiffres du XIXe siècle restent proches de ceux obtenus pour le XXe siècle (Tabl. 4).

Les alliances avec l’aristocratie : milieu professionnel, principe de noblesse, rang de naissance

Le principe de noblesse est un critère plus adapté que la position professionnelle pour l’observation du jeu d’alliances entre aristocratie et société juive.

En effet, la distribution selon le secteur d’activité des partis nobles concernés par de telles unions est conforme aux pratiques du milieu aristocratique de la seconde moitié du XIXe siècle. Pour les 42 partis masculins pour lesquels on dispose d’une indication professionnelle, on observe une forte part de propriétaires rentiers (40 %) et de militaires (29 %) et une proportion moindre de diplomates (10 %) et d’ingénieurs (10 %).

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L’observation du principe de noblesse révèle des différences de comportements notables. Ainsi, sur l’ensemble de la période, hommes et femmes confondus, la part des alliances contractées avec des représentants de la noblesse d’apparence est légèrement plus faible (46,7 %) que celle observée pour les membres de la noblesse authentique (53,3 %).

Au sein de cette dernière, la noblesse d’Ancien Régime est largement présente avec 42 % des unions contre 11,3 % pour les noblesses du XIXe siècle et les noblesses étrangères.

Des deux catégories qui composent la noblesse d’Ancien Régime – la noblesse d’épée ou immémoriale et les anoblis – la noblesse d’épée représente plus d’un mariage sur quatre (28 %) [9], la part des anoblis d’Ancien Régime étant moindre (14 %).

Pour la première, on relève des lignées prestigieuses : Faucigny-Lucinge, Gramont, La Panouse, Polignac, Toulouse-Lautrec…, pour la seconde on peut citer les Breteuil, Delfau de Pontalba, Roussel de Courcy, Sauvan d’Aramon…

Pour ce qui est de la noblesse d’Empire (6 %) [10], on relève les noms des descendants des Maréchaux d’Empire, Berthier, Grouchy, Masséna, Ney [11].

La prise en compte de la date de mariage fait apparaître une croissance de la part des mariages mettant en présence un représentant de la catégorie de la noblesse d’apparence : le pourcentage est de 40,3 % au XIXe siècle ; il atteint 49,3 % au XXe siècle.

Les chiffres sont respectivement de 59,7 % et 50,7 % pour les nobles « authentiques » [12]. Au sein de cette dernière catégorie, la noblesse immémoriale ou d’épée se maintient (27,4 % au XIXe siècle et 31 % au XXe siècle), alors que les anoblis d’Ancien Régime (21 % à 10 %) et la noblesse du XIXe siècle (8,1 % à 4,5 %) voient leur part diminuer.

Il est enfin important de prendre en compte le rang de naissance dans la fratrie du conjoint chrétien, notamment s’il s’agit d’un homme, et tout particulièrement de noblesse authentique.

Dans un tel cas, l’aîné des garçons, soit le détenteur de l’essentiel du capital symbolique de la famille, notamment du titre, est fréquemment susceptible de contracter de telles alliances.

Sur 23 cas de maris chrétiens contractant un mariage « mixte » et issus de la noblesse authentique, on relève 9 aînés de la fratrie et 5 aînés parmi les garçons. À ces 14 aînés s’ajoute le cas de Maurice de Percin (alliance Maurice de Percin – Marie Ephrussi, 1885), dont le frère aîné Gaston (1846-1925) est resté sans alliance. Maurice est alors l’aîné des descendants mâles s’étant mariés, donc susceptible d’avoir une descendance, et de transmettre le titre de marquis de La Valette.

Ainsi dans près de deux cas sur trois, c’est l’aîné des fils qui contracte un mariage « mixte ». On observe le mariage des aînés avec des partis juifs, chez les Wagram [13], les Chasseloup-Laubat, ou encore les Ney. Il est vrai que ce sont certes des familles de noblesse d’Empire mais on ne peut pas oublier que c’est Agénor de Gramont, 11e Duc de Gramont, qui épouse Marguerite de Rothschild et que leur fils aîné, Armand, physicien et membre de l’Académie des Sciences, deviendra le 12e Duc de Gramont.

Parmi les seconds dans l’ordre des naissances masculines, on relève Edmond de La Panouse (Maria-Rosine Heilbronn), Alphonse Armand de Polignac (Jeanne Amélie Mirès), Jean Gourgaud de Taillis (Louise-Claire Cahen d’Anvers) et Charles Le Tonnelier de Breteuil (Charlotte Amélie Fould).

De la même manière, Ferdinand de Faucigny-Lucinge, qui s’allie en premières noces avec Élise-Raphaëlle Cahen d’Anvers puis, celle-ci étant décédée, avec Marie-Amélie Ephrussi, est aussi le second, selon le rang de naissance, des fils de Charles de Faucigny-Lucinge et Françoise de Sesmaisons [14] ; son frère aîné, Rodolphe, a épousé en 1888 Marie-Léonie Mortier de Trévise. Ainsi, les familles de l’aristocratie authentique ne dédaignent-elles pas de s’allier, par le biais de leurs aînés mâles, aux familles juives.

Quant aux femmes de l’aristocratie, il est plus difficile de tirer des conclusions étant donné le faible nombre de cas et l’absence de généalogies imprimées permettant de les situer dans la fratrie, Marie-Thérèse de Chevigné (Maurice-Jonathan Bischoffsheim) était fille unique, Marguerite de Turenne (Arthur Meyer) la seconde fille de Jacques de Turenne d’Aynac, Jeanne Delfau de Pontalba (Jacques Kulp) était l’aînée. Enfin Claire de Saint-Victor (Maxime Dreyfus) était fille unique.

Chez les juifs, il est fréquent d’observer des mariages faisant entrer plusieurs filles d’une même fratrie dans la société catholique.

On a déjà évoqué les mariages des deux sœurs Haber, Caroline et Clémence. Constance de Castelbajac mentionne, dans son Journal, les alliances de deux sœurs Rothschild : Marguerite (Agénor de Gramont, mariage en 1878) et Berthe (Alexandre Berthier de Wagram, en 1882), sachant que dans ce cas, la fratrie rassemblait trois autres jeunes femmes qui, toutes, ont épousé un Rothschild [15].

Les trois filles de Léopold Benedict Hayum Goldschmidt et Régine-Reine Bischoffsheim, qui atteignent l’âge adulte, Marie-Emma (Maurice Villeroy de Galhau, 1879), Louise-Hortense (Louis de Sartiges, 1886) et Clara Julie (Ange André Pastré, 1887), se marient avec des chrétiens.

On observe ce cas de figure chez les Porgès avec les mariages d’Anita (Maximilien Foy, 1899) et d’Henriette (Marco Borghese, 1899) [16], chez les Finaly avec ceux de Mary (Roger de Barbarin, 1897) et de Florence (Henri de Cossette, 1903), chez les Stern avec ceux de Marie-Louise (Louis de Chasseloup-Laubat, 1900) et de Lucie Henriette (Pierre Girod de Langlade, 1904).

C’est également le cas chez les Cahen d’Anvers avec le mariage des deux filles de Raphaël et Irène Morpurgo, Louise-Claire (Jean Gourgaud de Taillis, 1888) et Élise-Raphaëlle (Ferdinand de Faucigny-Lucinge, 1891). Alice Heine (mariée à Armand de Jumilhac, duc de Richelieu en 1875, puis, en 1899, à Albert Ier, prince de Monaco) était l’unique fille de Michel et Marie-Amélie Niltenberger. Paule Heine (mariée à Michel Ney, duc d’Elchingen, prince de la Moskowa en 1866, puis à Victor Masséna, duc de Rivoli, prince d’Essling en 1882) n’avait pas de sœur, pas davantage que Marie-Juliette Ephrussi (Ferdinand de Faucigny-Lucinge, 1901) [17]ou encore Amélie Bamberger (Robert de Toulouse-Lautrec, 1911).

Ces nombreux cas de mariages « mixtes » de plusieurs jeunes filles d’une même fratrie renseignent sur l’état d’esprit de ces familles juives au sein desquelles de tels mariages sont contractés.

Ils témoignent d’une décision délibérée de faire épouser des partis catholiques à leurs filles. Une telle régularité n’apparaît pas chez les aristocrates catholiques : aucun cas où deux membres d’une même fratrie avaient épousé un parti juif n’a été observé dans le corpus constitué.

Le débat religieux

Dans la France post-révolutionnaire, deux personnes de croyance religieuse différente peuvent s’accommoder d’un mariage civil. Les futurs conjoints ont ainsi toute liberté d’éluder l’empêchement du mariage pour disparité de culte. Il semble cependant que les cas où seul le mariage civil est célébré étaient très minoritaires, sinon inexistants, dans les couches sociales les plus privilégiées.

Ainsi, dans les cas où le mariage religieux est envisagé, se pose la question de la conversion de l’un ou l’autre des conjoints. Les juifs apparaissent plus enclins à renoncer à leur conviction et à embrasser la religion catholique. Question cependant délicate à traiter, car, dans l’éventualité de conversion au judaïsme, les registres du Consistoire ont été détruits sous l’Occupation. Si l’on se réfère néanmoins aux seuls registres de mariages du Consistoire, l’identité du conjoint non juif est suivie de la mention « prosélyte » dans l’éventualité où celui-ci se serait converti. D’une manière générale, très peu de cas ont été observés.

À l’exception de l’alliance de Charlotte Fould avec Alexandre de Breteuil, seuls ont été retenus ici les cas de mariages avec des catholiques. Pour l’Église de Rome, la disparité de culte induit un empêchement de célébration du mariage. « Pour que l’empêchement existe, il faut que l’un des contractants n’ait pas été baptisé, et que l’autre soit catholique – catholique soit par son baptême, soit par l’abjuration de l’hérésie ou du schisme » [18]

Deux solutions se présentent : la demande d’une dispense d’empêchement pour disparité de culte [19][ou la conversion qui fait cesser l’empêchement [20].

Créée à l’origine pour les pays en voie de christianisation et où la part des non-croyants était très élevée, la dispense [21 est octroyée sous certaines conditions dont, notamment, l’engagement pris d’élever les enfants issus du mariage dans la religion catholique, et, pour le conjoint catholique, d’employer tous ses efforts pour la conversion de l’infidèle [22].

Enfin le Code de droit canonique précise que la dispense ne doit être accordée qu’en cas de « causes graves » [23]. Ces « causes graves » recouvrent la crainte d’un scandale public né d’un concubinage, et la crainte d’union purement civile. Le mariage mixte laisse ouverte la perspective que toute une famille « hérétique » embrasse la religion catholique [24.

Enfin, des indications sont données quant à la forme liturgique du mariage. Le sermon, la bénédiction de l’anneau, la bénédiction nuptiale, la sainte messe sont interdits. De même, les mariages mixtes doivent être célébrés hors de l’église. Toutes ces interdictions peuvent être, sinon levées, tout du moins adoucies par décision de l’évêque du diocèse [25].

L’autre solution pour le conjoint juif est la conversion. D’une manière générale, le nombre de conversions des juifs au catholicisme en France au XIXe siècle est relativement faible [26]..

Il aurait été procédé, pour Paris, entre 1807 et 1914, à 877 cérémonies de conversions au catholicisme apostolique et romain [27].

Le modèle du franco-judaïsme, consécutif aux décrets d’émancipation, ne contraint pas les juifs à se convertir. À la différence de l’Allemagne, par exemple, où les juifs ne pouvaient avoir accès aux fonctions publiques [28], la conversion n’est pas la condition nécessaire à l’exercice de certaines professions.

L’intégration des juifs à la société globale et leur possibilité de promotion à l’intérieur de celle-ci ne vont pas de pair avec le renoncement au judaïsme. Jacob Katz confirme la rareté des unions mixtes après l’émancipation : « Là où le mariage civil fut introduit, par exemple en France après la Révolution et, par la suite, dans la plupart des pays modernes, les mariages mixtes devinrent légalement possibles. Leur nombre demeura cependant faible. Les juifs s’opposaient sur un plan social et idéologique à ce type d’union aussi fermement qu’ils s’opposaient à la conversion [29] »

Les demandes de dispense d’empêchement pour disparité de culte sont largement minoritaires en comparaison des cas de conversion. Seuls six mariages ayant donné lieu à une demande de dispense pour disparité de cultes ou pour mixte religion ont été relevés parmi les 42 mentions de cérémonies de mariage religieux dépouillées [30].

Les mariages ayant donné lieu à des demandes de dispense d’empêchement pour disparité de culte

Maurice Villeroy, Louis de Sartiges et Ange Pastré, respectivement alliés à Marie-Emma (1879), Louise Hortense (1886) et Clara Julie Goldschmidt (1887) toutes les trois filles de Léopold Benedict Hayum Goldschmidt et Régine-Reine Bischoffsheim, ont ainsi fait une demande de dispense d’empêchement [31].

Léopold Goldschmidt est le premier représentant de la famille pour lequel on observe des mariages avec des catholiques pour ses enfants. Les familles de ses trois gendres sont issues du monde des affaires et de la diplomatie.

Les Villeroy sont présentés par Anthony Allfrey, le biographe des Goldschmidt, comme « une famille de riches négociants [32]». Dans son acte de mariage, Louis de Sartiges est secrétaire d’ambassade en poste à Berlin. L’histoire familiale veut que l’un de ses ancêtres ait obtenu, en 1326, le droit d’ajouter une fleur de lys à ses armes pour avoir sauvé la vie du roi lors d’une bataille dans les Flandres [33]. Enfin les Pastré, comtes romains depuis 1884, sont une riche famille d’armateurs de Marseille. Créée à Marseille par Jean Pastré, la maison de commerce Pastré frères est reprise à sa mort par ses cinq fils dont Eugène Pastré, le père d’Ange André. Les frères Pastré, implantés à l’origine essentiellement en Méditerranée et plus particulièrement en Égypte ont rapidement étendu leur champ d’action à la mer Rouge, à l’océan Indien et aux côtes occidentales d’Afrique [34].

Dans l’acte du mariage religieux, célébré le 13 décembre 1879, de Marie-Emma Goldschmidt avec Maurice Villeroy, on relève que la dispense d’empêchement pour disparité de culte a été accordée par le pape Léon XIII [35].

Le texte de la réponse à la demande d’empêchement indique que « lesdits futurs époux se sont engagés par écrit sous la foi du serment à remplir toutes les conditions imposées par le Souverain Pontife concernant le baptême et l’éducation catholique des enfants de l’un et l’autre sexe à naître de leur futur mariage » et que, par conséquent, Maurice Villeroy est dispensé « de l’empêchement de disparité de culte qui s’oppose à son mariage devant l’Église avec la nommée Marie Goldschmidt, israélite ». Ainsi « Monsieur le Curé de Saint-Philippe du Roule ou son Vicaire » est autorisé « à recevoir le mutuel consentement pour le mariage des dessus nommés », les « enfants à naître de leur futur mariage » sont déclarés légitimes. Enfin, le texte précise que « Le consentement sera reçu à la Sacristie après une heure de relevée. Et sera la présente transcrite au registre des mariages » [36].

De même, dans l’acte de mariage religieux de sa sœur Louise Hortense, on peut lire : « Vu la dispense de l’empêchement de disparité de culte accordée par son Éminence Monseigneur l’Archevêque de Paris en date du 15 février 1886 courant, en vertu d’un Rescrit du Tribunal de la Sainte Inquisition en date du 3 février 1886 » [37]. Enfin, la fille cadette de Léopold Benedict Hayum, Clara Julie, se marie civilement avec Ange Pastré le 31 janvier 1887. Le mariage religieux a été célébré le 1er février suivant dans la sacristie de l’Église de la Madeleine et, là encore, on relève une indication de dispense pour différence de religion.

On a peu de sources permettant de savoir avec certitude comment mari et femme de confession différente réagissent face à cette situation, notamment pour l’épouse, face au renoncement à sa religion et pour l’époux, à l’objurgation faite à l’« infidèle » de se convertir [38].

Aucune mention d’abjuration et de baptême pour Marie-Emma et Louise Hortense aux Archives de l’Archevêché de Paris n’a pu être retrouvée. Seule Clara Julie a reçu le baptême, la cérémonie ayant eu lieu dans la Chapelle de Notre-Dame de Sion le 11 avril 1887, soit deux mois après son mariage [39]…

Les conversions

La conversion semble avoir été le choix le plus communément fait par les futurs conjoints juifs.

Il est difficile d’en évaluer la proportion exacte sur l’ensemble des mariages rassemblés. Sur les 42 mariages contractés entre 1843 et 1903 pour lesquels on dispose d’une indication de cérémonie religieuse, 6 ont donné lieu à une demande de dispense d’empêchement pour disparité de culte. Parmi les 37 mariages restants, 11 actes d’abjuration ont été retrouvés aux Archives de l’Archevêché de Paris. Les explications de cette différence sont probablement diverses. La cérémonie de conversion peut avoir été célébrée hors de Paris, dans la propriété familiale, par un prêtre ami de la partie catholique. La conversion peut être nettement antérieure au mariage et à son projet. Pour les 26 cas restants, on peut aisément supposer qu’il y a eu aussi conversion.

Nombre des baptêmes ont lieu dans la chapelle de Notre-Dame de Sion. Fondée par Théodore et Alphonse Ratisbonne [40], tous deux juifs convertis, Notre-Dame de Sion est en « priorité orientée vers les Juifs dans une perspective missionnaire : prier pour leur conversion et catéchiser ceux qui en expriment le désir [41». « C’est là qu’ont été célébrés la plupart des baptêmes de Juifs parisiens de 1842 à 1958 [42] »

Parmi les parrains, on relève nombre de religieuses ou de prêtres. De la même façon, peu de personnes, apparemment, assistent à ces baptêmes : le mari ou des membres de sa famille. On note également la présence d’aristocrates proches de la famille du mari.

Parmi les marraines choisies, certaines sont nées de religion israélite et se sont converties pour épouser des aristocrates. Ainsi la princesse Ferdinand de Faucigny-Lucinge, née Élise-Raphaëlle de Cahen d’Anvers apparaît-elle comme marraine lors du baptême de sa cousine Élisabeth de Cahen d’Anvers qui s’apprête à épouser Antoine Jean de Forceville. Mary de Barbarin, née Finaly est, de la même manière, la marraine de sa sœur Florence lors du baptême de cette dernière, célébré le 1er novembre 1902, soit trois mois avant qu’elle épouse le Vicomte Henri de Cossette.

Le contenu des textes des actes de baptêmes des personnes ayant abjuré le judaïsme semble varier. De nombreux actes indiquent seulement que la personne en question « a été baptisé(e) ».

Parmi ceux-ci un petit nombre signale que la personne « a été baptisée après avoir renoncé à la religion juive » ou indique que les baptisées sont « nées dans la religion israélite ».

Dans d’autres cas, les formules utilisées sont plus « élaborées ». Ainsi l’acte de baptême, célébré le 25 juin 1901, de May Ephrussi indique qu’« ayant renoncé à l’aveuglement des Juifs et reconnu Notre Seigneur Jésus-Christ pour le Messie promis par les Saintes Écritures de l’Ancien Testament. De sa propre volonté et sans aucune contrainte, a fait profession de la religion catholique, apostolique et romaine, et a reçu le baptême avec l’autorisation de Monseigneur l’Archevêque de Paris. Le parrain a été Jules Cléophon Joiniot, prêtre, ancien curé de Vaux le Pénil, du diocèse de Meaux, la marraine a été Marie Joiniot, lesquels ont signé avec nous. Fait à Paris en l’église Saint Joseph de l’Institut Catholique… » [43].

La question de la date du baptême au regard de celle du mariage est intéressante. On dispose de 18 cas, pour lesquels la date du baptême et la date de la cérémonie religieuse ou du mariage civil sont connues. Parmi ces 18 cas, 12 correspondent à des baptêmes célébrés avant le mariage.

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Il apparaît que, dans plus de deux cas sur trois, le mariage a probablement précipité la conversion du parti juif qui date de moins d’un an avant qu’il ne soit célébré.

Parmi les cas « extrêmes », les mariages de Marguerite Bardac avec le Comte de Martel et de May Ephrussi avec Ferdinand de Faucigny-Lucinge, pour lesquels la conversion a eu lieu une semaine avant la cérémonie religieuse.

Louise-Claire Cahen d’Anvers s’est convertie le 19 mai 1888 juste un mois avant son mariage avec Jean Gourgaud de Taillis qui est célébré à l’église Saint-Pierre du Gros Caillou le 16 juin 1888. Cette récente conversion n’aura en tout cas aucun effet sur la magnificence de la cérémonie comme en témoigne son annonce dans Le Gaulois [44].

À l’inverse, les conversions d’Élisabeth Cahen d’Anvers et de Jeanne Henriette Halphen qui épouseront respectivement plus d’un an plus tard le comte Jean de Forceville et François de Fonds-Lamothe ne découlent peut-être pas directement du projet de ces unions, mais du seul souci de marier ces jeunes filles dans la société chrétienne.

La conversion de Pauline Veil-Picard est originale. Originaire de Besançon et issue d’une famille importante de banquiers, Pauline Veil-Picard [45] épouse en premières noces en 1879 Henri Aron, notamment rédacteur au Journal des Débats et au Journal Officiel. Henri et Pauline Aron auront une fille Germaine-Jeanne née en 1884. Veuve en 1885, Pauline Veil-Picard se remarie avec Édouard-Henri Verdier de Flaux en 1889, d’une famille de noblesse d’apparence [46]. Veuve à nouveau en 1892, elle se marie une troisième fois, en 1895, avec Xavier-Gustave-Édouard, comte de Faucompré, d’une famille anoblie sous l’Ancien Régime. Sa fille Germaine-Jeanne Aron sera adoptée par ce troisième mari et prendra le patronyme d’Aron de Faucompré. Pauline Veil-Picard abjure la religion israélite le 22 juillet 1895, alors que son union avec le Comte de Faucompré est célébrée en décembre de la même année. Le second mariage de Pauline n’avait donc pas entraîné de conversion.

Les cas de conversions postérieures à une célébration de mariage ayant de manière certaine donné lieu à une demande de dispense d’empêchement pour disparité de culte semblent avoir lieu le plus souvent dans un court délai – inférieure à un an – après le mariage.

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C’est notamment le cas de Marie-Louise Stern qui abjure le 21 août 1900 alors qu’elle s’est mariée avec le marquis de Chasseloup-Laubat le 23 juillet de la même année. Ce mariage a été célébré à Saint-Pierre de Chaillot, très exactement dans la chapelle de Notre-Dame des Victoires. Le Gaulois précise qu’« en raison du grand deuil des deux époux, la cérémonie a lieu exclusivement en présence des plus proches parents et des témoins, qui sont : pour le marié, le Comte de Chasseloup-Laubat, son frère, et le comte Armand ; pour la mariée, son oncle, M. Jacques Stern [47], et son frère, M. Jean Stern, lieutenant au 15e chasseurs [48]».

On peut être surpris de voir que ce mariage a été célébré dans une chapelle alors que Marie-Louise Stern ne s’est pas encore convertie. Outre « le grand deuil des deux époux », la disparité de culte a sans doute aussi incité au caractère discret de la cérémonie.

Autre conversion rapide, celle de Clara Goldschmidt, épouse d’Ange Pastré qui a lieu deux mois après son mariage.

À la différence des cas précédents, la conversion de Zélie Ratisbonne est particulièrement tardive. À la mort de ses parents, cette dernière avait été adoptée par Benoît Fould et Hélène Oppenheim. En 1853 elle épouse Alfred Lalouel de Sourdeval mais il faut attendre 1868, soit quinze ans, pour qu’elle abjure et embrasse la religion catholique. Il s’agit là d’une trajectoire spirituelle nécessairement différente de celle d’une conversion suivant de peu un mariage.

Cérémonies civiles et cérémonies religieuses

Le mariage civil : choix des témoins

Le choix des témoins obéit principalement à un certain nombre de critères : entourage familial, caractère prestigieux, âge, religion, notamment la part de témoins non juifs sollicités par le conjoint juif ou à l’inverse, pour les aristocrates, le recours à des témoins sinon juifs, du moins alliés à des partis juifs?

Les juifs, d’une manière générale, font davantage appel à l’entourage familial proche dans le choix des témoins : 66,3 % versus 51,9 % pour les chrétiens [49]. Cette préférence pour un témoin issu de la parenté est le fait des femmes juives (69,0 % vs 50,0 %) ; pour les hommes le critère de la confession n’est pas discriminant (55,0 % vs 52,4 %).

S’agissant des femmes, leur confession n’a pas d’incidence sur la génération des témoins qu’elles choisissent (frère, oncle, grand-père etc.) [50]. Pour les hommes, au contraire, on observe des différences. Ainsi, lorsque le mari est catholique, ses témoins seront plus fréquemment de sa génération : 61 % vs 45 % pour les conjoints juifs. Les maris juifs préfèrent des témoins de la génération « +1 » (55 % vs 34 %).

Le critère onomastique a été retenu ici pour définir la judéité des témoins, sachant toutefois qu’il reste sujet à caution.

Plus de la moitié des témoins des femmes juives sont juifs (57,1 %), parmi ceux-ci plus de quatre sur cinq sont issus de la parenté (85,4 %). À l’inverse, une femme juive qui épouse un aristocrate, va aller chercher ses témoins hors de son milieu confessionnel d’origine dans une proportion non négligeable (42,9 %) [51]. De plus, les témoins issus de la parenté de la femme ne sont pas tous exclusivement juifs, 30 % ne le sont pas.

Qui sont alors ces témoins non juifs issus de la parenté?

Au mariage de Laure Fanny Sophie de Haber et Octave de Béhague, le premier témoin de Laure de Haber est Auguste Louis Legrand de Villers, régent de la Banque de France et époux de sa cousine Clémence. Son second témoin est Alfred Lalouel de Sourdeval, mari de Zélie Ratisbonne. Les familles de Haber et Ratisbonne sont liées, notamment par les Worms de Romilly [52].

Laure Fanny Sophie de Haber parvient ainsi à concilier des témoins à la fois familiaux et non juifs. Ce choix est clairement fait en défaveur de personnalités juives. On observe aussi la présence d’un témoin juif et d’un témoin non juif. Ainsi Édouard Porgès (frère) et le Vicomte Maximilien Foy (beau-frère) sont les témoins d’Isabelle Fanny Louise Porgès [53]..

Autre exemple, Raphaël-Louis Bischoffsheim (grand-oncle maternel) et le Comte Maurice de Percin, (oncle paternel par alliance) sont les témoins de Marie-Juliette Ephrussi [54].

Concernant les mariages des jeunes femmes nées Rothschild (Berthe, Marguerite et Hélène respectivement avec Alexandre Berthier de Wagram, Antoine Agénor de Gramont et Étienne Van Zuylen van Nyvelt), les témoins ne sont majoritairement pas issus de la société juive [55]. En effet seule Berthe fait appel à un témoin juif. Il s’agit d’Adolphe de Haber de la famille de banquiers originaire de Karlsruhe. Son second témoin est son beau-frère Antoine Agénor de Gramont [56]. Marguerite choisit deux témoins catholiques : les deux frères de son mari, Armand et Alfred de Gramont. C’est également le cas d’Hélène dont les témoins n’appartiennent pas au monde juif : il s’agit du vicomte de Thury et de Lewis Halsey Sandfort.

Dans le cas des remariages de Paule et d’Alice Heine (respectivement avec Victor Masséna, Duc de Rivoli et Albert de Monaco) on ne trouve aucun témoin d’origine juive [57].

Dans un tiers des mariages néanmoins [58], les deux témoins du parti juif le sont: il en va ainsi des mariages sans conversion préalable des trois filles de Léopold Benedict Hayum Goldschmidt et Régine-Reine Bischoffsheim.

Sont choisis exclusivement des témoins juifs pris dans la parenté: les trois jeunes femmes ont sollicité Ferdinand-Raphaël Bischoffsheim, leur oncle, sénateur belge, allié lui-même à une non-juive. Deux des trois jeunes femmes ont fait appel à Salomon Hayum Goldschmidt, leur grand-oncle, et une, à Salomon Benedict Hayum (Henri) Goldschmidt, un oncle. Bien qu’ayant refusé de se convertir, Maxime Dreyfus, l’époux de Claire de Saint-Victor, a été probablement plus libre dans le choix de ses témoins. Il a privilégié son inscription dans le monde artistique et littéraire en faisant appel à un peintre et à un homme de lettres.

Au vu des décorations obtenues [59], les hommes juifs font plus fréquemment appel à des témoins « prestigieux » (40 % vs 27 %), à l’inverse des femmes juives qui les dédaignent plus que les femmes chrétiennes (14 % vs 30 %) [60].

On voit, au travers des choix de témoins au mariage civil, les signes de l’intégration des élites juives aux élites chrétiennes alors que les partis chrétiens s’en tiennent à leurs coreligionnaires.

Les témoins du mariage religieux

Une comparaison reposant sur l’observation de 23 mariages pour lesquels actes civils et religieux ont été rassemblés permet d’observer si les témoins au mariage religieux sont les mêmes que ceux présents au mariage civil, sachant que l’Église admet des témoins non catholiques [61].

Pour 14 des 23 mariages, il s’agit des mêmes témoins aux deux cérémonies.

Dans quelques cas, on note le remplacement d’une personne par une personne de la même confession : Anselme Halphen, grand-père de la mariée, remplace Georges Halphen [62], cousin du père de la mariée, lors du mariage religieux de Pauline Halphen et François de Fonds-Lamothe. Victor Hugo, témoin au mariage civil de Claire de Saint-Victor (mariage avec Maxime Dreyfus), est « remplacé » par Alexandre Walewki, consul de France. Autre témoin prestigieux absent au mariage religieux, François Guizot qui est remplacé par Pierre-Antoine Berryer, membre de la chambre des députés (mariage Ernest de Grouchy et Caroline de Haber). De la même façon Denis Sauvage, propriétaire, remplace Gustave Rodrigues, témoin civil et oncle de la mariée.

Quelques changements de témoins s’expliquent éventuellement pour des raisons d’« incompatibilité » confessionnelle. C’était le cas du changement opéré lors du mariage d’Ernest de Grouchy et de Caroline de Haber, Denis Sauvage, propriétaire, remplaçant Gustave Rodrigues, témoin civil et oncle de la mariée. Edgard Stern, beau-frère et témoin civil de Jeanne Marie Fould [63], n’est plus présent à la cérémonie religieuse, remplacé selon le texte de l’acte par le comte A. de Percin, dont on peut penser qu’il s’agit d’Auguste de Percin de la famille de la mariée (Auguste est le mari de Marie Ephrussi, les Ephrussi étant alliés aux Fould).

Dans trois mariages, les remplacements confessionnels semblent systématiques. Il s’agit du mariage de Maurice-Jonathan Bischoffsheim avec Marie-Thérèse de Chevigné, mais aussi de deux des trois mariages Goldschmidt pour lesquels des dispenses pour empêchement en raison de disparité de culte ont été sollicitées. Dans le cas de Maurice-Jonathan Bischoffsheim, son frère Louis-Guillaume et son oncle Léopold Benedict Hayum Goldschmidt laissent la place à un diplomate et un officier belge. Lors du mariage religieux de Louise Hortense Goldschmidt (épouse Louis de Sartiges), seconde fille de ce même Léopold Goldschmidt, Ferdinand-Raphaël Bischoffsheim et Salomon Hayum Goldschmidt sont « remplacés » par « Son Excellence Don José Hidalgo, ancien ministre plénipotentiaire » et Maurice Villeroy, beau-frère de Louise Hortense. Lors du mariage religieux de Clara Julie Goldschmidt (épouse Ange Pastré), troisième fille de Léopold, Ferdinand-Raphaël Bischoffsheim et Salomon Hayum Goldschmidt sont cette fois « remplacés » par Émile Pascal, propriétaire, et par Maurice Villeroy.

Peut-être faut-il voir ici l’interdiction d’entrer dans une église imposée aux juifs et suivie par les plus religieux d’entre eux ou encore une certaine désapprobation de la part de personnes attachées au judaïsme [64].

Autre cas de figure : le troisième mariage « Goldschmidt », soit celui de Maurice Villeroy avec Marie-Emma. Ferdinand-Raphaël Bischoffsheim et Salomon Hayum Goldschmidt, à nouveau témoins civils, sont remplacés cette fois par Maurice de Hirsch et Adolphe Benedict Hayum Goldschmidt, oncle de Marie-Emma qui réside à Francfort, et tous les deux juifs.

La cérémonie religieuse

Saint-Philippe du Roule, Saint-Pierre de Chaillot, Sainte-Madeleine, Saint-Augustin, Saint-Pierre du Gros Caillou sont les églises où les cérémonies religieuses des mariages mixtes sont le plus souvent célébrées.

Cette liste n’est pas surprenante, ce sont les églises des paroisses des quartiers où résident de familles des élites juives et chrétiennes. Se pose alors la question de savoir si le profil religieux du parti juif ou anciennement juif modifie le déroulement d’une cérémonie qui s’éloignerait de ce qu’on est en mesure d’attendre d’un mariage unissant des représentants du grand monde. On observera les modalités de célébration du mariage religieux selon la conversion préalable ou non du conjoint juif.

Les modalités de la cérémonie religieuse en cas de non-conversion du conjoint juif

Parmi les mariages ayant donné lieu à des demandes de dispense de la part de l’époux chrétien pour disparité de culte, on dispose de données concernant les cérémonies religieuses des mariages des trois sœurs Goldschmidt. Dans le cas de Maurice Villeroy et Louise Hortense Goldschmidt, il apparaît à la simple lecture de la réponse reçue par Maurice Villeroy, que le consentement devait être « reçu à la Sacristie après une heure de relevée » [65]..

Lieu de préparation de la messe où se tiennent les objets de la liturgie, la sacristie n’est pas un lieu consacré. La bénédiction ne peut avoir lieu que l’après-midi, moment de moindre affluence. Cette bénédiction qui, dans le cas de Maurice Villeroy et Louise Hortense Goldschmidt, est célébrée par le curé de Saint-Philippe du Roule ne peut donc être véritablement considérée comme un mariage consacré par l’Église. De la même manière, la bénédiction des mariages de Louis de Sartiges et Louise Hortense Goldschmidt et d’Ange Pastré et Clara Goldschmidt ont lieu dans la chapelle de l’Assomption de l’église de la Madeleine. Dans les deux cas, c’est le curé de la Madeleine qui marie les époux.

Aucune annonce de ces mariages n’a été relevée dans Le Gaulois et Le Figaro. Autre exemple, celui de Jules Despetits de la Salle et d’Amélie Goldsmith célébré le 1er juillet 1856. C’est un vicaire de l’église Saint-Germain des Prés qui a procédé à la bénédiction, signe supplémentaire du caractère quelque peu dissimulé de la cérémonie.

Dernier exemple enfin, le mariage de Maxime Dreyfus et Claire de Saint-Victor. La cérémonie s’est tenue dans la salle basse de l’église de la Madeleine et la bénédiction a été donnée par le premier vicaire de cette église. Mariages discrets donc qui ne peuvent donner lieu à une publicité digne de la situation sociale des conjoints.

Les modalités de la cérémonie religieuse en cas de conversion récente du conjoint juif

On ne dispose que de 12 cas pour lesquels la date d’abjuration et l’acte de mariage religieux ont été relevés. Dans deux cas, le mariage est célébré dans une simple chapelle (Chapelle des catéchismes de la paroisse de Saint-Pierre du Gros Caillou, Chapelle de Notre-Dame des Victoires). On sait par ailleurs que, dans deux cas sur huit, il y a eu messe et bénédiction, les six autres cérémonies ont uniquement donné lieu à une bénédiction. Enfin, ces mariages bénéficient dans leur grande majorité d’une annonce nourrie dans les journaux mondains.

Il est possible d’élargir le corpus d’observation à 39 cas en se référant à des actes de mariages religieux ou des comptes rendus qu’en ont fait Le Gaulois ou Le Figaro, même si aucune mention d’abjuration n’a pu être relevée pour ces mariages dans les Archives de l’Archevêché de Paris.

Dans sept cas sur dix, la cérémonie s’est résumée à une simple bénédiction.

Le recours à des vicaires est relativement fréquent. Pour les mariages des deux sœurs de Haber, Clémence et Caroline, c’est, par exemple, le 3e vicaire de l’église Notre-Dame de Lorette qui a procédé à la célébration du mariage.

On peut également remarquer des dispenses de publication des bans (Mathurin Arman – Léontine Lippmann, Alexandre Berthier de Wagram – Berthe de Rothschild…), l’argument invoqué étant le caractère urgent de la célébration du mariage.

Certaines circonstances familiales peuvent expliquer la discrétion des cérémonies. Ainsi dans le cas du mariage d’Élise-Raphaëlle Cahen d’Anvers avec Ferdinand de Faucigny-Lucinge, « par suite de la mort récente de la mère de la fiancée, la cérémonie religieuse a été célébrée dans la chapelle des catéchismes de la paroisse [66]» de Saint-Pierre du Gros Caillou. Ce mariage a donné lieu à une bénédiction et à une messe. De même, le second mariage de la duchesse Ney d’Elchingen, née Paule Heine, avec Victor Masséna, duc de Rivoli, a lieu peu de temps après la mort du Prince Ney de la Moskowa, oncle de son premier mari, à qui elle avait demandé d’être son témoin. Le mariage est célébré dans la Chapelle des Carmes par l’Archevêque de Paris, seuls les époux et leurs témoins sont présents [67][67] Le Gaulois, 19 octobre 1882. .

À l’inverse certains mariages ne semblent pas être régis par une volonté de discrétion qui serait liée à l’origine non chrétienne ou au catholicisme récent de l’un des conjoints. Outre le choix d’églises de l’Ouest parisien, on peut relever le recours à des prélats prestigieux, ainsi le Cardinal archevêque de Paris, pour Marie Paule Heine et Victor Masséna, Duc de Rivoli. L’évêque de Versailles célèbre les mariages de Jean Gourgaud de Taillis avec Louise-Claire Cahen d’Anvers et de Ferdinand de Faucigny-Lucinge avec Élise-Raphaëlle Cahen d’Anvers, l’évêque de Soissons celui de Victor de Montesquiou-Fezensac et Benedetta Worms de Romilly, et l’archevêque de Bourges de René de La Ferté-Meun et Henriette Porgès. Enfin, c’est le nonce apostolique qui a célébré, dans la chapelle de la Nonciature, le second mariage d’Alice Heine, veuve en premières noces du Duc de Richelieu, avec le Prince Albert Ier de Monaco.

La presse et les mariages mixtes

Les comptes rendus du Gaulois et du Figaro font pleinement prendre la mesure du caractère mondain de nombre des mariages « mixtes ». Il y a souvent une « foule nombreuse », plus rares sont les mariages célébrés dans la « plus stricte intimité ».

À propos du mariage de Marie-Thérèse de Chevigné et de Maurice-Jonathan Bischoffsheim, Le Gaulois fait état d’une longue liste de près de 128 personnes présentes [68] alors que la cérémonie religieuse unissant Paule Heine et le Duc de Rivoli se fait en présence de sept personnes : les conjoints, leurs témoins et le cardinal archevêque de Paris [69.

Le cortège, toujours « très élégant », est parfois décrit.

Ainsi pour le mariage d’Élisabeth Cahen d’Anvers avec le Comte de Forceville célébré le 5 octobre 1896. « La fiancée […] a fait son entrée à l’église au bras de son père, le comte Louis Cahen d’Anvers. Le fiancé donnait le bras à la comtesse de Forceville, sa mère. Le cortège était ainsi formé : Comte de Forceville et comtesse Louis Cahen [d’Anvers], comte Raphaël Cahen d’Anvers et comtesse de Camondo, baron de Forceville et baronne de La Force, M. Robert Cahen [d’Anvers] et Mme Montefiore, M. Roger de Morry et baronne de Forceville, comte de Camondo et Mme Albert Cahen [d’Anvers], baron Eugène de Forceville et comtesse du Plessis, M. Albert Cahen [d’Anvers] et baronne de Morpurgo, M. de Bodart et baronne Eugène de Forceville, M. de Montefiore et comtesse du Taillis, Comte du Plessis et Mme de Bodart… »

Notons que si M. de Montefiore est accompagné de la comtesse du Taillis, celle-ci est née Emma Cahen d’Anvers. Elle est la cousine d’Élisabeth Cahen d’Anvers, future comtesse de Forceville. M. de Montefiore est accompagné d’une personne « proche » de la mariée. Les couples alors formés ne correspondent pas aux couples « officiels ». Il semble en tout cas qu’ils réunissent des invités soit du marié, soit de la mariée, sans qu’aucun mélange confessionnel ne soit effectué.

Le faste des cérémonies peut aussi se déduire de la description des intermèdes musicaux qui accompagnent le déroulement du mariage.

Ainsi au cours du mariage de Marie-Thérèse de Chevigné et Maurice-Jonathan Bischoffsheim, Le Gaulois précise que « le programme musical, choisi par l’abbé Jouin [curé de la paroisse Saint-Augustin en charge de la bénédiction du mariage], comprenait des œuvres de Mozart, Gounod et Saint-Saëns ; il a été fort bien exécuté par la maîtrise de la paroisse. M. Auguez, de l’Opéra, s’est également fait entendre pendant la messe » [70]..

Enfin, les mariés et leurs invités se retrouvent par la suite à la réception donnée par la famille de la jeune épouse dans l’hôtel particulier de ses parents.

Ainsi « M. Théodore Porgès a donné une réception fort brillante en son hôtel de l’avenue de Friedland. D’une à trois [heures], une foule des plus élégantes n’a cessé de circuler dans les beaux salons décorés d’une façon charmante d’une profusion de fleurs [71».

Conclusion

Les alliances entre la haute société juive et aristocratie et bourgeoisie chrétienne ne sont plus exceptionnelles à partir du Second Empire.

Pour l’aristocratie, elles sont en vogue jusqu’à la guerre de 1914 puis deviennent plus rares par la suite, au contraire de la bourgeoisie pour laquelle le mouvement continue de s’amplifier dans l’entre-deux-guerres.

En ce qui concerne la noblesse ces mariages correspondent probablement à un moment particulier de son histoire qui s’achève avec la première guerre mondiale : en phase de régression économique, les partis nobles se sont mis en quête de dots auprès de familles [72], elles, en quête de légitimité sociale et sensibles au capital symbolique dont était détentrice la noblesse [73].

Pour la bourgeoisie, il s’agit probablement d’une tendance profonde d’une ouverture matrimoniale progressive de la société juive aux partis chrétiens qui perdure dans l’entre-deux-guerres.

Ces alliances « mixtes » mettent en présence les familles juives les plus prestigieuses comme les grands noms de l’aristocratie et les familles importantes de la bourgeoisie d’affaires.

Ce ne sont pas exclusivement les familles de noblesse d’apparence qui contractent de telles unions : les familles de noblesse authentique et parmi les plus anciennes se lient à la société juive.

Les mariages qui voient une femme juive rejoindre une famille chrétienne et perdre son patronyme au profit de celui de son mari sont plus fréquents dans le cas des familles nobles.

Ce sont souvent les aînés de ces familles, détenteurs du titre, qui contractent de telles alliances.

L’union d’un homme de confession israélite avec une chrétienne s’observe plus régulièrement avec les familles de la bourgeoisie.

Alors que ces alliances concernent un élément isolé de la famille chez les chrétiens, ce sont plusieurs sœurs d’une même fratrie qui peuvent contracter de tels mariages chez les juifs.

Pour les juifs, ces alliances ne sont pas « accidentelles » mais répondent véritablement à une stratégie de fusion avec les élites en place.

Pour les représentants de la confession minoritaire, se marier avec un catholique entraîne, le plus souvent à court terme, et plus rarement à moyen terme, le renoncement à sa conviction religieuse première.

La prise en compte du nombre de conversions au regard des cas de cérémonies ayant entraîné une demande de dispense d’empêchement pour disparité de culte, témoigne de l’attachement relatif des jeunes femmes juives au judaïsme.

Par ailleurs, pour celles ne s’étant pas converties avant leur mariage, le court délai entre la cérémonie du mariage et leur conversion montre à nouveau qu’elles renoncent au judaïsme sans résistance.

Les enfants issus du couple sont appelés à embrasser la religion catholique et tout retour au judaïsme semble exclu.

Photo de présentation : Le marié est le fils d’Antoine XI Alfred Agénor de Gramont, duc de Guiche puis 11educ de Gramont, issu d’une des plus vieilles familles de la noblesse française, et de Marguerite de Rothschild, descendante de la dynastie emblématique de la finance juive.

Notes
  • [1]
    Éric Mension-Rigau (éd.), Journal de Constance de Castelbajac, marquise de Breteuil, 1885-1886, Paris, Perrin, 2003, p. 195-196.
  • [2]
    Les Grouchy sont originellement une famille de noblesse immémoriale.
  • [3]
    Cyril Grange, « Les familles de la grande bourgeoisie juive parisienne sous la IIIe République : stratégies et réseaux », mémoire original pour l’obtention de l’Habilitation à Diriger des Recherches, Université Paris-Sorbonne, 2008, p. 338.
  • [4]
    Les Pastré sont comtes romains depuis 1884.
  • [5]
    Les principales sources utilisées dans cet article viennent des Archives de Paris (Etat civil de Paris, Tables Décennales et registres de naissance, mariage, décès, 1860-1950 ; Registres de catholicité de l’Archevêché de Paris, série D6J) ; ainsi que du Greffe de l’Officialité de Paris – Archives historiques de l’Association Diocésaine de Paris (Fulmination de dispenses, 4°R 04 : volume 1819-1845 ; 4°R 05 : volume 1845-1871 ; 4°R 06 : volume 1871-1889. Dispenses en vertus d’indults spéciaux : 4°R011 : 1857-1871 ; 4°R012 : 1871-1887 ; 4°R013 : 1887- 1910 ; Registres d’abjuration ; Série 4°R E).
  • [6]
    On citera, entre autres, John Henry Richter, The Ancestry and inter-family Relationships of a few selected Families of Jewish Financiers in central and western Europe since about 1700, University of Ann Arbor, Michigan, 1992, et Alexander Dietz (Isobel Mordy éd.), The Jewish Community of Frankfurt, A genealogical study 1349-1849, Camelford, Vanderher Publications, 1988, ainsi que Joseph Valynseele et Henri-Claude Mars, Le sang des Rothschild, Paris, L’Intermédiaire des Chercheurs et des Curieux, 2004, ou encore Anthony Allfrey, The Goldschmidts, Frome (Somerset), Butler & Tanner, 2004.
  • [7]
    Pour une présentation plus exhaustive de la méthodologie suivie, voir Cyril Grange, « Les familles de la grande bourgeoisie juive parisienne sous la IIIe République : stratégies et réseaux », op. cit.
  • [8]
    Pourcentage calculé à partir de 67 cas.
  • [9]
    Le nombre total de cas observé s’élève à 150.
  • [10]
    Les pourcentages de la noblesse issue de la Restauration et de la noblesse étrangère atteignent respectivement, 1,3 % et 4 %.
  • [11]
    En fait pour Grouchy et Berthier de Wagram le principe de noblesse est plus ancien puisqu’il remonte à 1371 pour le premier et à 1763 pour le second. Régis Valette, Catalogue de la Noblesse française contemporaine, Paris, Robert Laffont, 1989, p. 98 et p. 41.
  • [12]
    L’effectif des mariages observés est de 62 pour le XIXe siècle et de 67 pour le XXe siècle.
  • [13]
    Dans ce cas certes, Louis Marie Alexandre Berthier est le seul représentant mâle de la fratrie. François Lalliard, La Fortune des Wagram, de Napoléon à Proust, Paris, Perrin, 2002.
  • [14]
    Trois frères avaient précédé Rodolphe : Henri, mort en 1880 à 20 ans, Robert et Aymard Gaspard décédés tous les deux en bas âge.
  • [15]
    Cette fratrie comportait par ailleurs deux autres filles : une morte à 20 ans, une autre à 42 ans, restée célibataire.
  • [16]
    Mariée au prince Marco Borghese en 1899. Anita et Henriette sont « accompagnées » par leurs cousines issues de germain Henriette : mariage avec René de La Ferté-Meun en 1899, et Clarisse : mariage avec André Chevrillon en 1901.
  • [17]
    La sœur aînée de Marie Juliette, Nadine (1874-1888) est décédée à 14 ans.
  • [18]
    E. Sédillière, « Historique des empêchements de disparité de culte de mixte religion », Thèse, Paris, Faculté de Droit Canonique, 1931, p. 94.
  • [19]
    « Jusqu’à l’apparition du Code de Droit Canonique, l’empêchement de disparité de culte comme celui de mixte religion tiraient toute leur valeur de la coutume qui avait force de loi dans l’Église universelle ». L’apparition du Code a comme conséquence qu’on « ne fera plus appel à la coutume, pour légitimer, prouver la force de ces empêchements. Le nouveau Code les a introduits dans ses articles », ibid., p. 94. Il faut distinguer l’empêchement pour disparité de culte qui concerne les hérétiques dont les juifs, de l’empêchement de religion mixte. Dans ce dernier cas, l’union met en présence deux personnes baptisées » dont l’une est catholique, et l’autre enrôlée dans une secte hérétique ou schismatique, adscripta, ibid. p. 98.
  • [20]
    Ibid., p. 101.
  • [21]
    C’est le pape qui seul peut dispenser de l’empêchement mais le souverain pontife a coutume d’accorder les dispenses par l’intermédiaire des Sacrées Congrégations et des Tribunaux.
  • [22]
    E. Sédillière, op. cit., p. 106 (canons 1062 et 1063 du Code de droit canonique).
  • [23]
    Ibid., p. 94.
  • [24]
    Ibid., p. 105.
  • [25]
    Ibid., p. 113.
  • [26]
    Frédéric Gugelot, « De Ratisbonne à Lustiger. Les convertis à l’époque contemporaine » Archives Juives, n° 35/1, 1er semestre 2002, p. 9. Philippe Landau, « Se convertir à Paris au XIXe siècle », Archives Juives, n° 35/1, 1er semestre 2002, p. 29-30.
  • [27]
    Philippe-E. Landau, op. cit., p. 29.
  • [28]
    Werner E. Mosse, « From “Schutzjuden” to “Deutsch Staatsbürger Jüdischen Glaubens” : The long and bumpy Road of Jewish Emancipation in Germany », in Pierre Birnbaum, Ira Katznelson (éd.), Paths of Emancipation, Jews, States, and Citizenship, Princeton, Princeton University Press, 1995, p. 70 et p. 84.
  • [29]
    Jacob Katz, Hors du ghetto – L’émancipation des juifs en Europe (1770-1870), Paris, Hachette, 1984, p. 221.
  • [30]
    Registres de catholicité de l’Archevêché de Paris, série D6J, Archives de Paris.
  • [31]
    Archives de l’Archevêché de Paris. Registre du Greffe de l’Officialité de Paris, Fulmination de dispenses, vol 11/12/1871 à 30/12/1889, cote 4°R 06, respectivement en date du 10 décembre 1879, 15 février 1886 et 18 décembre 1886.
  • [32]
    Anthony Allfrey, The Goldschmidts, Frome (Somerset), Butler & Tanner, 2004, p. 165.
  • [33]
    Ibid.
  • [34]
    Roland Caty et alii, Les patrons du Second Empire, vol. 5 : Marseille, Paris, Éditions Cenomane, 1999, p. 224-226.
  • [35]
    Acte de mariage de Maurice Villeroy et Marie Emma Goldschmidt, en date du 13/12/1879, Archives de Paris, Paroisse Saint-Philippe du Roule, 5200, n° 12.
  • [36]
    Archives de l’Archevêché de Paris. Registre du Greffe de l’Officialité de Paris, Fulmination de dispenses, vol 11/12/1871 à 30/12/1889, cote 4°R 06, en date du 10 décembre 1879.
  • [37]
    Acte de mariage de Louis de Sartiges et Louise Hortense Goldschmidt, en date du 26 février 1886, Archives de Paris, Archives de l’Archevêché, Paroisse de La Madeleine, 6448 n° 46.
  • [38]
    E. Sédillière, op. cit., p. 106 (canons 1062 et 1063 du Code de Droit Canonique).
  • [39]
    L’acte se présente ainsi : « Le 11 avril 1887 a été baptisé avec l’autorisation de Sa Grandeur Monseigneur l’Archevêque de Paris dans la Chapelle des Religieuses de Notre Dame de Sion, 61 rue Notre-Dame des Champs par nous Prêtre soussigné, Marie Clara Goldschmidt, épouse d’André Pastré, née dans la religion israélite à Francfort sur le Main, le 4 mars 1866, fille de Léopold Goldschmidt et de Régine-Reine Bischoffsheim demeurant à Paris 8 rue d’Anjou. »
  • Le parrain était M. Pierre Jules Pastré, rue du Faubourg-Saint-Honoré.
  • La marraine était Madame la Comtesse Emma Caroline Angélique Hubertine de Beaulaincourt-Marles, 16 rue Washington.
  • [40]
    Théodore et Alphonse Ratisbonne sont issus de la famille des banquiers Ratisbonne de Strasbourg, proche des Worms de Romilly et des Cerfberr.
  • [41]
    Madeleine Comte, « De la conversion à la rencontre. Les religieuses de Notre-Dame de Sion (1843-1986), Archives Juives, n° 35/1, 1er semestre 2002, p. 103.
  • [42]
    Ibid., p. 108.
  • [43]
    Acte d’abjuration de Marie Juliette Amélie Élisabeth dite May Ephrussi, Archives de l’Archevêché de Paris/Registre des abjurations/4°rE7.
  • [44]
    Le Gaulois, 17 juin 1888, page 2.
  • [45]
    L’ensemble des informations relatives à Pauline Veil-Picard et à sa famille sont issues de Robert Genevoy, « Les Veil-Picard – Une famille de financiers bisontins », Archives juives, 1985, n° 1 et 2, p. 15-32.
  • [46]
    Pierre-Marie Dioudonnat, Encyclopédie de la fausse noblesse et de la noblesse d’apparence, Paris, Sédopols, 1982, p. 337.
  • [47]
    À propos de Jacques Stern, le polémiste Henry Coston écrit : « Trois mois après le décès de son père, Jacques Stern épousa Sophie Croizette, la grande actrice française rivale de Sarah Bernhardt […]. Il vivait avec elle depuis plusieurs années et elle avait quitté la Comédie Française. Mais bien qu’elle eût abandonné les planches depuis 1882, le vieux Stern, israélite pratiquant et intransigeant, s’était opposé au mariage de son fils avec cette non-juive », Henry Coston, Dictionnaire des dynasties bourgeoises et du monde des affaires, Paris, Éditions Alain Moreau, 1975, p. 539.
  • [48]
    Le Gaulois, 23 juillet 1900.
  • [49]
    Calculs réalisés sur un corpus de 56 mariages unissant un parti juif et un parti aristocrate.
  • [50]
    55 % de témoins de même génération pour les femmes juives (contre 50 % pour les non-juives), et respectivement 40 % et 50 % pour les témoins de génération « +1 ».
  • [51]
    La faiblesse des cas de mariage d’un homme juif avec une femme de l’aristocratie fait que la comparaison des choix de témoin la concernant n’est pas véritablement possible.
  • [52]
    Zélie Ratisbonne, la femme d’Alfred Lalouel de Sourdeval, a une tante Zélie Caroline Ratisbonne, femme d’Emmanuel Worms de Romilly. La sœur de ce dernier, Germaine, est la belle-sœur de Samuel de Haber, le père de Laure Fanny Sophie.
  • [53]
    Mariée au prince Marco Borghese, le 29 avril 1901 à Paris.
  • [54]
    Mariée à Ferdinand de Faucigny-Lucinge, le 2 juillet 1901, à Vaux le Pénil.
  • [55]
    Ces mariages sont diversement appréciés par la famille Rothschild. À ce propos, cf. François Lalliard, La Fortune des Wagram, de Napoléon à Proust, Paris, Perrin, 2002, p. 264-265 ou encore Élisabeth de Gramont, Mémoires, tome I, Au temps des équipages, op. cit., p. 134.
  • [56]
    Il est le neveu de Samuel et Maurice de Haber.
  • [57]
    On relève Laurent Charles Huchet, Comte de la Bedoyère et Georges Huchet de la Bedoyère pour Paule Heine. Les témoins d’Alice Heine sont Lucien Bellando de Castro, aide de camp du Prince de Monaco et Victor Massena, Duc de Rivoli, l’époux de sa cousine Paule.
  • [58]
    18 sur les 52 étudiés ici.
  • [59]
    Ce sont celles mentionnées dans les actes d’état civil pour les témoins. Il s’agit quasi exclusivement de la Légion d’honneur.
  • [60]
    Les pourcentages doivent être lus ainsi : 8 témoins sur les 20 choisis au total par les hommes juifs contractant un mariage mixte sont distingués par une décoration, soit 40 %. Le pourcentage est de 27 % pour les témoins choisis par les partis chrétiens mâles (total des témoins : 84). Les proportions pour les épouses sont les suivantes : 14 % des témoins des femmes juives (sur un total de 84) ont été distingués, le pourcentage est de 30 % pour les épouses chrétiennes. (20 témoins au total).
  • [61]
    Il a fallu s’assurer de l’absence d’un biais de sélection : les caractéristiques des témoins civils (membre de la parenté, judaïté…) sont semblables à celles relevées pour l’échantillon global des 52 actes observés plus haut. Les pourcentages calculés pour ces 23 actes sont suffisamment proches pour mettre en relation les résultats obtenus pour les témoins civils et ceux obtenus pour les témoins religieux. Les couples pour lesquels on dispose des deux actes civils et religieux ne « diffèrent » pas significativement des couples pour lesquels l’acte de mariage religieux n’a pu être relevé. Ainsi on a relevé 61 % de témoins dans la parenté (59 % pour le corpus des 52 mariages), 67 % pour les femmes (65,4 % pour le corpus des 52 mariages). De même, la part des témoins juifs des épouses juives est 53 % (57 %) et la part des témoins issus de la parenté lorsque la femme est juive atteint 69 % soit le même pourcentage que dans le cas du corpus des 52 mariages.
  • [62]
    Respectivement fils aîné et petit-fils du joaillier Salomon Halphen, le fondateur de la dynastie.
  • [63]
    Il est le mari de Marguerite Fould, la sœur de Jeanne Marie.
  • [64]
    L’interdiction de pénétrer dans l’enceinte d’une église figure dans le Choulhane Aroukh (Yore Deah à partir du chapitre 139) titre donné à la codification classique de la loi religieuse juive (Halakha). Elle marquerait la désapprobation du judaïsme à l’égard des valeurs que ce bâtiment symbolise. Il en va de même pour la croix ou tout autre symbole idolâtre.
  • [65]
    Archives de l’Archevêché de Paris. Registre du Greffe de l’Officialité de Paris, Fulmination de dispenses, vol 11/12/1871 à 30/12/1889, cote 4°R 06. En date du 10 décembre 1879.
  • [66]
    Le Gaulois, 12 juillet 1891.
  • [67]
    Le Gaulois, 19 octobre 1882.
  • [68]
    Le Gaulois, 28 janvier 1902.
  • [69]
    Le Gaulois, 19 octobre 1882.
  • [70]
    Mariage de Marie-Thérèse de Chevigné et Maurice Bischoffsheim, Le Gaulois, 28 janvier 1902.
  • [71]
    Le Gaulois, 1er mai 1901.
  • [72]
    Pour une étude des alliances mixtes sous l’angle économique, on pourra se reporter à Cyril Grange, « Les alliances de l’aristocratie avec les familles de financiers juifs à Paris dans la seconde moitié du XIXe siècle : une étude des contrats de mariage », dans Paola Ferruta, Daniel Tollet, Martin Dumont (éd.), Entre judaïsme et Christianisme : les conversions en Europe de l’époque moderne à l’apparition de l’antisémitisme politique, actes du colloque de Paris, 24-25 octobre 2014, à paraître en 2015, Paris, Honoré Champion.
  • [73]
    On observe un phénomène semblable avec les riches héritières américaines. Ruth Brandon, The Dollar Princesses : the American Invasion of the European Aristocracy, 1870-1914, Londres, Weidenfeld and Nicolson, 1980.

https://www.cairn.info/

Auteur :  Cyril Grange

Directeur de recherche au CNRS (Centre Roland Mousnier, UMR 8596). Ses travaux portent sur l’histoire sociale des élites dans la France des XIXe et XXe siècles et plus particulièrement, actuellement, sur les familles de la grande bourgeoisie juive parisienne. Cette thématique a fait l’objet de son habilitation à diriger des recherches (2008). Cyril Grange a par ailleurs contribué à l’élaboration d’un logiciel d’analyse des réseaux de parenté

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