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Les expéditions conduites par les généraux romains contre le royaume de Nabatène à la fin de la République n’ont pas beaucoup retenu l’attention de ceux qui ont étudié la politique des imperatores en Orient.

CarteNabatene14

Si les principaux ouvrages mentionnent les guerres d’Aemilius Scaurus, Gabinius et Ventidius, aucune explication, aucune justification satisfaisante n’est fournie de ces difficiles campagnes en Arabie Pétrée.

Les motifs invoqués paraissent si futiles ou si vagues qu’on ne peut s’en contenter. Qu’on me permette de donner quelques exemples représentatifs des différentes théories avancées.

Je n’insisterai pas sur la notice de J. Andrieu dans son édition de La Guerre d’Alexandrie l : « Les Nabatéens… étaient depuis longtemps hostiles aux Égyptiens. Pompée et son lieutenant Aemilius Scaurus avaient obtenu une feinte soumission du prédécesseur de Malchos en 63 et en 60 av. J.-C. De là, des rancunes contre Pompée ».

L’allusion à l’hostilité ancienne des Nabatéens envers les Égyptiens (il s’agit du pillage des convois ptolémaïques en Mer Rouge), empruntée à Strabon 2 et à Diodore 3, c’est-à-dire à Agatharchide de Cnide, justifiée au IIe siècle av. J.-C, n’est plus fondée au Ier siècle : Strabon et Diodore signalent tous deux qu’une expédition punitive des Lagides en Mer Rouge a mis fin à cette piraterie nabatéenne.

J. Andrieu semble indiquer en outre que Pompée puis Scaurus firent campagne, ce qui n’est pas le cas. Quant à la soumission feinte des Nabatéens et à la rancune 4 supposée de Malichos, je n’en trouve nulle trace dans les textes.

E. Schürer 5, donnant un récit plus exact des diverses expéditions, ne cherchait pas à en fournir d’explication. F.-M. Abel, seul ou presque à ne pas s’intéresser qu’aux expéditions de Pompée et de Scaurus, attribue des causes différentes aux épisodes successifs de la lutte. Si l’expédition de Scaurus lui semble destinée à « confirmer Arétas III dans (les) bonnes dispositions » 6 qu’il venait de manifester à l’égard de Pompée, celle de Gabinius lui paraît motivée de façon plus complexe : « essayer de faire entrer les Arabes dans le cadre de la province, extorquer une sérieuse contribution et ajouter un nouveau titre de gloire au proconsul sortant, dans la perspective des honneurs du triomphe » 7. Quant à Ventidius, il exigeait une lourde amende comme châtiment de la « trahison » de Malichos au profit des Parthes 8.

J. van Ooteghem ne semble pas avoir de position bien arrêtée sur la question. S’il admet comme F.-M. Abel 9 l’intérêt économique et fiscal de la Nabatène pour Rome 10, il hésite sur les raisons profondes des campagnes de Pompée 11 : « Pompée déclara (aux Juifs) qu’il désirait traverser le pays pour aller châtier le chef des pillards 12 nabatéens, Arétas III, ethnarque de Pétra. Son véritable dessein était de suivre la vallée du Jourdain et d’atteindre Jérusalem où il pourrait dicter ses volontés. Aristobule fut assez fin pour flairer ce projet et se prépara à la résistance ».

Il s’agirait donc, selon J. van Ooteghem d’une simple ruse de Pompée qui n’aurait pas vraiment l’intention de s’attaquer à Pétra 13.

Mais, le même auteur 14 doit renoncer à cette hypothèse un peu plus loin dans son ouvrage puisque, selon lui, Pompée reprit l’expédition après le siège de Jérusalem « pour mater le turbulent ethnarque des Nabatéens » et, surtout, contrôler le trafic de la Nabatène.

On remarquera au passage que la qualification des Nabatéens et de leur roi comme de turbulents pillards est automatique et ne nécessite aucune justification.

Cela est d’autant plus étrange qu’ailleurs J. van Ooteghem écrit 15 que Pompée tenta d’isoler les Parthes par des États vassaux : l’Osrhoène d’Abgar, Émèse de Sampsigéramos, « Damas des Nabatéens et Gadara de Demetrios » 16. L’incohérence est flagrante et aucune de ces hypothèses n’est étayée.

Edouard Will ne mentionne qu’au passage la tentative de Pompée reprise par Scaurus : « afin que la Judée fût sans danger pour la Syrie romaine, ce n’était point Aristobule seul qu’il fallait éliminer, mais encore son véritable concurrent pour la prépondérance en Syrie méridionale, Arétas » 17.

E. Badián, sans entrer dans les détails, replace la campagne de Scaurus dans un contexte plus large, celui de l’exploitation financière des royaumes clients : « II (Arétas III) avait fait acte d’allégeance envers Pompée et n’avait donné aucun prétexte de lui faire la guerre. Pourtant Scaurus n’eut aucun scrupule à lancer son attaque » 18.

Quand on aura encore citer l’opinion de M. Cary 19 pour qui le désir de se glorifier d’avoir pu pousser les frontières de l’Empire jusqu’à la Mer Rouge l’emporte sur l’importance attachée à la conquête d’une ville riche en épices et en produits précieux, et celle de Jean Starcky 20 qui estime que Pompée voulait intégrer les Nabatéens à la nouvelle province de Syrie, on aura fait le tour des explications proposées.

On reste étonné par la gratuité de bon nombre d’affirmations.

Certains doutent de l’intention de Pompée d’aller réellement en Arabie Pétrée; le plus grand nombre se contente de faire appel à de vagues raisons, comme le brigandage nabatéen qui doit être une vérité d’évidence car aucun auteur ne donne jamais la moindre référence qui puisse attester la survivance de cette piraterie au Ier siècle av. J.-C.

En règle générale, on enregistre le fait sans se soucier des causes profondes 21. Seuls Ed. Will et E. Badián paraissent avoir sérieusement cherché une explication qui puise ses racines dans la politique générale ou locale : Ed. Will la trouve dans la nécessaire sécurité de la Syrie romaine, E. Badián conclut au contraire qu’il n’y a aucune raison locale mais que ces actions découlent de la politique générale de Rome à l’égard des princes clients.

Cette lacune de la réflexion historique n’est pas le fruit du hasard mais est le reflet de notre documentation.

Les auteurs anciens se contentent le plus souvent d’énoncer les faits. Lorsqu’ils donnent une explication, c’est la plus conventionnelle qui soit. Ainsi Dion Cassius 22 : « Pompée se tourna contre Arétas. Ce dernier roi était roi des Arabes maintenant sujets des Romains jusqu’à la Mer Rouge. Auparavant, il avait harcelé plusieurs fois la Syrie et avait eu, pour cette raison, à combattre contre les Romains qui la défendaient; vaincu par eux, il n’en continua pas moins la guerre ».

Malgré l’imprécision de l’auteur, les Nabatéens apparaissent comme des agresseurs ayant déjà eu maille à partir avec les Romains.

On verra plus loin combien ce texte est loin de la réalité. Appien 23 enregistre l’événement sans en donner les causes; cependant, dans un passage 24, il ajoute que les deux successeurs de Scaurus luttèrent « τους γείτονας ένοχλουντας « Αραβας » sans préciser la nature des troubles.

Plutarque25 est à l’origine de l’explication retenue par F.-M. Abel pour l’expédition de Pompée : « Le roi des Arabes de la région de Pétra, qui jusque-là ne faisait aucun cas des Romains, éprouva alors une grande peur et écrivit à Pompée qu’il était résolu à lui obéir absolument en tout. Pour le fortifier dans ces dispositions, Pompée mena son armée devant Pétra ».

Les auteurs les plus proches de l’événement sont moins bavards. Diodore n’invoque aucun motif 26. Strabon 27 reste dans le vague : « Les Nabatéens envahirent souvent la Syrie avant de devenir sujets des Romains ».

On le voit, auteurs anciens et modernes se rejoignent : on connaît l’existence d’expéditions romaines contre les Nabatéens mais on en ignore les raisons ; mieux, on se contente d’enregistrer, à deux ou trois exceptions près, que les Nabatéens devaient faire peser une menace sur la domination romaine en Syrie, sans invoquer un seul fait précis en faveur de cette thèse.

Je me propose donc de reconstituer dans les pages qui suivent le déroulement des événements.

Les sources sont assez confuses sur le nombre des campagnes, leurs chefs et leurs résultats. On tâchera de rétablir la chronologie en mettant en évidence certaines erreurs ou confusions des historiographes antiques.

Le récit de ces relations romano-nabatéennes me permettra chemin faisant d’examiner le bien-fondé de la théorie de la menace nabatéenne.

Le brigandage, l’expansionisme nabatéens invoqués ici ou là ont-ils existé? Ne sont-ils pas, déjà dans les sources antiques, les résultats d’une savante propagande masquant les vraies raisons des interventions romaines? Peut-on, enfin, découvrir ces raisons?

petra (2)

L’histoire des Nabatéens est très mal connue avant Ier siècle av. J.-C. 28.

Il est inutile d’en rappeler ici les épisodes les plus anciens. Quand on commence à suivre un peu mieux l’histoire du royaume, à la fin du IIè siècle et au début du Ier, les Nabatéens apparaissent organisés en un puissant royaume dominant le nord-ouest de la péninsule arabique, le Négev, les plateaux d’Edom jusqu’au sud de la Mer Morte.

Les intérêts du royaume se heurtent vigoureusement à ceux que manifestent à la même époque les rois hasmonéens de Jérusalem.

Les rois de Pétra, dont le royaume s’étend au sud et l’est du royaume juif, ont combattu et continuent à combattre leurs rivaux juifs dans le Négev (affaire de Gaza, vers 100), sur les plateaux de Moab, en Galaad (ou Djawlàn).

Sans entrer dans le détail, retenons qu’il existe, lors de l’arrivée effective de troupes romaines dans la région, une longue tradition de rivalité territoriale et politique entre les deux royaumes et que les Nabatéens revendiquent notamment plusieurs secteurs (en particulier dans le pays de Moab) que leur a arraché Alexandre Jannée au cours des trente années précédentes.

Si la situation n’est pas à l’avantage des Nabatéens dans le conflit avec la Judée, en revanche, Arétas III a su conduire brillamment l’expansion nabatéenne vers le nord, vers la Syrie séleucide.

Les Nabatéens étaient déjà nombreux dans le Hawrân dès la première moitié du IIe siècle où ils nomadisent 29 et la région est sous leur domination au Ier siècle av. J.-C. En revanche, Damas est restée séleucide au début du siècle. Mais l’affaiblissement de l’autorité des rois séleucides, leurs rivalités incessantes, favorisent la progression nabatéenne vers le nord.

Après la défaite d’Antiochos XII devant les Nabatéens en 87 30, Damas, livrée à elle-même et menacée par la convoitise des Ituréens de l’Anti-Liban, fit appel au nouveau roi de Pétra, Arétas III 31. Celui-ci, bientôt décoré du titre de Philhellène, frappa monnaie à Damas entre 86-85 et la prise de la ville par Tigrane d’Arménie en 72 32. La domination nabatéenne sur la Syrie méridionale devenait éclatante pour une quinzaine d’années.

Lorsque Tigrane évacua la Syrie en 69, les Nabatéens ne semblent pas avoir repris possession de Damas. Flavius Josephe, lorsqu’il mentionne les événements dont il sera question plus loin, ne fait pas la moindre allusion à une présence nabatéenne dans cette ville; il ne donne pas les raisons de la venue des légats pompéiens Lollius et Metellus Nepos en 66 ou 65, ni ne dit à qui ils prirent la ville33. Strabon mentionne en revanche plusieurs incursions nabatéennes en Syrie34 « Ναβαταΐοι πολλάκις κατέτρεχον αυτής πρίν ή ‘Ρωμαίων γενέσθ-αι » ce qui ne peut guère s’entendre que durant la période qui nous intéresse ici 35.

S’agit-il d’une autre invasion que celle qui aboutit à l’occupation de Damas par Arétas III entre 85 et 72? Y eut-il une autre tentative nabatéenne dans la région entre le départ de Tigrane et l’arrivée des légats de Pompée? C’est possible. Le témoignage de Dion Cassius 36 prouverait que les Romains eurent à combattre Arétas en Syrie même, ce qui exclut la période antérieure à 65 cependant.

En tout cas, si Arétas tenta de reprendre Damas, il échoua. En effet, Josephe mentionne l’envoi dans cette ville par Alexandra, veuve d’Alexandre Jannée, d’une armée hasmonéenne chargée de protéger la ville contre les exactions de l’Ituréen Ptolémée, fils de Mennaios 37. Ce fut d’ailleurs un échec 38. La date de cette expédition est difficile à établir. Josephe en fait état juste avant le siège de Ptolémaïs par Tigrane, en 69; si les deux événements se suivent de près ou sont contemporains, on devra admettre que Tigrane a évacué Damas avant de s’être décidé à évacuer toute la Syrie.

Si l’expédition juive est plus ancienne, elle doit remonter au moins à l’année 72 et se situer entre le repli d’Arétas III et l’arrivée de Tigrane; il faudrait alors en conclure que les Nabatéens n’ont pas été chassés de Damas par Tigrane mais par les Ituréens de la principauté de Chalcis.

Pour se protéger, les Damascenes auraient fait appel à Alexandra puis, après l’échec de celle-ci, à Tigrane, Cette solution me paraît très vraisemblable et plus fidèle au texte de Josephe. En tout cas, il n’y a aucun argument qui puisse être invoqué en faveur d’une nouvelle occupation nabatéenne en Damascène après 69.

Au contraire, J. Starcky 39 place en 70-69 une monnaie des « Damascenes » qui indique que la ville est libre à cette époque. Le texte de Dion Cassius est trop vague pour être pris comme preuve d’une nouvelle poussée nabatéenne vers le nord.

Je crois que Dion Cassius rapporte des affrontements multiples entre Rome et les Nabatéens pour justifier les expéditions romaines contre Pétra. De plus, comme Plutarque, il conduit Pompée jusque sous les murs de Pétra ce que tous les autres témoignages récusent. Il va même jusqu’à donner une conclusion victorieuse à l’expédition de Pompée qui aurait laissé une garnison dans la ville. Je soupçonne fortement Dion d’emprunter ses renseignements à la légende pompéienne, non à la réalité historique.

On verra plus loin que l’énoncé des peuples vaincus par Pompée dans la dédicace de son triomphe fut peut-être le premier élément qui contribua à fonder la légende.

Lorsque les légats pompéiens Lollius et Metellus Nepos occupent Damas en 66 (ou 65), les Romains n’ont encore eu aucun rapport direct avec les Nabatéens et aucun sujet de se plaindre d’eux. Si Arétas III a occupé une partie de la Syrie séleucide, c’est à l’appel des habitants et il a évacué sa conquête depuis 7 ans au moins.

Dans la lutte que mènent les Romains contre les pirates et brigands qui écument l’Orient syrien depuis la fin du IIe siècle au moins, jamais il n’est question des Nabatéens 40.

C’est par le biais des affaires juives que le royaume nabatéen se trouve confronté aux légats romains.

En effet, après la mort de la reine Alexandra en 67, Aristobule, frère cadet d’Hyrcan II, dispute à celui-ci le pouvoir royal et le grand pontificat. Après avoir essuyé une défaite à Jéricho, Hyrcan II céda tout pouvoir à son frère 41. C’est alors que l’Iduméen Antipater, très lié aux Arabes Nabatéens, incita Hyrcan II à résister et lui promis l’aide d’Arétas III.

Josephe met parfaitement en relief les circonstances dans lesquelles Arétas III fut amené à intervenir. Hyrcan et Antipater arrivent à Pétra pour demander de l’aide; mais les sentiments d’Arétas à l’égard de Pex-grand-prêtre paraissent si peu chaleureux qu’Antipater part en éclaireur pour obtenir un sauf-conduit pour le fuyard. Ensuite, ce n’est pas sans mal que les conjurés obtiennent le concours du roi de Pétra : « Antipater lui fit tant de présents qu’il le persuada ». Hyrcan, de son côté, promet de lui rendre douze villes et villages de Pérée et de Moabitide 42.

Il est clair qu’Arétas n’a aucun intérêt personnel à intervenir en Judée et on ne peut le taxer d’expansionnisme ou d’agressivité à cette occasion 43.

Il accepte d’intervenir par amitié pour Antipater et par appât du gain : la perspective de récupérer les villes autrefois prises par Alexandre Jannée dut achever de le convaincre.

Une fois l’affaire engagée, Arétas joue son rôle de mercenaire. Mais il n’est pas prêt à sacrifier ses propres intérêts à ceux de son commanditaire.

Alors qu’il assiège Jérusalem, Hyrcan et Aristobule envoient chacun de leur côté une ambassade à Aemilius Scaurus, envoyé à Damas par Pompée. A priori, Scaurus n’a aucune sympathie pour l’un plutôt que pour l’autre des prétendants. S’il se décide à soutenir Aristobule alors que les deux rivaux lui offrent la même somme, 400 talents, comme pot-de-vin, c’est que ce dernier paraît plus riche et, surtout, que maître du Temple, il y a davantage de chance qu’il tienne ses engagements.

Enfin, Josephe fait remarquer qu’il est « plus difficile de forcer une place aussi forte et aussi bien munie qu’était le Temple que de vaincre ceux qui l’assiégeaient qui n’étaient que des fugitifs et des Nabatéens peu propres à la guerre » 44.

C’est souligner qu’Arétas et ses troupes, mercenaires à la solde d’Hyrcan, sont peu combattifs, peut-être parce que leur intérêt pour le dénouement de l’aventure est nul pour autant qu’il ne compromet pas le payement de leur solde.

Une confirmation immédiate de ce peu d’empressement d’Arétas est fournie durant le siège même de Jérusalem. Scaurus, ayant choisi son camp, ordonne à Arétas de lever le siège sous peine d’être déclaré « ennemi du peuple romain » 45. Peu soucieux de s’attirer des ennuis, Arétas s’exécute sur le champ. Or la menace de Scaurus n’est pas aussi effrayante qu’on pourrait le croire 46 ; Scaurus ne possède à peu près aucune troupe en Syrie à cette date (65), hormis les contingents de Metellus et de Lollius. La réputation des armes de Pompée est-elle suffisante? Peut-être.

Quel que soit l’effet que pouvait avoir cette menace, Arétas obéit et revient à Pétra, sans doute parce qu’il estime qu’il n’a pas grand-chose à gagner dans cette affaire et, peut-être, parce qu’il pouvait constater que les moyens mis en œuvre pour s’emparer de Jérusalem n’étaient pas suffisants. Ses propres troupes étaient d’ailleurs peu aptes à ce genre de combats.

Scaurus ne peut que se louer de l’obéissance d’Arétas III. Celui-ci n’a en rien essayé de résister et n’a, jusqu’à présent, en rien lésé les intérêts romains puisqu’il a choisi d’aider un prince juif, légitime successeur de son père de surcroît, avant que Rome n’ait décidé de soutenir son rival.

Dès que Scaurus fait connaître sa décision, Arétas se retire de la partie. On peut épiloguer sans fin et sans risque (sauf celui de se tromper) sur les arrière-pensées des uns et des autres mais on ne peut nier les faits : Arétas obéit scrupuleusement aux injonctions de Rome.

Or, malgré cette soumission, Pompée projette dès 63 une expédition contre les Nabatéens.

Il vient de réduire la Syrie en province romaine et, en conséquence, d’y introduire des troupes beaucoup plus importantes que celles dont disposait Scaurus.

A Damas, au printemps 63, Pompée a de nouveau l’occasion de trancher entre Hyrcan et Aristobule, sans compter la présence d’une ambassade de Pharisiens également hostiles aux deux prétendants 47.

Pompée repousse sa décision à plus tard, conseille à chacun le calme et la modération : « il leur dit de s’en retourner, qu’il donnerait ordre à toutes choses après qu’il aurait examiné les affaires des Nabatéens » 48.

Les raisons de l’expédition de Pompée contre la Nabatène nous échappent complètement. Josephe n’en donne aucune.

Arétas menace-t-il tout à coup la nouvelle province de Syrie? A-t-il essayé de réoccuper Damas? Cette expédition est-elle en rapport avec les événements de 65? et faut-il punir Arétas d’être intervenu dans les affaires de Judée?

On conviendra, après ce que l’on vient de dire de l’épisode de 65 qu’il ne pouvait s’agir que d’un prétexte. Arétas n’a pu être déclaré ennemi du peuple romain à cette occasion, sanction qu’il redoutait. Si Pompée saisit néanmoins ce prétexte pour justifier son expédition contre les Nabatéens, il faut chercher les vraies raisons ailleurs. Quant à l’idée que ce serait une simple ruse 49, elle me paraît exclue par le texte de Josephe.

Pompée fut détourné de son projet par la fuite soudaine d’Aristobule à Jérusalem. Du coup, le Romain devenait l’allié d’Hyrcan et d’Antipater, c’est-à-dire se retrouvait dans le même camp qu’Arétas III, l’homme que Pompée s’apprêtait à combattre!

Le prétexte que pouvait invoquer le général romain paraissait plus spécieux que jamais. La mort de Mithridate Eupator mit un terme aux projets de Pompée 50 qui rentra à Rome dès la fin du siège de Jérusalem 51.

Pompée parti, Hyrcan à nouveau en charge du grand pontificat, Scaurus, légat de Syrie par la grâce de Pompée, marche sur Pétra 52.

Aucun fait nouveau, à notre connaissance, n’est survenu qui puisse expliquer cette expédition. De toute évidence, il s’agit de la reprise de l’ancien projet de Pompée. Antipater, naguère ami et allié d’Arétas, est cette fois aux côtés de Scaurus, qu’il sauvera de la déroute 53.

Est-ce à dire que l’Iduméen est brouillé avec le roi de Pétra? Au contraire, le récit de Josephe montre que c’est parce qu’il est resté très lié avec Arétas qu’ Antipater put s’entremettre. Il semble donc bien qu’il n’y a eu aucun geste hostile d’Arétas envers les Romains ou leurs alliés, aucune tentative d’intervention ou d’occupation qui puisse justifier l’expédition de Scaurus : le seul « crime » d’Arétas reste son intervention dans les affaires juives en 65 pour soutenir avant Rome elle-même l’allié actuel de Rome !

L’inanité d’une telle accusation n’échappe à personne et personne ne semble songer à invoquer un tel motif. C’est donc ailleurs qu’il faut chercher les raisons profondes de l’intervention romaine contre Pétra.

Le dénouement de la campagne nous éclaire peut-être sur ses causes réelles.

Scaurus, parvenu à Pétra, est incapable de s’emparer de la ville. Comme il a fait ravager le pays alentour, il se trouve rapidement pris à son propre piège et bientôt démuni de tout 54.

C’est à ce moment qu’Antipater s’interpose : en échange de 300 talents versés par Arétas, Scaurus accepte de quitter la région 55. Il a tout lieu d’être satisfait. Non seulement il sauve la face dans une affaire bien mal engagée pour lui, mais il en retire un grand profit matériel. Or sa cupidité est connue : c’est en fonction de la solvabilité des prétendants qu’il a tranché en 65 entre Hyrcan II et Aristobule.

Son goût du luxe et du colossal est attesté durant son édilité de 58 56 ; en outre, de cette expédition, Scaurus retira une vanité sans borne comme en témoignent les deniers qu’il fit frapper en 58 : Arétas, tenant un chameau par la bride, plie le genou en tendant une palme 57.

Selon Appien 58, les deux successeurs de Scaurus à la tête de la province de Syrie, Marcius Philippus (61-60) et Cn. Cornelius Lentulus Marcellinus (59-58), passèrent le plus clair de leurs deux années de gouvernement provincial à lutter contre les Arabes voisins.

On a tiré de cette courte et vague notice que les deux légats avaient combattu sans trêve les Nabatéens 59. C’est naturellement possible et Arétas (ou son successeur) avait assez de griefs contre les Romains pour les combattre. Mais il faut remarquer qu’Appien ne précise pas de quels Arabes il s’agit, précision qu’il apportait au sujet de l’expédition de Pompée 60.

Il n’y a donc pas de raison de penser a priori que les Arabes mentionnés par Appien sont les Nabatéens plutôt que les Ituréens de l’Anti-Liban 61 dont on sait qu’ils restent puissants et remuants, sous la conduite de Ptolémée, fils de Mennaios.

Ceux-ci furent parmi les plus dangereux brigands de la région, menaçant aussi bien les villes phéniciennes où Ptolémée installe des tyrans à sa solde (comme Denys de Tripoli 62) que Damas comme on l’a rappelé plus haut.

Ptolémée n’a réussi à sauver sa tête et son territoire qu’en échange de 1 000 talents payés à Pompée 63. Mais il est douteux qu’il se soit dès lors tenu en repos et on le voit intervenir un peu plus tard dans les affaires juives où il soutient Antigone, fils d’Aristobule, contre Antipater et Hérode 64. Son fils Lysanias fut, en 41-40, un vassal dévoué et actif des Parthes 65.

D’autres Arabes peuvent encore avoir eu à combattre les légats romains ou provoquer leur intervention : Iamblichos d’Emèse et d’Aréthuse, Ptolémée, fils de Souhaïm, ituréen du Liban, sont assez puissants pour porter secours à César durant la guerre d’Alexandrie66, preuve qu’ils disposent de troupes et d’une certaine autonomie. De même l’arabe Alchaudonios, roi des Rhambéens de l’Euphrate, fournit des contingents à Crassus contre les Parthes 67.

On a vu par les exemples rappelés ci-dessus que les Arabes jouissent dans l’ensemble d’une assez large indépendance et d’assez de troupes pour troubler la paix romaine en Syrie.

En réalité, beaucoup ont fait acte d’allégeance et la présence romaine dut suffire le plus souvent à les réduire à l’impuissance. Pourtant, je doute que les Ituréens habitués à vivre de rapines et de pillages aient tout à coup cessé leurs activités.

La brillante campagne de Pompée et de ses légats en 67 n’avait pas mis un terme au brigandage puisqu’en 64 Pompée intervient encore pour détruire des repaires de brigands juifs et arabes 68.

Des pillards parcourent la Syrie en 55, en 48 69 et il y avait parmi eux de nombreux ituréens 70. Il n’y a donc aucune raison de penser que les deux successeurs de Scaurus luttèrent contre les Nabatéens. On ne peut l’exclure absolument mais nous devons admettre que les raisons de telles expéditions nous restent inconnues.

Si Marcius Philippus et Lentulus Marcellinus ont réellement fait la guerre à Arétas ou à son successeur, ne serait-ce pas dans le même esprit que Scaurus en 62? Arétas a prouvé qu’il était prêt à payer pour se débarrasser des troupes romaines; quel légat n’en profiterait pas pour s’enrichir au passage tout en justifiant son intervention par une illusoire menace nabatéenne ou des incursions invérifiables? N’est-ce pas ainsi que furent conduites les expéditions parthiques jusqu’au désastre de Carrhes71?

La campagne contre Pétra fait-elle désormais partie des projets de tout légat de Syrie?

En tout cas, Gabinius n’y manque pas 72. Après avoir écrasé le juif Alexandre au mont Thabor 73, il complète sa campagne par une expédition victorieuse en Nabatène. Là encore, Josephe n’indique aucune raison. Si le roi de Pétra avait aidé d’une manière ou d’une autre les révoltés juifs, Josephe ne l’aurait-il pas dit, comme il l’a fait pour les événements de 65?

Crassus, légat de Syrie après Gabinius, vise plus haut. Sa πλουτομανία ne se contente pas des prises relativement modestes qu’autorise la Nabatène. La juge-t-il épuisée par les exactions de ses prédécesseurs? 11 préfère se tourner vers les Parthes dans l’espoir de s’enrichir autant que pour rivaliser avec ses deux collègues, Pompée et César 74.

Après Carrhes, pendant quelques années, les rois de Pétra semblent à l’abri des interventions romaines. La menace parthe, réelle depuis 53, détourne de la Nabatène l’attention de Cassius Longinus (53-51) et de Calpurnius Bibulus (51-50), retenus sur l’Euphrate.

Depuis 65, depuis qu’ Arétas III a soutenu Hyrcan et Antipater contre Aristobule, on ne pourrait trouver dans nos sources une seule allégation précise qui permette d’établir que les Nabatéens aient eu une attitude hostile à l’égard de Rome, que ce soit en razziant le sud de la province de Syrie ou en se mêlant des affaires juives.

Or le silence de Josephe, en particulier sur ce dernier point, ne peut être le fait du hasard : il est très bien informé sur les relations judéo-nabatéennes en 65 comme plus tard, en 42-41 par exemple. S’il ne mentionne pas d’immixtion nabatéenne, c’est probablement parce qu’il n’y en eut pas.

Nous avons dû nous contenter jusqu’ici soit d’allusions vagues des auteurs anciens, soit du silence, plus évocateur, de Josephe. Il n’est pas inutile de faire état maintenant de quelques documents qui non seulement vont à rencontre des accusations de piraterie des Nabatéens, mais qui, bien mieux, mettent en évidence la loyauté et la fidélité des Nabatéens a l’alliance romaine.

Lors de sa séance du 15 février 54, le Sénat est invité à renouveler l’honneur fait en 64 par César à Antiochos Ier de Commagène de porter le toge prétexte. Cicerón s’oppose à cette proposition et déclare : ce Vous, Nobles, qui ne tolériez pas que l’homme de Bostra portât la prétexte, le toléreriez-vous du Commagénien? » 75.

Cette brève allusion a l’intérêt de nous prouver que dès le milieu du Ier siècle Bostra est une résidence royale nabatéenne, assez fréquemment utilisée par le roi de Pétra pour que Cicerón puisse désigner le roi des Nabatéens par cette périphrase, « l’homme de Bostra », au lieu de « l’homme de Pétra » que l’on attendrait 76.

Mais, pour ce qui nous intéresse ici, on apprend par hasard qu’une proposition avait été présentée devant le Sénat afin d’honorer du port de la toge prétexte le roi des Nabatéens. On ignore quelle fut l’occasion de cette mesure honorifique, ni qui en aurait été le bénéficiaire si le Sénat n’avait refusé de l’accorder.

S’agit-il d’Arétas III, après sa soumission théorique à Scaurus? C’est douteux en raison du dénouement peu glorieux de l’affaire. Est-ce Malichos Ier, qui succéda à Arétas au plus tard en 56 77? A-t-on voulu, dès son avènement, le flatter pour qu’il reste un allié fidèle? Il est impossible d’en décider mais ce qui importe pour nous c’est que l’allusion de Cicerón contredit absolument toute hypothèse faisant à priori des Nabatéens des brigands ou prêtant au roi de Pétra l’intention d’envahir la Syrie romaine. Il est au contraire jugé par certains digne de grands honneurs.

Une preuve concrète de la bonne disposition des rois de Pétra envers Rome est fournie par l’aide que Malichos Ier apporte à César durant la guerre d’Alexandrie. Si Josephe mentionne les Arabes, en les distinguant des émirs syriens 78, ce qui peut désigner les Nabatéens, l’auteur du Bellum Alexandrinum cite nommément Malichos parmi les clients de Rome qui secourent César79; il envoie à cette occasion des cavaliers.

Ces témoignages positifs de la soumission des Nabatéens ne doivent certes pas faire oublier certains épisodes où la fidélité de Malichos à l’alliance romaine peut sembler plus chancelante.

En 43, un homonyme du roi de Pétra, un certain Malichos, adjoint d’Hyrcan II recrute une armée en TransJordanie pour lutter contre Antipater 80. Il rassemble aussi bien des mercenaires juifs qu’arabes.

Faut-il en conclure que le roi Malichos est complice d’Hyrcan II dans une entreprise qui vise un allié de Rome, Antipater? Rien n’est moins sûr et Josephe ne fait aucune allusion à une quelconque intervention du roi de Pétra. L’adjoint d’Hyrcan a dû recruter son armée sans le concours des autorités nabatéennes.

En revanche, lors de l’invasion des Parthes en Syrie et en Palestine, en 41, Malichos a pactisé avec l’envahisseur. Pour le punir de cette « trahison », Ventidius, légat d’Antoine, lui inflige une forte amende 81. Pour comprendre ce manquement de Malichos à son alliance, il ne faut pas oublier qu’il n’a fait qu’imiter les autres rois d’Orient, tels Antiochos de Commagène, Ptolémée de Chalcis, Antigone de Jérusalem, sans parler des villes d’Asie qui accueillent Labienus en libérateur 82 : Ventidius dut faire circuler la tête de Pacorus après la défaite parthe de Gingaros pour décider les villes à se rallier 83.

La défection de Malichos de Pétra n’est donc pas isolée et se trouve expliquée par une situation exceptionnelle : lorsque toute l’Asie abandonne le parti de Rome, on voit mal comment Malichos aurait pu rester seul, isolé, au risque d’en subir les fâcheuses conséquences.

Les villes et les rois d’Orient ont depuis longtemps l’habitude de se rallier au maître du moment, Pompée après Sulla et Lucullus, César après Pompée, Antoine un peu plus tard, avant d’embrasser la cause d’Octave vainqueur, pour ne plus essayer de jouer le jeu dangereux des fidélités hors de saison.

Toute la carrière et l’ascension d’Antipater et d’Hérode sont construites sur une fidélité sans faille à l’imperator qui tient la Syrie et un ralliement immédiat à celui qui lui succède. La trahison de Malichos en faveur des Parthes n’est donc pas un acte délibéré d’abandon de la cause de Rome mais une adaptation nécessaire aux conditions du moment. Ventidius ne l’ignorait pas, sans doute, lorsqu’il choisissait d’imposer de lourdes amendes à ceux qui avaient trahi : il y avait surtout là une excellente occasion de remplir les coffres d’Antoine.

La prudence de Malichos Ier est manifeste.

En 40, Hérode, dépouillé de tout pouvoir et de toute autorité en Judée, cherche aide et refuge à Pétra.

Il est poliment éconduit 84 : Malichos n’a aucune envie de soutenir (ou de paraître soutenir) Hérode alors que celui-ci n’est plus rien et qu’il ignore si l’on continue à accorder confiance à celui-ci à Rome.

Ce n’est qu’après ce refus de Malichos qu’Hérode gagne Rome où Octave et Antoine lui accordent officiellement le royaume de Judée, à charge pour lui d’en faire la conquête.

On voit nettement que de peur de déplaire à Rome, Malichos s’est refusé à intervenir dans les affaires juives.

Cette réserve à l’égard des affaires du royaume voisin, cette fidélité envers Rome sont reconnues par Antoine.

On connaît la liaison d’Antoine et de Cléopâtre et les exigences que celle-ci ne tarda pas à manifester. Antoine lui donna, entre autres choses, certains districts du Hawrân, de TransJordanie, ainsi que les revenus des bitumes du Lac Asphaltite (Mer Morte) 85. Mais la reine exigeait davantage, en particulier les deux royaumes de Judée et de Nabatène.

Or, selon Josephe 86, Antoine refusa « pour ne pas commettre une injustice manifeste ». Aurait-il refusé s’il avait eu des doutes sur la loyauté de Malichos Ier? « II ne crut pas juste de souiller ses mains du sang de ces princes (Hérode et Malichos) dont il n’avait point sujet de se plaindre » 87.

Malichos fit preuve une dernière fois de loyauté envers Antoine en lui envoyant des renforts à Actium 88. Mais dès la nouvelle de la victoire d’Octave, il rallie le parti de celui-ci et, en signe d’allégeance, fait brûler les navires que Cléopâtre faisait passer de la Méditerranée en Mer Rouge 89. Une fois encore, Malichos restait fidèle à l’alliance de Rome en abandonnant Antoine pour son vainqueur.

On peut arrêter là cet examen des relations romano-nabatéennes. Les guerres qui avaient éclaté entre Nabatéens et Juifs à la suite du refus (ou de la mauvaise volonté) des Nabatéens à payer le tribut revenant à Cléopâtre, ne mettaient pas réellement en cause les rapports de Rome avec le roi de Pétra. Elles relevaient davantage de la concurrence qui existe entre les deux royaumes voisins; cette rivalité ne devait pas cesser avant la disparition d’Hérode. D’autre part, les relations parfois difficiles entre Auguste et les Nabatéens, en particulier au temps de l’expédition d’Aelius Gallus et de Syllaios, appartiennent à un autre contexte politique.

II est temps de tirer des conclusions.

La première qu’impose l’examen des sources les mieux informées est qu’il ne saurait être question de considérer les Nabatéens et leur roi comme des brigands, semblables à ceux que Pompée combattit, avec le succès que l’on sait, en Méditerranée et dans les régions côtières.

Les affirmations de J. van Ooteghem 91 et de J. Andrieu 92 ne reposent sur rien. Les seules allusions précises aux activités de pirates des Nabatéens 93 concernent la Mer Rouge au 11e siècle et les deux auteurs qui les mentionnent déclarent expressément que les Lagides ont mis fin à ce brigandage.

Si la lutte de Rome contre les Nabatéens avait été la suite logique des campagnes de 67, il est probable que nos sources, ou certaines d’entre elles, le diraient, en particulier Appien et Plutarque, si diserts sur ce sujet. Au contraire, Plutarque retient une autre explication pour la campagne de Pompée en Nabatène, sur laquelle nous reviendrons.

Il faut donc abandonner toute idée d’un brigandage nabatéen qui nuirait à la tranquillité de la Syrie romaine.

Au contraire, les Nabatéens, enrichis par le commerce caravanier, sont les premiers intéressés par la sécurité des pistes comme on le voit lors de l’expédition de Scaurus en 62.

Arétas III sait alors que son adversaire est aux abois et ne pourra se maintenir longtemps dans la région. Il peut donc espérer que le légat se retirera rapidement sans que lui-même ait à intervenir. Or, malgré cela, il paie 300 talents pour que Scaurus quitte sans délai le pays. En agissant de la sorte, il accepte de faire figure de vaincu. Je crois que la raison en est qu’Arétas veut voir disparaître au plus tôt une armée dont la présence paralyse le commerce caravanier dont Pétra est l’aboutissement.

Les caravanes, sans doute prévenues de la présence de l’armée romaine, sont, les unes bloquées dans la ville, les autres obligées de rester à distance, ce qui ne va pas sans inconvénient pour tout le monde.

Dans ce cas précis, ce n’est pas Arétas qui menace la sécurité des routes, c’est au contraire Scaurus et son armée. Josephe souligne l’intérêt que manifeste Arétas pour la négociation réalisée grâce à Antipater lorsqu’il écrit : « Ainsi cette guerre fut aussitôt finie que commencée et Scaurus n’en eut pas moins de joie qu’Arétas » 94.

A défaut de pouvoir faire état d’un brigandage nabatéen, ne pourrait-on invoquer pour justifier ou expliquer les interventions romaines l’expansionnisme nabatéen en direction du nord? Les Nabatéens ne visent-ils pas constamment à profiter des circonstances pour réoccuper Damas depuis le Hawràn où ils sont fortement implantés?

J’ai dit plus haut que les Nabatéens avaient dû évacuer Damas au plus tard en 72 et qu’ils ne l’avaient pas reprise après 69. Les troubles des années 65-63 ne fournirent-ils pas une bonne occasion d’intervenir en Syrie du Sud? Ce ne semble pas avoir été le cas : pendant tout le temps où Pompée est occupé au siège de Jérusalem (été- automne 63), Arétas se tient coi.

Loin de profiter de ce que Pompée est occupé ailleurs et a mobilisé en Judée non seulement les troupes qu’il destinait à son expédition en Nabatène mais encore celles qu’il possédait à Damas et dans le reste de la Syrie 95, Arétas ne bouge pas de son royaume.

D’ailleurs, Pompée est si confiant en l’inaction du roi de Pétra qu’il a dégarni les défenses de Damas. On peut être sûr que le motif de l’expédition de Pompée n’est pas de prévenir une agression nabatéenne.

Si la volonté d’étendre vers le nord le royaume nabatéen ne peut être niée avant l’époque de Tigrane, rien ne confirme que cette politique ait été poursuivie après 65. Aucune source ancienne ne mentionne la moindre intervention nabatéenne en Syrie (mis à part Dion Cassius qui dans tout le passage en question affabule), ni même ne fait état d’une menace d’Arétas III.

La théorie de l’expansionnisme nabatéen ne tient pas davantage que celle du brigandage lorsqu’il s’agit d’expliquer la politique romaine à l’égard des rois de Pétra.

D’ailleurs, le but de l’expédition de Pompée comme de celle de Scaurus est Pétra. Naturellement, en visant la capitale, on pouvait espérer vaincre de façon plus décisive. Mais, à défaut de pouvoir s’emparer d’une ville réputée imprenable, les Romains auraient pu lancer des raids contre le Hawràn, contre les villes et villages nabatéens du nord du royaume, voire occuper cette partie toute proche de la Syrie romaine.

En visant en particulier Pétra, Pompée et Scaurus sont sans doute attirés par la réputation de richesse fabuleuse de la ville. Doit-on alors penser que ce sont des raisons économiques qui expliquent ces expéditions? Rome chercherait à mettre la main sur une grande ville caravanière, le grand entrepôt des épices, des parfums et autres produits précieux de l’Arabie Heureuse et de l’Inde.

L’importance de ce trafic à Pétra, à cette époque, n’est pas discutable : Strabon mentionne le grand nombre de marchands romains et étrangers qui séjournent dans la ville à la fin du Ier siècle 96.

S’il note qu’à l’époque où il écrit les produits d’Arabie parviennent directement en Egypte par Myos Hormos, il ajoute que peu auparavant, la route la plus fréquentée allait de Leukè Komè à Pétra et de là à Rhinocolure 97, en traversant le Négev où les villes nabatéennes de Mampsis et Obodas prospèrent 98. Le déclin de cette route survint peut-être dès le règne d’Auguste mais ne fut total qu’au milieu du Ier siècle apr. J.-C. « .

Mais la prospérité liée au commerce caravanier n’est pas douteuse pendant les deux premiers tiers du Ier siècle av. J.-C. et il y avait là de quoi inspirer l’envie aux Romains de Syrie.

Pourtant, j’avoue ne pas trouver le moindre indice qui laisse supposer que Scaurus ait voulu contrôler le trafic de Pétra. Sans doute l’échec de sa tentative ne permet pas de savoir ce qu’il comptait faire en cas de succès mais on peut remarquer que ni Josephe, ni Strabon, ni Diodore ne lui prêtent l’intention de conquérir la Nabatène, seul moyen de contrôler durablement les richesses du royaume pour en tirer parti par le biais de la fiscalité. On ne lui prête pas non plus l’intention d’aller découvrir les sources de la richesse de Pétra, ce qui sera le but avoué de l’expédition d’Aelius Gallus 100.

On ne peut exclure que Pompée ait transformé la Nabatène en province romaine en cas de réussite de son entreprise, mais rien ne prouve que telle ait été son intention au départ. Il faut, je crois, renoncer à la thèse économique comme à celles du brigandage et de l’expansionnisme nabatéens.

Il faut se rendre à l’évidence : ce n’est pas le comportement des Nabatéens à l’égard de Rome et de ses alliés qui explique les expéditions romaines. Il n’y a eu de leur part ni menace sur la Syrie romaine, ni intervention intempestive dans les affaires juives après l’arrivée de Pompée ou de ses légats dans la région; ils n’ont pas commis ces nombreux actes de pillage que l’on peut imputer à de nombreux peuples du Proche-Orient, à commencer par leurs voisins juifs et ituréens.

Une telle attitude serait d’ailleurs bien étrange de la part d’un peuple qui vit du commerce caravanier et de l’agriculture (dans le nord du royaume).

Leur seul crime est en définitive leur richesse. Cette richesse excite l’envie des légats romains qui ne peuvent cependant se l’approprier durablement en confisquant le royaume (n’y aurait-il pas alors un risque que le commerce se détourne de la région pour emprunter les routes de Mésopotamie ou atteindre directement l’Egypte lagide?).

Le dénouement de l’aventure de Scaurus montre bien que ce sont les richesses de Pétra qui attirent le légat de Pompée comme elles avaient tenté son maître. Scaurus, incapable de prendre Pétra, accepte de se retirer moyennant 300 talents. A défaut d’un pillage de la ville qui aurait rapporté gros, il doit se contenter de ce dédommagement qui lui permet de ne pas perdre la face. C’est en souvenir de cet exploit qu’il représentera sur ses deniers Arétas le genou en terre ! S’il avait vraiment fallu punir Arétas ou l’effrayer, ce n’est pas une rançon de 300 talents obtenue dans des conditions peu glorieuses qui pouvait assurer sa tranquillité future. Que Scaurus s’en satisfasse prouve qu’il se soucie fort peu des résultats politiques de l’expédition et beaucoup plus de ses conséquences financières. Ce voisin plus craintif qu’agressif était une victime que l’on croyait docile.

Réduira-t-on à cet objectif sans grandeur le projet initial nourri par Pompée? Il est certain que l’expédition de Scaurus n’est que la reprise de celle que Pompée n’a pu conduire à son terme. Mais elle a pu être détournée de son but par le légat cupide.

On ne peut nier le besoin d’argent de Pompée. E. Badián 101 a parfaitement mis en relief le pillage éhonté auquel se livrent les hommes au pouvoir à Rome à cette époque sans que cela ait la moindre conséquence quant à leur honorabilité (les exemples de Cicerón et de Caton sont célèbres; Verres est l’exception malchanceuse 102), ni n’entrave leur accès aux plus grands honneurs, bien au contraire.

Pourtant, dans le cas de Pompée, on ne peut ignorer le motif plus noble que Plutarque prête à son expédition en Nabatène : « Pompée éprouvait alors un désir passionné de conquérir la Syrie et de pousser à travers l’Arabie jusqu’à la Mer Rouge afin de n’avoir pour borne de ses victoires que l’océan qui entoure de tout côté la terre » 103.

L’expédition d’Arabie serait donc le pendant de celle que Pompée conduisit à proximité de la Mer Caspienne 104. Il faut se garder d’accorder trop d’importance à une explication a posteriori; le parallélisme souligné par Plutarque n’a peut-être jamais été présent à l’esprit de Pompée.

Cependant, le désir d’allonger la liste des rois vaincus ou soumis en vue du triomphe, l’amour de la gloire ne peuvent être tenus comme quantité négligeable chez un homme de la trempe de Pompée.

De fait, le texte de la dédicace élevée en l’honneur de Minerve par Pompée 105 et dont le texte nous est conservé par Diodore 106 mentionne parmi les rois protégés « Arétas, roi des Arabes Nabatéens» 107. Lorsque l’on connaît le dénouement peu glorieux de l’expédition de Scaurus (or c’est elle seule qui justifie la mention des Nabatéens lors du triomphe de 61), on conclut que Pompée a tendance à forcer quelque peu l’ampleur de ses exploits, au moins sur ce point précis.

D’autre part, si le but de Pompée est d’augmenter encore le nombre de ses conquêtes, il est évident qu’il n’a besoin d’aucune justification pour intervenir en Nabatène. Or, justement, les auteurs les mieux informés et les plus proches des événements ne donnent aucune explication au sujet de l’expédition projetée par Pompée. Les griefs de brigandage, d’expansionnisme ou d’agressivité envers la Syrie romaine ne se trouvent que chez certains auteurs tardifs qui cherchent à justifier ce qui ne peut l’être. Les motifs invoqués reposent sur de vagues renseignements ou sur des faits de loin antérieurs aux événements des années 65-62.

Les milieux pompéiens avaient intérêt à laisser se répandre de telles rumeurs; la juxtaposition dans la dédicace à Minerve mentionnée plus haut de rois dont l’hostilité était connue et d’autres dont on ignorait presque tout facilitait toutes les assimilations possibles. C’est cet amalgame qu’ont repris des auteurs comme Dion Cassius ou Plutarque.

Les deux successeurs immédiats de Scaurus n’ont peut-être pas eu à combattre les Nabatéens, comme on l’a vu plus haut. La campagne de Gabinius se déroula dans un contexte politique peu précis, du moins en ce qui concerne l’attitude du roi de Pétra; mais le silence de Josephe sur ce point est peut-être révélateur : Gabinius n’avait aucune raison politique d’aller guerroyer en Arabie Pétrée si ce n’est le désir de gloire et surtout l’appât du gain, difficilement contestable chez l’homme qui accepta 10 000 talents pour rétablir Ptolémée XII Aulète sur son trône 108.

La cupidité du légat favorise l’explication par le souci de faire du butin. Quant à la dernière expédition contre Pétra, celle de Ventidius, elle est la seule à être justifiée par un acte précis : la trahison de Malichos en faveur des Parthes. Mais là encore, on l’a vu, il s’agit surtout d’un excellent prétexte pour extorquer de l’argent aux Nabatéens.

Pétra a donc été pour les généraux romains en Orient un coffre-fort parmi d’autres (les Parthes jouèrent ce rôle également jusqu’en 53) qu’il était tentant de vider chaque fois que le besoin d’argent se faisait sentir.

Pour cela, nul besoin de motif politique ou économique et il est vain de chercher si les Nabatéens s’étaient rendus coupables de quelque agression 109. On a vu au contraire que leur fidélité envers Rome est pratiquement sans faille depuis 65. Sans même qu’il y ait traité en bonne et due forme, les Nabatéens acceptent de s’aligner sur les consignes transmises par les maîtres de la Syrie. Cette constance est même surprenante à la longue devant l’ampleur des exactions commises par les généraux romains. Elle s’explique peut-être par plusieurs raisons. D’abord, on craint par-dessus tout à Pétra les interventions militaires qui entravent le commerce : le mieux est donc de payer Rome afin d’être tranquille chez soi.

D’autre part, la faiblesse militaire des Nabatéens est notoire; Strabon et Diodore la soulignent volontiers 110. Face à la puissance romaine, les Nabatéens n’ont aucun moyen de se défendre efficacement, sauf à s’enfermer dans Pétra, imprenable dans son cirque de montagnes. Toute rébellion risquerait d’aboutir à une réaction très violente de Rome qui peut se satisfaire d’un royaume inoifensif sur la frontière sud de la Syrie mais non d’un foyer d’agitation.

En adoptant une attitude modérée et soumise, les rois de Pétra sauvaient leur indépendance.

Maurice SARTRE

Au moment de remettre les épreuves pour l’impression, je prends connaissance de la thèse de Henry Innés MacAdam, Studies inìtheHis tory of the Roman Province of Arabia, Ph.D. (dactylographié), Manchester, août 1979. Dans son Appendice A, H. MacAdam montre que le texte corrompu de Cicerón que j’invoque plus haut (n. 75) ne mentionne pas Bostra. Son argumentation et ses conclusions (qu’il publiera bientôt dans Hermes ou dans Classical Philology) m’ont convaincu; il faut donc modifier en conséquence ce que j’ai écrit plus haut. Si cela me prive d’un argument, je ne crois pas nécessaire de modifier pour autant mes conclusions d’ensemble.

Notes

1. J. Andrieu, éd., La Guerre d’Alexandrie, coll. des Universités de France, Paris, 1954, p. 2, n. 2.
2. Strabon, XVI, 4, 18.
3. Diodore, III, 43, 5.
4. C’est moi qui souligne.
5. E. Schürer, History of the Jewish People, 1. 1, Edimbourg, 1973, éd. anglaise revue par G. Vermes et Fergus Millar.
6. F.-M. Abel, Histoire de la Palestine, 1. 1, Paris, 1952, p. 288.
7. Id., ibid., p. 295-296.
8. Id., ibid., p. 338.
9. F.-M. Abel, Le siège de Jérusalem par Pompée, RB, 54, 1947, p. 243.
10. J. van Ooteghem, Pompée le Grand, Bruxelles, 1954, p. 229.
11. Id., ibid., ρ. 231.
12. C’est moi qui souligne.
13. Le texte de Flavius Josephe, Ant. Juives, XIV, 46, cité par l’auteur, ne permet pas de supposer que Pompée n’ait pas eu l’intention d’aller d’abord en Nabatène.
14. J. van Ooteghem, op. cit., p. 237.
15. Id., ibid., p. 252.
16. Sur la politique de Pompée en Decapóle, cf. H. Bietenhard, Die Dekapolis von Pompeius bis Trajan, ZDPV, 79, 1963, p. 53-59, repris sans grand changement dans ANRW, II/8, New York-Berlin, 1977.
17. E. Will, Histoire politique du monde hellénistique, t. π, Nancy, 1967, p. 431.
18. E. Badián, Roman Imperialism in the late Republic, 2e édition, Oxford, 1968, p. 87-88.
19. M. Cary, dans CAH, IX, p. 382.
20. J. Starcky, Pétra et la Nabatène, Dictionnaire de la Bible, Suppl. VII, Paris, 1967, col. 909.
21. E. Will, op. cit., t. il, p. 429, fait la même remarque en ce qui concerne l’annexion de la Syrie séleucide.
22. Dion Cassius, XXXVII, 15, 2.
23. Appién, Mithridateios, 106, et Syriakè, 51.
24. Appien, Syr., 51.
25. Plutarque, V. Pompée, 41.
26. Diodore, XL, 4.
27. Strabon, XVI, 4, 21,
28. J. Starcky, op. cit., col. 901-907.
29. Cf. / Maccabées, V, 25 : les Nabatéens informent Judas des menaces pesant sur les Juifs des villes du Hawrân ; ils sont encore nomades : II Maccabées, XII, 12.
30. La bataille où Antiochos XII perdit la vie est localisée à Cana par FI. Josephe, Ant. Juives, XIII, 389-391. On a tenté de la confondre avec celle que mentionne Ouranios, dans Etienne de Byzance, s.v. Motho : cf. F. Jacoby, FGr Hist, 675 F 25. On s’interroge d’autre part sur le nom du roi nabatéen vainqueur d’Antiochos XII : E. Will, op. cit., t. π, p. 379, cite Arétas III à ce propos mais celui-ci dut en réalité arriver au pouvoir peu après la bataille. Le roi vainqueur à Cana serait soit Rabbel Ier (opinion de E. Schürer, op. cit., p. 578), soit plus vraisemblablement Obodas Ier (J. Starcky, op. cit., col. 906). Ya ‘akov Meshorer, Nabataean Coins, Jérusalem, 1975 (Qedem. Monographs of the Institute of Archaeology, The Hebrew University of Jerusalem, 3), p. 14-15, esquive la question en plaçant la mort d’Antiochos XII en 84 et faisant occuper sur le champ Damas par Arétas III. Notons que l’expédition qui coûta la vie au roi séleucide était la seconde qu’il menait dans la région : selon Josephe, AJ, XIH, 382, Antiochos XII rentre précipitamment d’Arabie lorsque Milésios lui ouvre les portes de Damas ; une fois maître de la ville, il repart en guerre contre les Nabatéens en essayant de les contourner par le sud de la Mer Morte et en traversant le territoire du royaume hasmonéen. On ignore les raisons de l’expédition séleucide, mais il est probable qu’à cette époque il s’agit de combattre l’expansionnisme nabatéen vers le nord.
31. Josephe, AJ, XIII, 392.
32. Cf. H. Seyrig, Le trésor monétaire de Nisibe, RN, 17, 1955, p. 94 (monnaie d’Arétas) et p. 114-115 (Tigrane) ; E. T. Newell, Late Seleucid Mints, p. 95 ; Y. Meshorer, op. cit., p. 12-15.
33. Josephe, AJ, XIV, 29 ; on sait que ces deux légats avaient été chargés par Pompée de lutter contre les pirates, le premier dans les Iles, l’Egée et PHellespont, le second en Lycie, Pamphylie, Chypre et Phénicie : Appien, Mithr., 95.
34. Strabon, XVI, 4, 21.
35. Bien que la Nabatène ne devienne une province romaine qu’en 106, on constate que Strabon considère qu’à l’époque d’Auguste les Nabatéens sont soumis aux Romains ; on aimerait savoir jusqu’où il fait remonter cette situation.
36. Dion Cassius, XXXVII, 15, 2.
37. Josephe, AJ, XIII, 416-418 ; BJ, I, 115-116.
38. E. Schürer, op. cit., p. 579, n. 13, conclut en dépit du texte de Josephe à une mainmise juive sur Damas vers 70.
39. J. Starcky, op. cit., col. 909.
40. A.-R. Bellinger, The early coinage of roman Syria, Mélanges A. C. Johnson, Princeton, 1951, dans son enumeration des roitelets et tyrans qui tiennent la Syrie à l’époque d’Antiochos XIII, mentionne « Arétas III, battu par Scaurus ». Estimait-il qu’Arétas occupait la Damascène en 65 ? Il semble admettre que Scaurus s’opposa à Arétas parce qu’il tenait une partie de la Syrie séleucide, sans doute la Damascène. Or cela n’est dit nulle part dans nos sources et Scaurus ne battit jamais Arétas. J. van Ooteghem, op. cit., p. 230, ne se pose pas la question de savoir qui les légats de Pompée chassèrent de Damas. On ne peut répondre à cette|question mais elle mérite au moins d’être posée.
41. F.-M. Abel, Histoire de la Palestine, I, p. 247-248.
42. Josephe, AJ, XIV, 14-18 ; BJ, I, 125-126.
43. On ne peut supposer qu’Arétas craint, à ce moment-là, une intervention romaine contre son royaume ; Lollius et Metellus Nepos viennent seulement d’occuper Damas avec de faibles effectifs. Sur la date de la prise de Damas par les légats, sans doute en 66, cf. J. Dobias, Les premiers rapports des Romains avec les Parthes, Archiv Qrientalny, 3, 1931, p. 241, n. 2,
44. Josephe, AJ, XIV, 31.
45. Josephe, AJ, XIV, 32-33 ; BJ, I, 127.
46. Josephe, BJ, I, 129 : « Arétas, frappé de terreur… ».
47. Josephe, AJ, XIV, 41-45 ; cf. F.-M. Abel, Histoire, 1. 1, p. 255-257.
48. Josephe, AJ, XIV, 46.
49. J. van Ooteghem, op. cit., p. 231.
50. Josephe, AJ, XIV, 53.
51. Josephe, AJ, XIV, 79.
52. Josephe, AJ, XIV, 80-81.
53. Josephe, AJ, XIV, 80. On ne peut pas écrire comme Thérèse Liebmann-Frankfort, La frontière orientale dans la politique extérieure de la République romaine depuis le traité d’Apamée jusqu’à la fin des conquêtes asiatiques de Pompée (189-188 – 63), Bruxelles, 1969, p. 301 qu’Antipater « aida les Romains de Scaurus contre les Nabatéens ». Il rassembla, il est vrai, des approvisionnements pour Scaurus, mais sur ordre d’Hyrcan II. En revanche, il s’entremit entre Arétas III et Scaurus pour tirer ce dernier d’un mauvais pas tout en débarrassant Arétas de son adversaire ; de cette manière il s’attirait la reconnaissance des deux camps. En tout cas, le rôle qu’il joue dans ce dénouement prouve qu’il n’est compromis ni d’un côté ni de l’autre.
54. Josephe, BJ, I, 159.
55. Le texte de Josephe n’autorise pas à écrire comme R. Fazy, Autour d’une expédition romaine en Arabie Heureuse sous Auguste, Bulletin de la Société Suisse des amis de l’Extrême-Orient, 5, 1943, p. 3, n. 2 : « Scaurus força le roi Arétas à acheter la paix », si du moins l’on entend par là que Scaurus était en mesure de vaincre militairement son adversaire et de poursuivre la guerre jusqu’à la victoire. Josephe insiste au contraire sur l’aspect transactionnel de la négociation, sur l’intérêt qu’elle représente pour Arétas comme pour Scaurus. Une interprétation encore plus abusive du texte de Josephe est faite par Y. Meshorer, op. cit., p. 16 : Antipater aurait négocié la « reddition » d’Arétas, reddition symbolisée par le payement de 3 000 (erreur typographique ?) talents ; ce serait donc à bon droit que Scaurus aurait commémoré sa victoire sur les deniers de 58.
56. Sur la cupidité de M. Aemilius Scaurus et le faste qui marqua son édilité, cf. RE, s.v. Aemilius 141, avec renvoi aux sources (en particulier Pline, HN, VIII, 64 (Scaurus donna des jeux où parurent 150 panthères), XXXIV, 17 (la scène d’un théâtre provisoire ornée de « 3 000 » (sic) statues ; le chiffre est corrompu mais Pline s’étonnait du faste déployé), XXXV, 127 ; XXXVI, 50, 113, 114).
57. Cf. BMC Roman Republic, Londres, 1952, p. 151-152, n° 912 et 913.
58. Appien, Syr., 51.
59. Par exemple E. Schürer, op. cit., I, p. 245.
60. Appien, Mithr., 106.
61. Strabon, XVI, 2, 18, mentionne les Arabes Ituréens.
62. Josephe, AJ, XIV, 39.
63. Josephe, AJ, XIV, 39.
64. E. Schürer, op. cit., p. 564-565 ; F.-M. Abel, op. cit., I, p. 304, p. 323.
65. F.-M. Abel, op. cit., p. 330.
66. Josephe, AJ, XIV, 129-130.
67. Strabon, XVI, 2, 10 ; Dion Cassius, XXXVI, 2, 5 ; cf. F.-M. Abel, op. cit., 1, p. 297-298.
68. Josephe, AJ, XIV, 39-40 ; cf. J. Dobias, op. cit., p. 247-251.
69. J. Dobias, op. cit., p. 250-251.
70. Les brigands réfugiés en Trachonitide dans les années 30 à 20 av. J.-C. ne sont pas sans lien avec le tétrarque de Chalcis d’Iturée, Zénodore : Josephe, AJ, XV, 344. On mentionne à la même époque des bandits réfugiés dans des cavernes en Galilée : Josephe, BJ, I, 307-313.
71. Cf. J. Dobias, op. cit., p. 215-256.
72. Josephe, AJ, XIV, 103 et BJ, I, 178.
73. F.-M. Abel, op. cit., I, p. 295.
74. Cf. J. Dobias, op. cit., p. 243-244.
75. Cicerón, Ad Quintumfratrem, II, 10, 3 (Lettre 132, éd. et trad. L. A. Constane, coll. Universités de France).
76. Il s’agit sûrement du roi des Nabatéens ce que ne semble pas avoir vu L.-A. Constans. Il ne faut en effet pas traduire par « un homme de Bostra » et « un Commagénien » mais « le Commagénien » et, de la même manière « l’homme de Bostra », sans quoi toute l’argumentation de Cicerón perd sa valeur puisque l’on ne pouvait guère comparer un roi qu’à un autre roi.
77. Cf. J. Starcky, op. cit., col. 909.
78. Josephe, AJ, XIV, 128-129.
79. La Guerre d * Alexandrie, I, 1.
80. Josephe, AJ, XIV, 277-279.
81. Dion Cassius, XLVIII, 41, 5.
82. Dion Cassius, XLVIII, 26, 3-6 ; cf. F.-M. Abel, op. cit., I, p. 330.
83. Dion Cassius, XLIX, 20.
84 Josephe, AJ, XIV, 370 ; BJ, I, 274-276 ; cf. F.-M. Abel, op. cit., I, p. 336-337 et p. 337, n. 1.
85. Josephe, AJ, XV, 94-96 ; BJ, I, 359-362.
86. Josephe, AJ, XV, 92-93.
87. Josephe, BJ, 1,361.
88. Plutarque, V. Antoine, LXI, 2.
89. Dion Cassius, LI, 7, 1.
90. Cf. J. Starcky, op. cit., col. 911-916 ; sur les résultats de l’expédition et la prétendue trahison de Syllaios, cf. J. Pirenne, Le royaume sud-arabe de Qataban, Louvain, 1961, p. 93-124.
91. J. van Ooteghem, Pompée le Grand, Bruxelles, 1954, p. 231, p. 237.
92. J. Andrieu éd., La Guerre d’Alexandrie, coll. Universités de France, p. 2, n. 2.
93. Strabon, XVI, 4, 18 ; Diodore, III, 43, 5.
94. Josephe, AJ, XIV, 81.
95. Josephe, AJ, XIV, 48.
96. Strabon, XVI, 4, 21.
97. Strabon, XVI, 4, 24.
98. Cf. A. Négev, Oboda, Mampsis and Provincia Arabia, IEJ, 17, 1967, p. 46-55 ; id., The chronology of the middle Nabatean period, PEQ, 101, 1969, p. 5-14 ; id., The Nabateans and the Provincia Arabia, ÂNRW, II/8, Berlin-New York, 1977.
99. Ce déclin, peut-être amorcé lors de l’annexion de l’Egypte à l’Empire romain, est attesté de façon certaine au milieu du Ier siècle apr. J.-C, époque où les villes nabatéennes du désert sont ruinées : cf. les articles cités à la note précédente.
100. Strabon, XVI, 4, 22-24.
101. E. Badián, Roman Imperialism2, Oxford, 1968, p. 76-92.
102. Cf. E. Badián, op. cit., p. 87.
103. Plutarque, V. Pompée, 38, 4.
104. Id., ibid., 36, 1.
105. Pline, ΗΝ, VII, 97-98.
106. Diodore, XL, 4, 61.
107. Il figure aussi chez Appien, Mithr., 117, parmi les rois vaincus mais l’Arabie n’est pas mentionnée parmi les pays annexés en Mithr., 118 ; cf. aussi Pline, HN, 36, 41, citant Varron. L’Arabie fut vaincue, selon Plutarque, V. Pompée, 45, 2.
108. Cf. par exemple E. Will, Histoire politique du monde hellénistique, t. II, p. 440.
109. On peut dire de la Nabatène ce qu’Ammien Marcellin, XIV, 15 (éd. et trad. E. Galletier, Coll. Universités de France, Paris, 1968) écrivait au sujet de Chypre : « Je n’ai aucun scrupule à dire que c’est par cupidité que le peuple romain a envahi cette île, plus que pour des motifs légitimes ».
110. Cf. Strabon, XVI, 4, 23 et 26 ; Diodore, II, 54, 3.

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