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Par Olivier YPSILANTIS

Je viens de lire ‟Le Code d’Esther”, livre élaboré par deux journalistes, Bernard Benyamin et Yohan Perez, au sous-titre évocateur : ‟Et si tout était écrit…”. Je n’aurais probablement pas lu ce livre si une amie ne me l’avait conseillé avec enthousiasme. Je l’aurais même ignoré avec son titre et sa couverture tape-à-l’œil, l’associant probablement à ce best-seller dont on nous a rebattu les oreilles, ‟The Da Vinci Code”, un livre tapageur et sans consistance.

J’ai lu ce livre en quelques heures, un soir, stylographe en main. Je rapporte ces notes d’une lecture qui m’a conduit à la rêverie. Et en lisant ce livre, je me suis souvenu combien m’avait intrigué ce cri de Julius Streicher devant la potence : ‟Purimfest, 1946 !”

La couverture du livre de Bernard Benyamin et Yohan Perez, ‟Le Code d’Esther”, publié aux Éditions First-Gründ, Paris, 2012.
La couverture du livre de Bernard Benyamin et Yohan Perez, ‟Le Code d’Esther”, publié aux Éditions First-Gründ, Paris, 2012.

Je connaissais l’histoire d’Esther, celle de son oncle Mardochée, du roi de Perse Assuérus et de son Premier ministre Aman. Le cri de Julius Streicher m’avait intrigué mais il ne m’avait pas sollicité comme la Sphinge sollicitait ceux qui passaient sur la route de Thèbes. Je me suis simplement souvenu de l’étrange impression que j’avais eue en lisant dans une bibliothèque universitaire le rapport de l’exécution de Julius Streicher.

‟Le Code d’Esther” fait une bonne description de Nuremberg (Nürnberg) avec retour historique sur l’immédiat après-guerre.

J’ai visité cette ville pour la maison de Dürer, comme il se doit. Je garde surtout un souvenir très précis du cimetière avec ses imposants blasons verdis, chefs-d’œuvres de fonderie agrafés sur les pierres tombales. Mais c’est à Prague, avant la chute du Mur, que j’ai dégoté chez un bouquiniste un extraordinaire lot de vues de Nuremberg, de grandes héliogravures qui montraient la ville avant les bombardements alliés, images début XXe siècle d’une ville parfaitement médiévale.

J’en reviens à l’enquête de Bernard Benyamin et Yohan Perez. C’est dans la synagogue du 10 de la rue Pavée (Paris – XIVe arrondissement) dont il pousse la porte pour y réciter le Kaddish, suite à la mort de sa mère, que l’auteur va être entraîné dans une étrange enquête. La description des lieux est sobre et convaincante. Rappelons que cette synagogue a été construite par Hector Guimard dont la femme était juive, Adeline Oppenheim.

Quatre rendez-vous sont pris à Paris par Bernard Benyamin avec quatre spécialistes susceptibles de l’aider dans cette enquête. 1- Avraham Malthête (petit-fils de Georges Méliès), épigraphiste et paléographe à l’Alliance israélite universelle, en charge des manuscrits hébreux. Avraham Malthête commence par dater le Livre d’Esther dont la langue est plus proche de l’hébreu mishnique que biblique et qui, de ce fait, ne peut être antérieur au IIe ou IIIe siècle avant notre ère. L’histoire a pour décor Suse.

L’entretien se termine sur une allusion aux petites lettres et à la grande lettre. Nous y reviendrons. 2 – Le Rav Ariel Gay, directeur d’une école religieuse à Neuilly-sur-Seine. L’entretien se termine sur une question concernant la valeur des grandes et des petites lettres, question à laquelle le rabbin ne répond pas. 3 – Impossible d’obtenir un rendez-vous avec le Grand-Rabbin de France, Gilles Bernheim. 4 – Le Rav Abraham Bloch. On reparle du mystère des grandes et des petites lettres.

Dans tous les textes de la Torah, il y a quantité de mots comportant des lettres de tailles différentes ; toutes ces différences ont une explication mais dans le Livre d’Esther, elles n’en ont pas. Rien, hormis le Gaon de Vilna qui, au XVIIIe siècle, a eu l’intuition qu’elles avaient à voir avec les guerres imposées au peuple juif.

Précisons que ce questionnement se concentre sur l’énoncé de trois des dix prénoms des enfants d’Aman condamnés à la potence. Rav Abraham Bloch : ‟Avant ce passage, le rouleau se compose de dialogues et de paragraphes compacts racontant l’histoire d’Esther. La forme relève du plus pur classicisme.

Or, lorsqu’il s’agit de nommer les enfants d’Aman, le texte prend une autre allure : il est composé en colonnes, comme si le scribe avait utilisé, au début, un traitement de texte normal avant d’introduire un nouveau logiciel, type Excel, pour écrire ce passage précis. Résultat : nous avons l’énoncé des dix enfants d’Aman, l’un au-dessus de l’autre, précédés, sur une autre colonne, d’un mot hébreu que l’on pourrait traduire par : « Et puis, il y a aussi… ».” Dans la Torah, tout ce qui est écrit ou représenté à un un sens, un sens qu’elle nous invite à découvrir par l’étude.

Les quatre ‟anomalies” placées dans cet énoncé : 1- Le nom Parshandata où la sixième lettre (Tav) est plus petite que les autres. 2 – Le nom Parmashtah où la quatrième lettre (Shin) est plus petite que les autres. 3 et 4 – Le dernier nom,Vaïzata, où la troisième lettre (Zayin) est plus petite que les autres tandis que la première lettre (Vav) est plus grande que les autres.

Alphabet-hébreu
Alphabet hébreu avec valeur numérique de chaque lettre
La liste des dix prénoms des enfants d’Aman avec, en rouge, les trois petites lettres et la grande lettre (en bas, à droite).
La liste des dix prénoms des enfants d’Aman avec, en rouge, les trois petites lettres et la grande lettre (en bas, à droite).

Arrivée à Jérusalem, jour de Pourim. Lecture du Livre d’Esther devant le Mur des Lamentations. Puis chez le Rav Ron Chaya, un homme dont j’écoute avec attention les conférences mises en ligne sur YouTube et que j’ai mis en lien sur le blogroll de zakhor-online.com

Avant d’aborder le Livre d’Esther, le Rav Ron Chaya bifurque vers un texte qui remonte à quatre cent cinquante ans de l’ère chrétienne.

Il s’agit d’un recueil de commentaires de règles liés au Livre d’Esther. Aux pages 6a et 6b, on peut lire : ‟Jacob s’adressa à Dieu et Lui dit : ne laisse pas Esaü accomplir ses mauvais desseins. Il s’agit des trois cents têtes couronnées de Germamia d’Edom car si elles sortaient, elles détruiraient le monde entier.”

Esaü est le frère de Jacob ; tous deux ont pour père Isaac et pour grand-père Abraham. Et rappelons en passant que le frère d’Isaac est Ismaël dont procède l’islam. Depuis qu’il a accepté de céder son droit d’aînesse pour un plat de lentilles, Esaü voue une haine inextinguible à Isaac. Esaü est le grand-père d’Amalek, le Mal absolu.

Mais pourquoi GermaMia et non GermaNia?

Réponse du Rav Ron Chaya : pour que les Juifs qui habitent ledit pays ne se mettent pas en danger en le désignant explicitement.

Nombre d’érudits (parmi lesquels le Gaon de Vilna) s’accordent : il s’agit bien d’un pays d’Edom (l’Occident) appelé ‟Germania”, une région qui existait avant l’ère chrétienne sous cette désignation même. Et les trois cents têtes couronnées ?

Une simple encyclopédie nous renseigne : après 1648, après le Traité de Westphalie, le Saint-Empire romain germanique est constitué d’environ trois cents États souverains ou principautés régis par divers régimes. En fait, il s’agit plutôt d’environ trois cent cinquante États, ce qui ne retire rien à la valeur de cette prédiction.

Par ailleurs, la ‟valeur numérique” (Guematria) d’Esaü = 377, comme celle d’Adolf Hitler.

Enfin, le Berlin réaménagé par Albert Speer devait être rebaptisé Germania.

Ecoutez attentivement cette conférence du Rav Ron Chaya (durée 1h 38) :

 

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