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L’implantation des communautés juives

Une présence discrète sous l’Ancien Régime

Au Moyen Âge, on ne dénombre pas une importante population juive sur les territoires qui forment aujourd’hui la Belgique. On ne retrouve la trace de quelques familles qu’au XIIIe siècle ; elles disparurent quasi totalement après les grandes épidémies de peste et les persécutions que ces dernières entraînèrent au siècle suivant.

Durant la première moitié du seizième siècle, s’installèrent à Anvers de nombreux Juifs séfarades [5], chassés d’Espagne en 1492.

Les troubles de la seconde moitié du siècle suivant amenèrent toutefois l’émigration de la plupart d’entre eux vers Amsterdam ou l’Empire ottoman.

La présence juive en Belgique demeurait donc très faible lorsque, sous la période autrichienne, fut promulgué en 1781 l’Édit de tolérance de Joseph II. Cette date marque le début d’un processus d’émancipation, et dans une moindre mesure d’intégration et d’assimilation des Juifs à la population chrétienne, d’origine sinon de conviction.

Ce processus inauguré par les idées des Lumières, qui trouvent leur pendant au sein de la culture juive – la Haskhalah –, recevra une impulsion décisive sous la période française (1795-1815).

Napoléon Ier, dans la foulée des décisions du Grand Sanhédrin, organisa le culte israélite par les décrets de 1808. Le système consistorial fut instauré [6] Le régime hollandais (1815-1830) ne modifia pas cette situation.

L’indépendance belge ouvre la deuxième phase de l’émancipation pour les Juifs de Belgique.

La Constitution de 1831 instaura la liberté réelle des cultes et la prise en charge des salaires des ministres du culte par l’État (article 117 ancien ; article 181 nouveau).

Parallèlement cessa la taxation extraordinaire des Juifs. L’année suivante, en 1832, le Consistoire central israélite de Belgique, autorité suprême du culte israélite fut mis en place. Celui-ci était reconnu de facto, dans la lignée des décrets révolutionnaires, mais son existence demeura implicite jusqu’à la publication des arrêtés d’application de la loi sur le temporel des cultes de 1870.

Le culte israélite ne fut véritablement reconnu qu’en 1876, par un arrêté royal qui organisa les conseils d’administration des communautés religieuses.

« Le fait que l’État ne reconnût pas formellement l’existence du Consistoire central ni celle des Communautés (…) et l’interprétation que fit le Consistoire des décrets de 1808 pour fonder son existence légale engendrèrent de nombreuses difficultés tout au long du siècle, particulièrement dans les rapports que le Consistoire central entretint avec les administrations communales et les gouvernements d’inspiration libérale » [7] J.-Ph. Schreiber.

Durant les premières décennies de l’indépendance de la Belgique, de nombreuses personnalités issues de la communauté juive contribuèrent significativement au développement de l’industrie, de la finance ou des arts.

Les représentants des familles Errera, Hymans, Bischoffsheim, Lambert, Oppenheim ou Wiener pourraient être cités en exemple.

Le dernier quart du dix-neuvième siècle vit un accroissement de l’immigration juive vers la Belgique, en provenance d’Europe de l’Est (notamment de Pologne) mais aussi des pays voisins comme l’Allemagne ou les Pays-Bas. Elle est à l’origine du développement de l’industrie diamantaire à Anvers.

L’effectif total de la population juive en Belgique à la veille de la Première guerre mondiale est évalué selon des estimations récentes à quelque 40.000 personnes.

Cependant, en 1919, le chiffre de cette population avait notablement diminué [8].

L’immigration et la cristallisation politique pendant l’entre-deux-guerres

Le nombre de Juifs résidant en Belgique sextupla entre les deux guerres mondiales [9].

Contrairement à d’autres pays comme les États-Unis, la Grande-Bretagne ou l’Allemagne, la Belgique continua avec la France à accueillir de nombreux immigrés durant la fin des années vingt et le début des années trente.

Les Juifs originaires d’Europe de l’Est firent le choix de l’émigration à la fois pour des raisons économiques et pour des raisons politiques : les phénomènes de développement de l’économie capitaliste et de modification de la structure sociale s’accompagnèrent de poussées de fièvre nationalistes et antisémites dans les pays d’Europe orientale.

À la même époque, d’autres groupes d’immigrés, italiens notamment, s’installèrent en Belgique. Mais alors que ces derniers trouvèrent essentiellement à s’employer dans l’industrie, particulièrement houillère et métallurgique, les Juifs s’orientèrent davantage vers le commerce et l’artisanat, et s’installèrent donc dans les grandes agglomérations : Bruxelles, Anvers, Liège, Charleroi.

Avec eux, ces immigrés apportèrent trois courants de pensée qui devaient influencer durablement les structures de la communauté juive de Belgique : le judaïsme religieux orthodoxe, le sionisme et le communisme.

Certes, il en existait déjà des éléments avant la Première guerre mondiale, puisque les communautés religieuses de rite orthodoxe établies à Bruxelles et Anvers furent reconnues par arrêté royal dès 1910, qu’à la même époque la Fédération sioniste de Belgique publiait déjà un hebdomadaire, Hatikwah (l’Espoir), et que l’organisation ouvrière Bund [10] avait déjà constitué quelques groupes dans les villes universitaires de Liège ou de Gand. Cependant le renfort numérique que reçut la communauté dans l’entre-deux-guerres provoqua l’essor de nombreuses organisations.

En se concentrant sur le monde laïque, il est possible de distinguer, à l’époque, des organisations sionistes de tendance bourgeoise-libérale et des organisations sionistes ouvrières, et au sein des organisations ouvrières, de distinguer celles qui sont en faveur de l’émigration vers la Palestine de celles qui préconisent la concentration de la lutte sur les droits des travailleurs en Belgique.

Il faut également remarquer qu’au sein des organisations ouvrières s’opérait une importante différentiation, parfois à l’intérieur d’une même organisation, entre réformistes (‘socialistes’) et révolutionnaires (‘communistes’).

Les années qui précèdent immédiatement la guerre virent l’arrivée d’une nouvelle vague d’immigrés en provenance d’Allemagne et d’Autriche, fuyant le régime nazi.

Certaines estimations situent leur nombre à 25.000 [11].

La Seconde guerre mondiale modifia radicalement le visage de la communauté juive de Belgique. Plus d’un tiers de ses membres furent déportés. L’immense majorité de ces derniers ne revinrent pas [12].

Le prix le plus lourd fut payé par les Juifs qui n’avaient pas obtenu la nationalité belge : les Juifs belges échappèrent longtemps à la déportation.

Durant les deux premières années de l’occupation, les nazis se limitèrent à la prise de mesures législatives coercitives : définition de ‘qui est Juif ?’, interdiction de l’exercice de certaines professions, expulsion des écoles, restriction de la liberté de mouvement, etc.

En novembre 1941, un décret créa l’Association des Juifs de Belgique (AJB), à laquelle l’affiliation était obligatoire. Le 27 mai 1942 parut le décret obligeant les Juifs à porter l’étoile jaune. Les déportations débutèrent en août 1942, et pendant plus d’un an ne concernèrent que les Juifs dépourvus de la nationalité belge. Le point de rassemblement se situait à Malines, à la caserne Dossin [13], et la majorité des convois eurent pour destination Auschwitz.

La création d’un Comité de défense des Juifs en 1942 structura la résistance, dans laquelle les Juifs communistes jouèrent un rôle de premier plan.

En 1945, il restait en Belgique quelque 30.000 Juifs, dont la plupart avait échappé à la déportation en entrant dans la clandestinité, souvent avec l’aide de Belges non Juifs ; à ceux qui se firent connaître fut attribuée ensuite la médaille des Justes par l’État d’Israël.

Une communauté diasporique face au développement d’Israël

L’évolution de la communauté juive de Belgique après la guerre est marquée par deux éléments : le poids de la Shoah et la création de l’État d’Israël en 1948.

Si la première modifia radicalement la perception de la communauté juive par le restant de la population, la seconde transforma la perception que la communauté avait d’elle-même.

Le sionisme d’engagement se mua en acquis, même si les conflits qui embrasèrent le Moyen-Orient en 1956, 1967 ou 1973 furent l’occasion de réaffirmer un engagement de soutien à Israël. Un courant, marginal, que l’on pourrait qualifier de non sioniste puisque le sort des populations palestiniennes constitue son principal centre d’intérêt par rapport à la situation au Moyen-Orient, a néanmoins persisté.

Les victoires de l’armée israélienne et le développement économique d’Israël d’une part, la controverse née de l’occupation prolongée des territoires conquis en 1967 et de la guerre du Liban d’autre part, ont conduit une fraction plus importante de la communauté juive à remettre en question la nécessité, ou le bien-fondé du soutien inconditionnel à Israël et aux décisions de ses gouvernements successifs.

Ce faisant, le soutien inconditionnel quasi généralisé des Juifs de Belgique à Israël s’est transformé en un éventail de positions politiques contrastées.

La dichotomie israélienne Likoud (droite) / Avoda (travaillistes) s’est appliquée au sein de la communauté juive de Belgique. Ces dernières années, et suivant également en cela une évolution israélienne, elle a coïncidé de plus en plus avec les frontières du clivage religieux / laïque.

Ainsi, la (très) relative désaffection à l’égard d’Israël, doublée de l’enracinement plus profond dans la société belge de ceux qui constituent la deuxième ou la troisième génération des immigrés d’avant-guerre, n’a pas engendré de distanciation par rapport à Israël : le pays constitue toujours un axe de rassemblement, et un sujet de discussion central. Et cela même si le nombre de Juifs belges effectuant leur alyah (‘montée’ au sens de émigration) vers Israël est resté faible [14].

La dimension religion / laïcité est également très présente dans l’évolution de la communauté juive et de ses structures. Parce qu’il s’agit d’une tendance de fond qui concerne l’ensemble de la communauté juive, de Belgique mais aussi de bien des pays occidentaux, il faut noter ici la préoccupation croissante que fait naître l’intégration poussée jusqu’à l’assimilation de bon nombre de Juifs, couplée au nombre élevé de mariages mixtes.

Cette situation, si elle ne fait pas encore craindre la disparition de la communauté diasporique, laisse cependant entrevoir la possibilité d’une visibilité accrue des communautés religieuses au sein de la population juive, les Juifs laïques ayant tendance à entretenir des liens identitaires plus ténus.

Les organisations du monde juif

Ce n’est que récemment, à l’échelle de l’histoire, que l’identité juive a pu se détacher de la définition proprement religieuse.

L’apparition de Juifs laïques (au sens où ils se distancient de toute pratique religieuse et se définissent comme Juifs en l’absence de référence à une croyance quelconque) et même de Juifs athées résulte du processus d’émancipation enclenché par les Lumières et développé tout au long du siècle dernier.

Les événements du siècle actuel ont renforcé cet état de choses : le nazisme, tout comme l’antisémitisme avant et après lui, ne se sont pas arrêtés à la dimension religieuse ; la persécution des Juifs, même reposant partiellement sur les conceptions développées par la doctrine chrétienne, s’est organisée sur une base résolument ethnique : il s’agit d’une forme particulière de racisme, et non pas d’un préjugé religieux.

Le sionisme, puis la création d’Israël, ont superposé à l’existence de la conscience d’un destin tragique commun celui de la reconnaissance d’une aspiration commune, puis un sentiment de parenté vis-à-vis d’un peuple, la nation israélienne nouvellement constituée.

Le paysage des organisations juives de Belgique à la fin du vingtième siècle est traversé par trois axes de positionnement.

L’axe religieux, du libéralisme à l’ultra-orthodoxie, l’axe politique, de l’ultra-gauche à la droite réactionnaire, l’axe sioniste enfin, avec des degrés divers dans l’attachement et le soutien à l’État et au gouvernement d’Israël.

Les deux derniers axes ayant tendance à se chevaucher de plus en plus depuis 1967 [15] et davantage encore depuis les accords d’Oslo [16], l’examen des organisations juives se fera en deux temps : le premier consacré à la présentation des différentes communautés religieuses, le second à celle des organisations dont l’objet est laïque, sans être pour autant opposé au fait religieux, et tout en remarquant qu’il existe évidemment des chevauchements entre les membres des unes et des autres.

Géographiquement, il existe une grande différence entre les organisations présentes dans les deux principales communautés juives de Belgique : à Anvers, la population est très majoritairement religieuse et se retrouve dans des groupements qui ont cette vocation. A Bruxelles en revanche, les lieux les plus intenses de la vie communautaire juive ne sont plus les synagogues.

L’ensemble des organisations juives de Belgique, communautés religieuses et associations dont l’objet est autre, sont rassemblées dans la Conférence permanente des organisations juives de Belgique, qui est amenée à s’exprimer au nom de la communauté à certaines occasions importantes. La Conférence n’existe cependant pas en tant qu’organisation structurée.

En Belgique, et très certainement à Bruxelles, les dénominateurs communs autres que religieux s’avèrent forts dans le rassemblement de personnes au sein de communautés qui s’identifient comme juives.

Cet état de choses est relativement récent, et les premières structures du judaïsme belge ayant été tout naturellement religieuses, c’est par l’examen de ces communautés que débutera celui du paysage des organisations juives de Belgique.

Le monde religieux entre tradition et modernité

Il existe en Belgique dix-sept communautés religieuses juives, dont quinze officiellement reconnues par le Consistoire, organisées chacune autour d’une synagogue.

À l’inverse de ce qui se rencontre dans le culte catholique, le judaïsme n’est pas organisé hiérarchiquement. Quinze communautés juives sont représentées au Consistoire central israélite de Belgique (CCIB), qui est l’interlocuteur de l’État belge en ce qui concerne les matières concernant la reconnaissance et le financement du culte.

Le Consistoire désigne les professeurs chargés des cours de religion juive dans l’enseignement officiel. Il intervient également lors de débats, souvent de nature morale, concernant la communauté juive tout entière. En particulier existe au sein du Consistoire une commission des relations pluralistes en charge de l’organisation du dialogue avec les autres cultes reconnus, et qui se montre particulièrement active dans le développement des relations avec l’Église catholique belge. Le Consistoire central israélite de Belgique publie une revue intitulée Nouvelles consistoriales.

Chaque communauté délègue au Consistoire un certain nombre de représentants, qui prennent collégialement leurs décisions [17]. Le Consistoire a dans les faits une mission de contrôle plutôt que de gestionnaire [18]. Chaque communauté est gérée par un conseil d’administration, qui rassemble le rabbin et un certain nombre de laïcs élus par les membres de la communauté.

En application de la loi sur le temporel des cultes, le traitement des rabbins et ministres du culte est pris en charge par le Ministère de la Justice [19] et les communes interviennent en faveur des conseils d’administration des communautés situées sur leur territoire et fournissent un logement au rabbin lorsque celui-ci en fait la demande.

La question des cimetières a longtemps constitué une pomme de discorde entre la Communauté israélite et les autorités.

Si un certain nombre de cimetières juifs ont été créés après la Révolution française, ils ont été supprimés ensuite en raison du principe que seules les communes avaient compétence pour la gestion des cimetières.

Les demandes de la communauté de scission de certains cimetières communaux pour accorder une parcelle exclusivement aux inhumations des Juifs se sont longtemps heurtées à des refus. Cependant, dans les faits, plusieurs communes ont divisé leur cimetière pour ‘permettre aux catholiques de rester entre eux’.

Par la suite, la Communauté a obtenu des parcelles dans les cimetières d’Etterbeek, de Wezembeek, de Kraainem et de Dilbeek. Actuellement, alors que la possibilité d’octroyer des concessions à perpétuité est discutée en Belgique, son absence obligeant les sociétés d’inhumation juives à renouveler régulièrement les concessions, la question des cimetières revient à l’avant-plan de l’actualité des relations entre le Consistoire et l’État belge.

De nombreux membres des communautés religieuses d’Anvers choisissent depuis longtemps de se faire inhumer au-delà de la frontière hollandaise, les Pays-Bas admettant les concessions perpétuelles.

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Grande synagogue de Bruxelles

Au dix-neuvième siècle, la communauté juive de Belgique s’est illustrée notamment par la modernité dont a fait preuve le Consistoire, et qui s’est traduite dans l’évolution du rituel à la Communauté israélite de Bruxelles, dont la synagogue fut d’abord située place de Bavière – la future maison du peuple – puis bâtie en 1878 à la rue de la Régence, dans un style qui rappelle celui des églises romanes ; elle s’y dresse encore aujourd’hui [20].

La tendance réformiste, inspirée de l’évolution du judaïsme allemand, a culminé avec la nomination du grand rabbin Elie-Aristide Astruc en 1866.

À cette époque comme aujourd’hui, les tentatives de réforme se heurtaient aux réticences des gardiens de la tradition. Progressivement, et singulièrement ces dernières décennies, tant le Consistoire que la Communauté israélite de Bruxelles ont évolué vers plus de conservatisme, sous la pression des tenants de l’orthodoxie. Cependant, il faut remarquer qu’il est de tradition que le poste de président du Consistoire soit occupé par une personnalité laïque, n’appartenant à aucune ‘coterie’ et jouissant d’une grande aura personnelle.

Actuellement, la grande synagogue de Bruxelles reste un point focal de la vie juive de Bruxelles sinon de Belgique ; de nombreuses cérémonies nationales s’y déroulent, en présence de non-juifs, et ce sont des locaux adjacents qui abritent le Consistoire.

La grande synagogue symbolise en quelque sorte le culte juif en Belgique. La tendance du rite observé à la grande synagogue de Bruxelles est celle du conservatisme. La communauté israélite de Bruxelles, qui regroupe environ 650 familles, délègue huit représentants (sur 35) au Consistoire, et publie un périodique trimestriel, le Kehilatenou…

D’autres synagogues existent à Bruxelles [21] ; plus qu’un édifice, la synagogue [22], Beth-knesset en hébreu, c’est-à-dire la maison de l’assemblée, est un lieu de rassemblement : à chaque édifice correspond une communauté, à laquelle les membres paient une cotisation annuelle.

La communauté séfarade a vu le jour lorsque les membres de la communauté de Bruxelles de cette origine, dont le nombre augmentait, se sont trouvés à l’étroit dans la grande synagogue. Ils se sont installés il y a une trentaine d’années dans une synagogue à Schaerbeek qui rassemble environ 350 familles. Ils sont représentés au Consistoire par deux délégués.

Du côté que l’on pourrait qualifier de conservateur par rapport à l’orientation de la grande synagogue, se situe la communauté israélite orthodoxe. Créée en 1905 et reconnue cinq ans plus tard, elle a inauguré sa synagogue en 1933. La communauté orthodoxe de Bruxelles, qui compte environ 350 familles, envoie trois délégués à l’assemblée consistoriale. Plutôt sur le déclin, numériquement, ces dernières années, elle conserve cependant une autorité morale incontestable et est regardée comme une sorte de ‘maison-mère’ par d’autres communautés religieuses plus petites (350 familles en tout) : les communautés de St-Gilles et de Schaerbeek (un délégué chacune au Consistoire) témoignent de l’implantation historique des Juifs dans ces quartiers.

Celle de Maale à Forest (un délégué), dont l’institution à la fin des années 1960 répondit au déplacement des lieux de résidence de la population juive de Bruxelles, est actuellement une des plus fréquentées de Bruxelles.

La benjamine, la communauté de Waterloo (un délégué), fut constituée en 1990 et reconnue deux ans plus tard, également pour répondre à un déplacement de la population juive.

Quant à la secte des Loubavitch, représentants de la tendance hassidique du judaïsme religieux, ils ne sont pas reconnus par le Consistoire mais se sont implantés à Bruxelles il y a une dizaine d’années, comme un peu partout dans le monde, et font preuve de beaucoup de dynamisme. Il existe également à Bruxelles deux Yeshivot (écoles talmudiques).

De l’autre côté de l’échiquier religieux, dans ce qu’on pourrait appeler la catégorie progressiste, se situe la synagogue libérale de Beth-Hillel, installée à Forest. Développée dans les années 1960 dans la ligne du judaïsme réformé majoritaire aux États-Unis, la communauté libérale est aujourd’hui une des plus dynamiques du pays, rassemblant Ashkénazes comme Séfarades et bon nombre d’anglo-saxons. Elle publie le Shofar, revue mensuelle du judaïsme libéral de Belgique.

Elle n’a jamais été reconnue formellement par le Consistoire, où elle n’envoie pas de délégué, en raison de l’opposition des communautés orthodoxes. Le Consistoire ne s’est cependant pas opposé à sa reconnaissance par l’État, et la communauté libérale bénéficie du financement public depuis 1995.

D’autres lieux de culte existent à Bruxelles : une demi-douzaine d’oratoires sont répartis dans la ville, dont un à l’aéroport de Bruxelles-national.

La seconde grande communauté (au sens de ‘groupe’) de Belgique est celle de la ville d’Anvers, où la pratique religieuse est beaucoup plus répandue qu’à Bruxelles et se déroule selon un rite plus conservateur. On estime que 80 % de la population juive d’Anvers sont membres d’une communauté religieuse et que plus de 90 % des enfants y sont scolarisés dans une école juive [23].

Trois larges communautés religieuses y coexistent. Deux d’entre elles observent le rite ashkénaze : Shomre Hadass (qui signifie ‘gardien de la tradition’) qui est la plus grande (environ 1.200 membres) et Machsike Hadass (‘mainteneurs de la tradition’) qui, forte de 1.100 à 1.150 membres, dispose de deux synagogues. Toutes deux sont orthodoxes, mais Machsike Hadass est la plus stricte. Chacune des deux communautés envoie six délégués au Consistoire.

La petite communauté séfarade d’Anvers dispose de sa propre synagogue, dite de rite portugais, et délègue un représentant au Consistoire. L’ensemble de la vie juive est marqué à Anvers par l’observance de la loi religieuse. Du costume arboré par les hassidim [24] regroupés dans un quartier à proximité de la gare, à l’existence de nombreux magasins et restaurants casher, l’organisation de la vie juive à Anvers a donné lieu au développement et au maintien d’un espace de vie propre, où se rencontrent de nombreuses survivances – à commencer par la pratique de la langue yiddishe – du mode de vie des shtetl [25]  d’antan.

Une trentaine d’autres lieux de culte, synagogues ou oratoires, parsèment la ville d’Anvers, ainsi que de nombreuses yeshivot.

Les communautés religieuses qui survivent en-dehors des villes d’Anvers et de Bruxelles sont pour la plupart sur le déclin. En Wallonie, des communautés subsistent à Arlon, Liège et Charleroi.

À Arlon, si la présence de Juifs est attestée depuis le treizième siècle, la communauté actuelle est la descendante de négociants qui s’y établirent au siècle dernier et construisirent une synagogue en 1863. La guerre décima cette communauté, qui ne cesse de baisser en nombre et de croître en âge. Elle délègue un représentant au Consistoire.

La communauté de Liège est d’origine plus récente : il n’y avait en effet presque pas de trace de judaïsme à Liège à l’époque des princes-évêques. La communauté de Liège commença à s’organiser au début du dix-neuvième siècle et connut une croissance rapide à la fin de celui-ci. La communauté actuelle, en déclin numérique, ne fréquente plus souvent la synagogue. Cette communauté délègue elle aussi un représentant au Consistoire.

À Charleroi, la communauté s’est développée consécutivement à l’immigration de l’entre-deux-guerres, et connut alors une vie florissante. Aujourd’hui, la synagogue construite en 1961 n’est plus très fréquentée (un délégué au Consistoire).

En Flandre, une situation similaire est observée à Ostende, où une communauté ayant érigé en 1911 une vaste synagogue s’est développée à l’époque où la ville faisait figure de station balnéaire à la mode. Déléguant un représentant au Consistoire, elle est aujourd’hui quasi inexistante en dehors de la saison estivale, alors que se développe une nouvelle communauté à Knokke, dont la procédure de reconnaissance par le Consistoire devrait aboutir prochainement. La synagogue de Knokke accueille beaucoup de vacanciers venus d’Anvers ou de Bruxelles durant les fêtes.

Gand est une ville où s’est établie la population juive de longue date. La communauté connut une nouvelle impulsion dans les années 1920, avec l’arrivée de nombreux étudiants juifs à l’université. D’orientation traditionnellement assez progressiste, cette communauté est actuellement, elle aussi, sur le déclin (un délégué au Consistoire).

D’une manière générale, à l’exception de ce qui peut s’observer dans les communautés religieuses d’Anvers et chez certaines nouvelles venues sur la scène juive bruxelloise, la pratique religieuse juive – la fréquentation de la synagogue – est sur le déclin.

Peut-être n’est-ce là qu’un élément d’un phénomène généralisé en Europe occidentale de désaffection à l’égard du fait religieux? Peut-être également s’agit-il d’un indice supplémentaire d’une assimilation progressive de la population juive de Belgique.

La structuration du monde laïque

Des organisations belges

Dans l’entre-deux-guerres virent le jour de nombreuses organisations juives en marge du judaïsme religieux : à but politique (lutte pour les droits des travailleurs ou aspirations sionistes), ou à but récréatif (quoique celles-ci n’aient pas échappé à une orientation politique ; c’est le cas des clubs sportifs).

Après la guerre, le paysage institutionnel juif non religieux se modifia radicalement : la population juive, très affaiblie numériquement, était confrontée à la réalisation du rêve sioniste comme au développement de la guerre froide, avec l’ampleur de l’anticommunisme qui l’a accompagné. Dès lors, la vocation première des grandes associations juives, particulièrement à Bruxelles, devint la reconstruction puis la consolidation d’une certaine vie communautaire.

Progressivement, après la guerre israélo-arabe de 1967, la politique israélienne prit de plus en plus d’importance en tant que facteur de division entre les membres de la communauté juive.

C’est ainsi qu’aujourd’hui existent à Bruxelles deux grandes organisations juives concurrentes, dont la différentiation la plus évidente réside dans l’attitude face aux actions des gouvernements israéliens successifs, particulièrement dans leur traitement de la question palestinienne.

La première et la plus ancienne, le Centre communautaire laïc juif (CCLJ), a été fondée en 1959 dans le but d’offrir aux Juifs non religieux une alternative à la synagogue, un espace de vie communautaire. Parmi ses fondateurs se retrouvaient de nombreux anciens communistes et Juifs issus de la résistance. L’objet de l’asbl CCLJ est le suivant : « L’association a pour objet le développement de la culture au sein de la communauté juive dans le respect des principes du libre examen et des droits de l’homme. » [26].

Le Centre a connu un ample développement, tant sur le plan des activités organisées que de l’engagement politique. Le CCLJ organise dans de nouveaux et vastes locaux à Saint-Gilles, dont l’aménagement a bénéficié du soutien des pouvoirs publics (l’Espace Yitzakh Rabin), toute une gamme d’activités, autour de trois pôles : vie associative – identité juive – engagement politique.

Le premier pôle est illustré par l’existence d’une crèche pour les enfants, d’un mouvement de jeunes particulièrement actif (la Jeunesse juive laïque (JJL)) d’un club du troisième âge, et l’organisation de multiples activités du club de bridge au cours de cuisine. La recherche et la volonté de sauvegarde de l’identité juive est manifeste dans la célébration (laïque) des temps forts du calendrier hébraïque, l’organisation de l’année intensive de judaïsme pour les bnei-mitsvah, [27] l’organisation de conférences à propos du judaïsme, et le maintien de la seule troupe théâtrale permanente en yiddish d’Europe (théâtre Yikult).

Il faut remarquer que l’appellation ‘laïc’ du CCLJ, si elle représente un engagement de lutte contre les intégrismes, y compris au sein de la communauté, ne doit cependant pas s’entendre dans un sens fondamentalement antireligieux. De plus en plus, des activités comme la célébration des fêtes traditionnelles, ou l’invitation de certains rabbins à des conférences impliquent un recours à la tradition religieuse.

L’engagement politique s’est traduit tout au long de l’existence du CCLJ par le soutien à l’État d’Israël (par exemple par l’organisation de collectes de sang lors des guerres du Moyen-Orient) et aux communautés juives du monde entier (le CCLJ a été au premier plan du combat pour faire sortir les Juifs d’URSS). Mais il s’est traduit également par le soutien constant à la recherche d’une solution pacifique au conflit israélo-palestinien, et très concrètement par l’organisation de contacts entre Israéliens et membres de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) alors que ceux-ci étaient encore interdits en Israël.

Récemment, le score électoral des partis d’extrême droite en Belgique a suscité la mise en place au sein du CCLJ de comités de lutte contre l’extrême droite. Le CCLJ publie un mensuel, Regards, qui développe des articles de fond tout en informant sur l’agenda de la vie communautaire.

L’organisation ‘rivale’ du CCLJ, le Cercle Ben-Gourion, a été créé en 1979. Ses statuts précisent qu’elle « a pour objet l’organisation, la coordination, l’entreprise de toutes manifestations et festivités dans le domaine culturel, politique, social, récréatif, sportif ; la diffusion d’information sous quelque forme que ce soit ; la lutte contre l’antisémitisme, l’antisionisme ; la promotion, par tous les moyens, de l’éducation juive, et ce auprès de la communauté juive de Belgique ou à l’étranger et de la population belge en général » [28].

Le commun dénominateur des fondateurs du cercle Ben-Gourion était la conviction du caractère inconditionnel du soutien à l’État d’Israël ; ils n’admettaient pas qu’un Juif puisse critiquer la politique menée par un gouvernement israélien.

Par la suite, la guerre du Liban, le développement de l’Intifada puis la mise en place du processus de paix par les accords d’Oslo, ont continué de creuser le fossé entre le CCLJ, plutôt de gauche, et favorable depuis sa création à un règlement de la question palestinienne par la négociation, et le Cercle Ben-Gourion, dont les adhérents restèrent fidèles au principe de soutien inconditionnel à Israël et à ses gouvernements.

Également organisateur de débats, de colloques, de cours d’hébreu ou d’un cercle de bridge, et de célébrations à l’occasion des fêtes, le Cercle Ben-Gourion publie depuis le milieu des années 1980 un mensuel, Contact-J, d’ampleur moindre que Regards, qui se pose fréquemment en défenseur de la tradition, y compris religieuse, et plutôt favorable aux positions de la droite israélienne.

Le Cercle Ben-Gourion est à l’origine de la création, en 1981, de Radio Judaïca, la seule radio juive de Belgique, qui diffuse des bulletins d’information concernant Israël, des nouvelles intéressant la communauté, mais également des émissions consacrées à la vie politique ou culturelle belge.

Cette radio, qui fut semble-t-il la première radio juive privée en Diaspora, a été créée à la fois pour affirmer les opinions de la partie de la communauté juive qui ne se retrouvait pas dans l’orientation progressiste du CCLJ, et pour diffuser une image d’Israël plus positive que celle apportée par la couverture des médias belges. Elle fonctionne aujourd’hui encore largement sur base du bénévolat. Elle adopte une position respectueuse de la tradition juive, n’émettant pas lors des fêtes ou le samedi.

Le monopole de Radio Judaïca a été remis en question ces dernières années, par différentes organisations dont le CCLJ qui ont soulevé la possibilité d’installer une radio concurrente. Le Cercle Ben-Gourion a répondu en créant une commission de programmation regroupant la quasi-totalité des organisations juives de Belgique, qui elle-même délègue à un collège de douze membres (dont six permanents représentant les organisations les plus importantes) la gestion de la grille horaire. Il n’est pas certain que cette ouverture et la concession d’un certain nombre d’heures d’antenne à chaque organisation soient considérées comme suffisantes par toutes les organisations.

Une troisième organisation juive, née tout comme le CCLJ par la volonté d’anciens communistes et d’anciens résistants, est l’Union des progressistes juifs de Belgique (UPJB). Héritière de l’esprit de la résistance communiste juive, elle est la seule des organisations juives de Belgique à pouvoir porter encore le qualificatif de ‘non sioniste’.

De tous les combats de la gauche radicale, elle soutient la lutte du peuple palestinien pour l’accession à l’indépendance, mais également celle d’autres populations de pays défavorisés. Dernièrement, l’UPJB a mené un combat de soutien aux rescapés du génocide rwandais et aux victimes de la guerre en Bosnie. Elle est également au premier rang de la lutte pour la reconnaissance des droits des réfugiés, et du combat contre l’extrême droite.

L’UPJB est également une association culturelle qui se bat contre l’assimilation forcée des Juifs dans leur cadre de vie. C’est ainsi que ces dernières années elle a développé des activités telles que la commémoration laïque de certaines fêtes juives et engagé une réflexion identitaire sur la judaïté. Elle dispose d’un mouvement de jeunes très actif (UPJB-Jeunes), d’une troupe théâtrale (La Magnanerie), et d’un club du troisième âge (Club Cholem Aleichem). L’UPJB publie un quadrimestriel, Points Critiques, riche en articles de fond et un petit mensuel, Epoc, qui informe des activités de l’association. L’UPJB est installée à St-Gilles.

La majorité des organisations juives bruxelloises font partie du Comité de coordination des organisations juives de Belgique (CCOJB), qui se veut en quelque sorte l’organe politique de la communauté, alors que le Consistoire est plutôt son organe religieux.

Le CCOJB a été fondé en 1971, alors que le Consistoire avait amorcé un virage traditionaliste, et s’exprime sur tous les sujets qui intéressent la communauté juive dans son ensemble. Dernièrement, par exemple, il s’est exprimé à propos du décret du Parlement flamand dit décret Suykerbuyk [29] Il est également le relais belge du Congrès juif mondial.

En 1994, a été créé à Anvers un pendant néerlandophone au CCOJB, le Forum der joodse organisaties, dont le but est de rassembler toutes les organisations juives de la métropole flamande. Le CCOJB et le Forum sont à l’origine de la création de la section belge de la World jewish restitution organisation, chargée d’établir les droits des Juifs spoliés par les nazis.

Globalement, les organisations qui composent le CCOJB se partagent fréquemment en deux groupes : un bloc de gauche, derrière le CCLJ, face à un bloc de droite, derrière le Cercle Ben-Gourion.

Il semble que l’appartenance à l’un ou à l’autre camp soit davantage fonction d’affinités personnelles des responsables que d’orientation politique des organisations qu’ils dirigent.

Pour ce motif, certaines organisations s’en tiennent à l’écart. C’est le cas du Service social juif, créé en 1961. Héritier de l’association Aide aux israélites victimes de la guerre (AIVG), il est aujourd’hui un centre d’aide sociale agréé qui vient en aide aux non-Juifs comme aux membres de la communauté. Parmi ces activités, l’aide aux personnes âgées (club Amitié), l’accueil des personnes en difficulté (dont les réfugiés) ou la guidance budgétaire. Le service social anime également un centre psycho-médical agréé, qui doit faire face aux problèmes spécifiques liés aux traumatismes de la Shoah, pour lesquels le centre a développé un programme d’encadrement spécifique. Le Service assure également une présence dans les écoles.

La Centrale d’œuvres sociales, créée en 1952 sous l’impulsion du Consistoire, s’occupe essentiellement de récolter les dons, de la part de particuliers ou d’entreprises qu’elle répartit ensuite entre le Service social, les trois écoles de Bruxelles, ou la maison de retraite Heureux séjour. La Centrale publie un périodique trimestriel intitulé La Centrale.

Il existe un pendant néerlandophone à Anvers, le Centraal Beheer van Joodse Weldadigheid en Maatschappelijk Hulpebetoon, qui est une des plus importantes organisations juives de Belgique (par son infrastructure et son budget).

Ègalement en dehors du jeu politique, ou du moins dans une large mesure, se situent les associations qui se consacrent à la mémoire des événements de la Seconde guerre mondiale et particulièrement de la Shoah. L’Union des déportés juifs de Belgique (UDJB), et l’Union des anciens résistants juifs de Belgique (UARJB) rassemblent les survivants de cette époque. La fondation Mémorial national aux martyrs juifs de Belgique gère et entretient le mémorial d’Anderlecht depuis 1972. Le Mémorial, inauguré le 15 avril 1970, est un haut lieu symbolique de la vie juive en Belgique, où se déroule chaque année une cérémonie de commémoration. Il porte le nom de 23.838 hommes, femmes et enfants juifs de Belgique morts en déportation.

L’asbl L’enfant caché rassemble ceux qui, enfants, ont survécu la période de l’occupation nazie en se cachant chez des particuliers ou au sein d’organisations non juives. La Fondation de la Mémoire contemporaine – fondation Jean Bloch s’occupe quant à elle de rassembler et de conserver les documents écrits ou audiovisuels (en particulier les interviews de survivants) qui constituent les témoignages de la Shoah.

Une association juive très active est l’Union des étudiants juifs de Belgique (UEJB). Bon nombre de futurs dirigeants d’associations juives ont été membres de l’UEJB, depuis sa fondation en 1946. Si dans les années 1960 et 1970 les membres de l’UEJB étaient très politisés et les actions de l’Union bénéficiaient d’une haute visibilité, les années 1980 ont vu un retour vers des activités de détente. D’autre part, certaines sources font état d’un virage conservateur à l’UEJB qui s’est traduit par une moins grande ouverture sur le monde et un repli vers la tradition juive, dont témoigne par exemple l’observation de la cashrout [30] à la cafétéria. L’UEJB publie un mensuel, le Kadima.

À Bruxelles se trouve également le siège de l’Union européenne des étudiants juifs, une asbl fondée en 1986 pour unifier les organisations nationales d’étudiants juifs de tous les pays européens et constituer ainsi un relais entre ces dernières et la World union of jewish students.

Le Conseil des femmes juives de Belgique est une organisation faîtière des organisations féminines juives de Belgique. Elle est particulièrement attentive à la condition et à la situation des femmes juives en Belgique et à l’étranger.

Parmi les autres organisations juives de Belgique, il convient de mentionner celles dont le but premier est culturel. C’est le cas de la Maison de la culture juive (MCJ). Selon l’article 2 de ses statuts, « l’association a pour but de participer à la sauvegarde de l’héritage millénaire de la culture juive ; de développer ses valeurs spirituelles spécifiques permanentes et de promouvoir leur renouveau dans tous leurs aspects et ce au profit de l’ensemble de la communauté juive et de ses sympathisants » [31]. La Maison organise des expositions, colloques et séminaires et des cours, notamment d’hébreu moderne ou biblique, d’initiation au Talmud ou de lecture de la Torah [32].

Le sens donné par la Maison aux termes ‘culture juive’ à travers ses activités est très proche de la tradition religieuse. La MCJ s’associe cependant souvent à d’autres associations pour présenter conjointement des événements à caractère profane.

Peut être mentionnée également la section belge de l’Institut séfarade européen, dont le but est de « sauvegarder et conserver tous les éléments encore existants de la culture séfarade de Grèce, de Turquie, du Maghreb et d’ailleurs, ainsi que du judaïsme hispanique et portugais antérieur à 1492/1497 et les rendre accessibles à tous, notamment aux chercheurs ».

L’Institut de la mémoire audiovisuelle juive (IMAJ) a été créé en 1986 sous l’impulsion notamment du Consistoire et du CCLJ pour « créer et développer un centre de documentation en matériel audio-visuel présentant un intérêt pour le judaïsme » [33].

En 1977 a été fondé le Centre d’information et de documentation sur le Moyen-Orient (CID) pour étudier et diffuser des informations relatives au Moyen-Orient et à Israël en particulier. Cette organisation a pour objectif subsidiaire de donner d’Israël et du conflit israélo-palestinien une vision plus favorable à l’État hébreu que celle présentée habituellement par les médias belges.

Le Musée juif de Belgique abrite une collection permanente de Judaïca (objets cultuels ou culturels juifs) et organise fréquemment des expositions temporaires. Le Musée juif de la déportation et de la résistance, installé dans la caserne Dossin à Malines, qui fut l’endroit de rassemblement des convois partant pour Auschwitz, est un autre lieu hautement symbolique pour la communauté juive de Belgique.

La communauté juive d’Anvers est remarquablement uniforme dans son orientation religieuse traditionnelle, ce qui ne laisse guère de place au développement d’autres organisations à caractère laïque. Citons comme organisation à vocation sociale l’organisation sportive Maccabi ou le centre culturel, le centre Romi Goldmuntz. Une évolution semble cependant se dessiner au sein de la communauté anversoise, sous la poussée de la jeune génération, et compte tenu de modifications induites d’une part par la crise du secteur diamantaire, d’autre part par la flamandisation d’une communauté qui était restée ou francophone ou yiddishisante. Il existe à Anvers un hebdomadaire juif, le Belgisch israelitische weekblad.

Il existe à Bruxelles comme à Anvers des écoles juives subsidiées.

À Bruxelles trois écoles juives mixtes sont subsidiées par la Communauté française. Deux d’entre elles appartiennent au réseau libre confessionnel (israélite) et accueillent les enfants de la maternelle au secondaire : l’athénée Maïmonide, en plein centre, est l’héritier d’une école juive fondée après la guerre par la Communauté religieuse orthodoxe de Bruxelles.

L’enseignement y est fondé sur une pédagogie traditionnelle et laisse une large place à l’étude et à l’observance des prescriptions religieuses. L’athénée Ganénou, à Uccle, est moins conservateur. La troisième école, Beth-Aviv, ne dispense des cours qu’aux niveaux maternel et primaire. Beth-Aviv est une école non confessionnelle et sa pédagogie est largement inspirée de la pédagogie Decroly.

À Anvers, hormis les écoles religieuses non subsidiées, il existe trois établissements reconnus par la Communauté flamande. L’école primaire et secondaire Tachkemoni est soutenue par la communauté Shomre Hadass ; les classes y sont mixtes. L’école Jesode Hatorah est plus traditionnelle ; elle est soutenue par Machsike Hadass et comprend également une école normale. La troisième école est l’école Yavneh. Ces deux dernières écoles ne sont pas mixtes.

En ce qui concerne la recherche et l’enseignement supérieur, est organisé, en association avec l’Institut d’étude des religions et de la laïcité de l’Université libre de Bruxelles, l’Institut d’études du judaïsme Martin Buber [34]. Cet institut a été fondé en 1970 par des professeurs des universités de Bruxelles, Liège et Gand, et a pris la succession du Centre national des hautes études juives. L’institut d’études du judaïsme propose un enseignement de troisième cycle à horaire décalé qui conduit en deux ans au diplôme d’études approfondies en histoire, pensée et civilisation juives. L’Institut ouvre également ses cours, et notamment ceux qui concernent l’apprentissage de la langue hébraïque, du yiddish ou du ladino [35] aux auditeurs extérieurs.

Les Amis belges de l’université hébraïque de Jérusalem, ceux de l’Hadassah ou de l’université Ben-Gourion, sont actifs en Belgique dans le soutien ou la collecte de fonds pour ces institutions.

D’autres structures existent pour favoriser les échanges académiques. Parmi celles-ci, citons la fondation Wybran, instaurée en 1992 pour développer les échanges scientifiques en immunologie entre la Belgique et Israël. La fondation est établie en mémoire du professeur Joseph Wybran, président du Comité de coordination des organisations juives de Belgique et chef de département à l’hôpital Erasme, qui fut assassiné en octobre 1989.

D’autres lieux, plus informels, s’insèrent également dans un panorama des structures du monde juif de Belgique : ce sont les magasins qui s’adressent particulièrement ou exclusivement aux besoins de la communauté juive.

À Bruxelles, les magasins d’alimentation casher sont peu nombreux, car la communauté y est peu observante : à une boucherie rescapée du déclin qui a frappé ces commerces depuis la dernière guerre l’on peut adjoindre quelques traiteurs, deux boulangeries, et un magasin de spécialités israéliennes ouvert plus récemment.

À Anvers, la situation est toute différente, la communauté orthodoxe y vivant dans un état de quasi-autarcie. Non seulement elle dispose de magasins, de supermarchés et de restaurants casher, mais également d’autres commerces tenus par des membres de la communauté et qui prennent en considération les croyances et habitudes de celle-ci.

Hormis le secteur de l’alimentation, d’autres entreprises s’adressent plus particulièrement à la communauté juive, soit pour proposer un service spécifique (c’est le cas par exemple de l’imprimeur ou du libraire), soit par volonté d’attirer la clientèle du milieu juif (c’est le cas d’agences de voyage ou d’agences immobilières, de fiduciaires etc.). Ces endroits constituent des lieux de la vie juive en Belgique, puisqu’ils sont le cadre de rencontres entre les membres de la communauté.

Les organisations internationales

Plusieurs organisations juives existant depuis de longues années sur un plan international possèdent une représentation en Belgique ; pour la plupart, le lien avec Israël constitue leur raison d’être.

Le B’naï Brith (‘les Fils de l’Alliance’) est la plus ancienne des organisations juives d’entraide, fondée à New York en 1843, et organisée selon un schéma qui ressemble à celui de la franc-maçonnerie. Le B’naï Brith, dont l’agenda est dominé par la solidarité, le service social et la philanthropie dispose de deux loges en Belgique.

La Wizo, organisation internationale des femmes sionistes, fondée à Londres en 1920 pour éduquer femmes et jeunes filles sionistes à la vie en Palestine, dispose elle aussi d’une représentation en Belgique, avec trois bureaux régionaux.

Il existe d’autres organisations à l’objectif très spécifique. C’est le cas du Fonds national juif (KKL), dont la mission consiste en la récolte de fonds destinés à boiser le territoire d’Israël, et qui est particulièrement actif à Anvers. À l’instar du KKL, le Magen David Adom (la Croix-Rouge israélienne) dispose d’une antenne en Belgique. Israël Bonds s’efforce de placer des emprunts de l’État d’Israël en Belgique. Solidarité avec Israël collecte des fonds pour des projets sociaux ou éducatifs en Israël.

La Fédération sioniste de Belgique regroupe les différentes organisations sionistes belges depuis 1905 ; elle fait partie de l’Organisation sioniste mondiale. Les mouvements de jeunesse sioniste sont quant à eux regroupés au sein de la Brith Hairgounim Hakhaloutsim (‘alliance des organisations pionnières’).

Suivant en cela une tradition propre à Israël d’établir des sections des partis politiques nationaux à l’étranger, existent en Belgique des sections du Likoud (conservateurs), de l’Avoda (travaillistes) et du Meretz (gauche laïque).

Une partie de la communauté juive de Belgique est évidemment constituée par des Israéliens, établis ici de façon permanente ou temporaire.

Le centre névralgique de leurs activités est l’ambassade, qui édite une petite feuille de nouvelles et organise quelques activités. La plupart des Israéliens sont un peu perplexes devant l’éventail d’organisations qui s’offrent à eux, et dont les membres très souvent ne pratiquent pas leur langue, l’hébreu.

D’autre part, l’idéal sioniste a occulté pendant longtemps la réalité de l’émigration hors d’Israël, très répandue, et contribué à ce que les expatriés ne développent pas vraiment de vie culturelle propre, vivant dans l’illusion du caractère temporaire de leur expatriation.

Conclusion

Le paysage institutionnel juif en Belgique se caractérise actuellement par une grande diversité, voire une certaine fragmentation, puisque des dizaines d’organisations coexistent au sein d’une population qui avoisine sans doute les quarante mille personnes.

Cet article n’a d’ailleurs pas présenté un panorama complet de l’ensemble des organisations juives de Belgique ; tout au plus a-t-il présenté les plus importantes d’entre elles.

D’autre part, de nombreux témoins signalent et s’inquiètent de la perte de l’identité communautaire chez la jeune génération, avec la désaffection pour les activités proposées par les organisations de la vie juive qui en découle.

Outre les tendances à la fragmentation et à la dissolution du lien identitaire, d’autres caractéristiques de l’évolution de ce paysage institutionnel peuvent être dégagées.

L’une d’elles est la séparation entre les communautés religieuses regroupées au sein du Consistoire, et les organisations à but profane, dont la plupart sont regroupées au sein du CCOJB ou du Forum.

Si le judaïsme religieux est le premier facteur de structuration de la communauté juive anversoise, à Bruxelles la situation est toute différente, puisque la grande majorité des Juifs sont laïques et que ce sont les organisations non religieuses qui bénéficient de la plus grande visibilité. Il faut cependant remarquer que cette séparation organisations religieuses / autres n’implique pas d’hostilité entre ces deux composantes sauf, peut-être, de la part des Juifs orthodoxes.

La situation n’est pas comparable à celle qui peut s’observer au sein de la population d’origine chrétienne, où il existe un antagonisme parfois virulent entre les croyants et les tenants de l’anticléricalisme. Au sein de la judaïté, il y a cohabitation pacifique voire amicale. Deux raisons parmi d’autres peuvent expliquer ce phénomène : d’un côté, le souhait des religieux de se cantonner dans leur champ d’activités ; de l’autre, le respect qu’inspire encore la religion à un grand nombre de Juifs laïques, eu égard à l’histoire et à la survie du peuple juif dont le judaïsme religieux est responsable.

Il faut ajouter que toute la communauté juive, membres de communautés religieuses comme d’organisations laïques, parle d’une seule voix à propos de certains problèmes qui la concernent tout entière. C’est le cas de la lutte contre l’extrême droite, qui est redevenue, sous la pression de l’actualité, une préoccupation dominante ces dernières années.

De l’observation des organisations juives non religieuses, essentiellement implantées à Bruxelles, ressort la centralité de l’État d’Israël.

Certaines organisations doivent leur existence à sa présence, d’autres sont entièrement immergées dans la réalité diasporique mais font du soutien à l’État d’Israël, ou du débat quant à certains aspects de la politique ou de la société israélienne, une pièce maîtresse de leurs activités.

Même l’UPJB, seule organisation que l’on puisse qualifier d’a-sioniste, utilise cette caractéristique comme élément de définition, et organise un voyage en Palestine ou des débats autour de la question moyen-orientale.

La centralité de la question israélienne en a fait, dès le moment où l’alternance politique s’est installée en Israël, un facteur de discorde au sein de la communauté juive. Progressivement, alors que l’image d’Israël se modifiait dans l’ensemble de l’opinion publique occidentale, passant d’une nation luttant pour sa survie et encerclée par des États hostiles à une puissance régionale qui envahit (guerre du Liban) et occupe (bande de Gaza, Cisjordanie) des territoires, le fossé entre partisans inconditionnels et soutiens critiques s’est agrandi, jusqu’à la constitution de véritables blocs politiques droite / gauche.

Il n’est pas démontré que l’orientation politique des membres de ces organisations se vérifie sur le plan belge, mais de nombreuses indications incitent à le croire.

Aussi, il est improbable que la poursuite et l’achèvement du processus de paix entre Israël et les Palestiniens, qui constitue le noeud gordien d’un certain conflit au sein de la communauté juive de Belgique, suffise à susciter un rapprochement.

Si les positionnements respectifs en fonction des axes confessionnel et politique sont donc déterminants dans la formation et le maintien des organisations de la judaïté belge, il existe cependant d’autres facteurs structurants.

La mémoire de la Shoah et de la résistance constitue un de ces facteurs ; le souci philanthropique en constitue un autre. Ils échappent largement, quoique pas totalement, aux cloisonnements religieux et politiques évoqués ici.

Extrait de https://www.cairn.info/revue-courrier-hebdomadaire-du-crisp-1998-30-page-1.htm#

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