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Comme Avraham Stern*, Abba Kovner (1918-1987) a été un organisateur et un intellectuel. Lui aussi a commandé une organisation clandestine, à Vilna (également connu sous les noms de Wilno et Vilnius), avant de fonder le réseau “Breha”. Il a par ailleurs laissé une œuvre écrite, importante dans la vie culturelle israélienne.

Abba Kovner est né à Sébastopol. Enfant, il part avec sa famille pour Vilnius, en Lituanie, où il va suivre une scolarité en hébreu, à l’académie hébraïque. Très jeune, il s’inscrit à l’Ha-Shomer ha Tzair. Ci-joint, un article sur ce mouvement de jeunesse sioniste fondé en 1913.

L’écrivain yiddish Shmerke Kaczerginski et Abba Kovner à Vilnius
L’écrivain yiddish Shmerke Kaczerginski et Abba Kovner à Vilnius

A Vilnius, alors capitale de la République socialiste soviétique de Lituanie, Abba Kovner intègre en septembre 1939 un mouvement de résistance anti-soviétique. Mais c’est à partir de juin 1941, avec l’occupation allemande, qu’Abba Kovner entame la période la plus dramatique de sa vie : il se cache avec quelques amis dans un couvent dominicain des environs de Vilnius avant de rejoindre le ghetto de Vilnius où il prend la mesure des méthodes nazies.

C’est là qu’il répand l’idée d’une révolte, qu’il structure une force de résistance et se place à la tête d’un groupe de partisans réfugiés dans les forêts de Vilnius.

Lorsque l’Opération Barbarossa est déclenchée, 80 000 Juifs vivent dans la capitale. La Lituanie va connaître le premier mass killing de Juifs dans le cadre de la Solution finale (Endlösung der Judenfrage).

Au cours de l’occupation allemande, 95% des Juifs de Lituanie seront exterminés, soit environ 254 000 Juifs.

Le 21 janvier 1942 se tient une importante réunion chez Joseph Glazman. Y participent les représentants de différents groupes : Abba Kovner (Ha-Shomer ha Tzair), Joseph Glazman (Betar), Yitzhak Wittenberg et Chyena Borowska (Parti communiste), Nissan Reznik (Ha-No’ar ha Ziyyoni).

C’est aussi la première fois que les Juifs prennent les armes pour se défendre.

Les groupes de résistance s’unissent pour former le Fareinikte Partisaner Organizatzie(F.P.O.). Le F.P.O. est placé sous les ordres d’une équipe constituée par Abba Kovner, Joseph Glazman et Yitzhak Wittenberg, auxquels s’ajouteront Abraham Chwojnik (Bund) et Nissan Reznik. Tous les mouvements juifs du ghetto de Vilnius sont ainsi représentés.

En juillet 1943, après l’arrestation de Yitzhak Wittenberg, Abba Kovner est placé à la tête du F.P.O. avec pour nom de guerre ‟Uri”.

Dans cette vidéo, Abba Kovner évoque au cours du procès d’Adolf Eichmann l’arrestation de son chef (27e session, le 4 mai 1961) :

Alors que le ghetto est en passe d’être liquidé, Abba Kovner organise l’évacuation des combattants vers les bois.

Dans les bois de Rodniky, il se place à la tête des combattants juifs survivants.

Après la Libération, il sera actif au sein du mouvement ‟Breha” et de l’‟East Europe Survivors Brigade”, une organisation sioniste qui appelle les Juifs à s’unir, au vu de ce qu’ils viennent de subir et des menaces qui s’annoncent.

En juillet 1945, Abba Kovner arrive en Italie, à la base de la ‟Ertez Israel Brigade” où il fait un discours sur la destruction des Juifs d’Europe et leur résistance au nazisme au cours de la guerre. Peu après, il se rend en Israël pour y trouver des appuis en vue d’organiser des actions punitives contre les responsables de la Shoah. De retour en Europe, il est arrêté et renvoyé en Israël où il ne tarde pas à être libéré.

En 1946, il s’installe en Israël, au kibboutz Ein ha-Horesh.

Officier au cours de la Guerre d’Indépendance (1948-1949), il est responsable des activités culturelles au sein de la Givati Brigade.

La guerre terminée, il consacre l’essentiel de son temps à écrire. Outre des poèmes (il aurait écrit son premier poème en 1945, alors qu’il était interné en Égypte), son œuvre compte des écrits relatant la Shoah et les luttes du peuple juif au cours de cette période ainsi qu’une trilogie en prose sur la Guerre d’Indépendance (1948-1949).

J’en viens à la partie la plus spectaculaire de la vie d’Abba Kovner, à ses actions liées à la chasse aux nazis et à la vengeance.

Abba Kovner et d’autres justiciers, les Nokmim (‟Les Vengeurs” en hébreu), décident de passer à l’action face à l’immensité d’un crime resté impuni, pas assez puni du moins. Durant plusieurs années et sur plusieurs continents, des Juifs font traquer et abattre des centaines d’ex-nazis.

Les Procès de Nuremberg ne leur avaient pas suffi. Des millions d’Allemands ayant participé plus ou moins directement à la Shoah vivaient encore ; parmi eux, d’anciens membres de la Gestapo et de la SS. Quatre ans après la défaite de l’Allemagne, bien peu d’entre eux avaient été arrêtés. De guerre lasse, les Alliés avaient décidé qu’il ne valait plus la peine de faire tant d’effort et de dépenser tant d’argent à les traquer.

En 1945, Abba Kovner est à la tête des Nokmim (ou Nakam Group), des Juifs aux sensibilités très diverses allant du communisme au judaïsme orthodoxe mais tous bien décidés à venger leur peuple.

Certains n’étaient pas des survivants de la Shoah, beaucoup avaient été membres de la Jewish Brigade (une section de la British Army composée de volontaires juifs originaires du Royaume-Uni, de Palestine mais aussi de l’Empire britannique) et ils souhaitaient apporter leur expérience militaire au groupe.

L’historien David Cesarani estime que les plus efficaces des Nokmim étaient ces membres de la Jewish Brigade car ils bénéficiaient notamment du privilège de pouvoir se déplacer librement dans l’Europe d’après-guerre.

Le territoire de chasse des Nokmim s’étendit à l’Espagne, à l’Amérique du Sud et au Canada (voir le cas Alexander Laak, responsable de la mort de milliers de Juifs dans le camp estonien de Jägala, probablement poussé au suicide, chez lui, dans la banlieue de Winnipeg, en 1960). Par ailleurs, les Nokmimsurveillèrent de prêt le Réseau Odessa.

Au cours de la première phase des opérations, les Nokmim traquent les nazis un à un. Déguisés en MP (Military Police), ils procèdent à de fausses arrestations. L’interpellé finit généralement pendu chez lui de manière à faire croire à un suicide. D’autres sont victimes d’accidents de la route après le sabotage de leurs voitures. D’autres encore sont étranglés. Les Nokmim vont même jusqu’à injecter du kérosène à un agent de la Gestapo hospitalisé. These guys were not messing around. Ils voyagent beaucoup en Amérique du Sud…

Mais Abba Kovner n’est pas satisfait de cette méthode à faible rendement. Il faut que la vengeance s’exerce massivement. Six millions de Juifs ont été assassinés ; il faut assassiner six millions d’Allemands !

Abba Kovner et ses camarades établissent un plan (le Plan A) visant à empoisonner l’approvisionnement en eau de München, Berlin, Weimar, Nürnberg et Hamburg. Ainsi les Nokmim inspectent-ils les stations d’épuration et en étudient-ils le fonctionnement. Pendant que ses hommes échafaudent leur plan, Abba Kovner se rend en Israël et demande de l’aide à celui qui deviendra le premier président de l’État d’Israël, Chaim Weizmann (un chimiste de réputation mondiale) qui, dit-on, aurait aidé Abba Kovner à se fournir en poison. Rien ne prouve cependant que ce dernier ait révélé son dessein. On rapporte par ailleurs que Chaim Weizmann aurait approuvé le Plan B et repoussé le Plan A jugé arbitraire.

Quoi qu’il en soit, des leaders juifs horrifiés par ce projet ont probablement averti les autorités mandataires car, lors de son retour en Europe, en bateau, Abba Kovner est arrêté. Le Plan A, soit l’empoisonnement massif de populations allemandes, a été déjoué, les dirigeants sionistes jugeant qu’il ne pouvait que porter préjudice au projet sioniste. Reste le Plan B.

Dotés d’un nouveau responsable, les Nokmim décident d’infiltrer le camp de détenus d’ex-SS allemands, le Stalag 13 de Nürnberg. Lorsqu’ils apprennent qu’une boulangerie fournit ce camp en pain, l’un des plus jeunes membres, Arye Distel, se fait boulanger. Fin avril 1946, le groupe passe à l’action et enduit trois mille pains d’arsenic. Le 20 avril, un article du New York Times mentionne l’empoissonnement de 1 900 détenus allemands sans mentionner le nombre exact de décès. On a évoqué plus de 1 000 décès, il semblerait qu’il y en ait eu 300 : bien moins que ce qu’espéraient les Nokmim ! Au cours des années 1950, les Nokmim poursuivent leur œuvre de vengeance sporadiquement avant de se séparer.

Abba Kovner, au procès d’Adolf Eichmann
Abba Kovner, au procès d’Adolf Eichmann

Olivier Ypsilantis 

Extrait de : http://zakhor-online.com/?p=8281

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