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Les bases de données de l’Institut géographique national en ont gardé la trace toponymique : la présence juive dans ce qui deviendra la France est très étendue à l’époque médiévale.

Pourtant, ce n’est qu’avec l’essor des fouilles archéologiques préventives en milieu urbain, depuis le début des années 80, que cette présence s’observe dans des vestiges matériels – mobiliers et immobiliers – susceptibles d’éclairer les textes médiévaux, juifs et non juifs, sur cet aspect.

Et c’est la prise de conscience, a posteriori, de cette présence dans les fouilles qu’elle conduit qui a amené l’Inrap (Institut national de recherches archéologiques préventives) à organiser un colloque international sur «l’Archéologie du judaïsme».

Ces traces, les archéologues les ont bien sûr trouvées dans le Comtat Venaissin, cette «enclave des papes» où ont trouvé refuge des Juifs expulsés à trois reprises – 1182, 1306, 1394 – par des rois de France soucieux d’unanimisme religieux… et ne rechignant pas à la spoliation.

A Carpentras donc, Saint-Paul-Trois-Châteaux, Cavaillon, ces «Juifs du Pape» ont laissé des maisons, synagogues, bains rituels (souvent bien conservés car enfouis au niveau des nappes phréatiques), écoles talmudiques, dont les archéologues retrouvent aujourd’hui les vestiges.

Mais ces traces se retrouvent également à Montpellier (synagogue, fouillée en 2009) ; à Metz, où le ghetto a livré des témoignages exceptionnels de la vie communautaire aux XVIe et XVIIe siècles ; à Lagny (Seine-et-Marne), où une possible synagogue médiévale a été découverte. A Orléans encore, où une synagogue et une possible école talmudique ont été découvertes, abandonnées après l’expulsion de 1182.

A Châteauroux, une portion du cimetière a pu être étudiée en 1997, mettant en évidence sa gestion spatiale. A Ennezat (Puy-de-Dôme), a été retrouvé le «champ des Juifs», où plusieurs centaines d’individus pourraient être enterrés si l’on extrapole les sondages réalisés par l’Inrap.

De ces exemples, mis en perspective européenne par des archéologues venus d’Espagne, de Hongrie, de République tchèque, d’Allemagne, relatant découvertes et présentation au public, se dessine un nouveau corpus archéologique.

En préparant ce colloque, Paul Salmona, le directeur du développement culturel et de la communication de l’Inrap, s’est dit «frappé» de voir à quel point cette présence juive médiévale est si peu traitée dans l’historiographie nationale, mais réservée à des travaux spécialisés sur la population juive.

Une quasi-absence logique, ou du moins explicable, chez un Ernest Lavisse, mais qui l’est moins chez Georges Duby, pour ne prendre que cet exemple majeur.

Or, estimée à environ 100 000 personnes, souvent concentrées dans les villes, cette présence fait partie de «l’identité nationale française» – si tant est que l’expression ait un sens pour cette époque – allant bien au-delà de son rôle économique ou financier, dont l’importance suppose d’ailleurs une implantation de longue durée.

Les intellectuels et hommes de pouvoir en avaient d’ailleurs vivement conscience, il n’est que de lire les affres de Saint Louis sur le sujet, ou la construction de l’antisémitisme médiéval, pour s’en convaincre.

Aussi peut-on espérer que l’irruption de la documentation archéologique pousse les historiens à réinterroger la place et le rôle de cette composante de la France en gestation.

L’archéologie du judaïsme en France et en Europe
Paul SALMONA, Laurence SIGAL

9782707166944

Juiveries, synagogues, bains rituels, écoles talmudiques, latrines, cimetières… L’essor de l’archéologie préventive depuis les années 1990 a permis la mise au jour d’un grand nombre de vestiges, le plus souvent ignorés, de la présence juive en Europe.

Spécialistes étrangers et français confrontent ici recherches archéologiques et historiques, et dressent un état des apports de l’archéologie à travers des exemples albanais, allemands, espagnols, français, hongrois, italiens et tchèque.

Ces données nouvelles contribuent à la connaissance du judaïsme européen depuis l’Antiquité et permettent une meilleure appréhension de son inscription très ancienne dans la société médiévale, jusqu’aux expulsions des XIIIe, XIVe et XVe siècles.
S’esquissent ainsi les enjeux de la préservation de ces vestiges, patrimoine de tous les Européens.

Photo de présentation : À Saint-Paul-Trois-Châteaux, dans la Drôme, des archéologues ont fait en novembre dernier une découverte rare : un potentiel mikvé datant du 12 ou 13e siècle.

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