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Tosafiste controversé né à Meaux à la fin du XIIe siècle, Jehiel Ben Joseph est décédé en Palestine en 1286. Son nom français était Sir Vives et, dans la littérature rabbinique, il est diversement désigné comme Jehiel de Paris, Jehiel le Saint, Jehiel le Pieux et Jehiel l’Ancien.

Il fut l’un des disciples les plus distingués de Judah Sir Leon, auquel il succéda en 1224 à la tête de l’école talmudique de Paris.

Sous la direction de Jehiel, cette école était fréquentée par trois cents disciples, parmi lesquels se trouvaient les tosafistes de renom Isaac de Corbeil (gendre de Jehiel), Perez ben Elijah de Corbeil, Yaar de Chinon, Meïr de Rothenburg et beaucoup d’autres rabbins connus du XIIIe siècle.

Jehiel était tenu en grande estime même par les non-juifs et, sans accorder aucun crédit aux légendes qui le présentent comme conseiller de Saint-Louis, il est fort probable qu’il ait été reçu favorablement à la cour.

La position de Jehiel en tant que chef de la communauté juive de Paris l’a contraint à de nombreuses controverses avec les chrétiens.

Ainsi, il dut une fois combattre les arguments du chancelier de Paris, qui prétendaient prouver par la Bible que les Juifs sont contraints par les exigences de leur rituel d’utiliser le sang chrétien.

À une autre occasion, il s’est entretenu avec un frère qui, s’appuyant sur un texte biblique incompris, a soutenu que les Juifs ne pouvaient, conformément à leurs convictions, témoigner devant des tribunaux.

Mais ces controverses mineures étaient insignifiantes par rapport à la dispute qu’en présence de Saint Louis et de sa cour, il devait, avec deux autres rabbins, soutenir en 1240 contre le converti Nicolas Donin, qui dénonçait le Talmud comme contenant des blasphèmes contre Le christianisme.

Comme on pouvait s’y attendre, le résultat de cette controverse fut la condamnation du Talmud. Mais Jehiel a déployé à cette occasion beaucoup de courage et de dignité.

Au début, il refusa d’entrer dans la discussion, alléguant que les papes avaient assuré l’indépendance des Juifs dans leurs affaires domestiques et que le Talmud était l’essence même de leur vie. Puis, la reine ayant assuré que la vie des Juifs n’était pas en danger, il consentit à répondre aux questions qui lui étaient posées, mais refusa de prêter serment.

Après la controverse, l’état des Juifs français s’aggravait de jour en jour et Jehiel eut la mortification de voir son fils jeté en prison pour une accusation sans fondement. Il a donc décidé, avec son fils, de quitter son pays d’origine pour la Palestine, où il est resté jusqu’à sa mort.

Bien que certains au moins croyaient au moins avoir défendu le judaïsme, un décret fut adopté pour brûler publiquement tous les manuscrits disponibles du Talmud. Le vendredi 17 juin 1244, vingt-quatre chargements d’œuvres écrites furent incendiés.

De nos jours, des rabbins israéliens ont suggéré que l’incendie qui a ravagé l’emblématique cathédrale Notre-Dame de Paris pourrait être le châtiment divin venu punir l’autodafé du Talmud, au cours duquel des charrettes entières de textes juifs avaient été brûlés par les prêtres catholiques français… 777 ans après le 17 juin 1244, Notre Dame est en feu….

Jehiel était l’auteur de tosafot sur les traités talmudiques Berakot, Shabbat, Pesaḥim, Mo’ed aan, Beẓah, Yebamot, Ketubot, Baba Amma, ullin, Zebaḥim et probablement Menaḥot; mais ces tosafot n’existent plus. Par les tosafistes ultérieurs, Jehiel est mentionné en tant que commentateur biblique. Il a également écrit des décisions halakiques, dont plusieurs sont citées par Mordecai ben Hillel et Meïr de Rothenburg et dans « Orḥot Ḥayyim ».

Eliette Abécassis nous fait revivre l’histoire mouvementée de cette époque avec son nouveau livre : « Le maître du Talmud »

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Un nouveau-né est trouvé égorgé devant le beth-hamidrash de rabbi Yehiel de Paris. L’affaire est immédiatement prise en charge par les grands du pays. L’accusation de crime rituel est là. Elle a autant de fondement que la haine gratuite mais est tout aussi vivace.

Pourtant le roi avait lui même anobli rabbi Yehiel de Paris, devenu Sir Vivès de Meaux, mais à autre époque, autre préoccupation. Le temps est à la préparation des croisades. Sir Vivès demande de l’aide à un de ses élèves, Eliézer Cohen, un étudiant atypique qui a retrouvé son lien avec le judaïsme assez tard. Depuis, il rattrape le temps perdu en s’investissant dans l’étude.

Dans cette période, chacun réagit comme il peut et cela n’est pas sans entraîner des tensions. Ce qui est certain, c’est que sir Vivès a une forte acuité intellectuelle tirée de l’étude. Il sait poser les bonnes questions et sentir le sens du vent. Il a aussi l’aide d’un mystérieux personnage qui vient en cachette le prévenir de ce qui l’attend et qui sait jouer de son influence pour, en cas de besoin, faire libérer de prison Sir Vivès.

Au-delà des occupants de la maison d’étude, le véritable accusé se trouve être le Talmud.

D’abord car la référence « yoma 37b » est notée sur le linge enveloppant le nourrisson, et également car un ancien élève, Nicolas Donin, devenu moine, hait le beth-hamidrash et encore plus le Talmud depuis qu’il a découvert le judaïsme karaïte. Or il s’avère qu’il influence les hautes sphères.

A partir d’événements historiques, Eliette Abécassis fait revivre dans Le maître du Talmud Paris à l’époque de Louis IX, y compris au cours d’événements tel le face à face appelé « disputation » par le pouvoir, perçu comme mis en accusation par Sir Vivès. Elle rend aussi un bel hommage au Talmud, et à ceux qui lui vouent leur vie. (Sophie MASSON pour Cultures-J.com)

Réalisé à partir de plusieurs sources

 

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