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Le XVIe siècle a été le témoin d’une grande migration des communautés juives d’Occident vers l’Orient. De nombreuses relations de voyage et une riche littérature épistolaire nous sont parvenues, jetant un jour nouveau sur cette période.

Nous avons partagé les sources à notre disposition en deux grands groupes : Relations de voyages ; Consultations (responsa).

Jusqu’à présent, nous avons pu dénombrer dix-sept relations de voyage allant des années 1436 à 1607.

Parmi celles-ci, six constituent de véritables petits traités, alors que les autres ne sont fort souvent que des fragments. Elles présentent un certain nombre de traits communs : elles sont toutes d’origine italienne ; les termes italiens y fourmillent en transcription hébraïque ; elles sont l’œuvre de personnes très averties des questions commerciales.

Sauf dans un seul cas, elles ont été écrites par des négociants attirés en Orient par leurs affaires : ils ont profité de leur déplacement pour faire un pèlerinage à Jérusalem, mais ce n’était pas là le but de leur voyage. Leur relation est destinée à servir de guide pour les voyageurs éventuels qui les suivront.

La première de ces relations a eu pour auteur Mechoullam de Volterra. Parti de Venise, il arrive le 30 mai 1481 à Rhodes. Le 6 juin il arrive à Alexandrie, d’où il repart six jours plus tard pour Le Caire, où il reste jusqu’au 10 juillet. Par la suite, il se rendra à Gazah, Hebron et Jérusalem. Le 29 août, il s’embarque à Jaffa et se rend à Beyrouth, d’où il repart pour Damas. Il reprend la mer le 8 septembre et arrive à Venise le 19 octobre, après avoir visité Famagouste, la Crète, Corfou, Raguse et Pola.

Il nous a laissé des descriptions d’Alexandrie, du Caire et de Damas. Il nous indique le montant des droits de douane à Alexandrie : 10 % pour les Chrétiens, 1 % pour les Juifs.

Il décrit « cette ville aussi grande que Florence… où les ruines sont plus nombreuses que les maisons en bon état ». Il nous parle également des quatre fonnechi de la ville. Mais il réserve son admiration pour le spectacle qu’il verra au Caire : « Rome, Venise, Padoue, Florence et quatre autres villes n’arriveraient pas à contenir ses richesses et sa population ».

Il prétend que sa population dépasse le chiffre de 3 000 000 d’habitants. Il décrit les souks, où il a vu une liste de 3 600 articles (surtout des épices et des remèdes) dont on fait commerce. Il ne donne malheureusement pas plus de détails.

Lors de sa brève visite à Damas, il a vu les quatre grands marchés de la ville (pierres précieuses et perles, épices, soies, ustensiles de cuivre argentés et dorés). Sa relation fourmille de renseignements précis. Mechoullam de Volterra ne devait d’ailleurs pas en rester à ce voyage.

L’auteur de notre deuxième relation, Obadiah de Bertinoro, nous raconte l’avoir rencontré en 1487 sur un bateau qui se rendait de Palerme à Rhodes.

Obadiah de Bertinoro quitta Naples le 8 juillet 1487. Il séjourna ensuite quelque temps à Palerme, repartit pour Rhodes où il arriva le 19 novembre 1487. Il débarque à Alexandrie le 28 janvier 1488. Il visite les consuls de Venise, de Gênes, de Catalogne et d’Ancome, et nous expose les vexations auxquelles les Chrétiens sont soumis.

Par la suite, il se rend au Caire où il rencontre des marchands indous et éthiopiens venus pour acheter les marchandises arrivées d’Europe. La richesse et la prospérité de la ville le remplissent d’étonnement : « II n’est pas de ville aussi favorable aux affaires que le Caire. On ne saurait compter les étrangers qui y résident ».

Il faut remarquer à ce propos qu’il attribue une grande importance économique aux communautés samaritaine et karaïte du Caire, bien supérieure à celle de la communauté juive.

Par la suite il se rend à Jérusalem : il trouve une ville en ruines, ne contenant plus qu’environ 20 000 habitants.

Il nous dit cependant y avoir vu quatre souks très beaux, qui semblent servir surtout au commerce local.

Un de ses élèves, — son nom ne nous est malheureusement pas connu, — devait rejoindre Obadiah à Jérusalem en 1495. Parti de Venise le 5 août 1495, il visite Pola, Corfou, Famagouste, et arrive le 8 septembre à Beyrouth. Il y voit arriver « les Vénitiens qui apportent à Damas l’argent, l’or, le plomb, le bronze, et de nombreux vêtements. A leur retour, ils emportent le poivre, le gingembre, toutes sortes d’épices, la soie, et, s’ils en trouvent, des pierres précieuses et des perles. Les pierres précieuses sont, paraît-il, rares à Damas. L’argent trouve à s’employer au Caire et à Alexandrie, où on trouve des saphirs et des pierres précieuses ».

Il se rend ensuite à Damas où, nous dit-il, on prête sur gages aux Vénitiens, à un taux de 24 %.

Il se rend ensuite à Safed où il trouve une communauté en piteux état.

Ensuite, il se rend à Jérusalem « où le profit est assez rare. Certains artisans : des fondeurs de métaux, des charbonniers, des tisserands de tissus de lin et des tailleurs peuvent y gagner leur vie, maigrement. Mais à Damas, au Caire, à Alexandrie et à Alep on gagne ce que l’on veut, surtout si on connaît l’arabe ».

Notre quatrième relation a pour auteur un autre voyageur, nommé Moïse Bassola. Il quitte Venise le 23 août 1521 et visite Pola, Corfou et Famagouste, où il s’arrête quelque peu. Le 23 septembre 1521 il arrive à Tripoli, d’où il se rend par voie de terre à Beyrouth.

Il nous précise le montant des droits de douane qui y sont versés: « pour les marchandises, 10 % ; pour les vêtements, les coiffures et tout objet dont la valeur dépasse un ducat, 6 % ». Il donne à cette occasion une brève liste des marchandises envoyées de ce port à Venise. Il poursuit alors sa route en direction de Jérusalem, d’où il repart quatre mois plus tard pour Damas.

Il nous a donné une longue description de la ville :

Damas est deux fois plus grande que Bologne et possède une armée… Les rues y sont nombreuses et belles. Toutes les rues commerciales sont couvertes. La population est nombreuse et le commerce très actif. On y trouve plus d’artisans et de marchandises qu’à Venise. L’industrie et le commerce de la soie y sont très développés…

Quiconque s’y adonne activement au commerce, subvient largement aux besoins de sa famille, même s’il ne dispose que d’un capital réduit : c’est que le profit y est aisé en toute chose. Certains ouvrent un magasin avec seulement cent ducats : les Vénitiens leur donnent des vêtements à vendre, et ils peuvent garder le profit…

Chaque jour le commerce et la foule sont plus importants qu’aux plus grandes foires d’Italie. C’est pourquoi toute personne qui dispose d’un petit capital et est de bonne foi recevra un crédit des Musulmans et des Vénitiens et trouvera un profit dans toutes ses entreprises. L’homme riche s’empressera d’acheter de nombreuses marchandises en une époque de bas prix et les entreposera dans son magasin jusqu’à ce que les prix aient monté. Certains prêtent aux Vénitiens qui paient des intérêts de 2 % par mois, et même plus en période de pénurie…

Par la suite, Moïse Bassola repart pour la Palestine. Il retourne ensuite à Beyrouth, d’où il s’embarque pour Chypre. Mais il ne peut poursuivre son voyage, en raison de la rareté des bateaux. Il retourne alors à Beyrouth d’où il repart directement pour l’Italie au printemps de l’année 1523.

A la fin de son récit, nous trouvons trois appendices.

  • Le premier nous donne le texte du règlement intérieur de la communauté juive de Jérusalem.
  • Le deuxième raconte comment il a rencontré à Jérusalem un Juif éthiopien qui avait été racheté au Caire où des Ethiopiens chrétiens l’avaient vendu comme esclave.
  • A Safed, il rencontra un Juif d’Aden qui lui parla du royaume juif des Indes.
  • Dans le dernier appendice, il donne des conseils aux voyageurs qui désireraient se rendre au Moyen-Orient 1.

La cinquième relation est l’œuvre d’un commerçant de Cesena, installé à Safed : David de Rossi (1535). Il nous fait part du développement extraordinaire de la ville de Safed :

Qui a vu Safed il y a dix ans et la revoit aujourd’hui sera stupéfait. Les Juifs continuent à arriver en grand nombre et l’industrie textile se développe.

Un trait caractéristique de son récit est l’attention qu’il donne aux taux du change des différents pays visités (Corfou, Famagouste et Tripoli).

On a fabriqué 15 000 carisee cette année-ci à Safed, sans compter d’autres vêtements. Certains fabriquent des vêtements d’aussi bonne qualité que ceux de Venise. Tout homme et toute femme qui travaillent la laine, en vivent largement…

Il raconte également avoir rencontré un grand marchand d’esclaves juif et un voyageur qui s’est rendu aux Indes où il a visité une ville entièrement peuplée de Juifs « qui vendent chaque année 40 000 charges de poivre au roi du Portugal ».

Notre dernière relation est signée par un autre Juif italien : Elie de Pesaro. Son récit nous donne un tableau très détaillé des modalités d’embarquement et de douane à Venise (1563). Il décrit très longuement son bateau et les marchandises qu’il transporte.

Il s’agit, ainsi qu’il nous l’indique lui-même, de prodiguer des conseils à ceux des membres de sa famille qui souhaiteraient le suivre. Il désire se rendre en Palestine, mais à son arrivée à Famagouste il apprend que la peste règne en Syrie. Il décide donc de rester provisoirement à Famagouste où il rédige son récit. Ce qui nous vaut une excellente description de la situation dans l’île de Chypre. Il y trouve un extraordinaire marché financier :

On ne prête pas à qui n’offre pas un gage sûr… Lorsque le gage est en or ou en argent, on prend 20 %. S’il s’agit de laine, de lin, de soie, de marchandises ou d’autre chose, le taux est de 25 %… Le prêteur doit tenir un registre où il décrit les gages. Il l’apporte au juge qui y appose le sceau du royaume. A ce moment on considère qu’il y a vraiment un contrat.

Lorsque les Chrétiens voient qu’un Juif vient s’installer ici, ils lui demandent s’il vient pour prêter à intérêt. Ils le comblent de marques d’amitié s’il répond : « oui ». Il n’y a pas lieu de craindre un mauvais accueil de la part d’autres prêteurs juifs, soucieux de limiter la concurrence. En vérité, on prête ici 50 000 pièces d’or tous les six mois…

Elie de Pesaro donne encore un tableau très détaillé des prix agricoles à Chypre durant l’été de 1563.

Pour l’étude de ces documents, nous nous sommes servis de textes imprimés que nous avons dû confronter avec les manuscrits, qui existent encore dans la majorité des cas.

Malheureusement les éditions imprimées ont en général été assez peu soigneuses dans leur transcription hébraïque des innombrables termes techniques italiens qui y abondent. L’identification de ces termes a présenté de nombreuses difficultés que nous n’avons pas encore pu toutes élucider.

Le problème est particulièrement complexe en ce qui concerne la relation d’Elie de Pisaro, dont les différentes éditions sont très fautives. Nous avons dû nous résoudre à en préparer un texte critique sur la base du manuscrit unique qui est conservé à la Bibliothèque Nationale. Nous n’avons pas cru nécessaire d’amputer ces textes de leurs longueurs.

La simple enumeration des dates des relations analysées et traduites jusqu’à présent (1481, 1488, 1495, 1521, 1535, 1563), suffit à montrer les vides que présenterait une étude bâtie sur ces seuls récits. Nous avons cherché à compléter ces relations à partir d’autres documents, les consultations rabbiniques, ou responsa, et le récit de David Reubeni.

David Reubeni est un personnage mystérieux qui apparut en Europe en 1524. Se faisant passer pour l’ambassadeur d’un royaume juif indépendant, il est reçu par le pape Clément VII, auquel il demande d’organiser une véritable croisade des pays chrétiens contre la Turquie.

Il lui promet le soutien des tribus juives indépendantes, pour lesquelles il réclame un armement moderne. Le pape l’envoie alors chez le roi de Portugal, Joao III, qui lui promet son aide. Mais sa présence provoque un grand émoi parmi les nombreux Nouveaux-Chrétiens du Portugal, qui croient la venue du Messie proche. Le roi le renvoie alors et il se rend auprès de l’empereur. Son récit s’arrête là.

Cette histoire extraordinaire fut fort longtemps considérée comme une fiction. Mais des chercheurs modernes en ont trouvé la confirmation, et dans les œuvres des contemporains, et dans les registres de l’Inquisition.

Ce document, qui n’a jamais été traduit entièrement de l’original hébreu, paraît donc digne de confiance dans son ensemble. Son intérêt réside dans les trois faits suivants : tout d’abord, l’itinéraire de David Reubeni peut être reconstitué à partir de son départ de Djeddah. Il franchit la mer Rouge et se rend au Soudan où il visite Sennar et rencontre le roi Amarah Dungas, le fondateur de la dynastie Fung. Il traverse le Soudan qu’il décrit assez longuement et se rend au Caire, d’où il repart, après une brève excursion en Palestine, vers l’Italie. Il nous donne donc une des plus anciennes descriptions connues du Soudan.

D’autre part, ses négociations avec le pape et le roi de Portugal jettent un jour nouveau sur les ambitions de certains milieux juifs dans la première moitié du XVIe siècle. Ils semblent ne pas avoir accepté leur éviction d’Europe occidentale. Ce n’est qu’après l’échec de leurs efforts qu’ils feront cause commune avec le nouvel empire d’Orient.

Enfin, le phénomène marrane reste inexplicable si on néglige le rôle de Reubeni. Les Nouveaux-Chrétiens du Portugal ont vécu dans des conditions assez supportables jusqu’à l’arrivée de Reubeni. Mais l’émoi qu’il provoqua à ce moment fut la cause de la nouvelle rigueur qui s’exerça contre eux à partir de 1526 et provoqua leur départ du Portugal.

Le journal de David Reubeni ne nous est parvenu qu’à travers une transcription qui n’a jamais été convenablement éditée. Nous avons tenté • de remettre en état ce texte qui est fort long, et très fautif.

Dans notre utilisation des consultations rabbiniques de l’époque, nous avons dû changer de méthode.

Ces consultations sont extrêmement nombreuses ; les œuvres des rabbins suivants : Samuel de Medina, Moïse de Trani, Adribi, David ben Zimrah, Ben Lev en comptent plus de 5 000. Le système des fiches est donc indispensable.

Comme l’époque était riche en rabbins de grande réputation, il ne faut pas s’étonner de rencontrer dans leurs œuvres des réponses envoyées à des pays très lointains : ainsi une consultation de Moïse de Trani traite d’un différend portant sur la vente d’esclaves chrétiens à Goa. Le vendeur venait de Crimée et avait été le représentant d’un roi tartare auprès du roi de Pologne.

Dans l’œuvre de Samuel de Medina (que nous avons plus particulièrement étudiée), nous avons trouvé une description extrêmement intéressante du fonctionnement de la lettre de change (IV, 65, 97, 124). Il est intéressant de noter à ce sujet que les Juifs de Salonique étaient convaincus qu’ils avaient inventé la lettre de change afin de permettre aux Marranes d’évacuer leurs capitaux du Portugal. En tout cas il semble établi que la vogue de la lettre de change dans la deuxième partie du XVIe siècle a été largement due à de telles pratiques.

Les responsa nous montrent également le début d’un système d’assurances maritimes à Salonique : le taux variait entre 8 et 10 % (Ben Lev, I, 50, Medina, IV, 33, 100).

D’autres textes, très nombreux, décrivent l’organisation du boycott du port d’Ancone à la suite de l’exécution d’un groupe de Marranes, ainsi que les effets de cette mesure. Les renseignements abondent également sur les modalités de crédit et de paiement dans l’espace méditerranéen. Notons à ce propos que le droit appliqué dans ces affaires n’est pas le droit juif, mais le Minhag Soharim, c’est-à-dire la coutume des marchands, le jus mercatorum.

Il nous semble donc qu’il est possible de dégager de ces œuvres les éléments d’une histoire de la participation juive au commerce méditerranéen, éléments qui seraient d’une importance capitale pour l’histoire générale.

Plusieurs faits nous semblent dès à présent établis : la part de l’Orient dans le monde méditerranéen de la Renaissance paraît beaucoup plus importante qu’on ne Га généralement estimé.

Un grand mouvement de capitaux et d’hommes existe, qui profite essentiellement à la zone turque. S’il est vrai que de nombreux Juifs espagnols ou portugais se sont dirigés vers l’Orient à la suite des expulsions de 1492 et de 1496, il n’en reste pas moins vrai que des Juifs originaires de communautés moins exposées se sont joints à ce mouvement pour des raisons purement économiques. Cela a été le cas pour les Juifs italiens en particulier. On ne serait d’ailleurs pas en peine de relever des exemples semblables parmi les Juifs d’Allemagne et de Pologne.

D’autre part, parallèlement aux nouveaux établissements de Salonique et de Constantinople, un autre grand centre juif s’est créé en Galilée, et plus précisément à Safed.

L’origine de ce centre est légèrement postérieure à celle des communautés de Salonique et de Constantinople. Il suit de peu la défaite des mamelouks par les Turcs (1516).

Quelques chiffres suffiront à en montrer la surprenante progression.

En 1481, on trouve 300 familles juives à Safed. Ce chiffre ne varie pas en 1495 et en 1522. Mais dès 1562, on y trouve 14 000 Juifs. Leur nombre est de 30 000 en 1607 !

Ils y créent des industries nouvelles : celles du textile et de l’imprimerie. La première surtout prendra un essor extraordinaire et emploiera la majeure partie des habitants de la ville.

Aussi lorsque les Turcs voulurent rendre sa prospérité à l’île de Chypre, qu’ils venaient de conquérir (1571), ils décidèrent d’y installer 1 000 Juifs de Safed. Il est assez malaisé d’expliquer les raisons qui ont provoqué la création de ce nouveau centre. L’attrait de la Palestine a certainement joué son rôle. Peut-être la proximité des ports et son climat plus tempéré ont-ils favorisé Safed par rapport à Jérusalem. Sans doute faut-il également tenir compte de l’effervescence que provoquent les légendes du Prêtre Jean et les espoirs messianiques.

Un problème curieux se pose : nous n’avons pratiquement pas trouvé d’allusions à un courant d’échanges entre le nouveau centre galiléen et les grandes communautés de Salonique et de Constantinople, alors que les relations de famille, la communauté d’origine et la similitude des activités commerciales auraient dû les rapprocher.

Dans toute l’œuvre de Samuel de Medina qui vivait à Salonique (elle ne comprend pas moins de 976 responsa), nous n’avons que seize allusions à Safed, dont trois seulement traitent de relations d’affaires. Tout se passe comme si deux zones économiques coexistaient sans entretenir les moindres relations. Deux routes commerciales se créent, l’une en direction de Salonique et de Constantinople, l’autre en direction de la Galilée.

Nos sources semblent également indiquer la disparition ou, en tout cas, l’affaiblissement de différents centres économiques : jusqu’en 1516 les voyageurs ont tendance à se rendre d’abord à Alexandrie et au Caire pour leurs affaires.

Après la conquête turque, qui suit elle-même l’ouverture de la nouvelle route du Cap, le centre égyptien perd de son importance. Safed le remplace en grande partie. L’activité économique se poursuit et se développe, mais dans un autre pays.

Certains documents nous indiquent que de riches banquiers juifs du Caire quittent alors l’Egypte pour la Palestine.

De même, l’importance du centre juif aux Indes, situé dans la région de Cochin, diminue.

Les Portugais détruisent le royaume juif de Cranganore. Fait intéressant : les Juifs se servaient du nom de Cingoli, ou Sendjerdi, pour désigner leur principauté. Or, c’est le nom que les Chinois donnaient à Cranganore.

Faut-il en déduire que la principauté juive a été le point de rencontre des négociants chinois et des marchands de l’Occident?

Simon Schwakzfuchs.

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