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En 1383, la communauté juive d’Estella, par la voix de trois porte-paroles, prend en ferme la gestion de l’un des moulins royaux de la ville, « à cens perpétuel », pour la somme de 13 livres par an ; le responsable de l’adjudication est le juif de la ville Judas Levi, alors receveur de la Merindad d’Estella.

Lorsque cette charte est enregistrée dans la chancellerie du roi de Navarre, ce dernier, Charles II, règne depuis 1349 après sa mère Jeanne fille de Louis X le Hutin, à laquelle le Grand Conseil réuni à Saint-Germain en 1328 a dévolu son légitime héritage, le royaume de Navarre.

Son mari le comte d’Evreux (Philippe d’Evreux, mort en 1343 à Jerez de la Frontera) et elle ont établi la dernière des dynasties françaises de Navarre, celle des Evreux-Navarre, et ont fait de grands efforts pour venir le plus souvent possible dans leur petit royaume.

Leur fils Charles II y a résidé effectivement, notamment après 1361 à la suite de divers échecs dans le royaume de France. Souverain de sang capétien, il a su se montrer le prince ibérique qu’attendait sa Navarre, jusqu’à sa mort le 1er janvier 1387 ; son fils Charles III (mort en 1425) a poursuivi son œuvre sans s’écarter de sa politique (B. Leroy, 1990). Charles II a notamment gouverné ses Navarrais selon les Fueros de leur royaume.

Ses sujets juifs avaient leurs lois et leurs coutumes, leur autonomie reconnue et séculaire, le souverain a su s’en porter garant.

Les communautés de Navarre

Partie intégrante de la population navarraise, les juifs se trouvent dans le royaume sans doute depuis l’époque romaine et wisigothique, comme c’est le cas pour la plupart des juifs ibériques, mais plus certainement connus et servis par la documentation à partir du XIIe siècle, lorsque les souverains d’Aragon et de Navarre reconquièrent sur les musulmans le bassin de l’Ebre.

Au XIIIe siècle, et désormais il en est ainsi jusqu’à l’extrême fin du XVe siècle, les juifs de Navarre vivent en belles Aljamas, communautés formées dans les villes ou dans les bourgades voire dans les villages, à Tudela, Pampelune, Estella, Sanguesa, ou bien à Viana, Los Arcos, Olite, Peralta, ou encore Corella, Cascante, Ribaforada, Cintruenigo, les petites localités de la Ribera.

Bénéficiant d’un Fuero (celui de Najera propagé aux Aljamas voisines au XIIe siècle) et de plusieurs articles du Fuero General, les juifs de Navarre peuvent posséder leurs maisons, leurs terres, leurs vignes, dans les quartiers qu’ils désirent et dans les banlieues urbaines.

Il faut attendre 1336 pour connaître un « enfermement » (mais peu étanche) dans une Juderia obligatoire à Pampelune, et 1492 seulement pour retrouver la même mesure à propos des juifs de Corella.

Les juifs de Navarre ne prêtent pas l’humiliant « serment des juifs » qui figure cependant dans le Fuero General et qui est encore demandé au synode de Logrono de 1324 ; il ne portent probablement pas la rouelle ; ils ont très librement leurs synagogues, leurs rabbins et leurs notables, leurs officiers et leurs bâtiments communautaires.

Les juifs, bénéficiant d’une autonomie juridique, peuvent prendre des mesures d’exclusion contre les traîtres et les coupables, se mettre à l’amende les uns les autres (un Bedin, fonctionnaire responsable de cette police, en est chargé à Estella), émettre des ordonnances communautaires.

En 1390 Charles III nomme un Grand Rabbin, son médecin Josef Orabuena, désormais procureur général de ses juifs et leur trait d’union vis-à-vis du gouvernement.

Les Juderias se sont cependant formées spontanément, autour des trois synagogues de Tudela, des deux synagogues de Pampelune, des deux synagogues d’Estella (il s’agit de la « petite » pour la réunion communautaire de 1383).

Enfin, comme partout alors, les juifs rachètent au gouvernement leur droit d’existence et leur autonomie par une Pécha calculée selon la démographie de chaque Aljama, « le fort portant le faible ».

Au début du XIVe siècle, les juifs de Tudela se comptent peut-être de 1 000 à 1 200, ceux d’Estella un peu plus de 200. Mais la communauté de cette ville de l’Ouest de la Navarre, du chemin de Santiago et de l’un des palais royaux, est terriblement secouée par une Matanza en 1328. L’éloignement royal en est peut-être la cause, même indirecte. Laissé à lui-même depuis quelques décennies, du moins confié à un gouverneur envoyé de Paris, le peuple navarrais ne connaît plus son roi.

Les souverains de Champagne-Navarre, de 1234 à 1274, venaient de temps à autre ; les rois de France et de Navarre de 1274 à 1328 ne sont jamais venus en Navarre, à part une brève apparition de Louis le Hutin d’octobre à décembre 1308. Le dernier Capétien, Charles le Bel, meurt en février 1328 ; après la naissance de sa fille en avril, le royaume a donc été remis à Jeanne et à Philippe d’Evreux. Mais dès la période de Pâques 1328 le royaume avait manifesté sa mauvaise humeur devant ces événements qui le concernaient et qui se décidaient si loin de lui.

Les Navarrais se sont donné deux régents, deux Ricos Ombres de Navarre, et ont refusé d’admettre sans contrôle préalable les lois et les officiers envoyés depuis Paris. Dans cette atmosphère de fronde, le peuple a écouté des prédicateurs et des agitateurs, dont on ne peut exactement reconstituer les discours mais dont on constate l’influence.

A Estella, le frère Mineur Pero de Ollogoyen s’adresse aux fidèles, pendant les offices de la Semaine Sainte de mars 1328. Les juifs de la ville sont des déicides.

Le peuple d’Estella et des bourgades des alentours (Los Arcos et Viana en particulier) se jette dans la Juderia, tue quelques uns des juifs rencontrés, vole chartes de créance et biens matériels, provoque des fuites dans l’affolement et des baptêmes hâtivement demandés.

Plusieurs juifs de France qui, chassés en 1306 puis encore en 1322, avaient cru y trouver refuge, sont tués ou chassés.

Le mouvement de violence, qui a pris dans la Merindad d’Estella, gagne aussitôt la région de Pampelune, où les demeures juives sont méthodiquement pillées. Les régents ont le temps de faire garder par une police particulière la ville de Tudela, la plus grosse Aljama du royaume, où il ne se passe rien. Ils font mettre dans une prison royale le frère Pero de Ollogoyen, et la commotion urbaine se calme d’elle-même. Un an s’écoule cependant avant que ne paraissent dans leur royaume les souverains Philippe et Jeanne. Leur réticence peut-être, leur information minutieuse sur leur nouveau royaume plus certainement, est la cause de ce retard. Au printemps de 1329, les deux souverains sont couronnés et sacré à Pampelune, ils gouvernent aussitôt.

Une enquête est alors dressée à Estella et à Pampelune, pour connaître dans le détail les meurtres, les vols, les dégâts de l’année précédente et pour en évaluer les réparations. Dans la mesure du possible, les documents brûlés sont refaits, les fauteurs de trouble sont arrêtés et mis à l’amende. Pero de Ollogoyen est remis aux frères Mineurs, à leur demande, et jugé par l’Eglise. Mais la ville d’Estella, collectivement coupable, est frappée d’une amende de 10 000 livres annuelles à verser durant dix ans au Trésor.

Pendant une trentaine d’années, on fait mention des maisons et des terrains des juifs tués à Estella, à Viana, à Los Arcos, dans les divers inventaires et dans les pages des registres des comptes. La Aljama d’Estella n’a pas retrouvé, ni facilement ni rapidement, sa tranquillité de vie d’antan.

Elle s’est reconstituée cependant, et dès le milieu du XIVe siècle, a compté à nouveau de belles personnalités. Vers 1380-1400 le Trésor la juge assez riche pour verser une Pécha annuelle de 1500 livres (Tudela en paie 3 000, Pampelune 2 000 avec Monreal, les petites Aljamas du centre du royaume un total de 800 livres), du moins lors des années sans guerre sur le sol de Navarre, sans catastrophe climatique, la somme étant alors volontiers discutée et abaissée.

Il semble que les juifs d’Estella aient formé désormais un groupe d’une centaine de personnes, les mêmes familles se retrouvant dans les petites Aljamas de la merindad, quelques juifs riches et même très riches dominant une société disparate et besogneuse de petits artisans et petits prêteurs.

Les « livres du sceau » du roi apposé dans ces localités sur chaque lettre de créance (enregistrée d’obligation dans ce livre moyennant le paiement de quelques deniers) renseignent sur la pratique du prêt et donc sur les possibilités financières des uns et des autres. Les juifs d’Estella ou des localités voisines, comme leurs coreligionnaires de Tudela et de Pampelune, prêtent en général des sommes moyennes ou petites, de quelques sous ou quelques livres, avec des grains et du vin le plus souvent ; ils ont la latitude, de par la loi de l’Etat, de demander des intérêts de 25%, mais une taxe supplémentaire est exigée pour chaque jour excédant la date fixée du remboursement.

Ils prêtent pour six mois ou un an, et s’ils permettent des créances plus importantes pour deux à trois ans, tolèrent des paiements échelonnés. Ils savent prêter, et sont ainsi capable de débourser aux alentours de 200 livres par an, ventilées en nombreux prêts, parfois quinze à vingt différents.

Dans cette région d’Estella et dans ces dernières décennies du XIVe siècle, reviennent assez constamment dans les livres du sceau, les noms des familles Levi, Medellin, Embolat, Ezquerra, Alfaquim, Benayon ; en 1374 Judas Embolat de Los Arcos à valeur d’exemple ; il prête un total de 477 livres et 323 roves de blé (mesure de grains valant un quart d’hectolitre) en 59 prêts différents échelonnés de 30 sous à 17 livres.

A la fin du XIVe siècle, la Aljama d’Estella est assez dynamique pour attirer l’un des juifs les plus fortunés de Tudela, Abraham ben Shuaib, désormais installé dans Estella, propriétaire foncier dans toute la région, très actif prêteur et négociant à grande échelle avec des Castillans et des Béarnais. Abraham ben Shuaib, gendre du Grand Rabbin de Navarre Josef Orabuena (lui aussi Tudelan mais lui aussi propriétaire dans Estella), a été Tributador-Arrendador à plusieurs reprises et a occupé au début du XVe siècle l’office de receveur de la merindad d’Estella, mais a été condamné et exécuté pour malversation en 1412. Avec cette personnalité, on rejoint une autre catégorie sociale, celle des employés de la fiscalité royale.

Les juifs dans les finances de l’Etat

En Janvier 1383, Charles II confie l’exploitation de son moulin sur le Ega, le cours d’eau d’Estella, à la Aljama de la ville. Dès le début de son règne effectif en Navarre, ce roi a en effet pris l’habitude d’affermer des rentes du fisc, ce qui lui permet d’encaisser plus régulièrement et souvent à l’avance, ce que la Couronne perçoit sur des péages, des fours, des tanneries, des moulins. Les Navarrais peuvent se porter volontaires, mais les plus empressés des fermiers sont les juifs de Navarre.

La tendance ne fait que s’affirmer ; à la fin du XIVe siècle, à Tudela surtout mais aussi dans la plupart des Aljamas, les juifs sont Tributadores de l’Etat. Il est également bien commode, et bien vite entré dans les habitudes, de leur demander de lever les Péchas dues par les sujets roturiers imposables des villages, des vallées, donc de les faire entrer dans l’office du Trésor.

Dès les années 1360- 1370, les juifs lèvent leurs propres impositions, d’abord les « aides exceptionnelles » qui leur sont demandées en plus de leur Pécha, puis cette imposition annuelle.

En 1365-1366 Judas Levi qui commence alors à se faire connaître, est chargé de la collecte d’une taxe d’exception dans sa merindad d’Estella, ainsi que du contrôle de sa levée générale dans le royaume.

Avec lui, les collecteurs sont Juce Alborge pour la merindad de Pampelune, Salomon d’ Ablitas pour Tudela, Judas Cardeniel et Avram de Niort pour Sanguesa.

A partir de 1380, on peut affirmer que presque toutes les finances officielles passent par des mains juives, que ce soient les taxes sur les marchés ou les impositions de toutes les catégories de paysans, citadins et juifs.

A la tête de ces offices régionaux, les juifs tributadores ont les pleins pouvoirs pour nommer leurs propres délégués, juifs et chrétiens de Navarre, et pour gérer eux-mêmes la perception des taxes, jusqu’à concurrence de la somme qui leur est demandée et qu’ils ont avancée le jour de leur prise en charge. Parfois ces fermiers abusent, même de leurs coreligionnaires. C’est ce qui est reproché en 1381 à Saiil Medellin de Laguardia et à Judas Embolat de Los Arcos, chargés de la levée de la Pécha des juifs de Viana, Laguardia et Los Arcos ; sur les plaintes générales, Charles II les a fait emprisonner et verser 400 livres, un trop-perçu abusif entré dans leur bénéfices.

Au contraire, certaines mauvaises années, le Tributador ne parvient pas à retrouver dans sa perception le montant de sa ferme.

En 1387, Abraham Medellin d’Estella, devant 131 livres par mois pour la gestion de tous les revenus du commerce de Laguardia et d’Estella (106 livres sur les ventes d’habits, 20 livres sur celles des argenteries, 100 livres sur les étaux du marché d’Estella) parvient à obtenir de Charles III une remise de 50 livres pour l’année en cours marquée par des catastrophes climatiques et par l’insécurité.

Le roi s’est adressé à Judas Levi, receveur de la merindad et grand responsable de la fiscalité de sa province, qui avait emprisonné Abraham Medellin devenu insolvable.

Il est donc très naturel, parce que cela est accepté par tous, l’Etat, les Navarrais et les juifs, d’apprendre qu’en janvier 1383 la Aljama d’Estella devient collectivement Tributador de l’un des moulins royaux d’Estella, en versant 13 livres par an pour la ferme, de « cens perpétuel » dit le texte royal.

Les juifs de la ville s’engagent à entretenir les roues, les meules, l’édifice de ce moulin-teinturerie, l’un de ces bâtiments nécessaires à l’industrie textile que Charles II cherche alors à développer dans son royaume. Rien ne dit si les juifs seront eux-mêmes les artisans spécialistes nécessaires, ou s’ils emploieront des gens d’Estella. Dans ces années, on sait que les juifs du Val de l’Ebre sont fréquemment soldés par le gouvernement et par les villes, pour l’entretien des canaux d’irrigation, des vannes, des puits, et qu’ils rejoignent parfois les Maures dans les travaux de maçonnerie.

Quant à la somme de 13 livres promise tous les ans, elle correspond parfaitement aux revenus habituels des marchés ou des édifices du fisc. Elle représente une somme payée par la Aljama toute entière (soit par les plus fortunés de cette Aljama, sans doute les jurats responsables qui sont nommés dans l’adjudication Juce Levi, Abraham Medellin, Samuel Alfaquim), et qui peut être rassemblée au cours d’une année.

On sait qu’ Abram Medellin doit 20 livres par mois sur le commerce de l’argenterie en 1387 ; 13 livres par an représentent à peu près ce qu’un créancier moyen peu prêter à quelques paysans ou artisans de la campagne. La somme n’est pas négligeable et peut équivaloir aux gages annuel d’un Alcayt (un châtelain du roi) ; mais elle est facilement réunie par la Aljama d’Estella rassemblée, qui compte en 1383 quelques fortunes.

A sa tête figure Judas Levi, déjà évoqué, connu par les bureaux du Trésor dès 1365. Vers 1370, il prête au souverain et aux officiers.

En 1382, Charles II le nomme receveur-collecteur de la merindad d’Estella. Ce juif est désormais responsable de toute la fiscalité de la province, de la levée des taxes (il dirige l’adjudication des fermes, de celle du moulin de 1383 comme des autres), de la levée des Péchas des villageois ou des juifs ; il a la faculté d’engager des dépenses sur les caisses de l’Etat, pour fortifier la frontière, réparer les châteaux du roi, ou construire des ponts, des routes. Il paie les officiers provinciaux.

Deux fois par an, il va à Pampelune présenter ses registres au Trésorier de Navarre et faire inspecter sa gestion par les clercs de la Chambre des Comptes. Cette très haute fonction est en général confiée à un bourgeois, à un clerc et peut constituer une étape dans une carrière de trésorier.

Le poste revient rarement à un juif ; Judas Levi a été le premier des juifs de Navarre à l’occuper de 1382 à 1388. Charles III l’a alors accusé, ayant découvert une lourde dette dans ses comptes, et a saisi ses biens jusqu’à concurrence de la somme attendue. Judas Levi n’a pas été ruiné pour autant et a figuré dans une équipe d’ Arrendadores des impôts du royaume quelques années plus tard.

On sait qu’Abraham ben Shuaib est également receveur d’Estella au début du XVe siècle, jusqu’à son exécution en 1412.

Les Arrendadores des impôts sont enfin les plus haut placés de ces fermiers de l’Etat, Tributadores à l’échelon national. Comme il s’agit de très fortes sommes cautionnant les rentrées de toutes les impositions de l’ensemble du royaume, ils se groupent en équipes, de 6 à 10 ou 12 selon les années, et s’engagent pour 60 000 ou 100 000 livres dans l’année, payables par mensualités.

Les Arrendadores ont alors tout pouvoir, avec leurs propres employés, pour lever tous les impôts directs et indirects, éventuellement profiter des bénéfices ou bien donner sur leur fortune personne ce qui est nécessaire tous les mois. Des Navarrais peuvent s’associer à des juifs pour cette ferme des impositions.

Vers 1380-1420 cependant, la majorité des Arrendadores sont des juifs de Navarre, parmi lesquels se trouvent Judas Levi et Abraham ben Shuaib d’Estella, Esmel Even David d’Olite, Nathan del Gabay, Jeuda ben Menir, Joseph Orabuena, Samuel Amarillo, Samuel Benveniste de Tudela.

Les juifs d’Estella qui ont demandé à inscrire leurs noms aux côtés de celui de Judas Levi, sont trois procureurs de la Aljama et deux témoins. Leurs familles, et certains d’entre eux individuellement, sont bien connus dans la ville. Abraham Medellin est l’un des Tributadores de la cité ; des Medellin sont actifs dans les villes de la Merindad, prêteurs et propriétaires, dans les années étudiées.

Quand se sont-ils réfugiés en Navarre, depuis la ville de l’Extrémadure dont ils portent le nom? La Navarre accueille les juifs de France ; depuis les persécutions Trastamares de 1366-1370 elle en a reçu également de la couronne de Castille. Les Alfaquim et les Embolat sont nombreux, depuis le XIIIe siècle au moins, à Estella, Viana, Los Arcos, Laguardia. Ils y occupent toutes les activités ouvertes au juifs ; les ancêtres Alfaquim étaient sans doute traducteurs (et médecins), peut-être aussi négociateurs de rançons aux Xlle-XIIIe siècles lorsque la Reconquista était une réalité encore vécue dans le bassin de l’Ebre.

En 1391-1392, Charles III demande, une fois parmi d’autres, une contribution volontaire à tous ses juifs de Navarre pour collaborer à la réfection des murs du château et de la Juderia de Tudela. Le plus gros imposable du royaume est ce Samuel Alfaquim d’Estella, qui donne 100 florins, toute son Aljama versant 262 florins, sur un total de 2413 florins versés par tous les juifs de Navarre.

Quant aux Levi, Juce, Abraham, Saiil, en plus de Judas, il sont en Navarre comme ils sont ailleurs en Occident, à Estella comme dans les autres villes de Navarre. Judas Levi les domine de toute son importance sociale et économique.

Il est permis d’imaginer qu’ils sont tous de son lignage.

Ces personnalités juives, cette activité de la Aljama d’Estella en cette fin du XIVe siècle, méritaient un moment d’observation, au cœur du judaïsme ibérique.

Sous Charles II et Charles III de Navarre, après la Matanza et malgré quelques crises isolées et passagères, les juifs connaissent une existence que l’on peu qualifier d’épanouie ; leur identité de juifs de Navarre préservée officiellement, ils vivent et travaillent comme tous les sujet du roi de Navarre.

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