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par Yishaï Eldar
Yishaï Eldar est l’ancien rédacteur en chef de Vie chrétienne en Israël

L’étude de l’architecture chrétienne à Jérusalem à travers l’histoire se calque sur celle de la pérennité des édifices en dépit des ravages opérés par le temps, les guerres, les schismes, les tremblements de terre et les incendies.

C’est aussi l’étude de l’influence exercée continuellement par les coutumes et les traditions sur le style, les plans et la décoration.

De nombreuses églises, monastères, couvents et tombeaux marquent les sites liés aux premières années du christianisme ainsi qu’à la vie et au ministère de Jésus et de ses disciples.

Même au cours des siècles ultérieurs, le plan de ces édifices subit l’influence autant des traditions religieuses de la communauté chrétienne que des méthodes et des styles de construction de l’époque.

Des différences de tradition ont, elles aussi, affecté le plan des sanctuaires. D’une manière générale, dans les églises d’Occident, l’autel était ouvert et placé en hauteur, alors que dans les églises d’Orient, l’autel était situé derrière un iconostase, un muret séparant le sanctuaire du corps principal de l’édifice.

A Jérusalem, la construction réutilisait aussi fréquemment d’anciens ouvrages de pierres et des éléments architecturaux.

Dans des constructions datant des époques byzantine, pré-islamique et des croisades, on retrouve des pierres taillées de l’époque hérodienne et même asmonéenne ; ainsi, une fenêtre en rosace sculptée dans la pierre d’une église des croisés est incorporée dans une fontaine ottomane du XVIe siècle située en face de Bab al-Silsila (la Porte de la Chaîne), à l’entrée du Haram es-Sharif (le mont du Temple).

A Jérusalem, les premiers ouvrages construits par les chrétiens pour leurs habitations et leurs lieux de culte s’inspiraient probablement du style hérodien ou romain de l’époque.

Aucune construction chrétienne de ces époques n’a survécu mais on retrouve certaines caractéristiques architecturales de l’environnement où vécurent Jésus et ses disciples dans les ruines de deux bâtiments de Jérusalem détruits par les Romains en 70 de l’ère chrétienne : la Maison brûlée dans le Quartier juif, et les salles aux voûtes en berceau découvertes au cours des fouilles archéologiques menées dans l’église du Saint-Sauveur, orthodoxe arménienne, située sur le mont Sion.

Epoque romano-byzantine (70 – 638)

Dans leur immense majorité, les premiers architectes chrétiens firent des emprunts considérables aux Romains, quelle que soit la culture de la communauté autochtone.

Les principales caractéristiques de l’architecture romaine étaient l’arche et la voûte dans des constructions dotées d’un toit en coupole. Les Byzantins amplifièrent ces éléments dans la construction de grands édifices à dôme comme la basilique Hagia Sophia à Constantinople.

L’élément principal, dans la construction des premières églises, était la basilique, une vaste pièce, généralement rectangulaire, utilisée par les Romains pour les rassemblements publics. L’entrée de ces églises s’effectuait souvent par une vaste cour à colonnes appelée atrium, et un vestibule, le narthex. L’église proprement dite empruntait la forme d’un T . La ligne verticale était constituée d’une nef, habituellement flanquée de deux nefs latérales, ou davantage. Une abside encastrée, semi-circulaire, couronnée d’une demi-coupole (en général située à l’extrémité orientale de l’église) abritait l’autel principal. Deux transepts s’ajoutaient parfois à ces églises, formant les bras du T.

La basilique du Saint-Sépulcre
La basilique du Saint-Sépulcre

Ce plan a été utilisé au IVe siècle pour la construction de la basilique du Saint-Sépulcre, constituée à l’origine de cinq éléments principaux : une rotonde, située au-dessus du Tombeau ; une chapelle construite sur le Golgotha, l’emplacement de la Croix ; une cour ; une grande basilique à cinq nefs, dont l’abside et l’autel se trouvaient à l’extrémité occidentale, vers le Tombeau ; et un atrium, à l’entrée Est de la basilique, depuis le Cardo maximus, la rue principale bordée de colonnes, qui partait de l’actuelle porte de Damas en direction du sud. (Une section partiellement restaurée du prolongement byzantin du Cardo est visible dans le Quartier juif).

La visite de l’actuelle basilique du Saint-Sépulcre ne laisse entrevoir que bien peu d’éléments de l’édifice byzantin d’origine.

L’église fut incendiée et pillée par les Perses en 614, partiellement reconstruite par le patriarche Modeste, endommagée par le tremblement de terre de l’année 808, et détruite en 1009 sur ordre du calife fâtimide al-Hakim.

Une partie de la basilique fut à nouveau reconstruite par l’empereur byzantin Constantin Monomaque, en l’an 1048, mais la majeure partie de l’édifice actuel résulte des travaux d’agrandissement et de reconstruction entrepris par les croisés au XIIe siècle, ainsi que de rénovations ultérieures (la dernière en date ayant commencé en 1959 dans un but de conservation).

Les architectes croisés incorporèrent dans leur église les vestiges de la construction byzantine d’origine dans la partie de la rotonde, du Golgotha et de la cour. (Les colonnes et piliers actuels de la rotonde reproduisent approximativement la forme et le plan original du IVe siècle, mais à mi-hauteur). La basilique et l’atrium ne furent jamais reconstruits. Une partie de l’entrée Est est cependant visible depuis le Cardo maximus, à proximité de l’hospice orthodoxe russe, rue al-Dabbaghin.

Reconstitution de la basilique byzantine d'origine (d'après Corbo)
Reconstitution de la basilique byzantine d’origine
(d’après Corbo)

Depuis les croisades, l’enceinte et la structure de la basilique du Saint-Sépulcre sont restées en possession des trois grandes confessions suivantes : grecque-orthodoxe, orthodoxe arménienne et catholiques romains latins, dont les droits de propriété et d’utilisation sont protégés par le Statu quo sur les lieux saints, garanti par l’article LXII du traité de Berlin (1878).

A l’intérieur de l’édifice, les différentes chapelles et lieux saints sont meublés et décorés selon les coutumes et les rites de la communauté religieuse qui en détient la possession.

L'édicule dans la basilique du Saint-Sépulcre Avec l'autorisation d'Ariel
L’édicule dans la basilique du Saint-Sépulcre
Avec l’autorisation d’Ariel

Les orthodoxes coptes égyptiens, les orthodoxes éthiopiens et les orthodoxes syriens détiennent également certains droits et quelques biens dans la basilique du Saint-Sépulcre.

La chapelle copte, sur le bas-côté occidental de l’édicule abrite un fragment de pierre taillé dans un ancien monument visible sous l’autel. Sur le côté ouest de la rotonde, les orthodoxes syriens possèdent une chapelle dont le mur extérieur d’origine, datant du IVe siècle, est en partie conservé. Les orthodoxes éthiopiens disposent d’un monastère situé sur le toit de la chapelle arménienne de Sainte-Hélène, dans les ruines d’un cloître et d’un réfectoire croisés du XIIe siècle.

L’utilisation en alternance de couches de pierres et de briques dans la construction des murs est une technique byzantine courante, très reconnaissable. On la retrouve dans divers endroits de la basilique du Saint-Sépulcre, dans la chapelle grecque-orthodoxe d’Adam sous le Golgotha, et dans les piliers de soutènement de l’arche de l’empereur datant du XIe siècle et situés entre la rotonde et le catholicon grec. Le visiteur remarquera également la réutilisation par les croisés des chapiteaux byzantins entrelacés .

L’église la plus ancienne à Jérusalem est la crypte grecque orthodoxe du Ve siècle de Saint-Jean-le-Baptiste (Prodromos), dans le quartier chrétien de la Vieille Ville.

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Situé aujourd’hui au-dessous du niveau de la rue, l’édifice a la forme d’un trèfle, avec trois absides (au nord, à l’est et au sud), et un narthex long et étroit sur le côté ouest. Quatre piliers soutiennent le dôme.

L’étage supérieur, détruit par les Perses en 614, a été reconstruit par saint Jean l’Aumônier, le patriarche d’Alexandrie et, plus tard, au XIe siècle, par des marchands italiens d’Amalfi. La façade actuelle et le petit clocher de l’étage supérieur datent de l’époque moderne. On accède à l’église par une cour, à partir de la rue du Quartier chrétien.

L’abside et les murs de fondation de la monumentale église Nea, la Nouvelle église de Sainte-Marie-Mère-de-Dieu, construite par l’empereur Justinien en 543, constituent un autre vestige architectural important de l’époque byzantine.

L'église Nea Inscription en grecque mentionnant l'empereur Justinien
L’église Nea
Inscription en grecque mentionnant l’empereur Justinien

Ils furent découverts en 1970 et en 1982 au cours de fouilles archéologiques menées dans le Quartier juif de la Vieille Ville. Une petite partie seulement de la superstructure de l’édifice a été mise à jour, notamment l’une des grandes citernes souterraines.

Dans le rempart oriental de la Vieille Ville, la Porte d’Or date, elle aussi, de l’époque byzantine.

The Golden Gate or Gate of Mercy and ancient cemetery on the east-side of the Temple Mount of the Old City of Jerusalem, Israel
The Golden Gate or Gate of Mercy and ancient cemetery on the east-side of the Temple Mount of the Old City of Jerusalem, Israel

Il est question d’une porte du mur oriental du mont du Temple, à l’époque du deuxième Temple, empruntée par les prêtres durant la cérémonie biblique de la vache rousse ; selon une tradition chrétienne ultérieure, c’est la porte par laquelle Jésus pénétra dans la ville, le dimanche des rameaux.

Les arches harmonieuses agrémentées de moulures florales en relief présentent une grande similitude avec la double porte hérodienne située au sud du mont du Temple, et des fouilles archéologiques réalisées à l’époque du mandat britannique donnent à penser que l’édifice actuel pouvait être situé sur le site de la porte hérodienne d’origine.

La porte actuelle a peut-être été construite au milieu du Ve siècle par l’impératrice Eudoxie pour commémorer la guérison miraculeuse du boiteux par saint Pierre (Actes 3 : 1-10).

Architecture romane (500 – 1100)

Un style architectural intermédiaire appelé roman se développa durant le VIe siècle ; il comprend le style basilique précédent et quelques éléments du style gothique ultérieur, plus complexe. Une évolution semblable se produisit en Arménie.

Les meilleurs exemples de vestiges architecturaux romans à Jérusalem sont l’église du monastère grec-orthodoxe de la Sainte-Croix, située près du Musée Israël, et l’église de Sainte-Anne du XIIe siècle, restaurée, qui se trouve près de la Porte des Lions dans la Vieille Ville.

Le monastère de la Sainte-Croix
Le monastère de la Sainte-Croix

Le monastère de la Sainte-Croix, aux allures de forteresse, a été construit au XIe siècle par Bagrat, le roi géorgien, sur le site d’un ancien sanctuaire.

L’église, à laquelle on accède par un narthex, possède une nef centrale et deux latérales, et son dôme est soutenu par quatre piliers. Les fresques des XIIe et XVIIe siècles décorant les piliers et les murs de l’église rapportent la légende de l’arbre utilisé pour fabriquer la croix sur laquelle Jésus fut mis à mort.

L’une des fresques commémore le souvenir du poète national géorgien du XIIIe siècle, Shota Rustaveli, qui vécut dans le monastère. Depuis le XVIe siècle, le monastère est la propriété du patriarcat grec-orthodoxe. Il est ouvert aux visiteurs en semaine. Le sol est, par endroits, dallé de mosaïques provenant d’une église du Ve siècle.

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La basilique Sainte-Anne

Sainte-Anne, une basilique à coupole dotée d’une nef centrale et de deux nefs latérales, est considérée comme l’une des plus belles églises de la ville.

L’intérieur est d’une grande sobriété, ce qui témoigne peut-être du fait qu’après 1192, l’édifice abrita une madrasa, une académie religieuse musulmane. (Il est curieux de constater qu’aucun des chapiteaux des colonnes intérieures n’a le même motif. L’un représente même une vache – ou un buf – ; s’agirait-il du symbole de saint Luc ?)

En 1856, le sultan ottoman en accorda la propriété aux Pères blancs catholiques romains en reconnaissance pour le soutien apporté par les Français pendant la guerre de Crimée.

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L’intérieur de la cathédrale de Saint-Jacques

Le quartier arménien à l’intérieur des remparts (en fait le couvent arménien de Saint-Jacques) dans la partie sud-ouest de la Vieille Ville, compte plusieurs églises et chapelles médiévales.

La plus importante est la cathédrale de Saint-Jacques, orthodoxe arménienne, achetée aux Géorgiens en 1141. L’édifice actuel comprend des éléments plus anciens, notamment la chapelle de Saint-Menas, qui date peut-être du Ve siècle. Le plan intérieur de la cathédrale – une nef centrale spacieuse et deux nefs latérales étroites, séparées par quatre piliers carrés soutenant des voûtes et un dôme – est identique à celui des églises d’Arménie de l’époque. L’entrée d’origine se trouvait sur le côté sud de l’église, mais en 1670, le portique fut fermé pour aménager la chapelle d’Etchmiadzin.

A proximité, l’église des Saints-Archanges, orthodoxe arménienne, datant du XIIIe siècle, a un plan identique à celui de la cathédrale de Saint-Jacques, bien qu’à une échelle plus réduite.

 l'église des Saints-Archanges
l’église des Saints-Archanges

Les deux églises sont ornées de dalles Kütahya aux motifs bleu sur blanc, du XVIIIe siècle. Les murs de la cour d’entrée de la cathédrale contiennent aussi des katchkars, des pierres gravées de croix et d’inscriptions offertes par des pèlerins. La plus ancienne date de 1151.

Une basilique des croisés, bien conservée, a été découverte il y a quelques années seulement dans la rue Aqabat al-Khalidiyya, près du Souk al-Qattanin (le marché des marchands de coton).

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Souk al-Qattanin

L’hypothèse a été émise, sans certitude, qu’il s’agit de l’église de Saint-Julien. Comme plusieurs autres édifices religieux des croisés, elle fut par la suite affectée à d’autres usages ; dernièrement, elle servait de menuiserie et de magasin de meubles. Cette basilique à triple nef et triple abside a un plan identique à celui de Sainte-Marie-des-Allemands, une église et un hospice du XIIe siècle des Chevaliers de Saint-Jean germanophones, dont on aperçoit les vestiges conservés dans la rue Misgav Ladakh, dans le Quartier juif.

D’autres églises romanes et croisées, devenues des mosquées ou des institutions éducatives et religieuses musulmanes, ne sont pas ouvertes aux visiteurs de passage.

Le tracé de l’église de Sainte-Marie-des-Latins, qui remonte au XIe siècle, est préservé dans l’actuelle église allemande luthérienne du Sauveur, construite en 1898. Le bâtiment actuel comprend également le porche médiéval du nord avec ses ornementations du zodiaque. Dans l’hospice luthérien voisin, le cloître médiéval est en partie préservé.

L’architecture des croisés n’était pas toujours destinée à des fins religieuses.

Le Triple Souk – les trois bazars couverts, parallèles, au centre de la Vieille Ville – date pour l’essentiel de la période des croisades.

Entre les échoppes, certains piliers portent encore les lettres S. A. désignant sainte Anne et signifiant qu’ils étaient la propriété de l’église de Sainte-Anne.

Le grand monastère grec-orthodoxe, contigu à la basilique du Saint-Sépulcre à l’ouest, mérite également d’être mentionné. Il est constitué par un labyrinthe de pièces, de cours, de chapelles, d’escaliers et de corridors datant de diverses époques. Son église principale, celle de Saint-Thecla date du XIIe siècle, mais le monastère lui-même est peut-être plus ancien. Le toit plat de ce dernier édifice s’étend au-dessus de la rue du Quartier chrétien jusqu’à rejoindre le toit du Saint-Sépulcre.

Architecture gothique (1100 – 1500)

Le tombeau de la Vierge Marie

L’architecture gothique a évolué à partir du style roman au cours du XIIe siècle. Elle se caractérise par une prédominance des lignes verticales, l’usage des arches brisées (ou en ogive), des colonnes en faisceaux et de grands vitraux décorés. L’architecture gothique s’accompagne aussi de sculptures complexes, extrêmement travaillées, notamment des motifs grotesques ou pleins d’imagination.

Pour des raisons aussi bien historiques et politiques que financières, l’architecture chrétienne de la fin du Moyen Age n’a pas produit, à Jérusalem, le style flamboyant propre aux cathédrales et églises d’Europe occidentale. On retrouve cependant des éléments normands-gothiques dans le choeur et le déambulatoire de la basilique du Saint-Sépulcre construits par les croisés (dans et autour de l’actuel catholicon grec-orthodoxe) ; dans la voûte d’arête à nervures du transept sud ; ainsi que dans les deux portails en ogive aux arches en creux de l’entrée principale, avec leurs montants de porte aux colonnes si caractéristiques et leurs moulures décoratives de la voûte.

Les deux linteaux gothiques du XIIe siècle, avec leurs volutes finement sculptées et les statuettes qui ornaient autrefois l’embrasure sont aujourd’hui exposés au musée Rockefeller de Jérusalem.

Des portails identiques du XIIe siècle, aux arches en creux, ornent l’entrée de la petite église de Saint-Marc, orthodoxe syrienne, près de la Porte de Jaffa ; ainsi que la façade en arc-boutants dont les croisés dotèrent le Tombeau de la Vierge Marie dans la vallée du Cédron.

Entrée de l'église de Saint-Mar
Entrée de l’église de Saint-Marc

Après la reconquête musulmane, peu d’édifices religieux chrétiens furent construits.

Les seuls travaux réalisés ou autorisés consistaient essentiellement en réparations et entretien. Une exception notoire cependant : le Cénacle, la Salle supérieure, située sur le mont Sion, construite par les Franciscains à leur retour dans la ville, en 1335. La voûte à nervures du plafond est typique du gothique de l’époque des Lusignan (qui régnèrent à Chypre).

Le mihrab, la niche de prière musulmane, fut ajoutée en 1523, lorsque les Franciscains furent expulsés du bâtiment et que la salle fut convertie en mosquée.

Le Cénacle
Le Cénacle

Les pastiches de XIXe siècle

Jusqu’en 1833, la Garde franciscaine de la Terre sainte était la seule représentation chrétienne occidentale autorisée à résider à Jérusalem.

Cette situation changea pendant les dix années de l’occupation militaire de la ville par Ibrahim Pacha, le fils du sultan égyptien, Méhémet Ali, lorsque les grandes puissances européennes établirent des consulats dans la ville.

Le contrôle politique et administratif de la ville fut restitué aux Ottomans en 1844, mais les principales puissances européennes se considérèrent désormais comme les protectrices des communautés chrétiennes locales : la France pour les catholiques romains ; la Russie pour les orthodoxes orientaux ; la Grande-Bretagne et la Prusse enfin pour les communautés protestantes.

Les Eglises nationales de Grande-Bretagne et de Prusse profitèrent de la situation pour établir une présence protestante.

Des activités semblables furent menées par l’Eglise orthodoxe russe ainsi que par les Eglises catholiques et les ordres religieux d’Autriche, de France et d’Italie.

Le khan copte
Le khan copte

En général, ces groupes se montraient favorables aux plans architecturaux exprimant leur culture nationale et leur propre histoire. Jérusalem fut donc dotée d’une cathédrale typiquement anglaise, d’un palais italien de la Renaissance, d’un pavillon de chasse de la vallée du Rhin, et d’un château écossais.

Quelques architectes tentèrent d’ajouter une touche de couleur locale en incorporant à leurs plans des éléments maures et néoclassiques. Ces tentatives sont plus ou moins réussies. Tous les constructeurs, cependant, durent se contenter des matériaux locaux et des méthodes de construction traditionnelles.

Pour leur part, les Eglises orientales autochtones continuèrent à utiliser des plans traditionnels, comme en témoigne le Khan copte situé sur le côté nord du Bassin d’Ezéchias. Construit en 1836 pour servir d’hospice aux pèlerins chrétiens d’Egypte, il emprunte l’agencement classique d’un caravansérail médiéval avec un portail et une cour centrale.

Le premier édifice ecclésiastique occidental de Jérusalem construit à cette époque fut le complexe anglican de l’église du Christ, près de la Porte de Jaffa, dans la Vieille Ville. Construite en 1849 dans une imitation de style Tudor, c’est le temple protestant le plus ancien du Moyen Orient. Son clocher fut fictivement construit pour servir de chapelle privée au consul général britannique.

La cathédrale de Saint-Georges (anglicane)
La cathédrale de Saint-Georges (anglicane)

La cathédrale de Saint-Georges-le-Martyr, construite sur la route de Naplouse en 1898, est un autre édifice typiquement anglais.

Modèle réduit d’une cathédrale rurale anglaise, elle pourrait aisément servir de cadre à un roman de Trollope. On y accède par un corps de garde en faux style Tudor aboutissant aux appartements du doyen et de l’évêque, à une pension pour les pèlerins, une école de garçons et, dernièrement, un collège pour adultes administré par l’Eglise épiscopale protestante affiliée des Etats-Unis.

Le Patriarcat latin ayant été rétabli en 1847, les catholiques romains entreprirent sa construction en 1852. L’actuelle résidence fut terminée en 1858 et la cathédrale en 1872. La façade, plutôt sobre, est de style néogothique.

Les édifices grecs-orthodoxes de cette époque adoptent de façon privilégiée le baroque ottoman, comme en témoignent la façade de l’Ecole grecque-orthodoxe de la rue Saint-Dimitri et le plan du clocher dans le monastère de la Croix.

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La cathédrale de la Sainte-Trinité

 

L'église et le couvent de Sainte-Marie- Magdalene
L’église et le couvent de Sainte-Marie- Magdalene
L'hôpital italien
L’hôpital italien
La collège Terra Sancta
Le collège Terra Sancta
Le monastère de Ratisbonne
Le monastère de Ratisbonne
L'église du Sauveur
L’église du Sauveur
La chapelle de Saint-Paul (anglicane)
La chapelle de Saint-Paul (anglicane)
Intérieur de couvent des Soeurs de Sion
Intérieur de couvent des Soeurs de Sion
La cathédrale et le monastère éthiopiens
La cathédrale et le monastère éthiopiens

Une sorte de style baroque nordique fut à l’honneur dans la construction de la cathédrale de la Sainte-Trinité (russe orthodoxe), consacrée en 1871 et située dans l’enceinte de l’esplanade russe. Construit à l’extérieur de la Vieille Ville, cet ensemble de bâtiments comprenait un consulat, un hôpital, des hospices et des cuisines destinés aux pèlerins russes orthodoxes.

Un style moscovite plus traditionnel fut adopté dans le bulbe de Sainte-Marie-Madeleine, une église et un couvent russes orthodoxes construits en 1888, à Gethsémani.

L’une des constructions les plus curieuses est l’hôpital italien de style florentin (qui abrite aujourd’hui les bureaux du ministère de l’Education) dans la rue des Prophètes. Cet édifice surprenant associe des éléments du Palazzo Vecchio et de la chapelle Médicis.

Le bâtiment du collège Terra Sancta construit par les Franciscains dans la rue Kéren Hayessod et le vieux monastère de Ratisbonne des Pères de Sion présentent un aspect néo-Renaissance plus marqué.

Les Allemands préféraient le style néo-roman dont on retrouve quatre exemples imposants : l’église du Sauveur (luthérienne allemande) dans le quartier des Mouristans de la Vieille Ville, construite en 1897 ; sur le mont Sion, l’abbaye de la Dormition (catholique romaine), bâtie en 1901 ; l’hospice de Saint-Paul, un édifice catholique romain construit en 1910 en face de la Porte de Damas (qui abrite aujourd’hui le collège Schmidt) ; et, sur le mont des Oliviers, l’église de l’Ascension (luthérienne allemande) également construite en 1910 dans l’enceinte de l’hospice Augusta-Victoria. La décoration intérieure, les fresques et les mosaïques de l’église de l’Ascension revêtent une importance particulière pour ceux qui étudient l’art allemand du XIXe siècle, car elles s’inspirent de celles de l’église construite à Berlin à la mémoire de l’empereur Guillaume Ier et détruite pendant la Seconde Guerre mondiale. Des décorations de la fin du XIXe siècle, tout aussi importantes, ornent la chapelle catholique romaine de l’hospice autrichien près de la 4e station de la Croix, sur la Via Dolorosa.

L’un des architectes occidentaux les plus importants travaillant à Jérusalem au milieu du XIXe siècle fut l’ingénieur d’origine allemande Conrad Schick, également un pionnier de l’archéologie biblique, et dont le plan pour la chapelle anglicane de Saint-Paul, dans la rue des Prophètes, adopte un style victorien des plus tarabiscotés, malgré l’utilisation du calcaire local. On retrouve un usage identique de la pierre pour construire des maisons dans le style de l’Europe du nord dans le quartier de la Moshava Guermanit (la colonie allemande), dans la rue Emek Refaïm, au sud de la gare ferroviaire de Jérusalem.

Plusieurs bâtiments construits à cette époque incorporent des motifs inspirés des récentes découvertes archéologiques. Ces motifs peuvent être observés dans la décoration de l’hôpital français et du couvent de Saint-Vincent-de-Paul. Cependant, c’est dans le couvent des Surs de Sion que l’archéologie devient le motif architectural prédominant ; on découvrit en effet, en 1851, une partie de ce qui semble être une porte de la ville du Ier siècle construite par Hérode Agrippa Ier, et reconstruite ultérieurement sous forme d’arc de triomphe romain pendant le règne de l’empereur Hadrien (aux environs de l’an 135). Durant la construction du couvent actuel, en 1868, la voûte orientale récemment découverte, fut incorporée dans le plan de la chapelle du couvent, enchâssant ainsi l’autel dans un cadre spectaculaire.

L’archéologie a également influencé le plan de l’église de Saint-Etienne, construite en 1900 par les dominicains français dans le cadre de l’Ecole biblique et archéologique française. Le plan s’inspire de celui d’une basilique classique et, effectivement, la structure actuelle est construite sur le style d’un ancien sanctuaire byzantin. Il reste des vestiges du dallage en mosaïques du Ve siècle dans l’atrium et la nef de l’église.

L’architecture européenne du XIXe siècle à Jérusalem pouvait être aussi bien fonctionnelle qu’ornementale, comme en témoigne la propre résidence de Conrad Schick, la maison Thabor, dans la rue des Prophètes.

la maison Thabor

Construite en 1882, elle abrite aujourd’hui l’Institut théologique suédois. Cette habitation, l’une des premières construites à l’extérieur des murailles de la Vieille Ville, fut bâtie selon des méthodes traditionnelles, notamment des murs remplis de gravats (comme on l’a découvert au cours de rénovations effectuées récemment), mais les pièces du corps de bâtiment principal ont des plafonds plats, à l’européenne.

D’autres bâtiments historiques datant du XIXe siècle se dressent dans la rue des Prophètes, notamment l’ancien hôpital allemand des Diaconesses au toit en coupole d’étain (qui sert aujourd’hui d’annexe à l’hôpital Bikour Holim voisin), et les pavillons semi-circulaires de l’ancien hôpital anglais (qui abrite actuellement l’Ecole anglicane).

A proximité, dans la rue d’Ethiopie, se dressent la cathédrale et le monastère éthiopiens construits en 1896. L’église emprunte une forme circulaire. Le sanctuaire, caché au regard, occupe le centre de l’édifice, entouré du déambulatoire où se tiennent les fidèles.

L’architecture moderne

L'église de toutes les Nations
L’église de toutes les Nations
La chapelle Dominus Flevit
La chapelle Dominus Flevit
L'église et l'hospice écossais de Saint-André
L’église et l’hospice écossais de Saint-André
L'YMCA International de Jérusalem
L’YMCA International de Jérusalem
L'église baptiste de la rue Narkis
L’église baptiste de la rue Narkis
Le Centre mormon d'études du Moyen Orient de Jérusalem
Le Centre mormon d’études du Moyen Orient de Jérusalem
L'église de Bethphage
L’église de Bethphagé

Le trait architectural le plus caractéristique de la Jérusalem moderne consiste dans le revêtement de pierre de tous les bâtiments – y compris les toilettes publiques !

C’est le résultat d’une décision d’ordre esthétique prise, au début des années 20, par le premier gouverneur britannique de Jérusalem, Sir Ronald Storrs, qui promulgua cet arrêté municipal conférant à la ville une certaine unité. Et, en dépit d’étonnantes incongruités entre le plan et les matériaux utilisés, cette exigence a, pour une grande part, exercé un effet modérateur sur des conceptions par trop fantaisistes.

On trouve à Jérusalem trois exemples des travaux d’Antonio Barluzzi, l’architecte catholique romain qui a créé une série d’églises et de sanctuaires pour la Garde franciscaine de la Terre sainte :

– l’église de toutes les Nations dans le jardin de Gethsémani, construite en 1924 ;
– un clocher de style roman destiné à l’église franciscaine de Bethphage au cours des rénovations effectuées en 1954 ;
– et, l’année suivante, la petite chapelle Dominus Flevit sur le mont des Oliviers.

Se démarquant radicalement de son style habituellement conventionnel, Barluzzi a conçu la chapelle comme une larme stylisée épousant la forme d’une croix grecque.

Les lignes nettes et pures de l’église et de l’hospice écossais de Saint-André qui se découpent dans la vallée du Hinnom évoquent la silhouette d’un château et d’un donjon des Highlands. Ce n’est guère étonnant puisque l’église commémore le souvenir des soldats écossais tombés dans cette région pendant la Première Guerre mondiale. L’église fut construite en 1927 d’après les plans de Clifford Holliday. Les grands vitraux du sanctuaire, dans le style des croisés, utilisent des petits panneaux ronds en verre bleu de Hébron.

Le bâtiment élancé de l’YMCA international de Jérusalem montre davantage d’éclectisme. Inauguré en 1933, il fut dessiné par A. L. Harmon, l’architecte de l’Empire State Building. L’archange, en bas-relief, sur le clocher fut dessiné par l’artiste de l’Académie Bezalel, Zéev Raban. Les chapiteaux, le long de la loggia sont ornés de sculptures représentant la flore et la faune locale, de même que ceux qui s’alignent le long des arcades menant aux deux extensions à coupole, dont l’une contient une vaste salle de réunion aux décorations byzantines et l’autre le gymnase.

Avec ses lignes nettes ultramodernes, l’église baptiste de la rue Narkis présente un aspect fonctionnel et un souci de confort qui se marie harmonieusement avec le style international Bauhaus du quartier. Une approche tout aussi moderne a été adoptée pour le plan du Centre d’études du Moyen Orient de Jérusalem, construit en 1988 sur le versant sud du mont Scopus, et qui dépend de l’Eglise mormone affiliée à l’Université de Brigham Young. Son architecture exploite au mieux la situation et la vue, notamment dans la salle de concert vitrée d’où les auditeurs contemplent la Vieille Ville et le mont du Temple.

Les Eglises orientales, pour leur part, ont continué à suivre les plans traditionnels, notamment dans la construction des nouvelles églises. On en trouve un exemple dans l’église de Bethphage (grecque-orthodoxe), de style byzantin classique.

Il est probablement opportun qu’au seuil du nouveau millénaire, les travaux en cours dans des bâtiments chrétiens de Jérusalem concernent la rénovation et la restauration du dôme de la rotonde dans la basilique du Saint-Sépulcre. Pour ainsi dire, les premiers seront les derniers et les derniers seront les premiers.

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