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Un nouveau sanhédrin et un nouveau grand prêtre pour Israel? La construction du 3ème Temple est imminente?

Le point de Gabriel Abensour sur une question brûlante.

À première vue, le sujet du Temple semble revenir sur la scène publique israélienne. De plus en plus de juifs demandent à monter sur ce qu’ils nomment le Mont du Temple et certains semblent vouloir rétablir le culte biblique des sacrifices. Qu’en est-il vraiment?

Commençons d’abord par un chiffre : 11.001. Selon la police israélienne, c’est le nombre de juifs religieux montés sur le Mont du Temple en 2015. Une partie non-négligeable des militants y monte plusieurs fois par an, voire plusieurs fois par mois, on peut conclure que le mouvement dépasse difficilement les 3.000 militants. Cependant, six ans plus tôt ils n’étaient que 5.600 à y monter.

Ainsi, on peut effectivement noter une franche augmentation du nombre de juifs visitant ce lieu, mais il s’agit encore d’une très faible minorité au sein de la population israélienne. Il n’existe pas de chiffres officiels sur le nombre de militants aspirant à reconstruire le Temple et à rétablir les sacrifices, mais je doute qu’il dépasse la moitié.

Cependant, il serait erroné de trop sous-estimer l’influence de ce petit groupe de militants. Yehuda Glick, dirigeant du « Fond pour le Mont du Temple » est parvenu à obtenir une place éligible lors des primaires du parti de droite au pouvoir le Likoud. Glick avait dirigé l’Institut du Temple, un musée et un institut de recherche dédié au culte du Temple, dont le but assumé est de préparer le terrain pour la construction du Troisième Temple à Jérusalem.

En 2014, quelques mois avant les élections israéliennes, Glick avait été victime d’une tentative d’assassinat très médiatisée, suite à une conférence ayant pour sujet le Mont du Temple. Sa réussite politique personnelle illustre avant tout celle de son mouvement.

Qui sont exactement ces militants? Leurs motivations sont-elles uniquement religieuses?

Il serait erroné de dresser un portrait-robot trop simpliste de ces militants. Si une majorité est proche de la mouvance sioniste-religieuse, une partie est nationaliste et laïque. Pareillement, la majorité du public religieux ne monte pas sur le Mont du Temple et ceux y accédant ne sont pas toujours les plus radicaux.

Glick, par exemple, tient un discours très libéral et soutient que sa lutte est avant tout pour garantir une liberté de culte pour tous en Israël, qu’il s’agisse des juifs et des chrétiens sur le Mont du Temple, des musulmans au Caveau des Patriarches à Hébron ou des mouvements juifs réformés au Mur des Lamentations.

Dans les faits, Glick a bien souvent des déclarations étonnamment pluralistes, qui lui attirent les foudres des religieux les plus nationalistes.

À l’inverse, parmi les militants on trouve des visages connus de l’extrême-droite israélienne, des jeunes des collines et des rabbins aux déclarations extrémistes. Ainsi, s’il ne fait aucun doute que le mouvement pour le Mont du Temple est ancré à droite et à majorité religieux, on y trouve malgré tout une diversité interne intéressante.

Cependant, il est à noter que la majorité de l’orthodoxie juive et la totalité de l’ultra-orthodoxie s’opposent avec fermeté au mouvement.

Pour eux, l’ascension du Mont ne peut se faire qu’après une purification stricte et en évitant soigneusement les zones les plus saintes, auxquelles seule le Grand Prêtre avait accès.

Certaines fouilles archéologiques avaient cependant été réalisées par l’ancien aumônier militaire Shlomo Goren après la guerre des Six jours, mais ses résultats sont contestés par la majorité des autorités religieuses actuelles.

Concrètement, il semble que cette contestation soit plus d’ordre politique que théologique, l’orthodoxie juive préférant ne pas se confronter au sujet du Temple.

Pourtant, les juifs orthodoxes prient trois fois par jour pour la reconstruction du Temple, que ce mouvement semble vouloir concrétiser…

Si nous invoquons les prières, il est judicieux de rappeler que celles-ci ont justement été instaurées en remplacement des sacrifices quotidiens qui étaient offerts au Temple. Pendant 2000 ans, le judaïsme post-exilique s’est reconstruit autour de deux éléments principaux : d’un côté, la prépondérance de l’étude des textes du judaïsme, de l’autre, les prières quotidiennes. Ce sont les prières qui ont maintenu avec force l’espoir d’un retour à Sion, d’un rétablissement du Royaume d’Israël et de la reconstruction du Temple. Paradoxalement, les prières ont fait de ces aspirations une utopie inatteignable.

Dans l’esprit juif orthodoxe traditionnel, seule l’intervention directe et miraculeuse de Dieu et l’envoi de son messie peut nous conduire vers cette ère utopique.

C’est précisément pour cette raison qu’une part non-négligeable de l’orthodoxie s’était opposée au sionisme, tentative laïque et bien trop terrestre de rétablir un royaume qui se rêvait messianique et céleste.

Si la plupart des orthodoxes ont fini par accepter la réalité du sionisme, ils l’ont fait en séparant totalement celle-ci de leur propre aspiration religieuse.

Construire un troisième Temple correspondrait à donner un véritable statut théologique à l’État d’Israël, chose impensable pour bon nombre d’orthodoxes.

Pareillement, rétablir le culte des sacrifices, en plus des considérations éthiques et sociales, créerait une polémique quasi-ingérable. Le judaïsme est une religion extrêmement légale, très pointilleuse quant à l’accomplissement des commandements et ne disposant pas d’un guide spirituel suprême.

Les différents courants juifs ont déjà bien du mal à s’accorder sur des pratiques s’accomplissant sans interruption depuis des milliers d’années.

Imaginer la réintroduction de pratiques radicalement différentes de celles actuelles me parait totalement irréaliste. Les juifs orthodoxes aiment croire qu’à la fin des temps reviendra le prophète Élie, qui enseignera à nouveau les lois religieuses. À vrai dire, je ne suis pas vraiment sûr que son apparition suffise à convaincre les plus entêtés des rabbins, c’est vous dire à quel point l’intronisation de nouveaux rites semble vouée à l’échec…

En parlant d’autorité suprême, récemment a été annoncée la création d’un sanhédrin et l’intronisation d’un nouveau grand prêtre, de quoi s’agit-il exactement?

Nous voilà revenus à l’Institut du Temple qui a effectivement créé un sanhédrin et intronisé récemment un grand prêtre, en vue du rétablissement du Temple. Concrètement, il s’agit plus d’un fait divers que d’un événement sérieux.

L’accès au Mont du Temple est un sujet qui intéresse en Israël pour son aspect émotionnel mais aussi symbolique. Par contre, l’idée d’un sanhédrin et d’un grand prêtre est si éloignée de la mentalité juive contemporaine qu’elle ne suscite qu’un sourire amusé chez le croyant. Il va sans dire que ce fameux sanhédrin ne jouit d’aucune reconnaissance rabbinique sérieuse alors qu’en théorie, le sanhédrin est justement censé représenter l’ensemble des juifs.

La fonction de grand prêtre a disparu avec la destruction du Temple en l’an 70. Malgré tout, le judaïsme rabbinique a continué à différencier les familles de prêtres des autres juifs. Bien des juifs se prénomment jusqu’à nos jours Cohen, Kahn, Caen, etc. en souvenir de leurs lointains ancêtres qui officiaient au Temple.

Mais à part quelques maigres honneurs religieux, les prêtres ne jouent plus de rôle spirituel significatif depuis 2000 ans et ont été remplacés par les rabbins, ce que peut devenir tout juif érudit.

Pour conclure, le judaïsme contemporain veut-il renouer avec une forme de culte plus ancestrale et proche du texte biblique? Peut-on par exemple imaginer le rétablissement des sacrifices ou des punitions physiques?

Le Talmud, qui a été rédigé durant les siècles qui suivirent le début de l’exil juif, est devenu un point de non-retour pour le judaïsme. Son autorité surpasse celle de la Bible elle-même et son contenu neutralise largement de nombreuses lois bibliques.

Le Talmud, en transférant le centre de la loi juive de l’État à l’individu, a définitivement mis fin à la possibilité d’un retour des punitions corporelles. En exigeant des critères totalement irréalistes pour l’application de punitions physiques, le Talmud a par exemple rendu impossible la scène de la femme adultère décrite en Jean 8, 1-11. Par conséquent, je pense qu’un retour en arrière est tout autant impossible qu’abhorré par les juifs contemporains.

En ce qui concerne les sacrifices, bien que ceux-ci ne soient pas interdits par le Talmud, il me semble que bien rares sont les juifs à vouloir envisager une telle hypothèse.

Rappelons que pour Maïmonide, les sacrifices étaient une concession divine envers les élans païens des anciens hébreux.

Certes, cette opinion ne fait pas l’unanimité, mais je crois qu’elle a définitivement convaincu la majorité des juifs religieux, en tout cas jusqu’à l’arrivée du Messie…

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