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Les liens qui unissaient les sept congrégations juives établies et florissantes en Nouvelle-Zélande dans la seconde moitié du XIXe siècle n’étaient pas seulement ceux d’une foi et d’une histoire communes.

Les liens d’une origine sociale et d’un pays communs les ont également attirés dans une unité qui a permis à chaque section de coopérer dans l’harmonie et la fraternité avec l’autre.

La majorité des membres de chaque communauté avaient émigré de Londres, et même la plupart de la petite minorité qui venait de Posen et de la frontière germano-polonaise résidait depuis longtemps soit en Angleterre, soit en Australie.

Toutes les communautés ont mené leurs institutions selon des lignes britanniques strictement démocratiques, régies par des constitutions et des règlements presque identiques qui imposaient l’obéissance sous peine de petites amendes ou de la cessation des privilèges.

Lorsqu’un époux de Dunedin ne s’est pas rendu à la synagogue le jour du sabbat avant son mariage, comme l’exigent les lois, le comité l’a informé qu’il avait retiré l’autorisation de célébrer le mariage bien que tous les arrangements aient été faits. Son excuse selon laquelle il n’appartenait pas à Dunedin, et la proximité de la date de son mariage, n’a pas fait bouger le comité autocratique et respectueux des règlements. Seules des excuses ferventes et la promesse solennelle d’obéir à une autre loi pour assister à la synagogue le jour du sabbat suivant son mariage, ont incité les membres du comité strict à changer d’avis au tout dernier moment.

Inspirée des lois de la Grande Synagogue de Duke’s Place, à Londres, la législation paroissiale de chacune des synagogues prévoyait en premier lieu qu’elle était sous la direction du Grand Rabbin d’Angleterre et que les services seraient conduits selon la liturgie dite Minhag Polen.

La Congrégation de Wellington est allée jusqu’à émettre une déclaration de fiducie à cet effet afin qu’aucune réforme ou contestation ne puisse être introduite alors ou à l’avenir.

Habituellement, lors de leur adhésion, les membres reçoivent une copie des règles qu’ils doivent signer pour accepter de s’y conformer. Les communautés considéraient sérieusement l’appartenance à une synagogue. L’adhésion a failli donner à une personne le sceau de la respectabilité.

Avant d’être accepté, un candidat devrait passer une période de probation au cours de laquelle ses titres de compétences seraient examinés et son comportement examiné. Parfois, la période de probation se prolongeait de deux ans. Une fois adopté, le membre privilégié aurait le droit de voter et de se présenter comme Sgan à la Barmitzvah ou au mariage de ses enfants.

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Rabbin H. Van Staveren (1849-1930). Véritablement aimé et respecté par tous ceux qui l’ont connu, son dossier de service social était unique. En tant que rabbin supérieur de la communauté juive de Nouvelle-Zélande, son leadership spirituel était du plus haut niveau.
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Photo historique prise en 1929 à l’occasion de la consécration de la nouvelle synagogue de Wellington. De gauche à droite : W. Phillips, S. Triester, J. I. Goldsmith, M. M. Heinemann, Rev. A. Astor, Rev. Ch. Pitkowsky, Rev. H. Van Staveren, Rev. S. A. Goldstein, P. Meyers.

L’adhésion privilégiée serait annulée par tout Juif qui se serait marié hors de sa foi, ou qui aurait violé l’Alliance d’Abraham ou n’aurait pas eu sa fille nommée de façon agréable dans la synagogue. Afin d’éviter qu’un résident juif d’une ville ne manque à son devoir de maintenir les institutions communales, un règlement sur les livres permettait d’imposer des frais aux résidents qui avaient vécu plus d’un an dans la région et qui n’avaient pas demandé leur adhésion. Si les services de la congrégation ou de ses ministres étaient sollicités, ils ne seraient pas donnés avant que tous les arriérés aient été payés.

Occasionnellement, les membres qui désiraient être appelés à la Lecture de la Loi pour une raison particulière rencontraient des difficultés, parce que le Sedra de la semaine ne pouvait être divisé en portions suffisantes pour satisfaire tous ceux qui désiraient une Alya. Pour ces occasions, un règlement administratif précisait l’ordre de ceux à qui le privilège devait être accordé.

Le droit devait d’abord être donné à une Barmitzvah, puis à un époux, suivi du père d’un nouveau-né, d’un Sandek, du père d’un enfant circoncis, d’un Yahrzeit et du père d’une Barmitzvah.

D’autres règlements d’intérêt dans les règlements de la congrégation concernaient le ministre, les officiers honoraires et les règles du cimetière. Un pasteur devait être dans la synagogue dix minutes avant le début du service et revêtu de son costume de bureau. Le trésorier, lorsqu’il quittait ses fonctions, devait remettre à son successeur tous les livres, les obligations, l’argent et les comptes de la congrégation en sa possession, ou se soumettre à l’examen du comité qu’il jugeait approprié.

Le père et le fils ou les frères ne pouvaient pas exercer leurs fonctions en même temps. Quiconque creuse une tombe sans l’autorisation du Président « sera poursuivi selon la loi ». Dans une congrégation, le comité a adopté une étrange règle selon laquelle aucune inhumation ne devrait avoir lieu dans les quarante-huit heures suivant le décès, sauf avec la permission du comité. La coutume juive exige l’inhumation le plus tôt possible après la mort.

Une coopération totale existait entre les congrégations en ce qui concerne la conduite des funérailles. Les ministres ont parcouru des centaines de kilomètres pour se rendre dans d’autres communautés qui n’avaient pas de Lecteur, ou auxquelles le ministre régulier ne pouvait assister, afin d’accomplir les rites funéraires de façon traditionnelle et sur un terrain consacré.

Le révérend Lichtenstein se rendit un jour spécialement à Queenstown pour y consacrer un terrain comme cimetière juif. Seules trois ou quatre familles vivaient dans le township, mais elles avaient prévu des rites funéraires juifs.

Bendix Hallenstein, un personnage important du quartier et l’un des hommes les plus entreprenants de la colonie, acquiert le site. Né en Allemagne, il avait passé cinq ans à Manchester et un an à Melbourne avant d’atterrir à Invercargill. Peu de temps après, il s’installe à Queenstown où il construit la minoterie Brunswick à Kawarau, la première du district érigée au profit des petits agriculteurs.

Plusieurs fois maire de la commune, il a également été élu député de Lakes dans la province d’Otago et de Wakatipu à la Chambre des représentants. Il s’est ensuite installé à Dunedin où il a été consul pour l’Allemagne et directeur de plusieurs grandes entreprises. La rue Hallenstein à Queenstown porte son nom. Il se vendit à Louis de Beer, qui, avec les familles Wenkheim et Van de Walde, constituait la communauté juive permanente de la ville.

En raison de la petite taille de la population juive dans les villes et, dans certains cas, de la disparition presque totale de ses membres dans divers districts, d’autres confessions empiètent sur le cimetière juif consacré inutilisé ou en font l’acquisition. C’est évident à Hokitika et à Nelson.

En 1884, le conseil municipal de Dunedin réquisitionna une partie du cimetière juif de Dunedin. Trois ans plus tard, le Conseil a voulu en acquérir une autre partie, ce à quoi il a renoncé après avoir protesté.

Dans ce cimetière, les enfants de l’école hébraïque planteraient des arbres le jour de Tu B’Shvat, la Journée de l’arbre juif. Quand les cimetières ont été consacrés, ils ont été divisés en deux parties, l’une étant réservée aux suicides et l’autre aux membres réguliers de la communauté, jugés impropres à l’inhumation. Avec le temps, les ministres et les comités ont renoncé à cette division.

Les communautés accordaient également une attention particulière à la question de la circoncision et coopéraient entre elles afin que l’alliance abrahamique soit conduite conformément à la loi et aux coutumes juives.

Les ministres n’ont pas mis fin à leurs ennuis et se sont rendus dans toutes les régions de la Nouvelle-Zélande pour célébrer la cérémonie de Brith. La famille de Beer demandait souvent aux Mohel de venir à Queenstown. Les familles juives Invercargill de L. Myers, M. Berrick et M. Moeller aussi.

Pendant la ruée vers l’or d’Otago, Arrow-town devint pendant une brève période un refuge pour les mineurs, et les colons juifs temporaires eurent parfois besoin d’appeler les Mohel. Les résidents juifs plus permanents d’Arrowtown comprenaient George Arndt, l’enseignant, Herman Arndt, Samuel Gordon, le commerçant, et Thomas Leister.

Il arrivait parfois qu’un Mohel ne puisse pas se rendre dans l’une des petites villes pendant plusieurs mois, et qu’un certain nombre de circoncisions soient organisées en même temps. Pour cette raison, les parents sont devenus laxistes en ce qui concerne l’exécution de la Brith le huitième jour après la naissance.

Des comités consciencieux ont pris des mesures rigoureuses pour éradiquer cette pratique. Les enfants de parents vivant dans des villages éloignés n’étaient parfois pas circoncis tant qu’ils n’étaient pas des garçons adultes. Un cas s’est produit à Christchurch au sujet d’un tel garçon, et des doutes se sont levés quant à savoir s’il devait être appelé à la Torah sur sa Barmitzvah.

Le comité a décidé de lui permettre de réciter sa partie de la loi à condition que son père nomme un jour dans le mois où la Brith serait exécutée. Van Staveren de Wellington a eu le rare honneur de célébrer une circoncision le Jour des Expiations. Conformément à l’ancienne coutume, il a exécuté la Brith dans la synagogue devant une assemblée très nombreuse et respectueuse.

La réputation de Mohel de Van Staveren dépasse les frontières de la communauté juive. De son vivant, à titre non religieux, il circoncit plus de quatre mille garçons. Les parents venaient de toutes les classes afin d’avoir la distinction de Van Staveren circoncire leurs enfants.

Bien que les paroisses aient coopéré entre elles de manière volontaire et harmonieuse, toutes les tentatives pour unir les communautés en une seule unité ou pour créer un corps ecclésiastique uni ont échoué.

La branche victorienne de l’Association anglo-juive proposa la tenue d’une conférence de toutes les congrégations australasiennes en février 1881, lors de l’exposition internationale de Melbourne. La conférence avait l’intention d’en discuter :

  • 1. La promotion de l’intérêt de l’Association anglo-juive dans les colonies.
  • 2. L’amélioration du statut du judaïsme en Australasie, comprenant la discussion sur (a) les écoles juives, (b) l’observance du sabbat, (c) les services de synagogue et (d) les œuvres de bienfaisance.
  • 3. Création d’une Union des congrégations hébraïques australasiennes.

Cinq congrégations, dont celles de Wellington et de Dunedin, ont refusé de participer. Ils soupçonnaient probablement, et peut-être pas sans raison, qu’en se soumettant à un syndicat, ils perdraient leur individualité et leur liberté de pouvoir pour agir comme ils le souhaitaient. Dunedin avait raison d’avoir peur. Il avait défié l’avis du Grand Rabbin en dépit de la première règle relative à ses lois et règlements, à savoir qu’il devait se conformer aux directives du Grand Rabbin.

Dans l’esprit du mouvement fédéral australien qui prévalait alors, la Congrégation hébraïque d’Adélaïde proposa, en 1888, un Synode juif australasien complet. Il a suggéré que chaque synagogue envoie son ministre, son président et son trésorier à une conférence ayant le pouvoir d’agir, dans le but d’examiner l’opportunité ou non d’une réforme et la révision des prières et de la forme du service. Il a également proposé que toutes les questions concernant les différentes congrégations soient renvoyées au Synode pour décision. Les idées proposées semblaient trop radicales pour certaines congrégations, et le programme a expiré.

A l’époque, Dunedin soutenait la réforme et favorisait le Synode. Si la conférence avait eu lieu, elle était prête à envoyer des délégués.

Toutes les tentatives visant à créer un corps uni de ministres juifs par la création d’un tribunal ecclésiastique n’ont pas non plus abouti.

Ce n’était pas par manque d’effort, ni par manque de soutien des membres laïcs des congrégations. Tant le clergé que les communautés désiraient établir un Beth Din néo-zélandais.

L’opposition émanait du Grand Rabbin lui-même. Aucun ministre néo-zélandais ne possédait les qualifications rabbiniques nécessaires pour agir comme Ab Beth Din.

Dès 1872, le Grand Rabbin informait les communautés néo-zélandaises que le Beth Din de Melbourne, présidé par le Rabbin Samuel Herman et ses assistants, le Révérend Moses Rintel et le Révérend PAGE 132 A. F. Ornstien, était le seul Beth Din autorisé en Australie et Nouvelle-Zélande. C’était la seule Beth Din en dehors de Londres qui avait été autorisée par le Grand Rabbin.

Une demande qui lui fut faite en 1877 pour former un organisme ecclésiastique néo-zélandais échoua, de même qu’une autre demande en 1879, lorsque les communautés firent de fortes représentations, soulignant que l’Australie et la Nouvelle-Zélande étaient si éloignées, séparées et différentes l’une de l’autre.

Les requérants ont également souligné qu’à l’époque, la Nouvelle-Zélande comptait six congrégations et quatre ministres ordonnés.

D’autres représentations pour les mêmes motifs faites au Grand Rabbin en 1880 et en 1883 ne l’ont pas déplacé de son poste. Cependant, en 1880, les autorités ecclésiastiques de Melbourne accordèrent au Révérend Lichtenstein et au Révérend Zachariah l’autorisation spéciale de se réunir à Christchurch en tant que Beth Din dans un seul but particulier, et avec la compréhension spécifique qu’elle ne doit pas assumer la permanence.

Le Grand Rabbin a donné une autorisation similaire pour des tribunaux temporaires en décembre 1883 et en avril 1884, lorsque Lichtenstein, Zachariah et Van Staveren se sont rencontrés à Christchurch. En mars 1900, le Révérend Elias Blaubaum, au nom du Melbourne Beth Din, est venu d’Australie à Dunedin pour un but similaire.

En Nouvelle-Zélande, les tribunaux ecclésiastiques temporaires étaient autorisés dans le seul but spécifique d’accomplir les rites et les cérémonies de prosélytisme des hommes et des femmes païens envers le judaïsme, une fonction qui nécessitait la présence d’une Beth Din autorisée.

Un problème épineux s’est posé dans les communautés néo-zélandaises. Il n’y avait pas assez de femmes juives qui avaient émigré dans le pays.

Dans les premières années, les hommes juifs étaient plus nombreux que les femmes dans une proportion de près de deux pour un. Les jeunes hommes qui avaient émigré en Nouvelle-Zélande avaient été élevés dans un environnement où les communautés considéraient avec consternation le mariage de la foi juive. Presque tous les hommes avaient aussi été élevés dans des foyers où l’on respectait profondément l’institution du mariage, et l’adoption du caractère artificiel de vivre avec une femme païenne dans un état de fait aurait suscité dégoût et insatisfaction.

Le mariage hors de la foi a automatiquement entraîné la perte du prestige et du statut. Dans la synagogue, elle a entraîné la perte de privilèges. Un délinquant perdrait le droit de vote et l’honneur d’être appelé à l’estrade lors de la lecture du Parchemin de la Loi. Il devrait également faire face à la perspective d’être ignominé en cas d’inhumation, d’être enterré dans la partie réservée aux suicides et à d’autres personnes considérées comme inaptes à être enterrées parmi des membres privilégiés.

Socialement, il perdrait son prestige. Il serait « méprisé » par les autres membres de la communauté, dont certains considéraient les mariages mixtes comme presque égaux à celui de l’abandon de la foi juive. Certains parents dont les enfants « se sont mariés » pleuraient pour eux comme pour les morts.

Pour les Juifs qui vivaient dans les champs d’or ou dans les petits cantons, le problème du mariage était encore plus difficile que pour ceux qui résidaient dans l’une des grandes villes.

Un jeune homme vivant à Queenstown a illustré ces difficultés lorsqu’il a intenté une action pour rupture de promesse devant la Cour suprême de Dunedin contre une jeune femme juive, qu’il avait promise d’épouser, et contre le mari qui avait gagné sa main. Le premier prétendant a affirmé que le mari avait empoisonné l’esprit de sa femme contre lui. L’audience eut lieu les deux derniers jours de la Pâque, et des témoins, y compris le ministre, furent amenés directement de la synagogue au tribunal pour témoigner.

Le juge n’a pas voulu écouter le plaidoyer de l’avocat du demandeur d’asile de reporter l’audience. L’avocat du demandeur a alors déclaré que les faits qu’il allait relater étaient aussi sensationnels qu’un roman en trois volumes. Le juge l’a supplié de le comprimer en un seul volume. L’avocat a alors suggéré de le réduire à un seul chapitre.

Juridiquement en cause, la revendicatrice a reçu des dommages-intérêts d’une valeur dérisoire, mais elle a démontré le dilemme déchirant des hommes juifs qui voulaient se marier au sein du clan, et le fait qu’il a amené un homme juif à porter un cas rare de violation de promesse contre une femme coreligionnaire a mis en évidence ce double aspect de l’affaire.

La solution concernant les mariages est venue d’elle-même.

L’inévitable s’est produit. Il aurait été extraordinaire que de jeunes hommes restent célibataires, surtout dans les petites localités qui n’ont pas de synagogue et de communauté pour impliquer une personne dans les préjugés sociaux.

Dans les villes synagoguaires, beaucoup risquaient la calomnie et la perte de privilèges. Malgré cela, la plupart de ceux qui se sont mariés par foi ont fait tout leur possible pour conserver leurs liens avec leur religion et avec leur peuple. Ils ont souvent subi des revers.

Un homme a demandé s’il pouvait se joindre à la synagogue. Le comité lui a dit qu’il ne pouvait pas le faire, mais que la synagogue était toujours ouverte au public.

Quand les hommes juifs épousaient des femmes païennes, cela n’affectait pas seulement leur statut personnel. Cela a également affecté le statut de leurs enfants. Dans la loi juive, les enfants reçoivent le statut religieux de la mère. Un père juif qui avait épousé une femme païenne envoya ses enfants à l’école hébraïque. Le ministre leur a enseigné entre autres, mais le comité de la synagogue a dit au père de retirer les enfants car l’école ne pouvait accepter que des élèves juifs.

Des problèmes sont également apparus concernant la circoncision et l’inhumation. Le père juif d’un enfant d’une mère païenne désirait qu’un ministre circoncise son fils. Par un vote majoritaire du comité et contre une protestation de l’une de la minorité, il a été décidé d’exécuter le Brith. Le ministre a refusé et a écrit au Grand Rabbin à ce sujet. Le Grand Rabbin était d’accord avec le ministre bien qu’un collègue ait déjà circoncis deux autres frères de l’enfant. L’incident a contribué au renvoi de ce ministre.

Les comités des synagogues n’aimaient pas que leurs ministres correspondent directement avec leur supérieur spirituel en Angleterre sans permission. Une autre fois, un enfant né d’une mère païenne était décédé et le père souhaitait que l’enfant soit enterré dans le cimetière juif. En demandant conseil à un émissaire de Jérusalem en visite, le rabbin de Jérusalem lui a répondu que l’enfant devait être enterré dans la partie non privilégiée du cimetière. Néanmoins, les autorités ont décidé de demander au Grand Rabbin son avis sur la question. Il répondit que l’enfant n’aurait pas dû être enterré dans le cimetière juif, mais qu’il n’était pas nécessaire d’exhumer le corps.

Malgré la décision du Grand Rabbin, lorsqu’un cas similaire s’est produit un peu plus tard, le comité a désobéi à la décision et, par cinq voix contre deux, a décidé d’enterrer l’enfant dans la section juive du cimetière.

Certains comités de synagogue se considéraient comme inviolables.

Souvent, il y avait parmi eux de jeunes hommes inexpérimentés qui, à cause de leur élection, croyaient qu’ils avaient le pouvoir de violer la loi juive et de déshonorer le chef spirituel de leur organisation qu’ils avaient promis d’obéir dans la première règle de l’organisation sur laquelle ils étaient assis comme gouverneurs. Dans leur arrogance et leur ignorance, ils ont commis de terribles erreurs. Leur comportement autocratique les a amenés à s’immiscer dans des affaires dont ils ne savaient rien.

L’un d’eux arrogea le droit d’informer un candidat à la conversion dont l’arrière-grand-père était juif de Posen, qu’il choisirait trois laïcs de la congrégation pour agir comme tribunal ecclésiastique qui le prosélyserait. La suggestion d’envoyer la demande au Grand Rabbin n’a reçu que peu d’attention. Lorsque le ministre en a entendu parler, il n’a pas demandé au comité, mais il a envoyé la demande au grand rabbin lui-même.

Dans les congrégations où le ministre s’est montré faible, le comité le traitait comme un serviteur rémunéré et un simple outil. Leur attitude à l’égard de leur ministre était « obéir ou être congédié ».

Dans certaines congrégations qui n’avaient pas de titulaire, le comité agissait parfois comme si le manteau du rabbinat était tombé sur lui. Dans un cas, une femme païenne a comparu devant un conseil d’administration. Elle n’avait pas vu son mari depuis quatorze ans, et elle souhaitait épouser un certain membre de la congrégation. Lorsqu’elle a été interrogée, elle a déclaré qu’elle était certaine que son mari était mort. Le Président a ensuite posé son chapeau sur sa tête et lui a dit : « Je jure solennellement que mon mari est mort. » Elle m’a répondu : « Je le jure. »

Sur la base de cette preuve et d’une telle cérémonie, le comité a décidé qu’elle pouvait se marier, a pris des dispositions pour que trois laïcs agissent comme Beth Din, l’a convertie, et le président, en tant que ministre intérimaire de la congrégation, a célébré le mariage. Ils ignoraient, en plus d’ignorer le droit civil, que seuls trois membres bien formés d’un Beth Din peuvent agir en matière de conversion.

Qu’une congrégation ait ou non un ministre et que son exécutif soit responsable ou non, les comités considèrent que c’est leur droit d’arriver à des décisions rabbiniques. Parfois, le ministre, pour se dégager de ses responsabilités, faisait croire aux membres du comité que c’était leur prérogative d’arriver à une décision. Un ministre, lorsqu’on lui a demandé de circoncire l’enfant d’une mère païenne, a déclaré qu’il le ferait si le comité était d’accord.

Le Conseil de gestion s’est avéré être responsable et n’a pas voulu le permettre. Au lieu d’envoyer un rapport au grand rabbin au sujet d’un candidat, le comité a fait la recommandation, et il dépendait souvent de l’amabilité du comité à l’égard du candidat si la recommandation était favorable ou non. Une situation absurde se produisait lorsque le Grand Rabbin envoyait une réponse dans laquelle il acceptait une demande de conversion. Ce ne serait pas le ministre, mais le comité qui examinerait le demandeur en ce qui concerne la connaissance religieuse des lois et des préceptes d’Israël.

Au fil du temps, les mariages mixtes sont devenus si fréquents et tant de familles se sont impliquées qu’elle a progressivement perdu une grande partie du dégoût avec lequel les membres de la communauté l’avaient considéré auparavant.

Certaines congrégations ont permis à ceux qui avaient épousé des femmes païennes de devenir titulaires de sièges dans la synagogue, mais non membres votants. Ils n’étaient plus enterrés dans la partie non privilégiée du cimetière. Dans certaines petites communautés, ceux qui s’étaient « mariés » occupaient un poste exécutif au sein de la congrégation, comme présidents, trésoriers et membres de comités.

Certaines communautés ont été troublées par la situation. L’un d’eux a adopté une résolution : « Que c’est avec regret que la Congrégation voit avec inquiétude la poursuite des mariages entre les chrétiens et la nation juive et en particulier ceux qui sont sous influence et qui montrent un mauvais exemple aux autres. Elle s’est également résolue : « Qu’une copie de cette résolution soit transmise au Grand Rabbin, Dr Adler, à Londres. »

Les mariages mixtes se sont multipliés à un point tel qu’ils ont menacé de saper la structure d’une ou deux des communautés.

Beaucoup d’individus ont affirmé qu’ils ne pouvaient pas s’aider eux-mêmes, car il n’y avait pas suffisamment de femmes juives vivant dans le voisinage parmi lesquelles ils pouvaient choisir leur femme. Presque tous ceux qui s’étaient « mariés » souhaitaient conserver leurs liens juifs. Enfin, une congrégation décida d' »améliorer la situation des juifs et des juives qui s’étaient mariés hors de leur foi », et écrivit au Grand Rabbin à ce sujet.

En principe, il s’oppose aux conversions. La loi juive stipule spécifiquement que les prosélytes ne doivent pas être faits lorsque leur motif est le mariage. Les convertis au judaïsme devraient être « Gere Zedek », des prosélytes justes qui se convertissent par croyance et par désir de rechercher la sainteté et la pureté. Cependant, le Grand Rabbin avait une profonde sympathie pour les pionniers qui n’avaient d’autre choix que d’épouser des femmes païennes. Il a donc créé les tribunaux ecclésiastiques temporaires faisant autorité et a insisté pour que toutes les demandes de conversion lui soient d’abord envoyées pour approbation après recommandation d’une congrégation.

Le Grand Rabbin se fiait habituellement à ces déclarations. Avec le temps, des abus sont apparus en raison de la distance entre Londres et la Nouvelle-Zélande et du temps qu’il a fallu pour recevoir les communications et y répondre.

De temps en temps, les congrégations néo-zélandaises se sont appuyées sur le Melbourne Beth Din pour leur assistance. Vers la fin du XIXe siècle, les conversions se faisaient avec un minimum de formalités. Toutes les demandes, à l’exception de celles des personnes de mauvaise moralité connue, étaient automatiquement recommandées et presque automatiquement approuvées.

Lorsqu’un certain nombre d’entre eux seront passés, des dispositions seront prises pour la formation d’un Beth Din temporaire. On dirait alors aux candidats de se préparer pour les examens que le comité de la congrégation organiserait. Il n’est pas rare que les candidats en sachent plus sur la pratique juive que certains des examinateurs ignorants, et qu’ils soient certainement prêts à observer davantage les lois et coutumes d’Israël que ceux qui les interrogent.

Naturellement, les mariages mixtes ont fait des ravages parmi les adhérents juifs.

Si l’insouciance et l’indifférence prévalaient chez le partenaire juif, aucune mesure ne serait prise pour faire prosélytiser les enfants. Une rebuffade aurait souvent le même effet. Généralement inconnu, le sang juif coule dans les veines de nombreux Néo-Zélandais. Lorsque le mariage avait lieu avec un Maori, les enfants n’étaient généralement pas élevés comme des Juifs, bien qu’il y ait eu des cas où des pères juifs ont dit à leurs enfants qu’ils étaient Hébreux et leur ont enseigné un petit nombre de prières hébraïques, mais ne les ont pas convertis au judaïsme.

Un cas isolé de conversion des Maoris à la foi juive s’est produit pendant la Première Guerre mondiale, lorsqu’une Beth Din de Glasgow a prosélytisé un soldat néo-zélandais.

Il vénérait régulièrement dans la synagogue. Sans enfants et avec des moyens confortables, il s’occupait bienveillamment des orphelins maoris, et à sa mort, il fut enterré dans le cimetière juif. L

es Maoris avec le nom de Nathan, Keesing, Asher, Flegeltaub, Black ou Yates peuvent retracer leur origine juive, mais dans de nombreux cas, les Maoris avec des noms juifs les ont adoptés de la personne ou de l’entreprise pour laquelle ils travaillaient.

Samuel Yates est arrivé en Nouvelle-Zélande en 1853 à l’âge de vingt-quatre ans. Sa sœur, Mme Charles Davis d’Auckland, l’avait précédé. Né à Londres, fils de P. Yates, un avocat bien connu, Samuel a été envoyé pour ses études à Liverpool où son grand-père, Benjamin Eliakim Yates, avait été le premier ministre juif et fondateur de la Congrégation de Liverpool. Son nom d’origine était Goetz.

Samuel termine ses études à Paris, où il fait la connaissance de l’empereur Louis Napoléon. Envoyé à sa famille en Nouvelle-Zélande, il est resté à Auckland et dans les environs pendant dix ans. Il a ensuite ouvert un magasin à Mangonui. Après avoir décidé d’ouvrir à Paren-garenga pour une période d’essai de six mois, il y est resté toute sa vie.

Il a rencontré et épousé une princesse maorie et, grâce à elle, a acquis de vastes étendues de terre autour de Parengarenga, le village le plus septentrional de Nouvelle-Zélande. Quand il est arrivé, presque tout le pays autour de la colonie se composait de broussailles et d’arbres à thé. Il n’y avait pas d’herbe dans la région. Il a défriché la terre, agrandissant son domaine pour en faire une exploitation bovine et ovine de plus de 150 000 acres sur laquelle il produisait du bœuf et de l’agneau, divers fruits et de la gomme de kauri.

Propriétaire, il contrôlait presque tout le pays au nord de Tekao et a cédé au gouvernement le terrain sur lequel se trouve actuellement le phare de Van Diemen. En tant que juge de paix local, il a gagné le respect de la campagne par sa culture et son apprentissage. Il parlait parfaitement français. On l’appelait « Roi du Nord ». Lorsqu’il mourut le 14 septembre 1900, ses proches l’enterrèrent dans le cimetière juif d’Auckland.

Un autre homme du nom d’Asher, qui avait des liens avec les Juifs maoris, s’est fait connaître dans le district de Waikato pour son intelligence et sa sagesse. Lui aussi reçut le titre honorifique de « roi ». On l’appelait « Roi du pays du Roi ». On disait de lui qu’il avait la ruse de sa mère et l’intelligence de son père.

À la fin du XIXe siècle, les Juifs avaient visité toutes les parties du pays. Il n’est pas surprenant de retrouver leurs traces dans d’étranges recoins.

Un jour, un voyageur qui passait la nuit dans un village isolé, n’ayant rien de mieux à faire, a visité la salle de danse locale. Au cours de la soirée, une princesse maorie royale est entrée enveloppée d’un Talith bleu et blanc en soie autour de ses épaules, drapé comme une étole. Elle avait épousé un Juif de la chapelle blanche. Il n’avait plus besoin du Talith. Elle l’avait fait.

Fin du chapitre 18

Chapitre 1 : Les Marins Juifs
Chapitre 2 : Les juifs arrivent en Hollande
Chapitre 3 : Les Maoris et le Mousquet
Chapitre 4 : Les premiers pionniers juifs
Chapitre 5 : Joël Samuel Polack
Chapitre 6 : Un comité restreint pour les îles
Chapitre 7 : Les premiers immigrants juifs
Chapitre 8 : Le début de la communauté d’Auckland
Chapitre 9 : Le début de la communauté de Wellington
Chapitre 10 : Les communautés se développent
Chapitre 11 : Les guerres maories
Chapitre 12 : L’or
Chapitre 13 : La congrégation la plus méridionale du monde
Chapitre 14 : Un conte de Canterbury
Chapitre 15 : Une synagogue fantôme
Chapitre 16 : Zèle aux antipodes
Chapitre 17 : Deux géants spirituels

A suivre…

Dossier : L’HISTOIRE DES JUIFS EN NOUVELLE-ZÉLANDE – RABBI LAZARUS MORRIS GOLDMAN 1907–1960 – Rabbi de la congrégation hébraïque de Melbourne.

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