SHARE
Kathleen Eligado, fille de travailleurs immigrés philippins, a été la vedette d’un concours de chant pour enfants à la télévision israélienne à l’âge de 11 ans. Elle a interprété la Ballade de Hevda et Shlomik pour des millions d’Israéliens devant leur poste de télévision.

Eligado, née en Israël d’immigrés philippins, est l’une des stars du show israélien “Music School”, une sorte d’“American Idol” pour les enfants ; elle y a obtenu la seconde place.

Sa prestation a donné un sens nouveau à ce chant, par lui-même fondamentalement israélien. Les paroles décrivent le choc culturel que représente le passage du kibboutz à la vie urbaine – « Je suis seule dans une ville étrangère, comme si je n’avais pas le choix » – dans la bouche de Kathleen Eligado, cela sonnait comme un blues des émigrés du Tiers-Monde ayant atterri à Tel Aviv.

Pour Eligado et des milliers d’autres enfants de travailleurs étrangers des Philippines ou d’ailleurs, Israël est désormais leur patrie – pour beaucoup, c’est même la seule patrie qu’ils aient jamais connue.

Certains sont arrivés enfants en Israël ; d’autres sont nés dans le pays. Tel Aviv seule accueille 3600 enfants de travailleurs étrangers et demandeurs d’asile, selon les données de la municipalité.

S’intégrant à la société israélienne, les enfants de travailleurs étrangers se forgent une identité à la fois similaire à celle de la majorité juive, et cependant bien distincte.

De toutes les nationalités représentées parmi les travailleurs immigrés, les Philippins sont les plus rapidement intégrés, dit Tamar Schwartz, travailleur social au centre de Mesila, Centre d’Aide et d’Information pour la Communauté étrangère de Tel Aviv.

« Comparés aux autres immigrés, les Philippins parlent le plus souvent un bon anglais, sont bien éduqués et ont une éthique familiale qui met l’accent sur la discipline et le respect des anciens », dit Schwartz.

« Et les incidents d’abus sur des enfants sont peu fréquents. En conséquence, il n’y a pas de fossé entre eux et la société israélienne, de sorte qu’il est plus facile pour eux de s’intégrer. »

Cependant, malgré ce succès d’intégration, le plus grand défi pour les Philippins est d’éviter l’expulsion.

En 2006, sous la pression d’un groupe d’avocats, le gouvernement Israélien a accordé à 900 enfants le statut de résidents permanents.

Leurs proches parents ont reçu un statut de résidents temporaires, qui sera transformé en résidence permanente seulement après que les enfants aient servi dans les Forces de Défense Israéliennes.

Parmi les enfants qui ont reçu la résidence permanente en 2006, il y a Jewellri Joy, une jeune fille qui travaille dans la Police de la Défense Israélienne (IDF).

Comme beaucoup d’enfants de travailleurs étrangers à Tel Aviv, Joy, née en Israël, dont le père est thaïlandais et la mère philippine, fréquente l’école Bialik-Rogozin. La plupart de ses camarades sont des enfants de travailleurs immigrés et de demandeurs d’asile, ainsi que des immigrés d’Ethiopie et de l’ex-Union Soviétique, et quelques israéliens de naissance. Cependant, Joy affirme que vivre dans le Sud de Tel Aviv fait d’elle pleinement une israélienne.

Tandis que sa famille assiste à la messe à l’église Saint Antoine de Jaffa, et célèbre les fêtes chrétiennes, non les fêtes juives, elle dit qu’elle ne verrait pas de difficulté à épouser un Juif israélien. Joy dit que l’une des raisons principales pour elle de travailler à l’IDF est le désir de procurer à sa famille le statut de résidence permanente.

En 2010, le gouvernement israélien a approuvé les recommandations d’un comité interministériel, conseillant d’accorder la résidence à un groupe supplémentaire d’enfants et à leurs familles.

Afin d’être qualifié, l’enfant doit parler un hébreu courant et être inscrit dans les premières classes d’une école d’état pendant l’année scolaire 2010-2011. Les parents doivent être entrés en Israël de façon légale, même s’ils sont depuis restés au-delà de la date d’expiration de leur permis de travail. Environ 800 enfants ont été déclarés remplir ce critère.

Contrairement à Joy, la majorité des enfants de travailleurs étrangers sont encore dans l’attente que leur soit donné un statut de résidence légale.

Janelle Pancho, 16 ans, née en Israël de parents Philippins, aurait voulu participer à un voyage à Auschwitz avec ses camarades de classe de l’école Herzliya Harishinim. Mais sans statut de résidente, elle ne peut quitter le pays.

Pancho se souvient : « Je me suis rendue au bureau local du Ministère de l’Intérieur, afin d’obtenir un visa spécial, mais l’employé a rejeté ma demande ». «Ils ont ensuite demandé : Pourquoi n’as-tu pas été expulsée du pays ? »

Pancho pense que, si elle n’a pas reçu ce statut de résidente, c’est en raison de la confusion bureaucratique.

Contrairement aux enfants d’immigrés du Sud de Tel Aviv, Pancho a fréquenté des écoles où la grande majorité de ses camarades étaient des Juifs israéliens.

« Bien que je ne sois pas juive, je sens que j’appartiens à cette société », dit-elle. J’ai été invitée chez mes amis pour le Shabbat et pour les fêtes juives. Nous avons même célébré la Pâque à la maison, même si ce n’était pas rigoureusement de la façon dont on doit la célébrer. »

Mais sans statut de résidente, Pancho ne pourra pas être soumise à l’un des rites de passage les plus importants pour ses pairs – le service militaire.

« Tous mes amis commencent à recevoir des lettres de l’IDF pour préparer leur premier stage. Mais moi, je n’ai rien reçu », dit-elle.

Pancho dit respecter le désir des israéliens de maintenir une forte majorité juive en Israël.

« Je comprends que cet état est censé être un état juif, et que je suis chrétienne », dit-elle. « Mais mes parents sont dans ce pays comme des invités. Ils sont venus travailler. Ils ont le droit de fonder une famille. Et rien dans la loi ne disait qu’ils n’en avaient pas le droit. »

Une étude faite en novembre 2010 par Leah Ahdut et Karin Amit du Rupin Academic Center’s Institute for Immigration and Social Intégration a mis en évidence que 49,5% d’Israéliens sont favorables à ce qu’on accorde la citoyenneté aux enfants de travailleurs immigrés, tandis que 42,5% disent s’y opposer.

Les Arabes, les personnes de gauche, les Israéliens laïcs ou ayant fait des études universitaires, se sont prononcés majoritairement en faveur de cette mesure. Les religieux et orthodoxes haredim y ont été plus défavorables.

Aujourd’hui, les ordres expulsions pleuvent.

Une mère et son fils viennent d’être expulsés vers Manille.

Rosemarie Perez et son fils de 13 ans Rohan, né en Israël et qui n’a jamais mis les pieds dans le pays d’origine de sa mère, ont été expulsés mardi 13 août, malgré des manifestations en soutien aux centaines de travailleurs étrangers et à leurs enfants qui risquent l’expulsion.

Rosemarie et Rohan, qui parle l’hébreu mais pas le tagalog, la langue de sa mère, ont finalement été embarqués à bord d’un vol de la compagnie israélienne El Al à destination de Bangkok, d’où ils ont pris un avion pour Manille, a indiqué l’autorité de l’immigration israélienne.

« Rosemarie était en Israël depuis de nombreuses années, dont douze illégalement », a-t-elle ajouté dans un communiqué.

Aide à domicile, Rosemarie Perez était arrivée en Israël en 2002 pour s’occuper d’une vieille dame, a précisé à l’AFP Beth Franco, une responsable de l’ONG United Children of Israel (UCI), qui défend les enfants de travailleurs étrangers.

Mais la travailleuse philippine a basculé malgré elle dans la clandestinité après la naissance de son fils Rohan, car son visa, comme celui de milliers de travailleurs asiatiques en Israël, est conditionné au fait de ne pas fonder de famille au pays, sauf conditions exceptionnelles.

« Elles signent un contrat selon lequel elles n’ont pas droit d’avoir un enfant en Israël », explique Beth Franco à RFI. « Si c’est le cas, elles doivent l’envoyer dans leur pays, sinon elles perdent leur visa. Elles deviennent illégales automatiquement. »

Le consul général des Philippines en Israël a fait savoir que 29 000 Philippins, des aides à domicile pour l’écrasante majorité, vivent actuellement dans le pays, dont 25 000 avec un visa temporaire. Parmi eux, environ 600 familles originaires des Philippines, dont plusieurs comptant des enfants nés en Israël, sont menacées d’expulsion.

Beth Franco enrage : « Mais que pouvez-vous attendre de jeunes femmes qui arrivent ici pour travailler ? Elles sont jeunes, elles sortent, elles tombent amoureuses… Avant de faire venir des gens en Israël, il fallait penser à l’avenir. Maintenant les autorités essaient d’expulser ces femmes et leurs enfants et en même temps elles font venir de nouveaux travailleurs tous les jours. »

Un autre couple qui habitent en Israël depuis 20 ans, et leurs deux filles, âgées de 13 et 10 ans, scolarisées à Tel Aviv sont menacés.

Dimanche 18 août, les autorités de l’immigration ont arrêté le couple philippin et leurs deux filles, toutes les deux nées en Israël, avant leur expulsion prévue vers les Philippines. Les arrestations sont intervenues dans le cadre d’une politique plus stricte de l’Autorité de la population et de l’Immigration sur les travailleurs étrangers qui ont dépassé le délai autorisé par leur visa.

Il s’agit de la quatrième famille avec des jeunes enfants à être arrêtée ces dernières semaines.

600 familles originaires des Philippines, dont plusieurs comptant des enfants nés en Israël, sont également menacées d’expulsion.

Les expulsions de travailleurs étrangers, effectuées d’un commun accord ou par la force, ont été critiquées à cause de l’impact qu’elles ont sur les enfants qui sont nés dans le pays, et dont certains ont passé des années dans le système israélien, voire uniquement dans le système israélien.

Une grande manifestation a eu lieu à Tel Aviv.

Environ 60 000 soignants étrangers – des femmes en majorité – sont actuellement employés en Israël, selon le Numéro d’urgence de travailleurs migrants, une organisation de défense des droits.

La moitié d’entre eux viennent des Philippines, avec un plus petit nombre du Népal (15 %), d’Inde, du Sri Lanka et de Moldavie (10 % chacun), et le reste d’autres pays de l’Europe de l’est.

Dossier réalisé à partir de plusieurs sources

Vous pouvez partager ce texte à condition d’en respecter l’intégralité, de citer l'auteur, les sources, et le site: https://www.terrepromise.fr

Votre aide est très Importante…

Depuis plus de 10 ans, de la conception à la publication, je suis seule à travailler sur les sites du réseau Elishean. Terre Promise est mon dernier né. Je l'ai fait pour vous, avec l'intention de vous offrir plus d'informations sur le monde juif et son histoire. Vous pouvez contribuer à la continuité de ce site en faisant un don sécurisé sur Paypal. Même une somme minime sera la bienvenue. Merci à vous. Mikhal

Copyright Terre Promise © Elishean/2009-2019/Terre Promise

Print Friendly, PDF & Email