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Un Juif grec est un Grec juif.
– Joyce. Ulysse

Les bouleversements actuels, l’Europe, la mondialisation, les délocalisations en cours, s’accompagnent d’inquiétude et de craintes. Et elles constituent un aliment pour l’antisémitisme.

Les juifs, ces « transnationaux », partout chez eux aux quatre coins du globe, en seraient les bénéficiaires, au détriment des pays dont ils sont les citoyens.

Une autre dimension actuelle de l’antisémitisme concerne l’existence de l’État d’Israël.

Les juifs de la diaspora sont tenus pour toujours solidaires des Israéliens et parfois ils sont confondus avec eux. Décidément, ils ne sont pas des nôtres, dira-t-on.

Il est possible que le soutien ostentatoire de l’État d’Israël aux juifs de la diaspora victimes d’attentats et aussi le soutien inconditionnel de juifs de la diaspora à la politique d’un pays étranger – Israël – représentent des facteurs d’antisémitisme. Pour leur part, certains juifs considèrent comme attitude antisémite un désaccord de l’État où ils vivent avec la politique d’Israël. Mais, en réalité, Israël est un État indépendant, avec ses lois et ses électeurs.

Les amalgames et les généralisations tendancieuses – c’est un euphémisme – ont très souvent cours et rendent le problème très complexe. Certes, Israël accueille les juifs qui souhaitent s’y installer. C’est donc, pour certains, un objet de grande attention et un espoir. Or, très nombreux sont ceux qui vivent durablement en diaspora et n’envisagent pas de devenir Israéliens. Notre propos se limite à leur cas, à l’antisémitisme qui les concerne et qui les a, sans doute, toujours visés.

Les développements politiques actuels concernant l’Islam et qui retentissent fortement sur l’antisémitisme dans plusieurs pays du monde ont fait l’objet de nombreuses analyses que nous ne reprendrons pas ici.

Autre dimension, à notre siècle, l’antisémitisme théologique de l’Église catholique a-t-il perdu de son influence?

Assurément, en raison de la décroissance des pouvoirs de cette Église et aussi du fait de son évolution interne face au judaïsme. « Perfidis Judeis », l’expression née au sein de la théologie paulinienne, ne résonne plus dans les messes.

Un autre facteur, dont l’action est indirecte, est rarement remarqué, c’est aussi le christianisme qui apporta durablement la notion d’une humanité universelle.

Visant, dès le départ, une expansion mondiale (et présentant son universalisme particulier comme une universalité de fait), il inculque à nombre d’hommes la notion de l’étranger comme humain semblable. « Tous sont des Chrétiens virtuels, car tous relèvent d’une même humanité », proclamèrent les théologiens.

Le juif : un futur chrétien éventuel, donc un semblable.

Cela représentait certes sa suppression comme juif. Mais en attendant, des vies furent sauvées (les enfants juifs cachés étaient aussitôt baptisés).

Toujours est-il qu’en Pologne il y eut des Justes qui agissaient au péril de leur existence.

Dans ce pays très catholique où les nazis exterminèrent des millions de juifs, cet aspect potentiellement bénéfique de la théologie n’avait pas empêché d’autres catholiques – majoritaires – d’argumenter religieusement leurs actes meurtriers.

Un antisémitisme non reconnu et accepté

Pour rencontrer, en 2004, un antisémitisme évident, violent et peu réprimé, il suffit de se rendre en Pologne. « Les juifs au gaz » ; « Les juifs, partez, la Pologne pour les Polonais », tels sont les graffitis qui s’étalent sur les murs des villes.

En 2004, une survivante venue de loin propose à une vieille dame qui lui avait sauvé la vie d’être inscrite au tableau des Justes. La vieille dame refuse. Il vaut mieux que ses voisins ne connaissent pas ces faits-là.

Officiellement, la Pologne, pays d’Europe, n’est pas antisémite. Le gouvernement fait preuve d’initiatives amicales à l’égard de la tradition juive : un festival annuel de culture juive à Cracovie, par exemple. Mais la société polonaise qui s’approprie ainsi, sympathiquement, une tradition chantante et culinaire ignore tout du passé récent du peuple juif. Elle ignore que ceux qui ont fui leur pays avant 1940, écrasés par l’hostilité qui les entourait, ne sont pas partis en vacances et qu’ils n’allaient pas revoir leurs proches restés en Pologne [1]

Elle méconnaît le désastre, son étendue et la part que les Polonais y ont prise. Les manuels d’histoire ne traitent guère du sort des juifs en Pologne durant la Seconde Guerre mondiale. Et ils prétendent qu’à Auschwitz tous les peuples étaient pareillement représentés.

Sociologue et vigoureux analyste de l’antisémitisme, Sergiusz Kowalski est l’auteur de réflexions dont nous avons eu communication lorsqu’elles étaient encore inédites [2]. Elles sont à présent reprises et publiées en collaboration avec Magdalena Tulli [3]. Nous nous reporterons à ces différentes remarques et aux extraits de journaux polonais cités.

L’une des premières constatations de Kowalski : « Ce qui spécifie la Pologne est l’indifférence de la société au discours antisémite [4]» Tout kiosque à journaux du coin de la rue permet d’accéder à ce discours et témoigne de l’indifférence – c’est-à-dire, de l’acceptation – qui l’entoure.

En Pologne, il n’y a plus six millions de juifs comme avant 1939, mais quelques dizaines de milliers. Kowalski et Tulli soulignent l’enflure fantasmatique d’un antisémitisme dont la cible réelle est si peu présente.

Beaucoup de Polonais n’ont jamais rencontré de juifs. Au demeurant, d’autres minorités vivant en Pologne (Lituaniens, Bielorusses) rencontrent également méfiance, voire rejet.

Un étranger – juif ou non – qui présente d’indubitables signes de ses origines, tout en vivant durablement en pays d’accueil, devra souvent payer cher pour faire entendre sa mélodie dans le concert majoritaire. Parfois cela le conduit à un véritable défi et à une victoire un peu amère, un peu esseulée [5]

Le cas des juifs est particulier, en ce que leur long séjour dans différents pays de la diaspora a contribué à des parcours où finalement la judéité n’est pas le seul paramètre en évidence.

S’adaptant, par nécessité, par défi et souvent non sans amour au pays d’accueil, souvent ils s’enrichissent de sa culture et la fertilisent en échange.

Quels sont les arguments utilisés actuellement contre les juifs en Pologne?

Ils peuvent être de type religieux, un catholicisme d’un autre siècle : « attention, les juifs étaient souvent communistes, c’est-à-dire contre la religion ». Dans un journal : « Le paganisme dont fait partie le judaïsme contemporain échappe au contrôle et menace la vie de gens innocents ». « Comme autrefois on isolait les lépreux, il convient d’isoler aujourd’hui les foyers de cette maladie, cent fois plus menaçante [6]»

Si, en effet, les allusions au paganisme sont destinées à faire vibrer la sensibilité catholique du peuple polonais, ce n’est pas l’argument de fond. De plus, elles ne sont pas complètement « catholiques ». L’objectif du catholicisme consistait à rejeter les juifs ou bien à les intégrer par conversion. Or, l’intégration des juifs n’est pas du tout envisagée par les antisémites polonais. C’est même tout le contraire.

Les marranes de Pologne

« Le marranisme a été le laboratoire de la modernité juive, même parmi les juifs qui ont échappé au marranisme », écrit Shmuel Trigano [7]

Marranisme et assimilation recouvrent, à l’intérieur de chacune de ces catégories, des réalités très variées.

En Pologne, on se trouve à l’extrémité du spectre. Dans de nombreux cas, l’origine juive est non seulement invisible à l’extérieur : elle paraît ensevelie, voire ignorée par ses héritiers. Il se peut qu’une douleur apparemment sans objet et qui concerne cette perte soit éprouvée parfois.

Karl Popper, dont les parents se marièrent dans une synagogue de la ville de Vienne avant de se convertir au luthérianisme, « ne voyait aucune raison de se considérer comme un juif ».

Or, nous semble-t-il, la judéité peut transparaître, à l’insu de l’intéressé, notamment, à travers les productions intellectuelles : un style d’étude, une pensée d’obédience talmudique, le goût, en philosophie et en sciences pour des innovations épistémologiques, transmis on ne sait comment. Un chercheur peut, en somme, protester contre l’impact de ses origines juives, tout en donnant des preuves de son fonctionnement au niveau de sa pensée.

« (Les juifs), quelque chose d’essentiel se déplace à travers eux, même quand ils restent sur place […]. Cette chose étrange et familière […] est liée à la transmission [8]», souligne Daniel Sibony. « Les Juifs ont pour destin une pure transmission, parfois réduite à un nom (“Juif ”) ou à une répétition qui compte sur le hasard pour se renouveler [9]»

Or, enfouie, la judéité n’est pas forcément inactive. Consisterait-elle en une fidélité instinctive, telles certaines musiques – ou certaines langues – dont on épouse le rythme d’emblée?

« Si l’on appelle marrane, par figure, quiconque reste fidèle à un secret qu’il n’a pas choisi là même où il habite, […] mais sans s’identifier à l’appartenance, eh bien dans la nuit sans contraire où le tient l’absence radicale de tout témoin historique […] ce secret garde le marrane, avant même que celui-ci ne le garde [10]»

La judéité est transmise à l’insu de ses héritiers telle une flamme qui brûle et qui crée.

Derrida parle de « mémoire sans représentation » [11]. Or, nous dit Henri Atlan, les juifs s’incrustèrent dans le temps, non dans l’espace [12], en termes de Spinoza : dans la pensée, non dans l’étendue. Ceci constitue une marque puissante de leur destin. Le destin de ceux de la diaspora. Il s’y ajoute une injonction à étudier à la fois religieuse et dénuée d’une « connaissance préalable de Dieu » [13]

Les détenteurs du secret ignoré (ou non) de leur propre identité peuvent se refuser à le découvrir. Les juifs polonais, dans nombre de cas, ne veulent plus s’exposer au péril d’un conflit mortel.

En 1948, à Kielce, les rares survivants qui osèrent rentrer dans leur ville furent exterminés par des Polonais au cours d’un pogrom.

Actuellement, de nombreux juifs polonais sont mariés avec des Polonaises ou des Polonais et convertis. Certains l’étaient dès les XIXe siècle. Tel était le prix de leur survie. Tel est celui de la sécurité de leurs enfants ; au demeurant, un prix parfois versé pour rien, une illusion pour un sursis.

Grièvement endeuillés, il nous arrive de pleurer. Or, soucieux d’abandonner une conception « lacrymale » de la condition diasporique, un Yerushalmi lui substitue une vision fausse. L’exil n’aurait pas impliqué la persécution, pas plus que l’évanouissement au sein de la société d’accueil. En France, en Espagne, en Europe de l’Est, les juifs auraient disposé – à part quelques périodes exceptionnelles – de « domiciles » assimilés à Israël ancien où la vie s’écoulait paisiblement, où des synagogues délimitaient des quartiers privés, « la ségrégation volontaire considérée comme indispensable à l’observation de la Loi » [14].

Formulées en 1997, de telles réflexions témoignent d’une méconnaissance stupéfiante de la vie diasporique. Pierre Birnbaum critique cet auteur, en notant qu’aux XVe-XVIIe siècles déjà, une « judaïsation de l’exil » était impossible et prévenait toute constitution de « domicile », « poussant soit à la disparition de l’identité, soit à un nouvel exil » [15]

Précisons qu’en Pologne et en Ukraine, notamment, au cours des siècles passés, les bourgades juives étaient systématiquement mises à feu et à sang par les Polonais et par les Cosaques ; les évêques incitaient à brûler les synagogues.

Quant aux shtetl polonais où, sans être totalement refermés sur leur vie communautaire, les villageois parlaient un polonais teinté d’un accent yiddish, ils n’offraient à leurs habitants, durant la Shoah, aucune chance de survie. Cette chance (infime) n’était en effet offerte qu’à ceux qui pouvaient passer pour des Polonais et avaient des contacts avec eux.

Dans la Pologne actuelle, quand bien même une judéité reste assumée par certains, elle ne s’affiche guère.

Les juifs souhaitent-ils quitter la Pologne, leur pays où ils vivent les liens qui sont ceux de toute vie adulte, pour d’improbables et cahoteuses routes de l’émigration?

La violence des attaques antisémites, se traduisant par des actes discriminatoires graves concernant la vie sociale et professionnelle des juifs, a cependant contraint ces derniers à émigrer en nombre, notamment au cours des années 1970 et 1980.

La stratégie actuelle et prioritaire des antisémites polonais consiste à extirper le juif de son tissu d’anonymat intégratif et à épingler sa judéité. Dans sa campagne présidentielle en 1991 Lech Walesa appelait les juifs à se dévoiler. Il précisait qu’il n’y a pas de mal à être juif [16].

L’antisémitisme polonais est partout aux aguets du juif. Une quête effrénée de noms d’emprunt a lieu.

De fait, depuis des générations, nombre de juifs polonais avaient modifié leurs noms, afin d’en faire disparaître les sonorités non polonaises. Mais ce qui était bien au départ un camouflage, une protection vitale, était devenu pour les fils et les petits-fils leur nom de naissance, réellement leur nom de famille. L’antisémite veut montrer que ce nom est un faux. Les juifs se cachent, afin de nuire, est le postulat sous-jacent.

Identifier le juif comme tel sert à le distinguer de « nous ». Il a beau vivre parmi nous, on ne le croit pas quand il fait semblant d’être comme nous ou de nous aimer. Ce n’est pas un ami, mais un ennemi au sens politique de ce terme : par rapport à lui des décisions sont ou seront à prendre.

« En Pologne, la différence entre “le nôtre” et “l’étranger” domine toutes les autres différences », constate Kowalski.

Par ailleurs, tout en niant l’antisémitisme, on souligne que « l’ambiance antijuive s’accroît à cause de l’effronterie des juifs qui réclament de l’attention pour eux-mêmes et pour leurs morts » (Kowalski).

Ainsi, les juifs méritent pleinement l’hostilité qu’on leur voue. De plus, ils expriment trop ce qu’ils pourraient nous reprocher.

Quels sont les autres points de « l’argumentaire » antisémite?

Les mêmes changements mondiaux qui touchent la Pologne s’amorçaient déjà en Allemagne hitlérienne : l’industrialisation, l’urbanisation, la politique de masse. À ceci s’ajoutent, actuellement, les délocalisations en cours ou virtuelles. Cette évolution favorise les juifs, « en raison de leur urbanisation ancienne, leur spécialisation socioprofessionnelle, leur tradition d’alphabétisation et leurs liens diasporiques » [17].

Or, loin d’apparaître comme seulement ceux qui profitent de ces changements, les juifs sont présentés comme leurs commanditaires. Et traîtres du pays où ils vivent.

Sur les murs de Varsovie résonne ce cri accusateur et destiné à faire saillir l’identité supposée menacé : « Je ne suis pas européen, je suis polonais. À bas l’Union juive. »

Et en 2001, un journal « national-catholique » apprend à ses lecteurs qu’un plan germano-juif vise la colonisation de la Pologne.

Le même hebdomadaire, qui n’est pas une publication clandestine et où paraissent à l’occasion des textes de députés et de personnalités officielles, annonce que l’Union européenne « est un complot juif et anti-polonais ». On peut y lire aussi que le but des juifs est « la destruction de l’identité nationale des pays occidentaux » [18].

Ces messages montrent la terreur qui les habite : la destruction de l’identité nationale. Cette terreur est projetée sur les juifs. Persécutive, elle va devenir persécutrice en actes.

Nationalisme et narcissisme d’appartenance

L’exemple polonais montre à l’évidence que l’antisémitisme fait intervenir la question identitaire.

« L’antisémitisme est une arme dans la bataille identitaire. C’est une construction, à travers laquelle la société majoritaire, d’ordinaire une partie de cette société, exprime ses anxiétés et ses tensions et cherche à surmonter ses doutes identitaires [19]»

Or, en Pologne, c’est également le bruit d’un virulent nationalisme que l’on peut entendre. En effet, aux anxiétés s’est substituée une certitude : l’étranger en général et le juif en particulier représentent un danger, face à un enjeu vital.

Étonnante est la force, mais également la permanence des nationalismes. Donnons-en encore une illustration… inattendue. C’est une psychanalyste allemande qui auto-dénonce critiquement son idée que « tous les juifs sont pareils », « idée non compatible avec la psychanalyse […] mais en accord avec le sentiment national ». « Nous haïssons les juifs parce qu’ils nous rappellent notre culpabilité [20]»

En fait, s’agit-il de rappel de culpabilité ou bien, pensons-nous, d’une image narcissique défavorable? Cette dernière sera projetée sur le juif.

Lors d’une conférence à Nazareth, la même psychanalyste avait observé « une angoisse de destruction […] surtout collective, la peur de vengeance juive ». « L’hôtel à Nazareth a été imaginé […] comme un camp de concentration dans lequel les juifs nous auraient enfermés pour nous tuer tous [21]»

Au sein d’un intense fantasme projectif où les Allemands allaient subir exactement ce qu’ils avaient infligé aux juifs, l’assignation collective est frappante. À l’idée de « tous les juifs » correspond celle du « sentiment national » (allemand).

Et la figure de revenants juifs, vengeurs et tueurs, sert ici à empêcher l’advenue de la honte ou de la culpabilité.

Cette dernière appelle l’aveu, le remords, des désirs d’expiation ou de réparation. La projection qui s’y substitue ne sert en l’occurrence qu’à se débarrasser de ce qui gêne le narcissisme, au sens d’une identité propre investie et visant toujours un embellissement de soi.

Comment le nationalisme happerait-il le narcissisme d’un individu dans ses rets? Mais d’abord, quelle serait, à l’égard des besoins individuels, la nature du nationalisme? Ce dernier semble lié à un besoin d’appartenance et également aux pulsions destructrices qu’il traite à sa façon.

Le besoin d’appartenance a été décrit par Herder. Cette notion est rappelée par Pierre Birnbaum. Elle est définie comme « un besoin fondamental, aussi nécessaire que la nourriture, la boisson, la chaleur, la sécurité ». Herder n’utilise pas les critères du sang et de la race. Il parle de la ressemblance entre ceux qui font partie d’une communauté et de leur solidarité entre eux.

L’appartenance à un « home » [22], telle l’extension d’une famille, serait fondamentale. Être comme ses autres membres, sans doute, mais surtout en être. Faire partie d’un « Nous », protecteur des siens. Un État-nation n’est-il pas apprécié pour la sécurité qu’il offre (et également une certaine passivation qu’il permet ?).

Qu’en est-il du narcissisme, cet auto investissement du Moi? Le narcissisme constitue un « complément libidinal de la pulsion d’auto-conservation » (Green) [23], pulsion qui se satisfait notamment par la protection qu’elle apporte à l’individu.

Mais où trouve-t-elle son compte quand la collectivité envoie ses fils à la guerre ou en fait des kamikazes?

L’investissement de l’appartenance à une collectivité (nationale ou non) présente l’avantage de contribuer à nier notre mort individuelle par le soin qu’elle est supposée prendre de nos traces: enfants, œuvres, héroïsmes. En effet, si nous ignorons tout de la mort, nous éprouvons bien le sentiment de la fragilité de notre vie.

La collectivité se nourrit de notre besoin d’appartenance et nous promet en échange sécurité et avenir. Débordant la petitesse individuelle, grande et puissante, elle présente également l’avantage d’alimenter l’amour et l’estime de soi – donc, le narcissisme – de ceux qui s’investissent comme ses membres. En revanche, l’humiliation collective (fût-elle imaginaire), peut s’avérer intolérable.

Face à une situation de blessure du peuple juif, son exil, les kabbalistes trouvèrent une forte réplique, en l’interprétant comme la confirmation d’une mission et d’un destin créateurs [24]

Le « home » du juif est-il éclaté? Cela n’entame en rien son narcissisme d’appartenance. On peut continuer à être fier d’être juif.

Il apparaît légitime de définir le narcissisme d’appartenance comme l’investissement narcissique, par le Moi, d’une collectivité. Dans certaines conditions, il est susceptible de se radicaliser, de s’exacerber, devenant alors un nationalisme : celui d’un individu ou de toute une partie d’une collectivité nationale.

C’est au carrefour du narcissisme d’appartenance et de pulsions destructrices que le nationalisme va prendre place. Il a pour effet d’orienter ces pulsions vers l’extérieur. Face à la mondialisation qui fait craindre l’éloignement de tout un chacun de ses lieux et du « nous » originaires, des nationalismes peuvent naître. Les juifs en seront les victimes désignées.

Grâce à l’objet extérieur et tout proche, sur place et sans défense, proposé aux pulsions destructrices, les rangs du « nous » se resserrent et la cohésion interne s’améliore. Ce phénomène bien connu produit-il de l’antisémitisme, ou bien seulement utilise-t-il sa tendance préexistante? En tout cas, il connaît aussi d’autres usages et d’autres cibles.

L’Église a été soulagée de voir, au Moyen Âge, des ardeurs guerrières s’orienter lors des Croisades vers des destinations étrangères, plutôt que de viser « les nôtres » et aboutir à des pillages et des meurtres des paysans par des chevaliers [25].

Un État-nation nationaliste favorise l’obéissance du citoyen. C’est sous son couvert et donc sans culpabilité que pourront être satisfaites les pulsions destructrices. Les soldats nazis furent généralement très obéissants aux ordres.

Un nationalisme se donne généralement des lois qui légitiment sa destructivité. Les juifs qui vivent dans un État nationaliste y sont soumis. Au demeurant, leur autorité religieuse leur a toujours inculqué cette soumission aux lois du pays d’accueil, ce, dès Philon d’Alexandrie [26].

Des lois antisémites ont été très vite mises en place en Allemagne nazie. En Pologne actuelle, les lois s’opposent au contraire à la haine religieuse et raciale, mais des faits concernant la violence antisémite – officiellement un délit – et qui sont objet de plaintes, ne sont pas instruites par le Procureur [27]. Et un certain consensus – sous forme d’inattention – entourant l’irrespect de l’application de ces lois confère à l’antisémitisme une forme de légitimité. Vox populi.

Le nationalisme et l’antisémitisme sont destructeurs au sens général de ce terme. Mais on distingue habituellement la destructivité de l’agressivité. Au sein de cette dernière, l’objet doit survivre aux attaques afin de fournir d’éventuelles suites : culpabilité peut-être, réparation, nouvelles attaques possibles.

Le juif peut en tout cas devenir un bouc émissaire à maintenir. Utile à ce titre. Il n’en est rien dans la destructivité, laquelle vise un résultat définitif et irréversible. S’agissant de Narcisse, le personnage est susceptible de devenir un tueur sans culpabilité, sans remords et sans mémoire. Il fuit en effet tout ce qui risque de détériorer l’image, souci principal de Narcisse.

« Nous haïssons les juifs parce qu’ils nous rappellent notre culpabilité. »

Si l’antisémitisme est, en France, moins répandu et moins extrême qu’en Pologne, si on n’y appelle pas les juifs à se « dévoiler » (pour en être l’objet), c’est parce que le narcissisme d’appartenance des Français apparaît plutôt épanoui et n’a jamais manqué de se nourrir d’images favorables de soi.

Narcisse antisémite

À propos des juifs assimilés, un patient (que nous avons cité dans un précédent travail) [28] eut cette remarque très spontanée : « C’est de l’indifférencié démoniaque. »

Narcisse recherche un miroir pour former une image de lui-même. Le juif peut-il le lui offrir?

Vivant à vos côtés et citoyen de votre pays, il s’y offre en premier lieu. Or, pour certains hommes, il s’ensuit d’emblée un heurt. Ce miroir est intolérable et doit être brisé.

L’usage de la langue est le champ le plus fréquent de la difficulté à différencier un juif d’un non-juif. Où qu’il se trouve, la langue, et en particulier celle du pays d’accueil, est pour le juif une demeure à vie. Et il garde tant d’autres choses que ce pays a lentement enracinées en lui. Les arracher? Victor Klemperer (1881-1960), fils de rabbin, marié à une « aryenne » et qui, après la Shoah, resta en Allemagne, écrivit : « Destructibles, certes les juifs l’étaient, mais on ne pouvait pas les dégermaniser [29]»

Les nazis avaient déclaré que les juifs qui écrivaient l’allemand mentaient. Et nous avons vu combien les antisémites polonais ont hâte d’arracher cette écharde de la chair nationale : dépoloniser le juif, le ramener à la seule identité juive.

Ce partage radical des identités s’impose à Narcisse. Le personnage dont nous parlons est en grande difficulté. Son image de lui-même est défaillante et peu structurée. Il en recherche une autre afin de s’y mirer, voire s’y rassembler. Cette vision unifiante doit lui rappeler ce qu’il a retenu de lui-même. Un double de lui serait le bienvenu, mais il devrait être flatteur.

À l’inverse, Narcisse meurt de se voir hétéroclite, divisé et… douteur. Projetant sur son double ces caractères, il trouve une solution et revit de détenir un réceptacle de ce qu’il pense éliminer de lui, afin de trouver son image belle et complète.

Le mélange identitaire juif, son « indifférencié » représente la propre irrésolution de Narcisse, sa part d’indiscernable voire d’inconnu, son « juif » interne. Il sera violemment repoussé. Quel soulagement qu’enfin dépister ce dernier à l’extérieur de soi, enfin l’authentifier, constater qu’il n’est que juif, n’empiétant pas sur ce que vous êtes ! et assurément, aussi, seulement mauvais. L’indifférencié a été conjuré.

Comment ce type de narcissisme travaille-t-il? Un des ouvrages de Pierre Bayard [30] – et qui ne se rapporte pas à l’antisémitisme – éclaire bien le cas que nous tentons de comprendre. Il s’agit d’une apparition, dans la vie du sujet, d’une figure inquiétante et étrange et qui, tout en présentant une ressemblance avec l’Unheimlich freudien, reçoit une interprétation différente. En effet, l’enjeu n’est pas en l’occurrence sexuel, celui d’une angoisse de castration. Il est existentiel : « Qui suis-je? »

Du récit de Maupassant, « Le Horla », qui est le champ de la recherche de Bayard, nous retenons non son étiquette nosographique probable : une psychose délirante, mais des traits mis en avant par le cas : le vertige de non-différenciation entre le soi et l’autre, le narcissisme en déroute, des sentiments de persécution. La figure analysée par Bayard présente comme une « double vie mystérieuse au sein de la nôtre ». L’être qui l’exprime est « triplement non situable » : « on ne sait pas où il est dans l’espace, on ne sait même pas s’il est à l’intérieur ou à l’extérieur, on ne sait pas, si on a, à tel moment précis, affaire à lui ou non [31]»

Cette vie mystérieuse et non situable rappelle bien notre « indifférencié démoniaque » : elle comporte en effet « la rencontre du différent dans l’identique, de l’étranger dans le familier [32]». Qui suis-je, qui est là, est-ce encore moi? « Qui avait donc bu cette eau ? Qui ? Moi, sans doute ? Ce ne pouvait être que moi [33]»

La réponse vient, pensons-nous, dans un second temps, au décours d’une lutte anxieuse et qui cherche à aller au sang.

Reportons-nous sur le plan de l’antisémitisme et de « l’indifférencié » concernant l’insupportable juif assimilé. Hitler : cet indifférencié, ce sont « les juifs, un cancer ».

La réponse d’antisémites est souvent évocatrice d’un indifférencié invasif ou bien peut devenir plus franchement persécutoire : « ce sont les juifs qui boivent notre eau (notre substance) et qui empoisonnent nos puits ».

On sait enfin qui est qui.

Les journaux antisémites polonais ont compris que les juifs complotaient contre la Pologne. Tout le mal étant inscrit sur leur compte, les Polonais peuvent se trouver irréprochables. Et attaquer. Une évacuation massive dans l’autre de ce qui est mauvais ou effrayant tend à bloquer les issues autres que persécutoires.

Un parent, notamment un père, peut reporter sur son enfant une angoisse similaire.

Le cas est plus fréquent qu’on ne le pense et Bayard le mentionne également. Au demeurant, l’enfant peut montrer des caractéristiques que le parent a refoulées. Il sera haï. Le désir de meurtre éprouvé par l’adulte n’est pas alors œdipien (c’est-à-dire comportant un enjeu de la compétition) mais bien existentiel. « C’est moi qui ai engendré cet être monstrueux qui paraît comme moi, sans être moi? » Pour l’antisémite : « C’est moi qui tolère chez moi cet être qui paraît comme moi, sans l’être ? » Que je l’expulse. Ou que je le détruise.

Narcisse, le double monstrueux et l’envie

Le désir d’éliminer l’autre est radical.

En effet, l’angoisse devient destructurante pour celui qui l’éprouve. Narcisse tombe en lambeaux. Une manœuvre défensive parvient à faire de l’autre ce que nous appelons un double monstrueux. Le double est au cœur de la problématique de Narcisse, cet être pour qui l’autre n’est que miroir.

En l’occurrence, Narcisse se considère victime de son double, ce, sans être conscient de ce qu’il s’agit d’un décalque négatif de lui-même. L’antisémite se déclare ainsi la victime du juif. Le juif devient le persécuteur : un premier double monstrueux se met en place. Souvenons-nous du fantasme observé par la psychanalyste allemande : les juifs allaient enfermer les Allemands dans un camp de concentration, pour les tuer !

Rappelons d’autres figures du double monstrueux. « L’antisémitisme nazi était bien l’entrechoc de deux ambitions de l’empire universel : l’une fantasmée, celle qui était attribuée aux juifs, l’autre caressée, celle des nazis [34] »

Les Polonais décrivent, quant à eux, le « paganisme » des juifs. Ne se comportent-ils pas pourtant, eux vis-à-vis des juifs, comme des païens mus par une violence immaîtrisée, étrangère aux préceptes de l’Église?

Enfin, on reproche aux juifs d’être un peuple à la recherche des bénéfices, d’être ceux pour qui l’argent constitue le principal critère d’évaluation de toute chose.

En fait, c’est le cas au sein de notre civilisation actuelle dans son ensemble. Mais seuls les juifs seraient frappés de cette tare. Et les Polonais qui s’y laisseraient aller ont été l’objet, de la part des juifs, d’une infiltration et d’une séduction dépravante. Il faut les en guérir, puis découvrir, stigmatiser et exclure les « séducteurs » (Kowalski et Tulli).

Les juifs sont certainement parfois l’objet de sentiments envieux.

L’envie est, pour ceux qui l’éprouvent, une veine qui bat fort et qui est susceptible de mettre en action des sentiments sanguinaires. C’est aussi un ressort fréquemment invisible d’actions destructrices. Or, l’envie éprouvée par l’antisémite ne prend l’avoir, la possession (par ex. l’argent) que comme un point de départ ; ensuite, elle fonctionne au niveau de l’image, terrain favori de Narcisse.

L’image reçue sera retraduite en termes de l’être : « Si le juif réussit, alors moi, suis-je un incapable ? » L’envieux ne vient pas en l’occurrence « pousser » l’autre pour prendre sa place, mais narcissiquement garde la sienne en supprimant la notion d’envie, avant de procéder à la suppression… du juif, gênant par l’image de sa réussite.

Une certaine presse polonaise montre bien la stratégie antisémite: « Les juifs eux-mêmes ont fait de telle sorte que tout Polonais est aujourd’hui devant le choix suivant : devenir soit un antisémite, soit un minable, un salaud vénal [35]»

L’envie est déniée. Le juif « vénal » n’a en effet obtenu ses avantages que par des procédés douteux. Il n’est pas un modèle à imiter. « Tout Polonais » est ainsi conforté dans ce qu’il est, son choix, réputé vertueux. Quant au juif, il mérite l’antisémitisme dont il est l’objet. Devenu l’homme à abattre, on s’y adonnera sans culpabilité.

L’antisémitisme est auto-justifié. Et Narcisse, bien servi.

Toutefois, de l’envie, telle que l’a décrite Melanie Klein [36] – la variété haineuse et sans culpabilité – reste un autre « argument » souvent avancé par l’antisémitisme. Comme le sein qu’on va détruire en dépit de ses richesses, parce qu’il se détourne à son propre bénéfice, le juif détourne ses apports du pays d’accueil. C’est un ingrat et un traître, alors qu’on a tant fait pour lui ! clame la presse.

Ce genre d’antisémitisme est particulièrement dangereux. Impossible d’exister l’un et l’autre, encore moins l’un avec l’autre. L’autre, le juif, doit être éliminé et la mémoire du meurtre, effacée, pour garder une bonne image des tueurs.

Enfin, à côté du déni, on assiste à son fréquent associé : le clivage.

La main gauche ignore ce que fait la main droite et l’on prononce en toute sincérité et bonne foi des discours de Bien, en se livrant à des forfaits en contradiction avec lui et qui sont un objet de jouissance.

En Pologne, l’antisémitisme est supposé inconnu, alors qu’il est pratiqué, en toute impunité. L’État s’oppose à l’antisémitisme, mais il n’oblige pas ses représentants à sanctionner ses agissements.

Dans la clinique psychanalytique, faire cesser un clivage représente une gageure, mais on connaît des outils et l’on est en face de demandeurs. Il n’en est rien pour les sociétés atteintes de la maladie d’antisémitisme.

Conclusions

L’antisémitisme est seulement actualisé et non causé par notre monde présent.

Pour n’en rester que dans le cadre par nous tracé : la figure de juif nomade et supposé à l’aise de l’être accompagne le rejet de la mondialisation ; le juif assimilé est la cible de ceux pour qui la mondialisation rend impératif le désir de se différencier : en premier lieu, les nationalismes, activés par les narcissismes d’appartenance présentement en pleine croissance.

L’antisémitisme constitue un champ privilégié pour les pulsions qui connaissent, en dehors de lui et de différents génocides, d’autres terrains d’action.

Mais peut-être ailleurs des interdits s’exercent davantage, cependant que la violence antisémite bénéficie au sein de certaines sociétés d’une complicité dénégatrice : par le silence, par la banalisation, par une manipulation perverse de l’information. En outre, des messages antisémites consternants de naïveté et d’ignorance sont néanmoins acceptés.

Un antisémitisme particulièrement dangereux est l’œuvre d’un certain narcissisme de type archaïque. Il est éliminationniste, dénué de culpabilité et effaceur de mémoire.

Auteur : Elisabeth Bizouard-Reicher

Notes

[1]
Franck R., Pologne… Libres opinions, Enfants cachés, le bulletin de l’Association des enfants cachés, septembre 2004, p. 15-17.
[2]
Kowalski S., Les juifs comme catégorie de la culture, inédit.
[3]
Kowalski S. (texte sans titre), traduit du polonais en français par Élizabeth Bizouard-Reicher.
[4]
Kowalski S., Tulli M., La Pologne. In Gerstenfeld M., Trigano S. (sous la dir. de), Les habits neufs de l’antisémitisme en Europe, Éditions Café Noir, 2004, p. 229-243.
[5]
Kristeva J., Étrangers à nous-mêmes, Fayard, 1982 ; Gallimard, « Folio », 1991. Voir en particulier le chapitre « Toccata et fugue pour l’étranger ».
[6]
Extrait de presse, cité par Kowalski.
[7]
Trigano S., Le marranisme, un modèle multidimensionnel, Pardès, 2000, n° 29 : 263.
[8]
Sibony D., L’énigme antisémite. Seuil, 2004, p. 19.
[9]
Ibid., p. 20.
[10]
Derrida J., Apories. Galilée, p. 140.
[11]
Derrida J., Points de suspension. Entretiens, Galilée, 1992.
[12]
Atlan H., Les étincelles de hasard, tome 2, Athéisme de l’écriture, Seuil, « La librairie du xxie siècle », 432 p.
[13]
Ibid., p. 9.
[14]
Cité in Birnbaum P., Géographie de l’espoir. L’exil, les Lumières, la désassimilation. Gallimard, 2004, p. 360.
[15]
Ibid., p. 358.
[16]
Informations provenant des écrits de Kowalski et de Kowalski et Tulli.
[17]
Burrin P., Ressentiment et apocalypse. Essai sur l’antisémitisme nazi, Seuil, 2004, p. 24.
[18]
Tygodnik Narodowo Katolicki « Glos » (Hebdomadaire national-catholique La Voix) du 22 septembre 2001. Les citations sont empruntées à S. Kowalski.
[19]
Burrin P., Ressentiment et apocalypse. Essai sur l’antisémitisme nazi, op. cit., p. 18.
[20]
Influence de la réalité extérieure sur le processus analytique. Panel : La psychanalyse et les psychanalystes en Allemagne après la Shoah, Psychanalyse en Europe, n° 56, 2002, p. 118.
[21]
Ibid., p. 118.
[22]
Birnbaum P., Géographie de l’espoir, op. cit., p. 254.
[23]
Green A., Narcissisme de vie, narcissisme de mort, Éditions de Minuit, 1983.
[24]
Scholem G., L’idée de la rédemption dans la Kabbale. In Le messianisme juif. Essais sur la spiritualité du judaïsme, 1971 by Schockem Book Inc., 1974, Calmann-Levy, p. 71-102.
[25]
Barthélemy D., L’an mil et la paix de Dieu, Fayard, 1999.
[26]
Hadas-Lebel, M. Philon d’Alexandrie. Un penseur en diaspora, Fayard, 2003, 364 p.
[27]
Informations provenant des textes de Kowalski et de Kowalski et Tulli.
[28]
Bizouard E., Le cinquième fantasme. Ante-engendrement et impulsion créatrice, PUF, « Le fil rouge », 1995.
[29]
Klemperer V., LTI, la langue du IIIe Reich. Carnets d’un philologue. Traduit de l’allemand et annoté par Élizabeth Guillot. Reclam Verlag, Leipzig, 1975, Albin-Michel, 1996, 373 p.
[30]
Bayard P., Maupassant juste avant Freud, Minuit, 1994.
[31]
Ibid., p. 20.
[32]
Ibid., p. 39.
[33]
Ibid., p. 21.
[34]
Burrin Ph., Ressentiment et apocalypse, op. cit., p. 50.
[35]
Rapporté par Kowalski.
[36]
Klein M., Envie et gratitude. In Envie et gratitude et autres essais. Traduit de l’anglais par Victor Smirnoff, avec la collaboration de S. Aghion et de Marguerite Derrida. Gallimard, 1968, p. 13-85.

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